Sans nouvelles de Gurb de Eduardo Mendoza

aka oni dans Critiques, Livres le 20 mars 2011, avec 1 commentaire
Critiques

Assez peu connu en France, Eduardo Mendoza est un auteur plutôt populaire en Espagne. Né en 1943, cet auteur catalan a été traducteur et avocat avant de se mettre à l’écriture et il rencontre alors un succès critique indéniable. Mendoza est considéré comme un des auteurs les plus représentatifs du mouvement littéraire post-franquisme, dans un style qui retourne à une forme plus classique du roman. Dans ses œuvres les plus connues, on citera Le mystère de la crypte enchantée ou encore La ville des Prodiges. C’est un autre de ses romans que j’ai récemment lu : Sans nouvelles de Gurb.

Sans nouvelles de Gurb de Eduardo Mendoza

Pourtant, on n’est pas, avec ce roman, dans une structure très classique de la narration, puisqu’il est écrit comme un journal de bord, jour par jour et heure par heure. Mais d’abord, mieux vaut résumer le scénario. Ce dernier est plutôt simple : deux extra-terrestres, le narrateur, dont on ne connaîtra jamais le nom, et Gurb, atterrissent sur Terre, non loin de Barcelone (apparemment toujours très présente dans les différentes histoires de l’auteur). Ils sont sur Terre pour remplir une mission dont la nature nous est inconnue et est de toute façon très secondaire. Dans l’intention de prendre contact avec les humains –  une partie de la fameuse mission –, Gurb, qui, comme le narrateur, est une « intelligence pure », prend la forme d’un être humain, selon les recommandations de l’ordinateur de bord. C’est donc tout naturellement sous les traits de Madonna que Gurb va aller explorer Barcelone. Et ce dernier ne va rapidement plus donner aucune nouvelle, obligeant le narrateur à aller lui-même explorer la ville.

C’est certes un scénario plutôt simpliste, mais il permet évidemment de donner lieu à des situations comiques à répétition, à mesure que Gurb découvre les mœurs humaines… Il est apparemment décrit comme un roman à la fois burlesque, mais surtout comme une « satyre de la société moderne ». Pour être tout à fait honnête, d’accord pour le burlesque, mais en termes de critique de la société, on repassera. L’auteur lance des piques contre elle, mais de manière franchement peu subtile, presque naïve, bref, c’est trop gros pour prendre, avec des passages du genre : «  Je décide que l’argent ne fait pas le bonheur, je désintègre tout ce que j’ai acheté et je continue ma promenade les mains dans les poches et le cœur léger ».

Heureusement, ces petites phrases un peu ridicules n’abondent pas. Là où le roman révèle toute sa saveur, c’est dans l’humour absurde, dans le burlesque. Eduardo Mendoza sait s’y prendre pour placer Gurb dans des situations totalement improbables, à la mesure des différentes apparences humaines qu’il emprunte. D’ailleurs, au fur et à mesure que le livre avance, l’humour évolue ; d’abord gentiment moqueur, il bascule, dans la seconde moitié, dans un humour totalement absurde. Sur la fin du roman, on tombe même dans l’incohérence totale, mais l’auteur sait où il va, et malgré une utilisation peut-être un peu trop poussée du comique de répétition (quoique toujours savoureux), la quasi-totalité du roman est franchement marrante. Bon, il y a bien un petit creux assez peu inspiré vers le milieu du livre, mais pas de quoi se l’interdire.

Sans nouvelles de Gurb de Eduardo MendozaAu niveau du style d’écriture lui-même, Sans nouvelles de Gurb est donc présenté comme un journal de bord ; les phrases sont souvent courtes, assez incisives, la lecture est rapide et l’auteur ne se perd pas dans des descriptions à la Zola. Le narrateur est concis. Malgré tout, certains passages ne sont pas vraiment nécessaires et sonnent creux ; certaines réactions du narrateur ne collent pas vraiment avec sa personnalité extra-terrestre, on se demande un peu pourquoi il réagit ainsi, avant que le roman ne retrouve sa ligne directrice, quelques lignes plus bas. C’est assez dommage, ça nuit un peu au plaisir de lecture.

Sans nouvelles de Gurb est un roman est assez court (125 pages), et se lit très vite ; bref, une manière plutôt agréable d’occuper deux ou trois heures. Ce n’est certainement pas un chef-d’œuvre, mais étant donné qu’il se lit vite et qu’il est plutôt bref, il serait franchement dommage de s’en passer. Certaines parties sont quand même excellentes, complètement délirantes, et rien que pour ça, ça vaut le coup de le lire.


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  • Guillaume44 a écrit le 20 mars 2011 à 22 h 47 min:

    J’avais adoré ce petit livre, que j’avais lu en espagnol. Je suis ravi de le voir chroniqué :)

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    Comment avoir son avatar sur ifisDead ?