Le Nom du Vent de Patrick Rothfuss

dabYo dans Critiques, Livres le 21 septembre 2009, avec 10 commentaires
Critiques

Comme vous le savez, ici, on aime beaucoup les beaux livres. Alors quoi de plus normal que d’aimer le Nom du Vent ? Ce superbe livre que m’a offert ma fiancée pour mon anniversaire, qui en plus d’une jolie couverture possède une reliure du plus bel effet. Sauf que voilà, ici, on connaît aussi la loi de la belle couverture. C’est donc avec une certaine appréhension que j’ai commencé ma lecture du premier vrai roman de Patrick Rothfuss, un roman dont quasiment tout le monde parle et qui est souvent qualifié d’un des meilleurs livre de Fantasy publié en 2009. Synopsis ?

Le Nom du Vent de Patrick Rothfuss

Kvothe est une légende, ses exploits sont racontés partout dans le monde, qu’ils se soient passés alors qu’il était encore tout jeune à l’université, ou bien pus tard en incendiant la ville de Trebon. Il a libéré des princesse et tué un roi, il est devenu le plus grand des magiciens, et il souhaite aujourd’hui que la véritable lumière soit faite sur sa vie, sans fioriture, sans mensonge et surtout sans enjolivement. Car aujourd’hui, Kvothe n’est plus que l’ombre de lui même, il est un simple aubergiste d’un village perdu dans le nord, où les hivers sont rudes et où les marchands itinérants se font de plus en plus rares, et il se fait appeler Kote, tentant de rester un inconnu aux yeux de tous.

Bref, vous l’aurez compris, ce titre s’axe à la manière d’un long récit fait par le héros quelques années après ses exploits. Il va profiter d’une occasion fortuite pour révéler au lecteur, ainsi qu’à son monde, son histoire, partant des débuts et allant jusqu’à la fin. Ce système peut donc faire penser à un des classiques du genre, Entretien avec un Vampire, mais à une autre pléthore de titres bien entendu. A commencer par l’Assassin Royal. Bien que je n’en ai lu que le premier cycle, la série de Robin Hobb utilise le même principe, même si on ne s’en rend compte qu’à la fin du cycle, et les ressemblances entre ces deux séries ne s’arrêtent pas là: un enfant qui vit dans un monde où il se sent au début tout petit, mais qui finira tout de même à avoir une certaine destinée, le tout en traversant épreuves après épreuves.

Le Nom du Vent de Patrick RothfussCar oui, autant le dire tout de suite, Le Nom du Vent, premier tome de la Chronique du Tueur de Roi, est tout ce qu’il y a de plus classique dans la Fantasy. Vous vous rappelez quand je vous avais dit que Rhapsody essayait tant bien que mal d’être le roman parfait de Fantasy ? Eh bien, c’est exactement ce qu’est Le Nom du Vent. A une différence près, et ici majeure: Patrick Rothfuss s’y prend vraiment admirablement bien pour écrire sa Fantasy parfaite. Car tout comme un Harry Potter ou un Assassin Royal, voir plus encore, ce titre réunie tout simplement tous les éléments qui font d’un livre un livre de Fantasy. Prenez un petit enfant, faites lui subir une petite dizaine de malheur, tuez si possible ses parents, faites le évoluer dans un monde plein de magie, cherchez lui une destinée, mélangez le tout, et vous obtenez Le Nom du Vent. A moins que vous n’obteniez Harry Potter, ou bien celle de l’Assassin Royal.

