Route 666 de Roger Zelazny

Serafina dans Critiques, Livres le 20 février 2018, avec aucun commentaire
Critiques

Route 666 est un court roman de Roger Zelazny dont vous connaissez probablement le nom pour sa saga des princes d’Ambre. Aussi appelé Les Culbuteurs de l’Enfer lors des premières traductions FR dans les années 70 (et Damnation Alley en VO), ce roman est une des inspirations derrière Mad Max, récemment réédité aux éditions Helios avec une traduction de Thomas Bauduret et une magnifique illustration de Darkeen. Synopsis ?

Hell Tanner est un criminel, un Hell’s Angel sans foi ni loi dans une Amérique dévastée par la guerre atomique, où les compteurs Geiger s’affolent. La personne idéale donc pour accepter un deal consistant à traverser les Etats Unis le long de la route (6)66 à la tête d’un convoi blindé pour apporter à Boston un remède qui sauvera la ville.

Ce roman d’une centaine de page est un roman qu’il est difficile de lâcher ne serait-ce que par sa construction. Pas de chapitres, pas de saut de ligne, tout est condensé, donnant en quelque sorte un sentiment d’urgence à cette fuite en avant le long de la route 666. Si vous avez déjà lu Zelazny, vous connaissez sa plume. Simple mais jamais simpliste, allant à l’essentiel, épurée mais pourtant capable de nous transporter dans n’importe quel univers en quelques phrases. Et c’est le cas ici. La Californie où commence l’action est dévastée, les alentours ne sont que tempêtes, animaux mutés et autres chauves souris mortelles de la taille d’un petit avion. Du désert, des gros véhicules blindés et anti-radiations, de la poussière, des compteurs Geiger et un héros bourrin qui ne prend pas de pinces mais qui a un certain code de conduite. Evidemment, depuis on a vu Mad Max, et d’autres road trips post apocalyptiques, alors notre cerveau est prêt et nous emmène directement sur cette route 666 poussiéreuse. En quelques mots, nous sommes dedans, nous roulons à tombeau ouvert.

Tenant plus de la novella que du long roman, les personnages secondaires vont et viennent, sans forcément d’autre intérêt que servir l’histoire et sans trop de développement. Nous suivons surtout Hell, et la vraie héroïne : la route. Road-book par essence, le héros ici c’est le chemin, c’est cette route qui fera évoluer Hell, qui mettra parfois à mal ses principes mais qui lui permettra aussi de se révéler, car de prime abord il est peu attachant et puis on finit par apprécier ce protagoniste et son sens de l’honneur. Après une longue route, sur la fin, le roman se transforme peu à peu en essai, parfois à la limite de l’essai philosophique, un poil trippé, et ce petit passage avant la conclusion de l’histoire, sorte d’intermède et de morale m’a un peu vu décrocher.

C’est un roman court mais que j’ai beaucoup apprécié et que je ne peux que vous recommander si vous aimez les univers post-apocalyptiques, les courses en avant et le style très particulier de Roger Zelazny. Longtemps introuvable, le roman est désormais disponible dans toutes les librairies, c’est l’occasion de le découvrir et de voir que Zelazny a été un auteur prolifique bien au delà de son cycle d’Ambre et une pierre angulaire des littératures de l’imaginaire d’aujourd’hui.

 


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