Les Sombres Romantiques, recueil des Editions du Riez

Serafina dans Critiques, Livres le 14 février 2010, avec 2 commentaires
Critiques

Les Sombres Romantiques est un recueil publié par les éditions du Riez, dont on avait déjà chroniqué l’excellent roman La Loi du Désert. Ce recueil est composé de six nouvelles un peu particulières. En effet, la démarche est à expliciter. A l’origine ce sont six peintures de Mathieu Coudray. Ce dernier a réuni autour de ses œuvres  six auteurs qui ont chacun écrit une nouvelle indépendante sur un des tableaux. A noter que les tableaux se suivent et racontent une histoire. Donc, en faite, on a six histoire plus une septième en filigrane. Le recueil est parsemé de pages sur papier glacé avec les illustrations de Coudray. Il est à noter qu’elles rendent très bien.

Les Sombres Romantiques des éditions du Riez

Bon, les illustrations sont, comme le dit le titre, sombres et romantiques.  Autant j’adore la couverture  du recueil magnifique par son volume et ses ambiances, autant les six peintures (digitales ?) qui ont inspiré les nouvelles ne me convainquent pas toutes… J’ai l’impression que les fondus sont trop flous, les couleurs sont parfois discutables (je pense au gloubiboulga rouge et vert sur l’illustration de la démone), les cadrages parfois trop classiques, et je n’aime vraiment pas ses visages. Bon, après, c’est une question de goût et je ne dis pas qu’il est mauvais. A vous de juger. Enfin, c’est un peu dommage, car c’est quand même la base du recueil.

Couverture des Sombres Romantiques des éditions du RiezCeci dit, le principe est très sympa et il est agréable de voir les écrits parsemés d’illustration imprimées dans un papier de très bonne facture. Le tout est accompagné de petites cartes postales qui arborent les illustrations du roman, un autre bon point.

Vu qu’il n’y a que six nouvelles, nous allons nous intéresser aux nouvelles unes par une. Au menu, des nouvelles écrites par Philippe Halvick, Jess Kaan, Céline Guillaume, Vanessa Terral, Cyril Carau et Jacques Fuentealba (qui n’est autre que le traducteur de La Sagesse des Morts de Rodolfo Martinez, que j’ai récemment lu).

Tête de Mort de Philippe Halvick

Cette nouvelle est de loin ma préférée et aussi la plus originale. Pas de romantisme là dedans, pas de sentiments spécialement. L’histoire d’un homme qui se réveille dans une cave et ne sait pas ce qu’il fait là. La chute est originale et inattendue, le style est direct et clair. Des références sympathiques (notamment aux films de zombies) viennent émailler la lecture. C’est une très bonne surprise et en tout cas ça donne envie de continuer le recueil !

Objet de mon amour de Jess Kaan

Celle ci met en scène une femme endeuillée prête à tout pour retrouver son amour. Cette nouvelle malgré un résumé qui peut sembler bateau m’a beaucoup touchée. L’héroïne est attachante dans son désespoir et la chute est plutôt bien trouvée. Le style de l’auteur est agréable et la nouvelle se lit toute seule.

Ad Vitam Aeternam de Céline Guillaume

Cette nouvelle est très courte vu qu’elle ne fait que trois pages. Cette longueur minimale alliée à un style que j’ai trouvé un peu lourd (trop de beaux mots tuent le beau mot) ont fait que je n’ai pas du tout accroché à cet écrit. Je sais qu’une nouvelle c’est court, mais là c’était vraiment trop, du coup le point principal de la nouvelle apparaît un peu comme sorti de nulle part. Je pense qu’elle aurait gagné à avoir deux fois plus de pages car il y avait du potentiel. Bon ça ferait un total de six pages donc ce n’est pas super long non plus.

Le corset de Sang de Vanessa Terral

Elle est d’une longueur plus raisonnable vu qu’on tourne dans les 20 pages. Cette nouvelle à la première personne met en scène une jeune fille cloîtrée et qui semble être porteuse d’un lourd secret. J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire à cause de la narration un peu particulière faite à la première personne.

Le Corset de Sang, les Sombres Romantiques des éditions du Riez

Ceci dit, au fil des pages, on s’attache aux personnages (à l’héroïne comme à la servante) et en tout cas cette nouvelle laisse entrevoir un univers bien plus vaste. Je ne connaissais pas Vanessa Terral mais c’est une auteur que je suivrais sans doute. Si la nouvelle n’est pas exempte de défauts -réactions des personnages parfois trop grosses notamment-, c’est en tout cas très prometteur.

Le choix de Fausta de Cyril Carau

Ici aussi nous avons affaire à un monde et à une mythologie intéressante et fouillée. Malheureusement, cette mythologie est un peu catapultée et du coup, au détour d’une page une créature apparaît, et les personnages l’acceptent tout de suite, alors que nous, de notre côté, on est un peu ahuris. J’ai cru comprendre que cette nouvelle était le prélude d’une autre nouvelle, ce qui explique peut être des choses. Je me suis sentie un peu perdue. J’ai aussi trouvé que les événements s’enchaînaient trop vite, ou plutôt qu’il y avait trop d’événements pour une nouvelle de cette longueur. C’est assez linéaire et du coup c’est la nouvelle que j’ai le moins appréciée.

Araf de Jacques Fuentealba

Araf clos le recueil avec une revisite très personnelle du mythe d’Orphée et d’Eurydice.  L’histoire commence avec Orphée au paradis entouré d’anges. Il faut être honnête, les histoires d’anges et de démons, je trouve ça carrément cliché, et généralement je n’aime pas. Cependant, ici, l’histoire est bien narrée et amenée, ce qui fait que finalement, on s’y fait, et cela ne m’a pas gênée. J’ai beaucoup aimé cette version du mythe, Orphée et Eurydices sont attachants, les principes d’éternelles victimes sont intéressants et c’est avec plaisir qu’on suit Orphée essayer de retrouver son Eurydice. Cette histoire d’amour immortelle est tout à fait à sa place dans se recueil sombre et romantique. Une très belle fin donc pour ce recueil.

Dans l’ensemble il s’agit d’une bonne lecture. Les nouvelles sont malheureusement assez inégales et déséquilibrées, les deux dernieres nouvelles occupant la moitié de l’ouvrage à elles seules. On notera des noms à suivre comme Vanessa Terral ou Jacques Fuentealba. L’ouvrage est dans tous les cas à saluer pour sa forme très particulière et pour sa beauté.


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2 commentaires, donnez votre avis !
  • Melisende a écrit le 14 février 2010 à 14 h 23 min:

    Un avis mitigé mais qui tend finalement plus vers le positif. Je me tâte. Je verrai si j’ai quelques sous de côté dans les semaines à venir, pour me l’offrir. Le concept illustration/texte me tente assez. ^^
    Merci pour cet avis !

    Meli

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  • Elaria a écrit le 16 février 2010 à 17 h 21 min:

    Ce recueil est tous simplement sublime et d’une bonne qualité d’impression au niveau des illustrations de Mathieu Coudray, que je suis ravies de retrouver après avoir vu les toiles exposées.
    Je déplore juste que certains auteurs est sortis des fonds de tiroir plutôt que de créer des nouvelles collant au tableau comme l’ont si bien Fait Céline Guillaume et Vanessa Terral, qui restent toutes 2 mes préférées dans cet ouvrage. La poèsie, l’élégance de l’écriture et le message du texte de Céline Guillaume m’ont touchée, de même que la fluidité et le style de Vanessa.
    Mais bravo à tous les auteurs de ce recueil, à lire assurément!

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