Les Magiciens de Lev Grossman

dabYo dans Critiques, Livres le 4 novembre 2010, avec 1 commentaire
Critiques

J’ai profité du Read-a-Thon de cet automne pour enfin me lancer dans la lecture de l’une des dernières grosses publications des éditions l’Atalante: Les Magiciens. Ce roman d’une petite cinq centaines de pages est écrit par Lev Grossman, plus connu pour son Thriller et best-seller Codex que pour ses publications en Fantasy, puisque c’est ici son premier roman du genre. Vu les nombreuses critiques élogieuses que j’avais pu lire ça et là, j’avoue que j’ai commencé ma lecture avec scepticisme, de peur d’être déçu. Les citations du New York Times et du Washington Post n’ayant pas aidé à m’ôter cette sorte de malaise. Un Harry Potter pour adultes vous dites ? Ma foi, on verra bien. Synopsis.

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Quentin est intelligent, très intelligent. Il fait partie de la crème de la crème et sa dernière année au lycée est sensée lui permettre d’entrer dans une des plus prestigieuses universités américaines. Mais voilà, être intelligent ça ne suffit pas, et d’après lui, sa vie craint carrément. Son meilleur ami lui pique forcément le beau rôle, et il est éperdument amoureux d’une fille… qui n’est autre que la copine de son meilleur ami. Pire, il passe son temps à trainer avec eux, puisque ce sont ses seuls amis. Bref, son existence ne pouvait pas être pire, si seulement il pouvait, comme les héros des Chroniques de Fillory, son roman préféré, découvrir un monde où sa vie aurait un peu plus de sens.

Cette chronique va sans doute être l’une des plus dures que j’ai écrite. Et pour cause, Les Magiciens est un roman que l’on peut clairement divisé en deux parties: la première, plutôt banale, n’est vraiment pas transcendante. Elle est commune mais reste sympathique à lire. Mais il y a une deuxième partie. Une deuxième partie qui nous fait oublier en l’espace de quelques pages tout ce que l’on venait de lire. Une deuxième partie qui m’a franchement marqué. Le problème, c’est que pour vous expliquer pourquoi, je dois presque vous raconter l’histoire. Et que je n’ai pas envie de vous la gâcher, car elle est belle. Mais parlons tout d’abord de la première partie, celle qui se passe à l’école de la magie.

On commence donc la lecture du roman, et on découvre notre héros, Quentin, trainant dans les rues américaines de façon complètement désabusée, car sa vie est une vie totalement naze. Enfin, de son point de vue. Les éléments de cette dernière, son école, ses amis, sont amenés les uns après les autres de façon assez astucieuse, et on se situe très vite dans l’histoire. Il faut dire que le style de Grossman, si je ne l’ai pas trouvé transcendant, est plutôt agréable à lire. Il va souvent droit au but, et on le verra par la suite le ton général, assez désabusé, colle extrêmement bien à notre histoire.

Les Magiciens de Lev Grossman

Encore une fois, je suis très perplexe sur la couverture américaine... et lui préfère largement la superbe de Frédéric Perrin !

Mais bien que le plongeon se fasse rapidement, on redoute de plus en plus cette citation que l’on a lu sur la quatrième de couverture, ce Harry Potter pour adultes. Car ce n’est pas vous spoiler que de vous dire que Quentin va très vite rejoindre une université de Magie. Oui, même qu’elle s’appelle Brakebills et que c’était peu ou prou son plus grand rêve. Celui qui lui donne l’impression d’avoir réussi quelque chose, et cela le rapproche un peu plus des Chroniques de Fillory. Mais voilà, la manière par laquelle cet évènement arrive est caricaturale, c’est très très gros, et cela nous fait craindre pour la suite du roman. Et en effet, aucun stéréotype n’est épargné: Brakebills se situe en plein milieu de la ville, les moldus n’en ont pas connaissance, et Quentin y tombe par hasard, au détour d’un pré. Et les stéréotypes continuent et s’enchaînent, excellent en magie, il va sauter une classe, intégrer des groupes VIP, bref, mais que se passe t’il ? L’auteur a t’il décidé d’une histoire où tout se passe super bien ?