Ceci dit, ce n’est pas le début du livre qui me l’a fait penser, car il faut d’abord préciser qu’il y a deux niveaux de récit dans notre livre. Le premier, est le présent, c’est celui où évolue Kote, l’aubergiste d’une petite bourgade perdue. Le second niveau, c’est bien entendu le récit de ses aventures, du temps où il était connu sous le nom de Kvothe. Le temps où il a écrit tant d’exploits dans les légendes. Sauf que voilà, les deux récits ne sont pas du tout du même niveau. Les personnages du présent sont totalement inintéressants, que ce soit celui joué par le héros, que ce soit celui joué par son apprenti, ou même celui joué par l’interviewer. Ils sont tous nuls, stéréotypés à souhait, avec des dialogues affreusement mauvais. « oh Reishi c’est trop affreux ce qu’il t’est arrivé !« . Ils sont tellement nuls qu’il casse toute la magie créée par le récit du héros. Dès qu’on lit des lignes de ce que l’on pourrait appeler le présent, on a qu’une envie, retourner dans le passé. Normalement, on devrait en avoir l’envie parce qu’on souhaite connaître la suite. C’est ici le cas, bien entendu, mais on en a aussi, et surtout, envie, pour ne plus avoir à lire ces phrases niaises. Toute la magie s’effondre, et j’avoue que les clinquantes premières pages du récit sont du même niveau que celles de Rhapsody: soporifiques, stéréotypées, et niaises à souhait.

C’est gros, c’est mauvais, et pourtant il y aurait quelques éléments intéressants. Par exemple, il arrive que Kote arrête temporairement son récit pour servir un verre à des nouveaux arrivants dans l’auberge. C’est alors le moment d’écouter ces paysans parler du mauvais temps, de supersticion, et de Kvothe. Il arrive alors souvent qu’on entende tout d’abord le récit réel, celui que le héros a traversé, et ensuite, ce que les légendes ont gardé de la vérité: pas grand chose. C’est vraiment là le seul intérêt, car hormis ça, même si on a l’impression que l’auteur essaye d’en faire une sorte d’intrigue, ou de psychothérapie, c’est vraiment mauvais. Mais heureusement, cela ne couvre pas une grande partie du livre, il est donc temps de s’arrêter sur la vraie partie: le passé.

Le Nom du Vent de Patrick Rothfuss version Allemande

Couverture allemande du Nom du Vent, à noter que c'est quasiment la même posture... Alors que ça ne ressemble pas un brin à la couverture anglosaxonne.

Quand je compare Le Nom du Vent aux deux séries sus-citées, ce n’est en aucun cas pour dire qu’elle est meilleure ou moins bien. Mieux même, alors que ces deux mastodontes existent déjà, elle risque bien d’arriver à se faire une place dans le paysage de la Fantasy, car je dois vous le dire tout de suite: Patrick Rothfuss manie la plume avec un certain talent. Son imagination semble débordante, mais surtout, le plus important, c’est qu’il arrive à nous le retranscrire de manière intelligente. Il rend son monde vivant et nous y envoie avec des dizaines de détails qui ne font pas mouche: quoi de plus normal que d’apprendre les chansons d’un monde lorsque notre héros fait partie d’une troupe d’itinérants ? Et c’est ainsi qu’on est plongé, à travers la musique, à travers les chants, dans un monde qui regorge de légendes, de pouvoirs, etc.

Alors que l’on découvre sur le tas le monde des sorciers d’Harry, celui de Kvothe est amené en douceur, il prend vie peu à peu, les possibilités que la magie y offre nous sont montrées petit à petit, et leurs règles sont clairement définies dès le début. Pas de surprise désagréable lorsque le héros se sort d’un mauvais coup avec des possibilités farfelues, non, la magie respecte les devoirs qu’une magie doit respecter en Fantasy. Le sympathisme, et la magie des noms, comme elles sont appelées dans le livre, sont cohérentes et presque crédibles. On la ressent dès qu’elle apparaît, et comme le héros, on a envie de découvrir comment celle ci s’utilise. On est émerveillé de leurs capacités, mais elles sont tellement crédibles que ça ne nous choque à aucun moment.

Patrick Rothfuss

Patrick Rothfuss

Bien entendu, il n’y a pas que cela dans cette histoire, et il faut avouer que l’on fini vite par s’attacher au héros, et que les évènements qu’il traverse ne peut que nous y encourager. Comme je le disais, le livre réunie les éléments nécessaires à la bonne Fantasy, et il y a donc le lot de trahisons et de déceptions, de coups du sort, de rivalité, d’amitié, etc. Les personnages secondaires sont assez vivants, mais bien en retrait par rapport au héros du livre. On se prend d’affection pour certains, bien que la seule qui ressorte réellement du lot des inconnus soit Denna. Les professeurs sont bien décrits, mais moins vivants que ceux que l’on peut retrouver dans les autres mastodontes du genre.

