Vers la lumière, Univers Metro 2033, de Andrei Dyakov

Lorsque l'élève dépasse le maître ?

illman dans Critiques, Livres le 18 décembre 2012, avec 5 commentaires
Critiques

En 2010 débarquait en France l’univers mis en place par Dmitry Glukhovsky, celui de Metro 2033. Un univers post-apocalyptique où les humains rescapés se terrent dans le métro de Moscou et survivent face aux menaces aussi bien humaines que mutantes, le tout teinté de fantastique. L’univers Metro 2033 se voulait collaborative, la communauté internet bâtie par l’auteur en ayant été un moteur décisif lorsqu’il était question de l’éditer. Après le succès de Metro 2033, sa traduction et son adaptation, la communauté continua de vivre permettant à de jeunes auteurs de s’exprimer. Andrei Dyakov en fait partie et c’est grâce au soutien de la communauté que son premier roman Vers la lumière a été publié en Russie. Aujourd’hui c’est grâces à ses qualités qu’il foule désormais les terres françaises aux éditions l’Atalante. Un synopsis s’impose.

Vers la lumière de Andrei Dyakov

Gleb est un jeune adolescent, quasiment un enfant, qui survie dans sa station de métro de Saint-Pétersbourg. Jusqu’au jour où il est acheté par un stalker du nom de Taran, pour le former et pour l’emmener dans une expédition de reconnaissance en équipe qui pourrait sonner comme la rédemption de l’espèce humaine. Tribulations en terre radioactive et dangers en tout genre sont au programme de cette épopée.

Un voyage initiatique, c’est ce que nous propose Vers la lumière, comme son ainé, mais là où ce dernier traitait du passage à l’âge adulte, ici c’est plutôt la renaissance de l’espoir. Cela reste homérique, c’est le voyage qui compte et l’auteur sait s’y prendre pour le rendre intéressant. Le décor apocalyptique constitue un des points centraux d’intérêt.

Là où l’on restait majoritairement confiné dans le métro chez Glukhovsky, on va aller à l’air libre avec Dyakov. Les brèves descriptions du monde du dehors, nouveau terrain de jeu du héros, installent le climat de fin du monde avec un rendu un peu moins hostile que dans les deux Metro. Le Saint-Petersbourg post-apo est empli de créatures étranges, toutes aussi loufoques de dangereuses et chaque rencontre sera l’occasion d’une montée d’intensité dans le récit. Ce décor allié à toute cette hostilité ambiante crée une sensation oppressante, sans être trop lourde pour ne pas tomber dans l’horreur. Le tout est renforcé par un petit coté découverte, on veut savoir sur quels dangers insoupçonnables les personnages vont tomber.

Je réitère aussi les critiques que je faisais jusqu’à présent aux deux romans de l’univers de Metro 2033 sur l’aspect chronologique. Difficile de croire que la faune ait muté aussi vite dans le petit laps de 20 années, c’est juste étrange et ça me laisse toujours l’impression que certaines choses de ce monde ne sont pas à leur place. Mais c’est bien là l’un des rares points un peu négatif que j’arrive à trouver.

Univers Metro 2033

L’Univers Metro 2033 compte déjà près d’une dizaine de romans en Russie

Vers la lumière c’est aussi des personnages, et c’est une belle brochette de stalkers qu’on va suivre. C’est un petit groupe avec comme noyau central Taran et Gleb. Certains personnages du groupe sont plus développés que d’autres mais tous le sont suffisamment pour qu’on se rappelle au minimum de leurs noms pendant l’aventure. Les surnoms aident aussi et on aura une idée de leur motivation. Dans un monde extrême on a des réactions humaines extrêmes, c’est le manque d’espoir (ou son excès) qui amplifie leurs comportements et donne de l’épaisseur aux personnages. Difficile de ne pas avoir un brin d’empathie pour un personnage qui prendra des risques pour améliorer son quotidien pathétique, ou pour celui qui est rongé par le remords de ses décisions passées.

L’aventure est très rythmé, difficile de poser le bouquin une fois la première page lue, en tout cas c’est ce qui s’est passé pour moi. Même les passages qui semblent relativement calme recèle leurs lot de tension. Haletante est le mot qui conviendrait le mieux à ma lecture.

Vers la lumière de Andrei DyakovL’édition de l’Atalante est comme toujours à la hauteur avec une illustration de couverture de Benjamin Carré, apocalyptique à souhait. Le tout est traduit par Denis E. Savine, dont vous pouvez lire l’interview sur iiD, qui maîtrise son sujet et qu’on va prier pour de nous trouver d’autres perles comme celle-ci au milieu de toute la production estampillée univers Metro 2033.

Vers la lumière d’Andrei Dyakov se hisse donc au même niveau de qualité que Metro 2033, et dépasse Metro 2034 par son histoire bien menée, son décor et ses personnages intriguant. Un must-read, mieux un must-have, de 2012 à n’en pas douter pour un premier roman d’un auteur qui en a surement encore sous le coude.


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5 commentaires, donnez votre avis !
  • Le Chro a écrit le 18 décembre 2012 à 10 h 07 min:

    Une petite question: vu ton avis bien mitigé sur Metro 2034, je n’étais pas trop tenté. J’avais prévu de me lire Metro 2033 et de m’arrêter là. Mais évidemment cette nouvelle critique me donne envie d’aller plus loin. Du coup voilà la question: je me doute qu’il n’est pas nécessaire de tout lire, mais est-ce que tu le conseilles? Enfin, plus exactement (puisque tu l’avais malgré tout conseiller dans ta chronique, mais les arguments ne m’avaient pas convaincus ^^ ), est-ce qu’avoir lu 2034 apporte un plus en lisant Vers la lumire, ou pas?

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  • illman a écrit le 19 décembre 2012 à 22 h 46 min:

    @Le Chro: Metro 2034 est plutôt bon mais il ne faut pas se leurrer, il l’est moins que 2033 et Vers la lumière le devance aussi en qualité. Après sa lecture n’est pas indispensable, ils ne font que partager l’univers, l’un se passant à Moscou et l’autre à St Petersbourg, il n’y a pas de lien entre les deux histoires.

    Bref, 2034 enrichit l’univers mais n’apporte rien pour Vers la lumière. Si tu dois faire un choix entre les deux, c’est Vers la lumière qui devrait avoir tes faveurs à mon avis.

    En espérant que j’ai pu éclairer ta lanterne.

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  • Le Chro a écrit le 20 décembre 2012 à 9 h 46 min:

    @illman: Tu l’as fait oui, merci beaucoup ^^

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  • crobz a écrit le 20 décembre 2012 à 15 h 37 min:

    Merci pour cette précision. Tout comme le Chro, ta chronique sur 2034 m’avait un peu refroidi. Je passerai donc directement à Vers la lumière. Tu as pu tester le jeu vidéo sorti il y a 3 ans Metro 2033 ?

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  • illman a écrit le 20 décembre 2012 à 16 h 08 min:

    @crobz: Ouep, je l’ai sur 360 et sur PC. Il est sympatoche avec une bonne ambiance mais vraiment très dirigiste avec quelques passages inbouffables (genre un rail-shooter dans un wagonnet et une phase de pseudo-infiltration avec un gros streum) Il a un coté survival plutôt stressant avec les cartouches de masques à gaz quand on est à l’extérieur qui est vraiment bien pour contre-balancer.

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