Les Fables de l’Humpur de Pierre Bordage

dabYo dans Critiques, Livres le 25 mars 2010, avec 3 commentaires
Critiques

Pierre Bordage est un célèbre auteur Français de Science Fiction et Fantasy que nous avions découvert grâce à sa toute dernière série, encore en cours, la Fraternité du Panca, éditée par l’Atalante. Cette série, dont je dois absolument lire le dernier tome, et que je vous conseille chaudement, m’a tellement emballé que j’avais envie de découvrir l’auteur sous d’autres coutures, dans d’autres nouvelles. C’est chose faite grâce à la réédition par Le Diable Vauvert de son roman Les Fables de l’Humpur, un écrit vieux d’une dizaine d’années qui mêle, cette fois, Anticipation avec Fantasy. Synopsis ?

Les Fables de l'Humpur de Pierre Bordage

Véhir est un grogne, et comme tous ceux de son clan, il cultive la terre le jour, fourre son groin dans la mangeoire pour repas du soir, et puis s’endort. Parfois, quand les autres ne regardent pas, il a le droit de se promener avec troïa Orn, sa dulcinée, mais ils n’osent jamais allé plus loin, pour ne pas violer les règles de l’Humpur. Deux fois par an, pour la fête de la Fécondité, les grognes sont conviés à entrer dans l’enclot de la Fécondité pour culbuter les femelles. Véhir était jusqu’alors trop jeune pour en profiter mais le voilà tout comme troïa Orn en âge de procréer. Bien que contraire aux préceptes des laïs de l’Humpur, il éprouve des sentiments violents à l’idée que troïa Orn puisse être visitée par quelqu’un d’autre  avant lui, et il espère bien être le premier à la ravir. Lorsqu’il la découvre dans l’une des alcoves de l’enclôt aux prises avec Graüm, le plus gros des grognes du clan, il ne sait plus quoi penser. L’enclot dont l’animalité le dégoûtait déjà tant devient invivable… Il ne lui reste plus qu’à s’enfuir, quiter le clan des grognes de Manac et de venir un paria, destiné à la mort, sans la protection de ses pairs face aux prédateurs.

Bizarre comme synopsis hein ? Pierre Bordage nous emmène dans les vertes contrées de la Dorgne, à des centaines de lieu du Grand Centre où vive de nombreuses peuplades de ce que l’on voit vite comme des hommes-animaux. Notre héros, Véhir, est tout de suite associé au Porc et sa manière de penser, vivre et parler nous fait constater qu’il partage aussi de nombreux traits avec nous. Au fil des pages, Bordage nous plonge dans ce monde qui semble être le notre, mais dont les habitants ne semblent plus posséder les technologies que nous avons, et être retournés à leur état sauvage, animal. Par les mots, par les expressions, l’auteur français nous immerge profondément dans l’animalité, la bestialité, où toutes les valeurs que nous considérons comme nobles commencent peu à peu à s’effacer…

Les Fables de l'Humpur de Pierre Bordage

Ancienne édition, bien moins jolie.

Ce plongeon est instantané, au bout d’une dizaine de pages on se retrouve dans la gadoue de la Dorgne, on se sent entourés par les grognes, on les imagine s’accoupler comme des animaux dans la boue, oubliant qu’ils ont dû être des hommes autre fois, et s’adonnant complètement à leur côté bestial. Parmi eux se retrouve notre héros, si l’on peut le dire ainsi. Ce pue-la-merde attire les prédateurs à cause de son trou-du-cul et n’aura sans doute pas longtemps à vivre tout seul au milieu des bois, entourés par les Hurles et les autres viandars. Comme vous pouvez le constater, Pierre Bordage a ici un vocabulaire qui pourrait s’apparenter au vulgaire, et pourtant il ne l’est pas. Les métaphores de l’accouplement, notamment à cause des synonymes des attributs version animal, rendent le texte quasi sur-réaliste. La fornication se transforme parfois en une abeille butinant une jolie fleure.

Et c’est bien la toute la profondeur du livre, car on s’en rend rapidement compte, au milieu de ce déclin animal, Pierre Bordage va réussir à faire ressortir le plus beau de ce que l’on peut trouver chez les hommes. Ma critique est profondément décousue et sans aucun doute incompréhensible, car ce livre est drôlement difficile à décrire. Le sentiment que l’on éprouve à sa lecture est très bizarre. L’histoire est presque mise en arrière plan et seul va compter l’univers, la manière de narrer de l’auteur, le monde qu’il a développé, le vocabulaire qu’il nous présente.

Car il faut bien l’avouer, l’histoire de notre Véhir est tout ce qu’il y a de plus banale. Une quête, une princesse à sauver, un groupe de compagnon aux formes divers et variées. Oui, vous avez reconnu là tous les poncifs de l’Heroic-Fantasy. Quand c’est Stan Nicholls et ou David Gemmell qui s’y colle, je n’accroche pas le moins du monde. Sauf que voilà, cette fois, on est ravi de suivre nos héros, on est content de constater que deux d’entre eux font du je t’aime moi non plus, et on ne notera même pas le moment où la princesse se fait kidnapper.

Les Fables de l'Humpur de Pierre BordageGrâce à son monde, à son univers, les Fables de l’Humpur rend un scénario totalement vu et revu en quelque chose de magique. La quatrième de couverture ne nous ment pas pour une fois, c’est un fabuleux roman d’amour, et sans aucun doute l’un des plus grands romans de Pierre Bordage. Je l’ai littéralement dévoré, je me suis complètement absorbé dans cette histoire fabuleuse, dans ce monde qui ne m’attirerait en aucun cas, mais qui est des plus agréables à découvrir. Je pourrais bien entendu citer les thèmes de notre histoire, chères à Bordage, comme la religion, l’oubli, la perte de la civilisation, l’amour, etc. Des thèmes que l’on retrouve aussi dans La Fraternité du Panca, mais qui sont ici traités d’une manière diamétralement opposée.

Je ne vois aucun défaut aux Fables de l’Humpur. Certains pourront lui reprocher une fin peut être un peu trop expédiée, mais cette dernière reste réaliste et dans l’esprit du livre. Merci pour ce beau moment de lecture, obtenu grâce aux partenariats de Livraddict, et rendez vous à la fin de l’année pour le récapitulatif 2010. Car Les Fables de l’Humpur place la barre très haute en ce début d’année.


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3 commentaires, donnez votre avis !
  • Fauve a écrit le 26 mars 2010 à 18 h 31 min:

    J’avoue que j’aurai du mal à accrocher pour le résumé de l’histoire. Mais ta critique me dis qu’on peut passer a coté de quelques choses d’intéressant !

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  • Lelf a écrit le 29 mars 2010 à 17 h 12 min:

    Passionnant et dérangeant à la fois. Un excellent roman, je ne m’attendais pas à lire quelque chose d’aussi bon, même si j’aime bien Bordage ! Son univers est quand même super bien pensé et mis en scène. Chapeau.

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  • Luna a écrit le 24 novembre 2012 à 12 h 20 min:

    C’est vrai que l’histoire en elle-même est assez banale. Cela dit, elle fonctionne si bien que je ne l’avais même pas remarqué avant de lire ta chronique ;)
    En tout cas, c’est une belle découverte pour moi.

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