En fait, bien qu’agréables à lire, les deux cents premières pages de ce roman seront très clichées. Quentin y fait sa scolarité, on y vit quelques anecdotes, et on craint que Les Magiciens ne soit qu’une repompe de Harry Potter, avec une surcouche de sexe et de stéréotypes. Car, contrairement aux romans de J.K. Rowling, l’obsession de la jeunesse pour le sexe n’est dans ce roman pas du tout édulcorée, bien au contraire, et cela fait tout de suite partie de l’univers, Quentin y pensant assez souvent. On aura même droit à une ou deux scènes explicites, qui surprennent presque. Mais bon, ce seul ajout ne rendrait pas un livre avec stéréotypes intéressant. Et pour cause, on ne lit pas Les Magiciens pour sa première partie, mais pour sa seconde.

Car si jusqu’alors le roman était d’un intérêt somme toute très relatif, bien que pas désagréable pour autant, la suite du bouquin est tout simplement excellente, et ne repose pas du tout sur les mêmes principes. On s’aperçoit en effet que la thématique du livre est plus profonde qu’il n’y paraît: avoir des pouvoirs magiques, c’est cool, mais dans un monde où il n’y a rien à en faire, à quoi bon ?

C’est plus ou moins cette phrase, ou tout du moins cette idée, que Lev Grossman va creuser et sur laquelle il articule son bouquin. Et bien entendu, pour laquelle le ton désabusé du livre va parfaitement coller. La première partie du roman ne nous avait pas réellement permis de nous attacher à notre héros, mais cette seconde, où il sera confronté à lui même, à son ennuie, à son imperfection, nous le rend beaucoup plus attachant. J’aimerai vous dire comment, mais c’est difficile à vous expliquer. C’est un sentiment qui grandit très rapidement, et dont on se rend compte trop tard. Et voilà, ça y est, ce que l’on commençait à redouter arrive… Et on se retrouve à souffrir avec lui, à espérer comme un fou que les choses s’arrangeront, on peste lorsqu’il fait une connerie qu’il regrettera plus tard, on prie pour qu’il ouvre les yeux, qu’il se reprenne.

Les Magiciens de Lev GrossmanFinalement, Les Magiciens est un roman de Fantastique, voire Fantasy, qui traite bien plus de la réalité qu’on pourrait le penser au premier abord. Alors bien entendu, la magie n’existe pas, mais il est évident que le sujet traité par l’auteur est celui de l’argent, de l’objectif dans la vie. Que faire quand on a aucun but dans la vie ? Que faire quand tout est facile à obtenir ? Notre bonheur d’arriver à quelque chose ne vient il pas du fait que nous avons eu du mal à l’obtenir ? Bref, la lecture est vraiment prenante, et assez difficile. Oui, difficile, lire les pages est dur. On a envie de connaître la suite, le fin mot de l’histoire… Et on voit que le nombre de pages restantes rapetissi à vue d’oeil. Peu à peu nos espoirs les plus fou s’amenuisent. On en vient même à espérer que Lev Grossman fera une pirouette à la mord moi le nœud, car il il ne peut pas nous laisser comme ça. On espère tout simplement que l’auteur va nous rendre un peu d’espoir, que la vie ce n’est pas juste ça.

Bref, à côté de ça, Les Magiciens est parfaitement ancré dans notre époque, avec de très nombreuses références, que ce soit à la littérature ou à la vie en générale. Il n’est pas rare de voir des évocations d’Harry Potter ou même de Donjon & Dragon. Les Chroniques de Fillory sont quant à elles directement inspiré de Narnia, et l’auteur se sert du tout pour nous créer une sorte de mythologie magique très bien exploitée, et surtout, crédible.

Bref, je ne pourrais pas en dire plus sur Les Magiciens sans vous en gâcher la lecture, et j’en ai peut être déjà trop dit. Pourtant, j’aimerai vous en dire encore plus, et vous donner envie de le lire. J’ai vraiment été marqué par ma lecture du titre, et je ne m’y attendais pas du tout en ouvrant le roman. Lire autre chose a été bien difficile, car Les Magiciens est un de ces romans qu’on retient pendant longtemps, qui marque. Je vous le conseille, vraiment, que vous aimiez ou non le genre. Vous pouvez en lire les premières pages par ici.


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Un commentaire, donnez votre avis !
  • slash a écrit le 4 mars 2011 à 20 h 02 min:

    Les magiciens fut un très bon livre à lire dans lequel l’auteur retranscrit parfaitement l’ambiance décrite.

    N’ayant pas lu les Harry Potter, je n’ai que pu aprècier la période d’apprentissage à l’école sans m’attarder sur les stéréotypes :)

    Mon seul regret sera la fadeur de la première partie une fois arriver à la très courte deuxième qui est l’aboutissement du chemin parcouru et finie avec classe, ainsi qu’un besoin inattendu d’une suite à ce tome.

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