Skin Trade de George R.R. Martin

Ne pas vendre la peau du Loup avant de l'avoir tué

dabYo dans Critiques, Livres le 14 août 2012, avec 2 commentaires
Critiques

Skin Trade est le troisième livre que les éditions ActuSF nous proposent pour (re-)découvrir le travail de George R.R. Martin avant son époque Le Trône de Fer. On avait eu droit auparavant à deux très bons titres, la novella Le Volcryn qui m’avait d’abord séduit, puis le recueil Dragon de Glace avec ses quatre excellentes nouvelles. Du coup, j’avais très hâte de lire ce Skin Trade. Composé d’une unique nouvelle, éponyme et sortie en 1989, ainsi que d’une présentation de l’auteur, nous pouvons donc commencer par un synopsis.

Skin Trade de George R.R. Martin

Willie n’est pas très fringant, plutôt gringalet, souffre d’asthme et pour couronner le tout, exerce le métier d’agent de recouvrement. Il se sent pourtant comme un poisson dans l’eau dans sa ville rongée par la désindustrialisation, où la misère est commune et les fameuses cartes en plastique permettent de dépenser de l’argent que l’on ne possède pas. Autant dire que si l’âge d’or de la ville est passé depuis longtemps, celui de Willie bat son plein. Enfin, jusqu’à ce qu’une série de meurtres semblent étrangement liée à lui…

J’ai entamé Skin Trade une fois de plus sans trop savoir à quoi m’attendre. Quand on s’attèle à un George R.R. Martin, on se renseigne le moins pour garder le plus de surprise. Et j’ai franchement bien fait. La novella fait entre 120 et 140 pages, un peu plus longue que Le Volcryn, on quitte ici la Science Fiction pour découvrir l’auteur dans un mélange d’Urban Fantasy et de Policier. Et sans aucun doute une des meilleures novella du genre que je n’ai jamais lu.

Dark Visions avec George RR Martin, Stephen King et Dan Simmons

On peut dire que la nouvelle était plutôt bien accompagnée

Dès les premières pages, Martin réussit à rendre vivant ses deux personnages principaux, Willie et Randi. On aperçoit très vite leur personnalité, et elles sont comme d’habitude avec l’auteur très bien travaillées. Mais ce qui marque le plus, finalement, c’est à quel point la ville qui nous est présentée prend vie. Enfin, si on peut parler de vie. C’est plutôt ses grandes rues reflets d’une opulence passée mais depuis désertées qui viennent à l’esprit. Les descriptions, loin d’être la majeur part du récit, sont suffisamment précises et bien placées pour tout de suite laisser imaginer au lecteur les rues crades et abimées de la ville de Willie.

La ville fait office ici de troisième personnage. Une ville terreau d’une corruption complète qui y a prit racine depuis bien longtemps et dont les conséquences ne se feront voir qu’une fois la série de crimes arrivée.

Ces crimes vont d’ailleurs très rapidement faire monter la tension de lecture. Avouons le tout de suite, Skin Trade n’a pas été publié dans un recueil d’Horreur pour rien, sa lecture fait peur. On suit un Willie dont le comportement très proche de la paranoïa gagnera peu à peu le lecteur. Forcément, dans une ville où toute personne semble être corrompue, il y a de quoi flipper. Le style de Martin ainsi que le registre de langue employé par les personnages est plutôt très cru, ce qui renforce la violence et la tension qui ressortent du texte.

Skin Trade de George R.R. MartinLa novella est suivie d’une biographie de l’auteur de quelques pages, qui pourra être intéressante pour ceux qui ne connaissent pas l’auteur. Vient ensuite une présentation du Trône de Fer qui malheureusement, fait plus office de bourre-pages qu’autre chose. Une description des personnages principaux de la série était-elle vraiment nécessaire ? Reste que la couverture d’Andrew Brase est très bien choisie, et que la traduction d’Annaïg Houesnard est d’un bon niveau et rend la lecture agréable.

Au final, Skin Trade est certes vendu à un prix élevé compte tenu du petit nombre de pages, mais la qualité est plus qu’au rendez-vous et le compense largement. Martin arrive à garder le suspens jusqu’aux dernières pages de ce mélange de Policier, d’Horreur et d’Urban Fantasy, tenant son lecteur en haleine jusqu’au dénouement, à la limite de la frustration de quitter si vite un univers si passionnant. D’un bien meilleur niveau que Le Volcryn, Skin Trade se lit d’une traite, ne faiblit d’aucun temps mort et n’a pris aucune ride. On en veut encore.


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2 commentaires, donnez votre avis !
  • Vladkergan de Vampirisme.com a écrit le 14 août 2012 à 9 h 54 min:

    Je suis totalement du même avis. Acheté à un moment où je voulais prendre un peu de recul avec la littérature aux dents longues, je ne l’ai finalement lu qu’il y a quelques semaines (et ça doit être le premier Martin que je lis, même si Riverdream est bien évidemment dans ma PAL). Une superbe réussite en tout cas. Je vais quand même voir à me pencher sur le Volcryn, qu’on avait acheté en même temps.

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  • dabYo a écrit le 14 août 2012 à 10 h 20 min:

    @Vladkergan de Vampirisme.com: Arg, j’ai peur que tu sois très déçu par le Volcryn si tu as déjà lu Skin Trade. C’est certes une bonne novella, mais avec le recul, je pense que j’aurai été assez déçu en ayant lu dans l’autre sens. En tout cas, ne t’attends pas à un texte de la même qualité que Skin Trade.

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