Qu’a-t-elle vu, la femme de Loth ? est le premier roman de Ioànna Bourazopoùlou, auteur grecque, à être traduit en français. Récemment publié par les éditions Ginkgo, ce roman rattaché à la Science-Fiction a été écrit en 2007 et est arrivé sur notre pile à lire par biais de Babelio. Avec sa couverture sobre, une image d’architecture classique et des arches, presque terne, il faut avouer que le bouquin ne m’aurait pas réellement sauté aux yeux en librairie. Mais bon, vous savez ce qu’on dit sur les couvertures… Synopsis.

Qu’a-t-elle vu, la femme de Loth ? de Ioànna Bourazopoùlou

Il y a dix ans pour des raisons que l’on ignore encore, la mer Méditerranée a débordé et recouvert une partie de l’Europe. Des peuples entiers se sont déplacés, des nations ont disparu. Depuis, Paris est devenu le port le plus moderne du monde, et le sel violet est sorti des entrailles de la terre pour être exploité par la Compagnie des Soixante-Quinze. Multinationale dont le pouvoir sur le monde a augmenté avec son addiction au sel noir qu’elle est la seule à extraire et exploiter depuis une Colonie coupée du monde. Car cette Colonie pour ne pas altérer la qualité du sel, se doit de vivre comme au XIXème siècle, sans électricité ni modernité, complètement hors du temps.

Je dois avouer que je n’avais vraiment aucune idée du sujet du livre en l’ouvrant. La couverture n’indique rien quant à son contenu, et pour cause, puisqu’on penserait plus à quelque chose d’historique qu’à de la Science-Fiction. Il faut dire qu’on est bien loin des stéréotypes du genre, et à la décharge de son concepteur, une fois le livre lu on constate que la couverture voit plutôt juste. Nous allons vivre là une sorte de retour dans le temps. En effet, la Colonie si elle existe dans notre futur, fait vivre ses habitants comme il y a plus de cents ans. Pas d’électricité, des conditions plus que précaires et une communication qui se fait par bateau courrier… Autant dire que les ordres de la Compagnie arrivent en général bien 6 semaines après les évènements.

Mais ce n’est pas pour autant un retour dans le passé, car la façon dont sont gérés ces hommes est vraiment moderne. Enfin, moderne dans le sens où elle se rapproche de ce que l’on peut parfois entrapercevoir dans les différentes techniques de management du personnel, de ce que nous craignons que cela devienne. Qui n’a pas entendu parler des dérives d’Orange ? La Compagnie est bien pire. C’est d’ailleurs là étonnamment l’un des premiers thème de notre livre. Je dis étonnamment car encore une fois, ce n’est pas ce à quoi je m’attendais vis à vis du titre. Pour pouvoir prévoir les actions de ses employés qu’elle ne peut contrôler qu’à distance et par courrier, la Compagnie utilise tout ce qui est à sa disposition pour les manipuler: conditionnement psychologique, suppression de le propriété, règlement stricte et inhumain… Tout est bon à prendre. Attention, il est à noter que contrairement à ce qu’on peut redouter dans ce genre de romans, il ne s’agit pas d’une tribune primaire, mais plutôt extrêmement bien construite.

Le récit de Ioànna Bourazopoùlou est d’une très grande qualité. L’auteur arrive à donner vie à cette Compagnie et à son management, à ces Soixante-Quinze que l’on ne connaît pas et qui semblent réussir à prévoir les moindres faits et gestes de leurs employés. C’est très difficile à expliquer, et il faut lire le roman pour bien comprendre ce principe de Compagnie omnisciente. On retrouve dans notre histoire assez peu de personnages, outre les six ou sept principaux, les autres n’interviennent qu’en temps qu’employé. Même nos « héros » ne sont pas réellement personnifiés à ce niveau, chacun portant un pseudonyme, mais étant principalement connus pour leur fonction au sein de la Colonie: Juge Bateau, Prêtre Monténégro, etc… Cela dit, chacun d’eux a une personnalité assez bien retranscrite, on ne les confond pas et les reconnaît aisément à leur façon d’écrire.

En effet, Qu’a-t-elle vu, la femme de Loth ? est presque ce qu’on pourrait appeler un roman épistolaire, nous allons en effet vivre un temps dans la colonie à travers des lettres qu’ont écrites chacun des protagonistes suite à un évènement particulier. La narration est donc faite en général à la première personne, de manière assez descriptive. Les personnages couchent sur le papier leurs émotions, ce qui nous permet de plonger avec eux dans une sorte de folie paranoïaque. Vraiment très addictive, c’est cette folie et le mystère qui en découle qui va nous pousser à dévorer les pages du roman. Une fois l’amorce faite, on n’arrive d’ailleurs plus à s’en décrocher.

Qu’a-t-elle vu, la femme de Loth ? de Ioànna BourazopoùlouAutour de cette dérive dans la folie de nos cinq personnages principaux, on retrouve Books. Personnage introverti, il semble s’être coupé du monde depuis que la Mer Méditerranée a englouti les six personnes qui lui étaient chères. C’est avec lui que nous découvrons les cinq lettres, que nous les lisons, et que nous tentons de comprendre afin d’en faire part aux Soixante-Quinze. C’est avec lui que nous aurons droit à un superbe final, sorte de génie à l’état pur. Une vraie merveille.

Au final, je dois dire que ce premier roman traduit de Ioànna Bourazopoùlou m’a réellement surpris. D’abord par le thème abordé, par la façon dont ce dernier est traité, loin des sentiers battus. Puis surtout par ses personnages travaillés, cette Compagnie tentaculaire que l’on découvre avec horreur et qui nous fait froid dans le dos. Non vraiment, Qu’a-t-elle vu, la femme de Loth ? est une réelle surprise que je ne peux que conseiller.


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  • Mylouki a écrit le 19 septembre 2011 à 14 h 19 min:

    …. depuis que j’ai vu le titre du bouquin dans les chroniques précédentes… une question me brûle les lèvres … « et alors elle a vu quoi la femme de Loth ????? » …. ok je retourne dans mon coin….

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