Self Made Man de Poppy Z. Brite

Serafina dans Critiques, Livres le 20 octobre 2009, avec 5 commentaires
Critiques

Self Made Man est un recueil de nouvelles de Poppy Z. Brite. Il est édité au Diable Vauvert et est une de ses œuvres les plus aisées à trouver, avec son dernier roman, Alcool, vu qu’ils sont tous deux à la Fnac. Il s’agit de douze nouvelles dans le plus pur style de Brite, de la Brite des années 90 j’entends, c’est à dire, gore, sexuel, violent et décalé. On est au cœur de l’Amérique, mais l’Amérique des laissés pour compte, des perdus, des oiseaux noirs comme elle les appelle.

Self Made Man de Poppy Z. Brite

Le livre commence avec une introduction pour le moins décalée et totalement hallucinée de Peter Straub, que j’ai eu du mal à suivre, mais qui vous met tout de suite dans l’ambiance. L’ambiance un peu sale de la Nouvelle Orléans, un peu paumée, carrément barrée même par bien des aspects.  Comme les autres oeuvres de l’auter de cette époque (Corps Exquis, Ames Perdues), le livre est à déconseiller aux personnes sensibles car si les scènes de sexe ultra explicite, l’homosexualité, les déviances diverses vous dégouttent alors abandonnez toute idée de lire ce bouquin. Poppy n’est pas le genre d’écrivain à faire dans la dentelle, il faut appeler un chat un chat (et sachez que j’ai résisté à vous faire un très mauvais jeu de mot là).

Il n’y a pas de complaisance, les mots sont les mots, la vulgarité (si on peut dire) est là, car elle sied l’ambiance. Il aurait était bien étrange de lire des mots soutenus pour ce qui est décrit dans le livre. Et au contraire je trouve même que ce vocabulaire familier, voir vulgaire donne tout son charme aux nouvelles, oui c’est assez paradoxal, mais Brite réussit à faire de l’or avec les substances les plus basses. C’est malsain, c’est sombre, c’est du Brite.

Poppy Z. Brite

Poppy Z. Brite

C’est aussi ce qui fait sa force. Je n’ai jamais lu d’autre écrivain capable à ce point de déranger et de décrire des ambiances malsaines, Bukowski à coté, c’est de la limonade. Poppy Z. Brite a un talent indiscible et indéniable. C’est une des plus grandes auteurs de la littérature d’horreur, mais je préfère vous prévenir, je n’ai pas envie que vous me teniez pour responsable de la nouvelle peinture de vos toilettes.

Il s’agit la d’un recueil sans réel fil directeur. Certaines des nouvelles sont des commandes, d’autres des collaborations, certaines autres ont été rédigées pour des anthologies. Du coup, la qualité est un peu inégale. Certaines nouvelles ont un niveau en deçà des autres et des habitudes qu’on peut avoir quand on connaît l’auteur. Cependant, ça reste du Brite, c’est à dire un très bon style , une fluidité très présente. Il faut le dire certaines manquent de peps. Certaines aussi vous sembleront un peu des redites si vous avez lu le reste de sa bibliographie, je pense notamment une nouvelle très nécrophile (Self Made Man, pour la citer),qui n’est pas sans rappeler Corps Exquis, en plus soft. Cependant les amateurs retrouverons avec un grand plaisir  Trevor et Zach les deux héros de Sang d’Encre. Et puis surtout, on retrouve les deux personnages les plus emblématiques de l’auteur: Steve et Ghost, de son roman Ames Perdues , dans la nouvelle America.

Pour le reste c’est très éclectique, de la mafia de  Honk-Kong à une nouvelle sur le Tueur à la Hache (seul tueur en série de la Nouvelle Orléans), on y découvre des facettes inconnues de Brite. Ces deux histoires sont d’ailleurs à mon avis en dessous des autres, mais il faut aussi dire qu’elles sont plus softs. Bien évidemment, en plus de l’horreur, de la drogue et du sexe, l’humour n’est pas absent. Un humour assez spécial il faut le dire, mais plutôt décapant. La réplique « Jesus t’aime. Oui mais t’aime-t-il assez pour avaler ? » fait partie des meilleures tous bouquins confondus . Enfin, ça vous donne une idée de l’ambiance.

Self Made Man est un très bon moyen de découvrir Poppy Z. Brite. De vous donner une petite idée de son ambiance de son monde et de son style. Un recueil qui se dévore, sans faim. Et c’est un vrai plaisir pour le fan de se replonger dans cette ambiance si particulière qui fait la force de l’auteur.


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5 Comments, donnez votre avis !
  • Céline C. a écrit le 20 octobre 2009 à 14 h 31 min:

    Tient, c’est marrant mais j’ai du Brite dans ma liste d’achat pour novembre. Par contre, je pensais me lancer avec Les âmes perdues ou Corps exquis (autant rentrer dedans direct), mais là à voir.
    Et puis le bouquin a de la gueule je trouve! Je deviens de plus en plus sensible aux belles couvertures moi… ^^

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  • Seraf' a écrit le 20 octobre 2009 à 17 h 16 min:

    La couverture Folio SF de Ames perdues est encore plus belle =D. Je te conseillerais quand meme Ames Perdues comme premier contact, je sais pas pourquoi, peut etre parce que j’ai commencé la XD.

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  • Céline C. a écrit le 20 octobre 2009 à 20 h 27 min:

    Bon ben trop tard, je l’ai acheté… XD
    M’enfin rien ne m’empêche de choper Ames perdues, surtout si tu dis que la couverture est belle… :D

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  • dabYo a écrit le 20 octobre 2009 à 22 h 25 min:

    @Céline C.: d’autant que le livre est bien ;) (critique de moi sur le blog :D)

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  • Dans la Lune » Self-Made Man (Poppy Z. Brite) a écrit le 3 décembre 2009 à 14 h 34 min:

    […] lisant la – bonne – critique de Self Made Man sur If is dead, j’ai eu envie de me jeter à l’eau et enfin, de découvrir l’univers de […]

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