Notre-Dame-aux-Écailles de Mélanie Fazi

Serafina dans Critiques, Livres le 7 février 2011, avec 3 commentaires
Critiques

Mélanie Fazi est une auteure de Fantastique française et aussi traductrice. Notre-Dame-aux-Écailles, précédemment publié aux éditions Bragelonne, pour lesquelles elle travaille, vient de sortir en poche aux éditions Folio SF avec une fort belle couverture signée Bastien L. Il s’agit d’un recueil de nouvelles, ce qui explique qu’il n’y aura pas de synopsis. Le recueil est paru en 2008 mais contient des nouvelles bien antérieures, depuis 2000, certaines déjà publiées, d’autre non. Je partais avec un apriori assez neutre n’ayant jamais lu cette auteur.

Notre-Dame-aux-Écailles de Mélanie Fazi

Cependant, neutre , je n’allais pas le rester longtemps.  Le début du recueil comporte des nouvelles qu’on pourrait qualifier d’assez courtes, moins de 30 pages, qui permettent d’enchaîner et de se familiariser avec le style de l’auteure… Et ce style ne m’a pas convaincue. Car on trouve surtout de l’exercice de style : il n’y a pas d’intrigue, pas d’histoire, c’est un tableau qu’elle nous décrit. Alors certes Mélanie Fazi écrit fort bien, elle fait de nombreuses métaphores et a un style très onirique, assez doux, qui retranscrit très bien les ambiances. Mais voilà, ça n’est pas suffisant. En se bornant à décrire une petite scène, sans intrigue, il devient impossible de s’identifier, ou de s’immerger. C’est plus proche d’un poème en prose que d’une nouvelle si vous voulez mon avis. Et moi, ça m’ennuie terriblement.

Très peu de nouvelles ont réellement une histoire: Le nœud cajun, et Mardi gras par exemple sont parmi les rares que je qualifierais réellement de nouvelles. Cependant, ces nouvelles pâtissent de leur narration : l’auteur fonctionne presque toujours de la même manière: un narrateur spectateur d’une scène, flash back, puis parfois, flash forward. Le fait de n’avoir pas de ligne temporelle droite empêche d’après moi de réellement prendre part à la nouvelle, cela nous condamne à rester à l’extérieur.

Notre-Dame-aux-Écailles de Mélanie Fazi

Couverture des éditions Bragelonne, bien moins réussie.

La plupart de ses nouvelles sont à la première personne. Les narrateurs sont généralement des femmes (deux hommes sur l’ensemble des nouvelles), assez mures, dans la trentaine, mais qui intériorisent énormément. Du coup certaines nouvelles tournent bien trop à l’introspection, ses personnages pensent trop et n’agissent pas. Je ne vous parlerais pas de la morale assez discutable d’une de ses nouvelles, Les cinq soirs du lion. Du coup, on s’ennuie. C’est une jolie prose à dérouler, mais la nouvelle n’a aucune prise sur moi. Le tout est renforcé par le fait que ses narrateurs sont aux prises avec des situations bien trop extrêmes pour que l’on puisse s’y identifier: l’une a été violée gamine, l’autre a un cancer, l’autre a tué son amant…  Je ne nie pas les qualité littéraires de ce recueil, cependant, je suis face au même genre de livre que pour Le Ballet des Âmes de Céline Guillaume. Le roman plaira sans doute aux amoureux des beaux mots, mais pour  moi cela sera tout.

Notre-Dame-aux-Écailles de Mélanie FaziOn note quand même deux ou trois nouvelles qui relèvent la donne  et qui sont toutes situées à la fin: Le nœud cajun, Mardi gras et Fantômes d’épingle. Il y a là une vraie histoire, un poil d’horreur et des personnages simples. Le fait que les deux premières soient en Amérique, et narrées par des hommes doit jouer: l’auteur ne verse pas dans la « psychologie de comptoir ». Fantômes d’épingles est une nouvelle plus proche de l’horreur traditionnel, et montre clairement le potentiel de Mélanie Fazi.

Au final, Notre-Dame-aux-Écailles ne m’a pas convaincu et je ne vous le recommande donc pas. Chose bizarre vu le nombre de critiques très élogieuses que l’on peut retrouver sur Internet. Cependant, Mélanie Fazi montre dans quelques nouvelles qu’elle est capable de bien mieux et est donc un auteur français à suivre. En tout cas, je suis prête à lui redonner une chance.


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3 commentaires, donnez votre avis !
  • Pitivier a écrit le 8 février 2011 à 12 h 03 min:

    De Melanie Fazi, je n’ai lu que Serpentine que je n’ai pas du tout aimé. D’ailleurs je n’ai pas terminé le livre. Mais je retrouve dans ta critique tout ce que je n’aime pas chez cette auteure. Effectivement ses nouvelles ne racontent pas vraiment une histoire. Ce sont des ambiances. Sur Serpentine j’avais trouvé que toutes ces nouvelles se ressemblaient un peu. C’était toujours la même construction d’où une lassitude qui m’a fait décrocher avant la fin. C’est un fantastique très doux, très onirique comme tu dis mais ca n’est tout simplement pas ma came. Je pense que ca doit plus plaire à un public moins habitué à la littérature ou fantastique.

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  • Aube a écrit le 8 février 2011 à 13 h 00 min:

    Arf en effet la critique est sévére.
    J’ai lu ce recueil ainsi que Serpentine lors de la sortie chez Bragelonne. Perso j’adhére totalement aux écrits de Mélanie Fazi.

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  • Anésidora a écrit le 9 février 2011 à 11 h 20 min:

    Comme Pitivier j’ai essayé Serpentine et je suis assez d’accord avec ta critique. C’est tous les petits défauts que tu décris qui m’ont empêchée de le finir (j’ai stoppé à la fin de la première nouvelle) tout simplement parce que je m’ennuyais ! En gros j’ai aussi trouvé ça joliment écrit mais chiant …
    Je retenterais peut-être plus tard, pour ne pas rester sur ma mauvaise impression.

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