D’extraction modeste, Scott Fitzgerald est un écrivain américain né en 1896 dans le Minnesota. L’héritage de sa mère lui permet néanmoins d’aller à Princeton, où il est profondément impopulaire (ce qui inspirera quelques très bonnes nouvelles plus tard). Il quitte rapidement l’université pour se consacrer à l’écriture, s’engage en 1917 et rencontre en 1918 la jeune femme qui deviendra sa femme, Zelda Sayre. Il écrit son premier livre à cette période et devient rapidement le représentant de sa génération. Il part vivre en France, y rencontre Hemingway, y écrit un de ses chefs-d’œuvre, Gatsby le Magnifique, mais aucune de ses œuvres ne se vendra jamais bien. Il écrit donc de nombreuses nouvelles pour s’assurer un revenu correct.

Tombe de Fitzgerald

Sur sa tombe et celle de son épouse, nous pouvez lire « Car c'est ainsi que nous allons, barques luttant contre un courant qui nous ramène sans cesse vers le passé. », citation de Gatsby le Magnifique.

Plus tard, Zelda (sa femme, pas le jeu) commencera à manifester des troubles mentaux importants, et à partir de 1926, elle est placée en maison de repos. L’alcoolisme et le manque d’argent commencent à user l’écrivain, et c’est à cette période qu’il écrit Tendre est la nuit, aboutissement de neuf ans de travail difficile, de semi-biographie, de transfert de certains passages de nouvelles, etc. Encore une fois, le succès financier n’est pas au rendez-vous, et en 1940, Fitzgerald meurt pauvre, laissant un roman inachevé, Le dernier nabab, alors que tous le croient déjà mort et que plus aucun de ses livres n’est en vente. Zelda ne lui survivra que quelques années, avant de périr brûlée vive dans un incendie. Il reste comme le chef de file de ce qu’on a plus tard appelé l’ère du Jazz, les Années folles, ou encore de la fameuse génération perdue, qu’Hemingway représente (il utilise d’ailleurs l’expression dans Paris est une Fête).

C’est de Tendre est la Nuit (Tender is the night) dont il est ici question. Aboutissement d’un lent travail en pleine misère et en plein alcoolisme, c’est un grand classique de la littérature américaine et c’est le genre de livre qu’on ne parvient pas à lâcher avant la fin. Le découpage est assez original, dans le sens où le livre est introduit par un personnage qui se révélera n’être pas le principal. Le livre est donc découpé en trois parties. La première partie commence par l’arrivée sur une plage cannoise de Rosemary Hoyt, jeune actrice en voyage après son premier succès cinématographique.

Elle fait alors la connaissance d’un groupe de personnes qui lui font forte impression par la classe et le charme qui émanent d’eux. Il s’agit de Dick et Nicole Diver, Abe et Mary North, et Tommy Barban. On comprend peu à peu que le groupe est surtout centré autour de Dick et Nicole, dont émane un charme inexplicable et puissant, presque surnaturel. On commence par croire qu’il s’agit de l’histoire de la perversion d’une jeune fille innocente par un couple vénéneux, façon Liaisons dangereuses, mais il ne s’agit pas du tout de cela. Rosemary jouera effectivement un rôle très important dans l’histoire des Diver, mais pas dans ce sens-là. On commence en effet, au cours de cette première partie, à comprendre que les Diver sont plus complexes que cette façade de perfection vestimentaire et comportementale. Et c’est l’histoire des Diver que l’on suit, au cours du deuxième livre, qui, en grande partie, raconte le passé des Diver et l’histoire de Dick, ce jeune psychanalyste doué et charmant, et sa rencontre avec une patiente, Nicole Diver, dont il finit par tomber amoureux.

