Marches Nocturnes de Franck Ferric

LuxtExMachina dans Critiques, Livres le 2 juin 2011, avec aucun commentaire
Critiques

Marches Nocturnes est un recueil de nouvelles écrites par Frank Ferric qui vient tout juste de sortir aux éditions Lokomodo. Il s’agit de la réédition en format poche du même recueil sorti en 2007 aux feu éditions Nuit d’Avril, petite maison indépendante dont le catalogue était rempli de nombreuses pépites. Pour l’occasion, il a été enrichi de plusieurs autres textes, ce qui fait qu’il comporte maintenant 17 nouvelles de Fantastique, assez courtes, entre 10 et 30 pages chacune.

Marches Nocturnes de Franck Ferric

La couverture réalisée par Bastien Lecouffe-Deharme est très sobre et reflète très bien le style de ce livre. Très orienté Fantastique, les nouvelles du recueil mélangent les genres et les univers, passant du Paris des années de la révolution à une ville post-apocalyptique, de la violence pure à une histoire simple, presque d’amour, le tout avec brio. Les histoires s’enchaînent et ne se ressemblent pas.

Pourtant il existe un lien entre toutes ces nouvelles, une sorte de dénominateur commun, et on pourrait toutes les qualifier de noire, désespérées. Franck Ferric nous fait vivre les penchants sombres de l’être humain. On croise alors le cannibalisme, mais aussi l’abandon de ses rêves, la désillusion… Chaque histoire a un petit quelque chose de dérangeant, aucune ne se terminant sur ce qu’on pourrait qualifier de « happy-end ». Toutes nous laissent un arrière-goût amer, nous empêchant par là même d’être heureux de leur fin.

Dans la majeur partie de ses nouvelles, l’auteur ne nous donne que peu d’élément sur l’univers. On se rend alors compte de l’époque ou de la réalité à travers de petits détails disséminés ici et là, petit à petit. Ce n’est pas gênant et rajouter plus d’éléments ne contribuerait pas à une meilleure compréhension, mais ralentirait plutôt le rythme. Il est très difficile de parler en détails des nouvelles vu leur longueur, de même que de faire un choix parmi celles ci, vu que je les ai toutes appréciées. Mais il a bien fallu que j’en choisisse, alors voilà un petit florilège.

Nain Rouge

Joseph est un policier, mais un policier qui commence à se faire vieux. Son chef voudrait le remplacer, sa femme le prend pour un moins que rien, il n’est plus aussi bon qu’avant et des rumeurs de pots-de-vin commencent à circuler sur son compte, ce qui n’est pas tout à fait faux. Jusqu’au jour où il rencontre un nain roux qui lui propose un marché. Il règle tous ses problèmes en échange d’un petit payement à régler plus tard. Joseph va alors se rendre compte que tout ce qui est trop beau pour être vrai l’est  et chaque chose a un prix à payer.

L’univers de Nain Rouge, sans être très détaillé, est vraiment immersif. La plupart du temps, l’action se passe de nuit, ce qui renforce la noirceur du récit. La fin est pour moi de toute beauté, la principale raison pour laquelle j’ai particulièrement aimé la nouvelle.

La part des Cendres

La ville est tombée aux mains des Cendres, des paramilitaires violents, prenant un malin plaisir à faire souffrir les gens. C’est grâce à ça qu’elle a pu s’enfuir de chez elle avec son frère lorsqu’ils sont arrivés chez elle. Maintenant que son frère est mort lui aussi, il ne lui reste qu’une chose à faire: s’enfuir de la ville.

Dans cette nouvelle, nous suivons l’héroïne qui reste anonyme pendant toute l’histoire. Franck Ferric nous raconte comment elle a survécu dans cette ville apocalyptique. Le fait qu’elle parle à la première personne tout en restant anonyme nous permet de s’immerger et de s’identifier à elle. La fin n’est pas vraiment surprenante mais laissera un sentiment de malaise. C’est une des choses que j’ai aimé dans la plupart des nouvelles, d’ailleurs.

Des ailes pour tomber

Dans une ville futuriste, le dernier prince d’un peuple venant d’une autre dimension s’est enfui de sa prison afin de retourner chez lui. Son objectif est le dernier arbre de la ville où il était retenu prisonnier. Mais les Séraphins, militaires d’élites du clergé le poursuivent. Le monstre n’est pas toujours celui que l’on croit.

Cette nouvelle se déroule dans un univers futuriste. Le fanatisme religieux du personnage principal nous pousse à le détester. Comme pour les deux histoires précédentes, la fin sans être triste n’est pas non plus une « happy-end », mais plutôt un mélange, qui nous fait réfléchir.

Marches Nocturnes de Franck FerricAu final, j’ai particulièrement apprécié Marches Nocturnes. J’ai toujours trouvé que les univers sombres collaient parfaitement avec ce genre d’histoires. Les nouvelles se renouvellent et on ne s’ennuie à aucun moment.

Tout le monde n’appréciera peut être pas l’ambiance qui elle change peu au fil des nouvelles, mais si vous aimez les histoires glauques, dérangeantes, je vous le conseille fortement.

Et si vous ne connaissez pas encore l’auteur, je vous invite à lire son interview publié sur if is Dead à l’occasion de la sortie de La Loi du Désert, son premier roman.


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