Le Mauve Empire de V.K. Valev

Serafina dans Critiques, Livres le 14 septembre 2009, avec 2 commentaires
Critiques

Le Mauve Empire est le premier roman de V.K. Valev publié aux éditions du Petit Caveau, une maison d’édition spécialisée dans les romans vampiriques. Ce roman est leur premier bébé né en Juin 2009, et il est donc servi par une très jolie couverture (bien qu’intriguante) et un jeu de mot qui m’a beaucoup plu (oui je sais, il m’en faut peu).  Donc déja un petit synopsis, pour partir d’un bon pied avec cet article. Séverin Desjaunes est ingénieur en électronique pour Fun Technologie. La nuit, il est aussi magnétiseur de manière confidentielle dans un hôpital. Bon faut aussi dire qu’il faut des rêves étranges avec Ouma et qu’il se réveille un jour dans son lit trempé de sang.  Commence alors une histoire étrange, où les apparences sont trompeuses.

Le Mauve Empire de V.K. Valev

Le livre se découpe en deux parties. La première partie peut sembler assez étrange, parce qu’on ne voit pas encore où est ce que l’auteur veut en venir. Elle pose les bases de la deuxième partie, qui elle nous éclaire sur les points obscurs du départ, et prend un rythme bien plus rapide. Coups de théâtre, retournements explosifs, la deuxième partie est plus concentrée en actions que la première. Pour cette raison, je vous conseillerais de lire le livre d’un trait (230 pages, c’est jouable) pour ne pas être découragé par la première partie qui peut sembler un petit peu obscure, voir vous surprendre si vous vous attendiez à voir du vampire dès le départ.

En plus le style de l’auteur est agréable et fluide, ça se lit très bien. La langue est bien maîtrisée et les constructions sont bien foutues. On comprend très bien, c’est clair et précis. Le monde qu’il nous fait découvrir est original, mais à mon goût pas encore assez fouillé. Je m’explique, nous sommes dans un monde apparemment futuriste, mais on ne sait pas trop à quel degrés. Le monde est surtout centré sur Severin et son travail (faire des produits électroniques Fun, genre le frigo qui vous propose de la déco), mais hormis cela, malheureusement on n’en sait pas des masses.  C’est assez dommage, car même si cela n’est pas forcement intéressant pour l’histoire, développer le background aurait permis à certaines scènes d’avoir plus de crédibilité, et là je pense notamment à la fin. Cependant, l’ambiance est très rapidement plantée, et une sorte de climat mystique et sombre s’installe dès les premiers chapitres.

V.K. Valev

V.K. Valev

Les personnages ne sont pas très nombreux.Mais certains sont sous exploités, Clarisse la collègue de boulot par exemple , mais aussi Gavin le Maître Vampire. Ils apparaissent, ils font leur rôle, mais ils sonnent un peu creux parfois.  Severin, par contre,  dans sa quête d’identité est très attachant, et Pravédine son ami médecin jouit d’un bon traitement. Ce dernier est un personnage ambigu, mais intéressant et nuancé.  Sévérin est touchant, dans son impuissance à utiliser son talent pour sauver ceux qu’ils aimeraient.

Quelques unes des sous intrigues ne m’ont pas non plus semblées très intéressantes pour le livre, c’est le cas de l’interne ou du portrait psychologique, qui manque lui aussi de profondeur. Ou alors je n’ai pas tout compris au livre, ce qui n’est pas impossible. En effet par moment, j’avais l’impression de lire du K. Dick, ce qui n’est pas un mauvais point pour autant, dans le sens où je n’étais pas toujours sûre de bien comprendre et où je devais relire plusieurs fois certains passages pour suivre les enchaînements de situations. C’est assez étrange comme sensation.

Ce coté un peu halluciné est aussi renforcé par les nombreuses disgressions du héros, sur la vie, sur la mort, sur la religion, sur la société. Même si ces disgressions peuvent perdre un peu le lecteur, elles sont intéressantes, et surtout exemptes de clichés.

Heureusement, ce qui est le point fort du bouquin c’est le vampire. Ou plutôt la vision du vampire de V. K. Valev. Cet auteur français, d’origine bulgare fait la part belle au mythe du vampire originel, à ces Oupires de l’est qui pouvaient décimer un village. Les connaisseurs, par exemple, retrouveront en effet de nombreuses références à cette épidémie vampirique du XIXème siècle qui a en partie occasionné l’émergence de la bête à crocs dans la littérature. Le mot épidémie est très important ici. Car en effet, la présence d’un médecin dans les héros n’est pas du tout anodine. Le vampire est ici abordé sous un éclairage clinique et scientifique.  Ce coté scientifique, biologique pour être exact, est bien traité et ravis la scientifique que je suis.  La version présentée ici du vampirisme en est d’autant plus crédible que les explications sont cohérentes. Le vampire devient possible. Et c’est vraiment plaisant de voir cette créature vielle comme érode trouver sa place dans un monde futuriste, limite Cyberpunk.

Au final, je reste sur une impression assez étrange et ambigue. Le livre est bourré de bons points, en premier lieu sa vision du vampirisme, mais il laisse une impression un peu hallucinée. C’est comme du K. Dick, je ne peux que vous conseiller de vous faire votre propre opinion, soit vous entrerez dans l’univers, soit vous y serez hermétique. A noter que petite maison d’édition oblige, il est toujours plus dûr de se procurer leurs livres, heureusement cette page pourra vous y aider.


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2 Comments, donnez votre avis !
  • Lelliann a écrit le 10 octobre 2009 à 18 h 17 min:

    « Intriguant » et « original ». Avec une plume fluide, très agréable, l’auteur nous entraîne dans un monde futuriste très proche du nôtre qui m’a rappelé ce petit côté étrange qu’ont les cauchemars. Au départ, tout semble normal puis peu à peu, sans s’en rendre compte on est happé par l’histoire de Séverin. Les genres sont bousculés, pas de poncif. Et la fin… ! Ah, la fin !!! J’ai adoré ! Un coup de poing.
    Bravo à l’auteur, et bravo à l’équipe des Editions du Petit Caveau !
    J’espère que ce livre rencontrera le succès qu’il mérite.

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  • Lotorié a écrit le 13 octobre 2009 à 11 h 29 min:

    Que dire, que dire !

    Un premier roman exceptionnel pour une nouvelle maison d’éditions.

    Tout d’abord, la qualité du livre en lui-même et surtout de la couverture m’ont bluffés! Le travail de Véronique Thomas est tout simplement superbe.

    Venons-en au contenu : une pincée de vampires, quelques gouttes de fanatisme, une grosse cuillère de science fiction, un zeste d’interrogations psychologiques, quelques personnages pas très catholiques. Mélangez, secouez très fort et vous obtiendrez un cocktail détonnant de SF vampirique, où les gentils ne sont pas toujours gentils, et les méchants pas vraiment méchants, où les médecins ne donnent pas forcément la vie et où le héros deviendra …

    Pour connaître la suite, foncez lire cette oeuvre surprenante. Vous ne serez pas déçus.

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