Ernest Hemingway, né en 1899 et mort par sa main en 1961 pour échapper à l’impuissance et à la folie naissante, est un des auteurs américains les plus connus. Fils d’une famille nombreuse, pratiquant la chasse très jeune, c’est vers le journalisme qu’il décide de s’orienter en 1917. Ça tombe plutôt bien, il y a comme un conflit de l’autre côté de l’Atlantique. Hemingway parvient à s’engager en 1918. Rapidement blessé, hospitalisé, il survivra au conflit. Plus tard, il s’engage comme journaliste dans la seconde guerre mondiale, aux côtés des Républicains, en Espagne. Il voyagea énormément dans sa vie, créant un peu la figure de l’écrivain aventurier, baroudeur. Écrivain reconnu, il obtiendra le prix Nobel de littérature en 1954. Il mit fin à sa vie en 1961.

Affiche du film Pour qui sonne le glas

A peine quelques années après sa sortie, Pour qui sonne le glas était adapté au cinéma.

Tout comme Bukowski, tout comme Céline, Hemingway est un de ces auteurs qui a crée un véritable style. Toutefois plus facile d’approche que celui de Céline, il se caractérise par un style extrêmement dépouillé. Si certains émettent l’hypothèse que ce sont les carnages de l’Espagne franquiste qui l’ont amené à ce style, je n’en suis personnellement pas persuadé, vu que Le Soleil se Lève aussi est un parfait exemple de ce style et a été écrit en 1926. Il est possible que ce soit la première guerre mondiale qui lui ait en fait inspiré ce style, mais au fond, peu importe. Il en parle en disant, peu ou prou (je cite de mémoire) « n’écris que si ton personnage fait quelque chose. S’il ne se passe rien, il n’y a pas besoin d’écrire. » Le style d’Hemingway est donc extrêmement dépouillé, sec, tranchant. Pas une phrase dont il n’y ait pas besoin. L’auteur ne se perd pas en longues descriptions, en introspections poussées. Le meilleur représentant de ce style que j’aie lu jusqu’ici est Le Soleil Se Lève Aussi, un livre excellent que je vous conseille vivement, à la fois pudique et sec comme un coup de trique. Mais ce n’est pas de celui-ci que je vais vous parler ici.

Pour Qui Sonne le Glas (For Whom The Bell Tolls) est un livre qu’Hemingway a écrit en 1940. Il n’est pas vraiment autobiographique mais s’inspire fortement de ce que l’auteur a vécu lorsqu’il était journaliste en Espagne, lors de la lutte contre les franquistes. L’histoire est celle de Robert Jordan, ou Roberto, instituteur américain engagé dans la lutte contre les franquistes. Comme toujours chez l’auteur, c’est par des allusions subtiles, des souvenirs, des sous-entendus ou des discussions que l’on découvre le passé des personnages. Mais on en apprend toujours peu sur Robert Jordan, sinon qu’il est vétéran de la guérilla espagnole. Ce dernier s’est vu donner l’ordre de faire sauter un pont stratégique lors d’une attaque massive des Républicains, pour éviter les renforts. On sent parfaitement qu’Hemingway a vécu de l’intérieur ce genre de choses, par l’organisation chaotique de la guérilla, la mission presque impossible qui lui est confiée… Il rejoint donc l’endroit en question et prend contact avec les guérilleros des environs.

Pour qui sonne le glas de Ernest HemingwayTous sont des personnages particuliers, fouillés, possédant une personnalité vraie et attachante, du chef de bande las des combats, brute intelligente ne se battant plus que pour son bout de montagne, à sa femme, Pilar, la matrone forte comme un roc, soutenant Jordan jusqu’au bout. Le tout en passant par Maria, la jeune femme violée par les franquistes et recueillie par le groupe lors d’une attaque contre ceux-ci. Cette dernière est bien sûr le prétexte à une histoire d’amour qui, à mon sens, est un peu trop développée, mais toujours bien écrite, et donnant encore plus de tragique au destin probable de Robert Jordan, qui n’a que trois jours pour accomplir sa mission.

