Nation de Terry Pratchett

Serafina dans Critiques, Livres le 5 juillet 2010, avec 1 commentaire
Critiques

Bien qu’on ne lui ai pas consacré énormément d’articles, on aime beaucoup Terry Pratchett. Pour ma part j’ai rattrapé la parution anglaise de sa série des annales du Disque-Monde, ce qui vous donne une idée. Donc, quand Nation est sorti, l’envie était là. Nation est un roman de l’auteur anglais qui ne fait pas partie du Disque-Monde. Mais ça n’est pas la première fois qu’un tel roman arrive en France, il me semble que le Peuple du Tapis n’en faisait pas partie non plus. Alors ça ne m’a pas inquiétée, et je me suis lancée avec beaucoup d’entrain dans les 450 pages que composent ce livre édité par l’Atalante et sorti il y a quelques mois déjà.

Nation de Terry Pratchett

Le jour de la fin du monde, Mau est sur l’île des garçons. Comme dans de nombreuses traditions chamane, le garçon doit passer quelque temps seul avant de revenir, de lui même, homme. Sauf que tout ne se passe pas comme prévu, et si il rentre bien chez lui, c’est pour trouver que la Vague a tout emporté et qu’il est le seul survivant de la Nation. Quand il rencontre une autre naufragée, la blonde et civilisée Ermintrude, commence alors le grand chantier: rebâtir la nation.

Alors là, avec ce résumé vous avez le droit d’être perplexe. En effet, ce livre n’est pas de la Fantasy, a ceci près qu’il se passe dans un univers alternatif au notre, datant de la fin du XIXème siècle. Nous sommes plus face à un récit initiatique et philosophique sur ce qui fait l’identité d’un peuple (j’ai pas osé employé identité nationale, mais ça pourrait convenir), sur le dépassement des différences, sur la tolérance, sur l’union. Et là, vient le hic. Car c’est tellement plein de bons sentiments que c’est à peu près exactement le genre de bouquins que je déteste, en général. Alors certes, j’ai apprécié l’Olympe des Infortunes de Yasmina Khadra, mais c’était beaucoup plus subtil que ce que nous sert Pratchett. Là c’est plutôt la subtilité d’un marteau piqueur. C’est la fin du monde, les survivants de peuples ennemis s’allient, pitié vous n’aviez pas moins cliché ?

Nation de Terry Pratchett

Alors, certes, c’est bien écrit. Cela m’a fait sourire quelques fois, la traduction de Patrick Couton est globalement fluide et ça se lit facilement. Sauf que là encore quand on sait le génie qu’a pu développer Pratchett dans le Disque-Monde, la comparaison ne trompe personne. Alors c’est tout à fait lisible si vous n’aimez pas Pratchett, parce que l’humour anglais est très très peu présent. L’auteur a plusieurs cordes à son arc, et c’est pas un mal de sortir de son style de prédilection. Sauf que quand on excelle dans un domaine, on ne peut pas être bon partout. J’ai en effet trouvé l’ensemble assez banal. Malheureusement.

Les personnages sont tout de même très caricaturaux. La civilisée éduquée dans l’étiquette qui va évidemment se rendre compte que les sauvages, en fait, ils sont comme elle. Mau le sauvage au grand cœur, et les autres personnages qui n’ont d’ailleurs pas énormément de personnalité. Le déroulement est dans la globalité assez prévisible. Alors certes on s’attache aux héros, mais je ne pense pas que je me rappellerais d’eux dans un an. Pas comme on peut se souvenir d’un Rincevent par exemple.

Nation de Terry PratchettIl y a évidemment quelques bonnes idées, comme les oiseaux Grand-Pères, sorte de perroquets, goinfres, qui se bourrent à la bière avant de tout vomir, ou ce fil d’argent qui dirige vers le futur… ou vers un futur. Mais j’ai trouvé que tout cela n’était pas assez exploité et se perdait dans la banalité de l’intrigue et des situations. On ne peut pas non plus nier le travail effectué sur la mythologie de la Nation, avec ses légendes, ses règles et sa mythologie.

Malheureusement, je n’ai pas été convaincue, et Nation est une grosse déception. Il est accessible à tous notamment, et et je dirais même surtout, à ceux qui ne sont pas spécialement fans de Pratchett. Pas d’humour, un récit initiatique somme toute assez basique, et des personnages qui brillent par leur banalité. Seule l’édition remonte un peu le verdict, avec un livre soigné comme les éditions l’Atalante nous y habitue. On notera notamment la présence d’illustration internes réalisées par Jonny Duddle. Bref, Terry Pratchett a fait mieux, bien mieux.


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Un commentaire, donnez votre avis !
  • Ryuuchan a écrit le 6 juillet 2010 à 15 h 05 min:

    Ah ben zut, il m’intéressait celui-là, et ton avis me refroidit un peu (bon, j’avoue, plus que l’auteur même si je commence à l’apprécier, c’était aussi la couv’ de ouf qui m’avait fait baver :p). C’est tout de même « marrant » marrant que Pratchett, spécialiste ès caricature, tombe lui-même dedans. On se serait attendu justement qu’il fasse un truc qui sorte des sentiers battus. Enfin, quand tu dit « bons sentiments », j’ose tout de même espérer que ça reste quand même loin d’un truc à la Marc Lévy.

    Enfin, ton avis me laisse quand même mitigée quant à l’idée de le lire. En emprunt, peut-être…

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