Les sentinelles des blés de Chi Li

Serafina dans Critiques, Livres le 19 janvier 2010, avec 3 commentaires
Critiques

Il y a des moments où l’on est tellement au fond du gouffre littéraire qu’on lirait n’importe quoi. Vraiment. Comme ce numéro de Geo en allemand sur la table basse de ma belle-mère. Seul bémol, et de taille, je ne lis pas l’allemand. Je ne le parle pas non plus. Alors je me suis rabattue sur ce petit livre des éditions Actes Sud, à la très belle couverture, toute en douceur. Il s’agit du roman Les sentinelles des blés de Chi Li. Un roman chinois, à mille yards de mes habitudes littéraires, mais comme je vous l’ai dit, au fond du gouffre, on prend le premier venu.

Les Sentinelles des Blés de Chi Li

Les sentinelles des Blés c’est l’histoire de Mingli, la mère adoptive de Rongong. Rongrong qui a disparu depuis trois mois maintenant. Contre l’avis de son mari, elle se rend à Pékin pour essayer de la retrouver, et de comprendre. Le synopsis est léger, c’est sur. Le roman est plutôt court, à peu près 150 pages. Le roman a un rythme assez lent et contemplatif, pourtant on ne s’ennuie pas. Est ce que c’est une caractéristique courante dans la littérature asiatique ? J’avais déjà fait cette remarque pour Le coupeur de roseaux. C’est très particulier et j’aurais du mal à le décrire.

Le roman est centré autour de Mingli. Cette chinoise quadragénaire est plutôt effacée dans sa vie professionnelle. Mingli est considérée comme une femme naïve et un peu simplette. Bref, c’est n’importe quelle chinoise, on peut aisément s’identifier à elle, car ce n’est pas une personne exceptionnelle, non, c’est juste n’importe qui.

Cependant, elle cache bien son jeu, elle réfléchit beaucoup et certaines de ses réflexions sont très profondes. L’auteur alterne entre scènes tes simples, banales, et digressions plus recherchées, sur le sens de la vie et autres. Bon, dit comme cela, ça fait un peu halluciné, pourtant, c’est amené avec douceur et intelligence.  Le voyage vers Pékin peut être vu comme un voyage initiatique. Certes, il est bien tardif, pourtant, ce voyage va lui permettre de se poser des questions existentielles et de prendre conscience. Prendre conscience du fossé qui la sépare de sa fille adoptive, mais aussi prendre conscience de son pays.

Les Sentinelles des Blés de Chi LiLa Chine pourrait presque être vue comme un personnage à part entière de l’histoire. La Chine en pleine mutation joue son rôle, le régime politique est souvent cité. J’ai malheureusement dû louper de nombreuses références car je ne suis pas très calée dans ce domaine. Un lexique à la fin essai d’expliciter certaines références, mais c’est très succin et c’est limite le minimum syndical. J’aurais apprécié un petit dossier sur la Chine, ou quelque chose dans ce domaine pour mieux comprendre.

Toujours est-il qu’on suit Mingli dans sa quête , mais aussi dans ses divagations personnelles. Son passé, ses souvenirs tout cela sera passé en revue, avec une approche très intime. Mingli fait de nombreux allers retours entre passés et présent, le moindre petit truc est l’occasion de faire ressurgir d’anciens souvenirs. La construction est très réaliste, on a vraiment l’impression d’être dans la tête du personnage. Dans ses associations de pensées très personnelles et sans logique apparente. On s’attache au personnage, et on boit ses paroles.

Dans tous les cas, le style est très poétique et étonnamment lyrique. Le style est simple, dépouillé, mais il en ressort une grâce très propre et très personnelle. Ce n’est pas un livre d’aventure, c’est un livre intime, plein d’émotions, et de lyrisme, et ceci même dans les événements d’une banalité étonnante qui y sont décrits. Chi Li est décrit comme appartenant au mouvement néo-réaliste chinois, et je veux bien les croire. C’est la vie de tous les jours qui est contée ici, avec pudeur et sensibilité.

J’ai beaucoup apprecié ce roman, et pourtant, ma critique est bien maladroite. Je ne saurais que vous le conseiller, malgré son prix un peu élevé pour la durée de lecture. Peut-être devriez vous regarder du coté des bibliothèques ?


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3 commentaires, donnez votre avis !
  • herisson a écrit le 21 janvier 2010 à 11 h 02 min:

    je vais suivre tes conseils et aller voir en bibliothèque !

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  • Livraison a écrit le 21 janvier 2010 à 12 h 28 min:

    J’ai découvert Chi Li avec « Pour qui te prends-tu », et je m’étais promis de découvrir d’autres de ses romans… Là aussi, j’aurais dit que la Chine était un personnage à part entière.
    Ta critique m’a convaincue d’emprunter « Les sentinelles de blé », alors elle ne doit pas être si maladroite que ça :-) Merci.

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  • Seraf' a écrit le 21 janvier 2010 à 15 h 35 min:

    @Livraison, je note « pour qui te prends tu » et j’irais aussi faire un tour en bibli du coup ^_^

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