L’histoire est complexe, depuis l’origine de la maladie de Nicole à sa situation financière d’héritière richissime (détail qui a son importance vu l’intérêt complexe que Fitzgerald portera toute sa vie au monde des riches, monde souvent mis en scène dans ses nouvelles), mais il est évident qu’il s’agit d’une partie très biographique de la vie de Fitzgerald. D’ailleurs, quasiment tout ce qu’écrit Fitzgerald, roman ou nouvelle, contient une grosse part d’autobiographie. Certaines scènes sont trop bien décrites, trop fortes, pour ne pas avoir été vécues. Enfin, le troisième livre raconte l’effritement du couple, la rechute de Nicole, mais aussi le vieillissement de Dick, qui s’aperçoit petit à petit qu’il est bien plus âgé que ce qu’il croyait ; Rosemary Hoyt joue un rôle dans tout cela et réapparaît, de même que tous les proches des Diver (les North, Barban…), mais expliquer exactement quel rôle ils jouent dans l’histoire serait trop long et gâcherait l’intrigue. Enfin, le livre se clôt sur la séparation inévitable des Diver, entre une Nicole enfin guérie et n’ayant plus besoin d’étai, Dick, vieilli, humilié sur plusieurs points, chassé par la riche sœur de Nicole comme un parasite, se découvrant à la limite de l’alcoolisme, son charme brisé, nostalgique, « refermant enfin ce dossier ».

Tendre est la Nuit de Fitzgerald

D’un bout à l’autre, ce livre est clairement magistral. Fitzgerald avait cette capacité, outre la construction de personnages forts et fouillés (particularité partagée par Hemingway, d’une autre façon), de pouvoir créer en deux ou trois phrases une ambiance particulière, de situer immédiatement une atmosphère et de faire ressentir parfaitement les sentiments des personnages, les malaises, les joies… Son style, un peu poétique, et qu’une remarque d’une ironie grinçante façon Henry James vient parfois émailler, rend parfaitement les émotions et les situations, l’état de stabilité mentale précaire de Nicole, ne pouvant survivre qu’en s’appuyant permanence à Dick ; l’indifférence relative envers les enfants ; le charme indéfinissable qui entoure Dick, agissant sur tout le monde et en particulier sur Rosemary Hoyt, qui finira d’ailleurs, étonnamment, à inverser le processus et à rendre Dick amoureux d’elle… La part autobiographique est peut-être pour beaucoup dans la force du roman, mais c’est en tout cas un livre vraiment superbe, et un classique à juste titre.

Encore un mot, pour parler des nouvelles que Fitzgerald a écrites au cours de sa carrière. Elles sont innombrables et ne sont d’ailleurs pas toutes excellentes (encore qu’il eût déclaré, avec justesse, qu’il était incapable d’écrire quelque chose de vraiment mauvais), mais le recueil Un diamant gros comme le Ritz (A diamond as big as the Ritz), reprend quelques-unes des plus belles nouvelles de Fitzgerald, dans un classement peu ou prou chronologique (premiers succès, au sommet de sa gloire, rétrospectives, déclin), comme la nouvelle éponyme, Une décade perdue, Un dimanche de Fous, une Femme sans passé, le Garçon Riche, Retour à Babylone, etc. D’excellentes nouvelles, reprenant les caractéristiques stylistiques décrites plus haut. Le recueil peut très bien servir d’introduction à l’œuvre de cet auteur particulier. Ses dernières nouvelles, beaucoup plus courtes, beaucoup plus sèches, comme un cas d’alcoolisme ou Une décade perdue, sont vraiment à lire.

Enfin, la Félûre, un autre recueil de nouvelles comportant entres autres la nouvelle éponyme, une des ses plus célèbres et de ses plus poignantes histoires, peut aussi être lu sans hésitation aucune.


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  • Moomine a écrit le 25 août 2009 à 14 h 11 min:

    Tu m’as donné envie de lire ce livre que je ne connaissais pas. (Je ne connaissais que Gatsby) J’en suis à la centième page et il me plait énormément. Merci pour cette découverte!

    Sinon, question littérature américaine, derniérement j’ai lu Le bruit et la fureur de Faulkner et Sexus de Miller. Je conseille les deux, se sont de supers livres!

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