Il y a des livres qu’on commence avec un peu d’appréhension. Parfois parce que l’on adore l’auteur, d’autres fois parce qu’on sait que l’auteur a écrit quelques mauvais livres, ou tout simplement parce qu’on a de mauvais aprioris. Et d’autres fois, c’est parce que l’auteur vient d’un tout autre genre. Et c’est bien le cas de Maïa Mazaurette, dont la biographie contient Rien ne nous survivra, un titre de Science Fiction, aux côtés de La revanche du Clitoris, et Peut on être romantique en levrette. Eh oui, le genre littéraire majeur de Mazaurette n’est pas forcement celui qu’on attendrait d’un auteur de SF publié par les éditions Mnémos. Du coup, on appréhende le livre, on se demande ce qu’on va bien pouvoir y trouver, hm, et si on se faisait un synopsis ?

Rien ne nous survivra, Le pire est avenir, Maïa Mazaurette

Ça a d’abord commencé avec des agressions, puis avec les tracts des Théoriciens, pour devenir une vraie guerre civile. Les jeunes ont décidé de se débarrasser des vieux, l’âge limite a été fixé à 25 ans. Avant, on est trop jeune pour mourir. Après, trop vieux pour vivre. La France s’est donc retrouvée divisée en deux, et sa capitale plus que tout le reste, avec d’un côté de la Seine le camp des jeunes, opposé à celui des vieux, de l’autre côté. Le périphérique est complètement miné et les factions jeunes se déchaînent pour tuer du vioc. Les narcisses d’un côté, les amazones, les 13 ans, les noëlistes… Ils sont tous de la partie, tous unis contre les vieux malgré le manque cruel de vivres et les mauvaises conditions de vie. Leur objectif ? Tuer le plus de vieux avant que l’Union Européenne ne débarque pour arrêter ce parricide.

Le roman s’articule donc autour d’un compte à rebours, celui de l’intervention des forces militaires externes à la France, chaque chapitre représente un jour, on commence à J-100 pour arriver au final. Nous connaissons donc déjà l’issue des combats: la défaite du mouvement rebelle organisé par les jeunes contre les vieux. Nous suivons l’histoire de deux snipers des rangs jeunes, Silence et L’immortel. Deux pseudos donc, car les jeunes ont abandonné leur prénom dès le début de la rébellion. Silence est l’idole des jeunes, c’est lui qui a fait les plus grands coups contre l’adversaire et il était là depuis le début de la guerre. Sauf que voilà, son pseudo n’est pas anodin: personne ne sait qui il est, que ce soit son sexe, ou bien son apparence. Sa seule marque de fabrique, c’est de ne pas revendiquer ses meurtres. Mais un beau jour, la copine de l’Immortel revendique une superbe attaque faite par Silence.

Le pire est Avenir de Maïa Mazaurette

Le pire est Avenir de Maïa Mazaurette est une première version de ce roman, publié en 2004

S’ensuit donc une course poursuite entre les deux snipers, une sorte de vengeance pour l’un, un amusement pour l’autre. Nous les suivons tous deux tour à tour, dans un style à la première personne. Il est au début très difficile de se repérer et je n’ai compris qu’au bout d’une dizaine de chapitres que je suivais deux personnages différents, et que ces personnages étaient de sexe masculin ! Il faut dire, les chapitres sont au style direct, à la première personne, les personnages se limitent à ce qu’ils voient et ressentent au moment où on les suit. Une succession d’ellipse donc, sur lesquelles ils reviennent parfois, pas souvent. Mais dès qu’on a compris le mécanisme et qu’on remarque que l’un parle de l’autre, alors tout prend son sens et on commence à se faire prendre au jeu. Entre leurs monologues à la première personne, on a le droit de temps à autre à des tracts imprimés par les théoriciens.

Ces tracts nous laissent comprendre les raisons de la révolte, ce qui a amené cette anarchie sur la France. Et il faut dire que ces textes sont d’autant plus gênant qu’ils rappellent que le monde dont Maïa Mazaurette parle est le notre: celui de la société française. Ce sont des tracts qui remettent en cause ce que nous considérons comme normal: le fait que nos parents nous donnent un prénom, qu’ils nous aiment, que nous leur ressemblions, qu’ils nous prennent souvent comme la continuité de leur existence, qu’ils fassent des choix pour nous, qu’ils nous en imposent d’autres, etc. Des choses que les jeunes du livre refusent d’accepter et qu’ils considèrent comme la preuve même que les vieux refusent de mourir et cherchent toutes les raisons qui puissent exister pour continuer de vivre. L’embrigadement des jeunes, le fait de devoir exercer le métier de ses parents, etc, tout est mis à vif et il faut dire que cela fait beaucoup réfléchir. On se retrouve parfois à acquiescer à ce qui est écrit tout en se demandant si ce n’est pas normal. Les mots sont plus que troublants, la haine de l’âge fait réfléchir, etc. On trouverait presque les tracts convaincants, alors qu’ils n’incitent qu’au meurtre des vieux. Et d’un autre côté, on est partagé et on trouve le tout ridicule…

Rien ne nous survivra est donc un livre qui met drôlement mal à l’aise, car il peut presque nous arriver de considérer le mouvement jeune -c’est à dire le meurtre de toute personne de plus de 25 ans- comme juste. Or, c’est contraire à toutes les règles que nous respectons, à la morale, etc. Bref, on se met à réfléchir, à se poser des questions, puis à voir les limites, les avantages, l’absurdité, etc. Comme tout roman de Science Fiction qui se doit, c’est donc une belle critique de la société, qui se fait aussi au fur à mesure auto-critique, où l’on voit que les jeunes ont beau dire, leur herbe n’est pas plus verte que celle des autres.