Le récit du passé est donc parfait, c’est exactement ce qu’on peut attendre d’un livre du genre, et si la suite est au même niveau, il n’est pas à douter à un seul moment que la tête rouquine de Kvothe fera parti de celles que l’on verra souvent. Si Fitz est très connu dans le monde de la Fantasy, notamment pour adolescents, il n’est pas à douter qu’il a du soucis à se faire, car le héros du Nom du Vent est taillé pour le remplacer.

Bref, quand vous commencerez le livre, gardez bien une chose en tête: le début ne vaut rien, mais le milieu et la fin font du livre, de loin, l’un des meilleurs titres de Fantasy de l’année ! Rothfuss, pour son premier roman, met la barre très haute ! Seul problème, la suite n’est pas prévue avant fin 2010 dans la langue de Shakespeare, du coup, on est pas prêt de l’avoir par chez nous. A noter que la version brochée, à 20 euros, sortira bientôt chez les libraires.


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10 commentaires, donnez votre avis !
  • Bartimeus a écrit le 21 septembre 2009 à 19 h 15 min:

    Rhaaa, t’as tout cassé avec le début de la critique, je pensais que ce bouquin était parfait ! ^^
    Bon, tant pis, je prendrais la version brochée quand elle sortira :)

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  • dabYo a écrit le 21 septembre 2009 à 19 h 45 min:

    @Bartimeus: j’avais pourtant l’impression d’être très enthousiaste :o Ce bouquin vaut vraiment le coup, de la très bonne fantasy classique :D Un petit ponit noir de 100 pages s’pas la mort :p

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  • Bartimeus a écrit le 21 septembre 2009 à 20 h 47 min:

    @dabYo: Tu te rattrapes après c’est vrai xD Mais dans le premier paragraphe ça fait article de journal, remarque c’est pas plus mal ça laisse monter le suspense x)

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  • SBM a écrit le 21 septembre 2009 à 21 h 05 min:

    Sur la liste des nominés pour le Grand prix de l’Imaginaire catégorie romans étrangers…

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  • dabYo a écrit le 21 septembre 2009 à 23 h 14 min:

    @SBM: Yep c’est ce que j’ai vu, la logique voudrait qu’il l’ait, mais peut être préfereront ils un titre un peu moins « classique ». J’ai pas lu les autres nominés.

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  • Taktak a écrit le 22 septembre 2009 à 20 h 17 min:

    Quand je serai riche, j’achèterai le bouquin :’o A moins que tu aies la bonté de me le prêter x’)
    M’enfin bon verra, j’ai encore le Trone de Fer à finir o/

    J’aime beaucoup son Tshirt Joss Whedon x’) Scénariste/réalisateur légendaire ! d:D

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  • Céline C. a écrit le 13 octobre 2009 à 10 h 20 min:

    Ah tient, j’avais zappé celui là !
    M’a l’air bien ! Mais comme pour l’Homme Rune, on a une idée du nombre de tomes? Je note, mais pareil, je vais attendre que plus de trucs sortent… ^^

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  • dabYo a écrit le 13 octobre 2009 à 11 h 26 min:

    @Taktak: si j’ai des chances de le revoir… Peut être

    @Céline C.: et bien vu que c’est une trilogie je pense qu’il y aura trois tomes :D

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  • Céline C. a écrit le 13 octobre 2009 à 17 h 37 min:

    ah ui, pas bête !! (pour ma défense, je suis au taff et donc je lis en diagonale) (mais cours se cacher quand même)

    Bon, des trilogies ! plutôt une bonne nouvelle, pas envie de suivre pendant 10 ans et 46 tomes non plus. En espérant que la découpe française soit fidèle à celle anglaise et que ça double pas.

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  • Serafina a écrit le 13 octobre 2009 à 18 h 13 min:

    Bragelonne n’a pas pour habitude de massacrer ses publications, donc je pense qu’il n’y a pas trop de soucis a se faire a ce niveau. Ce n’est pas pygmalion (XD)

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