Magiciennes et Sorciers des éditions Mnémos

Serafina dans Critiques, Livres le 1 juillet 2010, avec 3 commentaires
Critiques

Magiciennes et Sorciers est un recueil de nouvelles de plusieurs auteurs édité par les éditions Mnémos. Cette anthologie a été dirigée par Stéphanie Nicot et est sortie à l’occasion des Imaginales 2010 lors desquelles l’un des romans de Mnémos a remporté le prix du meilleur roman francophone. Elle se compose de 13 nouvelles sur le thème de la sorcellerie. La couverture est signée Julien Delval et ne m’a malheureusement pas plus convaincu que ça, en grande partie à cause de son manque de contraste et son bleu un peu terne. Comme il s’agit d’un recueil pas de synopsis en vue, on attaque direct.

Magiciennes et Sorciers aux éditions Mnémos

Déjà, je dois dire que je sortais de ma lecture l’anthologie Sorcières et Sortilèges des Enfants de Walpurgis, qui avait placé la barre assez haut. Je m’attendais à lire des nouvelles sur la sorcellerie sous diverses formes, donc majoritairement du Fantastique. Que nenni, nous sommes dans la plupart des nouvelles dans de la Fantasy pure et dure avec, malheureusement, son lot de clichés qui en font un des genres que j’ai de plus en plus de mal à lire. Quand on en a lu beaucoup, il est toujours plus dur de retrouver les éternelles tavernes où l’on rencontre des inconnus mystérieux, des dragons, des trésors, bref, des éléments vus et revus. La préface de Stéphanie Nicot se lit mais n’a pas réussi à me convaincre.

Ce mauvais pressentiment s’est vite vu confirmé avec la nouvelle de Sire Cédric. Alors j’adore ce qu’il fait généralement. Sauf que la Fantasy n’est pas son genre et cela se ressent. Nous sommes face à un très bel hommage à Howard, aux racines du genre, mais dans une nouvelle très convenue, qui est à milles lieues de la virtuosité dont il a pu faire preuve dans un Dreamworld par exemple. Je salue l’exercice, mais c’est tout.

Stephanie Nicot

Stephanie Nicot aux Imaginales, photo de Gonzo Bonzo

La deuxième mauvaise surprise ne tarde pas à poindre. Pour une bonne partie des nouvelles, les auteurs ont décidé de reprendre leurs personnages ou leurs univers fétiches, et de leur faire vivre une nouvelle, notamment Laurent Gidon, Rachel Tanner, Charlotte Bousquet, Jean-Claude Dunyach et  Jean-Philippe Jaworski. Alors je peux tout à fait comprendre l’intérêt, pour l’auteur et pour ceux qui connaissent déjà. Sauf que pour les autres… Soit cela fait découvrir l’univers et c’est bien, soit cela donne l’impression d’être catapultée dans un univers où l’on loupe plus de la moitié des références, et donc du plaisir de lecture. La plupart des nouvelles malheureusement m’ont donné cette impression de rater trop de choses, exception faite de celle de Charlotte Bousquet. Cette dernière se révèle sympathique, prenant la forme d’histoires croisées entre le passé et le présent tout en nous faisant découvrir le monde de l’Archipel des Numinées.

Autre déception, Jean-Phillipe Jaworski est un auteur dont j’avais entendu énormement de bien, j’attendais donc pas mal de sa nouvelle. En soit l’histoire est sympathique, mais le style est tellement dense, tellement lourd que j’ai beaucoup peiné à lire ces quelques pages. Je ne saurais pas l’expliquer plus en détails, un peu comme quand on lit les premiers chapitres du Seigneur des Anneaux pour la première fois. Sauf qu’il n’y avait pas d’Aragorn en vue, et que la nouvelle se termine vite.

Heureusement, quelques bonnes surprises relèvent le recueil. Tout d’abord l’Autre de Pierre Bordage qui tient plus du Fantastique que de la Fantasy, et qui nous raconte de manière touchante et sans complaisance la vengeance de l’Autre. Trop belle pour être vraie, il ne fallu pas bien longtemps pour que les accusations de sorcellerie courent sur elle. Comme toujours, Bordage n’a pas son pareil pour décrire ses personnages et on s’attache très vite à l’héroïne. Une nouvelle qui figure sans aucun doute dans mon top pour cette anthologie.

Le crépuscule des maudites de Sylvie Miller et Phillipe Ward puise ses racines dans le folklore français, vu qu’ils se sont inspirés des sorcières basques et d’un inquisiteur ayant réellement existé. Ce coté réaliste en fait une de mes nouvelles préférées, en plus évidemment du style très agréable à la lecture.

Magiciennes et Sorcies aux éditions MnémosQuelques grammes d’oubli dans la neige de Lionel Davoust est la troisième surprise du recueil. Je ne connaissais pas du tout l’auteur, bien qu’il soit à l’origine de la traduction d’Immortel de Tracy Slatton dont le travail avait été souligné par dabYo, mais il signe là une nouvelle médiévale très intéressante. Principalement basée sur le pouvoir des hommes, les femmes-marchandises et de la religion. Les nombreuses dénonciation sous-jacentes permettent à ce récit d’avoir beaucoup de force et on s’attache vite aux personnages.

Enfin, la nouvelle Chamane de Fabien Clavel clôt parfaitement le recueil, avec son atmosphère de fin d’une ère. La nouvelle nous ramène à la réalité avec une fable initiatique et poétique. Comme quoi l’auteur est ici beaucoup plus dans son élément que lorsqu’il s’agit d’écrire un Thriller Vampirique, Homos Vampiris. Une très agréable surprise donc.

Au final, malgré quelques nouvelles excellentes, le recueil est trop inégal pour que je vous le conseille réellement. Sauf si les stéréotypes de la Fantasy ne vous rebutent pas autant que moi. Trop de nouvelles donnent l’impression d’être dans un monde dont on ne saisit malheureusement pas grand chose, et trop de clichés sont présent dans d’autres. Dommage car le thème et certaines valent vraiment le coup.


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3 commentaires, donnez votre avis !
  • Miss Spooky a écrit le 2 juillet 2010 à 9 h 52 min:

    Je ne regarde ta chronique qu’en diagonale, je l’ai reçu en cadeau et je ne veux pas trop me gâcher le suspense. Je m’attends à priori que tout ne soit pas égal (c’est rarement le cas des anthologies) mais le thème semble intéressant. Je repasserai après l’avoir lu !

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  • Don Lo a écrit le 2 juillet 2010 à 23 h 53 min:

    Désolé de ne pas avoir fait au moins un peu plaisir avec mon petit Djeeb, qui était pourtant écrit sans autre prétention.

    D’une manière générale, j’ai trouvé l’antho assez homogène, sans mauvais texte (je ne saurais parler du mien ;-)
    Je n’ai pas été gêné à la lecture par des reprises d’univers ou de personnages que je ne connaissais pas. Mais les textes qui m’ont apporté le plus de plaisir sont ceux qui abordaient le thème avec humour… peut-être parce que je ne suis pas encore blindé contre les clichés de la fantasy. Avec aussi une mention spéciale émotion à Lionel Davoust.

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  • Pef a écrit le 3 juillet 2010 à 14 h 24 min:

    Je lorgnais sur ce recueil qui paraissait bien alléchant, mais je redoutais moi aussi d’avoir affaire à quelque chose de bien trop inégal. Après avoir lu ta critique, je me passerai donc de l’acheter….

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