Le Shôgun de l’Ombre de Jérôme Noirez

dabYo dans Critiques, Livres le 3 juin 2011, avec 4 commentaires
Critiques

Jérôme Noirez est un auteur que j’ai découvert l’année dernière avec Le Chemin des Ombres, un excellent mélange des influences de la culture asiatique et d’Alice aux Pays des Merveilles de Lewis Carroll. Le roman m’avait envouté, aussi c’est avec enthousiasme que j’ai entamé un autre de ses romans édité en poche par J’ai Lu, Le Shôgun de l’Ombre. Il s’agit cette fois d’une enquête policière menée par l’inspecteur Ryôsaku et se déroulant dans le Japon féodal. Il s’inscrit dans le cycle de Ryôsaku, c’est le second épisode, mais il ne m’a pas semblé nécessaire d’avoir lu le premier, et je ne me suis jamais senti perdu. Synopsis ?

Le Shôgun de l'Ombre de Jérôme Noirez

Dans le Japon médiéval de 1490, Ryôsaku fait partie des enquêteurs chargés par le Shôgun de résoudre les crimes et maintenir la paix à Kyoto. Ce statut confère à l’ancien samouraï une indépendance qui lui permet quasiment de traiter d’égal à égal avec les hommes les plus riches et influents de la ville. Pour résoudre ses enquêtes, il compte sur trois jeunes samouraïs, Kaoru, Keiji et Sozô, à qui il espère bien inculquer quelques valeurs à grands coups de marteaux sur le crâne. Ils vont être malgré eux lancés au trousse d’un mystérieux criminel, surnommé bien vite par la population comme le Shôgun de l’Ombre.

Nous sommes là dans un roman qui va mélanger de nombreux éléments, à notre plus grand plaisir. Tout d’abord la culture japonaise, l’histoire s’y passe et s’y ancre entièrement. Bien entendu, je ne suis pas un expert de cette civilisation, ceci dit le paysage qui nous en est dépeint semble crédible, mais est surtout très intéressant. On y glane ainsi de nombreuses connaissances sur l’organisation de leur société du XIXème siècle, c’est un plus non négligeable, d’autant que le style s’y prête très bien. Certes, on a parfois l’impression que Noirez cherche à placer un peu trop des références au Japon et à son vocabulaire, mais d’un autre côté, c’est tellement agréable.

Le roman est écrit au présent, les phrases restent simples et me font clairement penser que la cible de l’auteur ne se limite pas aux adultes. Il serait parfait pour un adolescent, même très jeune. Les scènes sont aisément compréhensibles, l’humour bien qu’enfantin rend sa lecture très fluide et agréable, et le jeune garçon n’aura aucun mal à s’identifier à l’un des trois joyeux lurons que sont Kaoru, Keiji et Sozô. Cette proximité avec nos héros est un réel plus, la lecture du roman étant à la fois sérieuse et décontracté, un plaisir.

Le Shôgun de l'Ombre de Jérôme Noirez

Couverture de la version grand format, par Aurélien Police, qui retranscrit mieux la folie de l'enquête

Le Shôgun de l’Ombre est aussi une enquête policière, et l’auteur va beaucoup jouer sur le doute qui prend son lecteur, partagé entre le réalisme et le fantastique. Jusqu’à la fin, on va se demander si des éléments surnaturels ont, ou n’ont pas, lieu. C’est rondement mené, et donne un côté très intriguant au roman. Jérôme Noirez finira-t’il ou non par confirmer que le Shôgun de l’Ombre existe ? Un peu comme dans Le Chemin des Ombres, on va très vite avoir l’impression de faire une virée dans l’irrationnel, le surnaturel, sans pour autant être sûr que nos personnages n’hallucinent tout simplement pas. Certains moments s’ils ne font pas peur, ont une ambiance maléfique très forte. Là encore, c’est un vrai régal, et j’ai beaucoup apprécié l’initiation, le parcours vers la folie, de l’un des personnages.

Le Shôgun de l'Ombre de Jérôme NoirezCes derniers sont d’une manière générale assez peu développés, des sortes d’archétype qui n’ont pas de réelle personnalité. Du moins, leur personnalité n’est pas plus développée que dans un roman Jeunesse, mais ça n’en est pas forcément un point noir pour autant. De même, l’ensemble des personnages secondaires se contentent d’être leur fonction, métier. C’est d’une manière générale le seul reproche que l’on pourrait faire à ce roman: il s’agit d’un roman Jeunesse. Avec ses points forts et ses faiblesses. Personnellement, il m’a enchanté.

Au final, ce roman confirme pour moi que Jérôme Noirez est un auteur français qui manie excellemment bien sa plume. Il rempli parfaitement son rôle et vous fera passer un excellent moment en sa compagnie. Le Shôgun de l’Ombre est une lecture reposante, envoutante, légère et agréable à la fois. Dès que l’intrigue se sera lancé, vous aurez envie d’en apprendre davantage sur ce Shôgun et d’en comprendre le mystère. Un régal et une très bonne introduction à l’univers de l’auteur.


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4 commentaires, donnez votre avis !
  • Bartimeus a écrit le 3 juin 2011 à 19 h 38 min:

    Tu dois absolument lire le Diapason des mots et des misères, c’est excellent également !
    Quant à moi, je pense que le chemin des ombres est mon prochain Noirez !

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  • Efelle a écrit le 6 juin 2011 à 13 h 39 min:

    Un roman très sympathique, dommage que tu n’ai pas lu Fleurs de Dragon qui est tout aussi réussi.

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  • dabYo a écrit le 6 juin 2011 à 13 h 45 min:

    @Bartimeus: c’est celui sur Lewis Carroll ou un autre encore ?

    @Efelle: Quand j’aurai l’occasion de le lire je ne pense pas y manquer ;)

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  • Bartimeus a écrit le 7 juin 2011 à 17 h 06 min:

    @dabYo: C’est un autre, un recueil de nouvelles absolument géniales.
    Leçons d’un monde fluctuant (celui sur la vie de Lewis Carroll) est aussi à lire bien évidemment :D

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