Le contexte est prétexte à de nombreuses réflexions et souvenirs des personnages, où l’on découvre toute l’admiration qu’Hemingway voue au peuple espagnol et, entre autres, à la corrida, goût qui fera froncer les sourcils de certains, mais admirablement justifié par de longs passages poétiques. En filigrane, le fantôme d’un précédent agent de la république, venu mener le même type d’opérations quelques temps plus tôt, et dont on finit par apprendre que c’est Jordan lui-même qui a été forcé de l’achever, revient régulièrement. On s’attache énormément aux personnages, contrastés et pas manichéens pour deux sous, témoin les atrocités commises lors de certaines actions…

Pour moi, c’est la vraie force du livre, au-delà des passages poétiques et mélancoliques sur les paysages, l’Espagne, les souvenirs de guerre ou du Montana originel de Jordan, au-delà du style irréprochable du livre, qui vous fait le dévorer sans le lâcher, car il n’y a pas un mot de trop ; au-delà de tout cela, ce sont les personnages qui font de ce livre un vrai chef-d’œuvre, et on voit l’histoire évoluer peu à peu, les incidents s’enchaînant, la vérité se faisant sur le contexte de l’attaque, et le destin inexorable de Robert Jordan arrive. On le sait, il n’y a aucune surprise, dès le début du livre ; et le personnage le sait aussi, comme tous les autres le savent – ce qui fait des trois jours passés dans les montagnes avec Maria trois jours très précieux –, mais contrairement aux livres où l’on connaît la fin d’avance, on ne veut pas y arriver, tout comme Jordan souhaiterait voir ces trois jours un peu plus longs ; et jusqu’à la dernière ligne, on espère, presque stupidement, s’être trompé.

La fin, pudique et sèche à la fois, clôt magnifiquement ce livre que je ne saurais trop vous conseiller ; à mon humble avis, il s’agit d’un livre du niveau de Voyage Au Bout de la Nuit, un livre « sans-faute », qu’il faut avoir lu dans sa vie.

Ernest Hemingway

D’Hemingway, le livre que j’ai mentionné au début de ce texte, Le Soleil se Lève Aussi, est une petite perle dans son genre, et constitue également une bonne introduction à son style. Paris Est Une Fête, en revanche, franchement autobiographique, n’est à conseiller qu’à celui qui s’intéresserait vraiment à Hemingway, car le livre (posthume) raconte quelques années passées à Paris. Très poétique, on y lit tout l’amour de l’auteur pour cette ville, mais il ne s’agit probablement pas de la meilleure introduction à son univers. En revanche, c’est par ce dernier livre que j’ai appris l’existence d’un autre très grand écrivain américain, Scott Fitzgerald, qui fera l’objet d’un prochain article.


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2 Comments, donnez votre avis !
  • Pat a écrit le 21 mai 2009 à 11 h 46 min:

    Très bon article sur un grand monsieur de la littérature mondiale. J’ai beaucoup apprécié ton analyse du style d’Hemingway et je suis ravi de découvrir des articles de cette trempe.
    Quant à ce que tu écris sur ce roman magnifique, je ne peux qu’abonder dans ton sens. Hemingway a toujours entretenu un rapport passionnel avec l’Espagne. Et « Pour qui sonne le glas » en donne pleinement la mesure.
    Encore bravo.
    PAT

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  • Laura a écrit le 10 mars 2010 à 15 h 42 min:

    Bonjour, je voulais vous demander si vous pourriez m’aider sur mon exposé  » pour qui sonne le glas  » . Je ne peux pas me procurer le livre, et comme vous avez l’air de vous y connaitre. On me demande de trouver un passage très important dans le livre, sa place et son rôle dans l’oeuvre et pourquoi ? J’espère que vous pourrez m’aider + .

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