Tuer le Père de Amélie Nothomb

dabYo dans Critiques, Livres le 18 octobre 2011, avec 6 commentaires
Critiques

La rentrée littéraire est un évènement dont nous autres fans de littérature de genre sommes relativement peu la cible. Si cela touche le Policier/Thriller avec la sortie des romans des grosses pointures du genre, la Fantasy et la Science Fiction en sont épargnés. Et pourtant, cette année j’ai participé au jeu en lisant « le dernier Nothomb », euh, Tuer le Père d’Amélie Nothomb, plutôt. L’auteur belge, et non française, sort chaque année un roman à cette époque depuis Mathusalem quelques années et je dois avouer que c’était la première fois que je lisais un de ses écrits. Synopsis.

Tuer le Père de Amélie Nothomb

Lors d’une soirée entre magiciens, à laquelle elle assiste déguisée en Amélie Nothomb, Amélie Nothomb observe une table de magiciens qui jouent au poker. Le plus doué d’entre eux, Joe, semble être très concentré tandis qu’une personne un peu plus loin au bar l’observe sans le quitter des yeux. C’est alors qu’un autre invité ayant vu qu’elle avait remarqué leur manège commence à lui expliquer pour quelle raison ces deux là se suivent à la trace.

Tuer le Père est un roman qui commence au présent et va par la suite nous raconter la vie de magicien de Joe, ou plutôt son adolescence. On suit le personnage depuis son départ soudain et forcé du foyer familial jusqu’à son avènement, son premier « gros coup », en tant que magicien. Mais avant de nous étendre sur le scénario, parlons tout d’abord du style d’écriture d’Amélie Nothomb. Ce roman se lit en effet très vite. Tout d’abord parce que c’est une longue novella qui a été sortie packagée en roman par Albin Michel, un total de 151 pages auquel on arrive poussivement en écrivant le plus gros possible et en laissant des marges sur les côtés. Mais aussi parce que le style de Nothomb est du genre très direct, très simple, voir simpliste.

C’est peut être ce qu’on appelle un style particulier, je n’en sais rien, mais j’ai plutôt eu l’impression d’avoir affaire à des phrases écrites par des élèves de primaire. Sérieusement. C’est un peu grossier comme description, et pourtant, j’ai eu du mal à m’en défaire. Les phrases sont parfois construites bizarrement, brutes, les liaisons sont grossières, bref, je suis perplexe. Est ce là son talent ? Je suppose que non, ou que j’y suis complètement imperméable. L’auteur fait aussi des digressions vraiment bizarres, nous faisant part de réflexions sans intérêt sur les différence entre l’anglais et le français.

Amélie Nothomb

Je ne sais pas si c’est à cause de ce style « simpliste » ou simplement de son contenu, mais cette œuvre d’Amélie Nothomb ne m’a pas donné l’impression d’être face à une histoire franchement passionnante. Elle est correcte, mais sa façon de nous la conter n’est pas exceptionnelle. Dans ses interviews, l’auteur dit plus ou moins qu’elle nous livre ici « le bluff parfait ». En d’autres termes, non seulement le livre va parler de poker, mais en plus, notre lecture va se dérouler comme une partie de poker. Sous entendu final: on va être super surpris par la révélation finale, on y aura vu que du feu, etc. Bref, la plus grande supercherie version littérature. Et je crois bien que c’est là le fin mot de l’histoire: supercherie. Car quelle déception de découvrir le « bouquet final ». On est loin d’une fin à la George R.R. Martin, ou même, pour taper dans du français qui débute, du Lionel Davoust.

Tuer le Père de Amélie NothombSeulement, finalement, ce n’est pas là ce qui m’a le plus déçu. Ce n’est peut être pas l’histoire du siècle, mais ça se lit et on a tout de même envie d’en savoir plus. Non, le plus décevant, c’est la couche dégoulinante de psychologie/philosophie de comptoir qui nous est servi. On s’en doute dès la lecture du titre, Tuer le père, l’auteur va surement nous parler philosophie et se baser dessus pour son histoire. Elle ne va pas s’en gêner, nous faisant du Freud stéréotypé, le tout en plaçant quelques mots clefs et références dites « savantes » (Nietzsche, Œdipe…), sans que cela n’apporte rien au contenu. Non, c’est juste pour avoir l’impression de lire un truc de vrais quoi. Du true. Et pour être sur que la similarité n’échappe pas à son lecteur, un de ses personnages va faire preuve d’autocritique en disant que ça correspond au complexe d’œdipe. Au cas où.

Bref au final, Tuer le Père d’Amélie Nothomb ne serait pas un livre aussi désagréable si son auteur n’était pas aussi huppée, et si on avait pas l’impression d’être face à une imposture plus que désagréable. 150 pages à tout casser, écrites en gros, avec des références placées pour placer des références, bref, juste ce qu’il vous faut pour briller en société, dire que vous « avez lu le dernier Nothomb » et que « Non mais Nietzsche l’avait dit » et autres « c’est son complexe d’œdipe ». Vivement celui de l’année prochaine.


Ces articles pourraient aussi vous intéresser:
6 commentaires, donnez votre avis !
  • Vladkergan a écrit le 18 octobre 2011 à 8 h 10 min:

    Perso ça dépend vraiment de ses romans. J’ai vraiment apprécié Hygiène de l’assassin, mais j’ai trouvé franchement plat Métaphysique du tube. Et j’ai l’impression que ce nouvel opus risque fort de ne pas trouver preneur chez moi.

    RépondreRépondre
  • boubou a écrit le 18 octobre 2011 à 11 h 01 min:

    hmmm jamais lu de livre d’elle encore, ça conforte bien les préjugés que je peux porter sur ses écrits… Et je plutôt rester avec mon petit chouchou Dennis Lehane et Un pays à l’aube, ses quasi 900 pages en petit caractère et son histoire à tomber… ^^

    RépondreRépondre
  • Stegg a écrit le 18 octobre 2011 à 11 h 28 min:

    « Amélie Nothomb déguisée » en Amélie Nothomb » Merci pour le fou rire, ce doit être du Grand Amélie Nothomb. En tous cas, j’en ai lu deux et soit elle livre la meilleure parodie de littérature égocentrique, soit s’en est la quintessence. Le problème, c’est que je ne suis pas sur que l’humour soit volontaire…

    RépondreRépondre
  • Arkania a écrit le 19 octobre 2011 à 23 h 09 min:

    J’ai détesté systématiquement chaque Nothomb que j’ai lu et même du Marc Lévy vaut mieux à mes yeux, au moins ça dure plus longtemps. Bref pas de surprise je ne lirai pas, et ça confirme mon opinion comme quoi Amélie Nothomb, c’est juste de bonnes grosses ficelles commerciales faites pour le lecteur lambda peu exigeant qui a envie d’un brin de philosophie de comptoir pour se sentir profond et intelligent.

    RépondreRépondre
  • dabYo a écrit le 21 octobre 2011 à 9 h 42 min:

    @Arkania: c’est ce que je me suis dit en lisant ce roman, après aucune idée pour les autres :p

    @boubou: disons que 150 pages ça me gêne pas si c’est… bien.

    @Stegg: c’est un peu les deux là j’ai l’impression :p

    @Vladkergan: Tu peux passer ton chemin je pense :)

    RépondreRépondre
  • Serena a écrit le 28 octobre 2011 à 0 h 18 min:

    A mes yeux c’est loin d’être son meilleur roman…^^

    RépondreRépondre
  • Donnez votre avis !

    Comment avoir son avatar sur ifisDead ?