Rien ne nous survivra, Le pire est avenir, de Maïa MazauretteAu fur et à mesure que nous progressons dans l’histoire, la relation entre les deux snipers se fait de plus en plus forte, la tension est à son comble et on est vraiment happé par ce duo. J’avoue avoir dévoré les dernières pages, et lu le livre en deux jours. J’ai vraiment énormément aimé et le style de l’auteur, les ellipses et la découpe du livre est vraiment prenante. Certes, on a parfois l’impression qu’il ne se passe pas tant de choses que ça, qu’on est dans une sorte de blocus, mais quand même. C’est haletant, prenant, envoutant. Le côté fantastique de la fin fait au début  cheveux sur la soupe, puis fini par passer. On ressent bien l’ambiance et les situations, ce qui aide énormément. On fini par s’attacher aux personnages. On est tiraillé à de nombreux moments, lequel doit on supporter ? Silence ou l’Immortel ? Il y a peu de personnages secondaires qui ont leur importance, mais certains m’ont vraiment touché. Ou plutôt, je me suis senti proche d’eux, et triste lorsqu’ils étaient amenés à disparaître.

En cherchant des critiques sur le net, je n’ai su qu’en trouver des négatives. De nombreuses attaquent le livre sur la forme, que j’ai trouvé tout à fait appropriée. D’autre lui donne le qualificatif de soufflé, avec un départ intéressant mais un traitement tout à fait mauvais. J’avoue ne pas comprendre ces critiques, car Rien ne nous survivra m’a beaucoup plu. Une très agréable façon de commencer l’année 2010, et je ne peux que vous le recommander !


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6 commentaires, donnez votre avis !
  • Mandrag' a écrit le 12 janvier 2010 à 18 h 01 min:

    Je note, je pense enfin avoir trouver un livre de SF qui pourrait me plaire
    Il a l’air très prenant, en effet
    d’autant plus que, en dehors de la morale bien sur, les arguments des jeunes contre les vieux ne sont pas si bête…

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  • dabYo a écrit le 12 janvier 2010 à 18 h 45 min:

    @Mandrag’: c’est vraiment une des grandes forces du roman… Je sais pas si ça a déjà été exploité par d’autres romans de SF, mais c’est vraiment frappant quand tu lis… Enfin tu verras par toi même j’espère qu’il te plaira autant qu’à moi ! :D

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  • Seraf' a écrit le 12 janvier 2010 à 19 h 09 min:

    Vu l’enthousiasme du lecteur, je pense que je le lirais ^^

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  • Soors a écrit le 27 août 2010 à 11 h 55 min:

    +1

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  • michèle a écrit le 14 novembre 2011 à 14 h 54 min:

    à ton âge je lisais Le Jardin D’acclimatation d’Yves Navarre, ou ilécrivaitC’est un tres bon bouquin , que j’ai lu il y a longtemps , lors d’une intense amitié avec un compagnon d’études , qui était homo , et qui est mort maintenant.C’est lui qui m’a fait découvrir ce livre qui parle d’homosexualité , dans une « bonne famille catho «  »qui se termine par un traite:un jour , j’écrirai un roman de 100 000 pages qui s’intitulera Le Père Immobile , en exergue , j »annoncerai  » c’est l’histoire d’un père assassin qui n’a rien trouvé de mieux pour tuer ses enfants que de les laisser vivre »l’expression est de lui .Suivront 100 000 pages blanches qu’on ne me laissera pas écrire, refusées d’avance , je te les dédie.A bientôt, quand tu me liras.Echappe-toi, car tout nous biffe.Ton frère.

    C’est un bouquin que j’ai lu sur les conseils d’un copain d’étude homo , qui est décédé du HIV , c’est l’histoire d’un jeune homme « de bonne famille » homo , et cela se termine par un traitement radical: lobotomie…

    il écrivait aussi un texte intitulé:Les Planeurs

    Couchés toi et moi
    La colline est de craie
    Couchés , toi à coté de mio
    Guettons le ciel et les planeuts
    Ils surgiront là
    Ala crête de craie
    Là uo le ciel bascule
    Limite
    Il en surgira un , puis deux
    Et trois.
    Tu me serrera la main.
    Ce rêve je l’ai fait hier.
    Je l’écris au futur.
    Le présent des planeurs nous est interdit.

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  • Shikihayat a écrit le 21 février 2013 à 22 h 05 min:

    Un livre que j’ai trouvé génial. Dérangeant mais impossible à lâcher une fois qu’on l’a commencé. Les personnages principaux sont compliqués et dérangés à souhait et leur relation évolue vers un truc un peu bizarre mais tellement passionnant. Effectivement le côté science-fiction n’arrive qu’à la fin si bien que j’ai été plutôt surprise car j’avais oublié que c’était un livre de ce Genre. ^^ Mais ça ne gâche rien au contraire ! Bref, un livre à lire.
    P.S : A noter, l’humour est bien présent dans ce livre et c’est bon ! :D

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