La Science Fiction est un genre littéraire qui a déjà de nombreuses années et qui compte plusieurs grands classiques. Certains sont plus pointus dans le domaine scientifique que d’autres, et Le Cycle de Ā de A.E. Van Vogt fait sans aucun doute parti de cette catégorie. Sa sortie en 1953 en France avec une traduction de Boris Vian est d’ailleurs considéré comme le point de départ de l’engouement pour le genre dans notre contrée. Le cycle, composé de trois volumes, vient tout juste d’être réédité par J’ai Lu dans une intégrale comprenant les versions définitives datées de 1970. J’ai donc commencé ma lecture avec Le Monde des Ā, synopsis.

 Le Monde des Ā, le Cycle du Ā Tome 1, de A.E. Van Vogt

Gilbert Gosseyn est un adepte de la philosophie du Ā et a naturellement décidé de prendre part aux jeux de la machine afin de décrocher son billet pour Vénus. Cette planète est l’endroit idéal pour vivre, mais il faut pour cela réussir les jeux afin d’obtenir le privilège de pouvoir y aller, et pour réussir, il faut être en osmose complète avec la philosophie Ā. Mais alors qu’il se prépare pour la première épreuve, Gilbert découvre que sa femme dont la mort est pour lui certaine, est encore vivante. Et qui plus est, elle est la fille du président de la Terre alors que lui est un simple badaud. Est-il vraiment l’homme qu’il pense être, ou n’est-ce là qu’une série de faux souvenirs, destinés à un but précis ?

Quand j’ai lu le synopsis, j’ai eu beaucoup de mal à ne pas penser à La Mémoire dans la Peau de Ludlum. Un homme sans souvenir, ou avec des faux, s’apercevant qu’il n’est pas celui qu’il pensait être, et qu’il est sans doute au sein d’une gigantesque machination. Bref, un pion dont on aurait volontairement trafiqué la mémoire pour lui faire faire ce que l’on désire. C’est du moins la première impression que j’ai eu, mais qui s’est vite envolée au fur et à mesure de la lecture des pages: alors que Ludlum nous sert un policier que l’on appellerait aujourd’hui Thriller, Le Monde des Ā est Thriller lui aussi, mais de Science Fiction.

Et là, il faut bien prendre en compte la Science Fiction. Le livre de Van Vogt n’est pas un policier sur lequel on a mis une petite couverture de mystiscisme pour être à la mode. Ni avec quelques théories loufoques par ci par là. Non, ce roman se base en totalité sur plusieurs domaine de la science, et des découvertes ou constatations de l’époque: la mémoire, l’observation, et le non-aristotélicien d’une manière générale. Oui, non-aristotélicien donne non-A, donne Ā, c’est de là que vient le titre du livre. J’aimerai bien vous expliquer de manière claire de quoi tout cela retourne, mais voilà: je ne pense pas avoir tout saisi assez bien pour en faire un résumé synthétique. L’auteur lui même essaye de s’expliquer dans une post-face (qui nous apprend plein d’autres trucs intéressants), mais ça ne prend pas. Tout ce que vous devez savoir, c’est que une grande partie de nos connaissances découle de ce qu’a découvert Aristote et ses disciples, et que la Sémantique générale ou non-aristotélicien est la remise en cause de ces principes. Wikipedia pourra vous aider.

 Le Monde des Ā, le Cycle du Ā Tome 1, de A.E. Van Vogt

Bon, du coup, peut on prendre du plaisir à lire ce roman ? Oui, bien sûr. Abstraction faite de ce côté scientifique un peu compliqué et rébarbatif, on comprend vite et la lecture est très agréable. Le style de la traduction de Boris Vian peut être un peu déroutant au début, les premières phrases et l’action choquent un peu. De nombreuses fois, des transitions sont tout simplement sautées. Elles ne sont pas écrites. Il peut arriver que le héros nous dise qu’il va faire cela, et qu’au paragraphe suivant, il l’ait déjà fait. A celà près que contrairement à de nombreux autres romans, ce manque de transition n’est pas un réel défaut: on comprend parfaitement. Ce n’est pas à nous de découvrir deux pages plus tard qu’il l’a déjà fait, l’auteur nous en informe de lui même, et ne brise donc pas la chaîne.

Le côté scientifique d’ailleurs n’entrave en rien la qualité du scénario et des différents rebondissements que l’on va retrouver au cours de l’histoire. Comme je l’ai dit, il s’agit bien entendu d’un homme pion d’une gigantesque machination, mais qui ne sait pas vraiment ce qu’il doit faire, ce qu’on attend de lui. C’est un homme impuissant que nous retrouvons, sans aucune mémoire. Jusque là, cela reste assez classique, mais il faut rajouter ce que le côté Science Fiction apporte: un univers intéressant et vaste, mais aussi des révolutions scientifiques qui auront été découvertes entre temps. Si le premier but du roman n’est pas l’anticipation et la dénonciation, nous nous retrouvons tout de même dans un futur de notre propre civilisation. Avec les découvertes que cela entraîne.

 Le Monde des Ā, le Cycle du Ā Tome 1, de A.E. Van VogtDu coup le scénario est très captivant, et avec des ficelles qui sont plutôt inhabituelles. Certes aujourd’hui, avec l’essort du genre, cela peut être moins original qu’à l’époque. Mais il faut quand même se dire qu’en 1945, même Fondation d’Isaac Asimov, classique chez les classique, n’était pas encore sorti. Ce titre d’ailleurs, s’axe lui aussi sur des révolutions du cerveau humain, mais complètement fictif cette fois.

Au final, malgré certains passages assez confus, notamment ceux où l’auteur essaye d’expliquer certaines théories, Le Monde des Ā est un livre qui se lit aisément. Il est prenant et le scénario m’a bien tenu en haleine, j’ai d’ailleurs hâte de commencer le deuxième tome que l’on retrouve juste après la post-face dans cette réédition du Cycle du Ā chez J’ai Lu. Que ce soit pour son côté culte, ou pour la simple curiosité de retrouver un fugitif dont la première réflexion sera d’aller chez le psychologue, ce roman d’A.E. Van Vogt est assurément à lire.


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