Le Maître du Haut Château de Philip K. Dick

Serafina dans Critiques, Livres le 3 mai 2009, avec 5 commentaires
Critiques

Le maître de Haut Château est un roman de Philip K. Dick. Il est classé en Science Fiction, mais il s’agit d’une Uchronie. Bon, par habitude on range le genre Uchronie dans Science Fiction, mais je ne suis pas réellement d’accord avec ca. C’est un autre sujet. L’Uchronie, c’est un présent alternatif. En gros on change quelques éléments de notre monde et on regarde ce que ça aurait donné. Par exemple la révolution française a échoué, ou ici les alliés ont perdus la guerre. Il a été écrit en 1962 et a reçu le prestigieux prix Hugo l’année suivante.

Le Maître de Haut Château de Philip K. Dick

Il est difficile de parler de ce roman sans parler de Dick. Cet écrivain magistral qui a été de nombreuses fois salués pour ses romans (Blade Runner, Minority Report, vous connaissez forcément) est aussi très difficile à aborder. En effet, il ne le cachait pas, bon nombre de ses écrits ont été réalisés sous influence de diverses drogues (amphétamines). Ce qui lui donnait sans doute des traits de génie, mais qui rend aussi ses romans parfois difficiles à suivre. Le maître de Haut Château est, pourtant, dans les premières centaines de pages tout à fait accessible.

L’Axe a gagné, le monde est partagé entre Japon et Allemagne qui sont en guerre froide. C’est la course aux étoiles et une période d’excellence économique. Les US sont un peuple battus qui essaient de s’intégrer quitte à vendre leur identité. Le monde a accepté l’horreur nazie, et même si nous nous trouvons majoritairement du coté japonais, cette horreur nazie n’est que peu dénoncée. Elle apparaît comme « normale », un peu mégalo, mais le monde s’y est adapté. On peut y voir là une dénonciation de la faculté qu’a l’humain de s’accomoder à tout, même au pire. On ferme les yeux.

Nous sommes à San Francisco et Childan est un vendeur d’antiquités. Les Japonais adorent et collectionnent les témoignages de la vie avant-guerre : armes de la secession, affiches publicitaires. Frank fabrique des fausses antiquités, un espion allemand vient livrer des infos aux japonais. Nous sommes dans les Rocheuses et Julianna enseigne le jduo. Elle tombe sous le charme d’un italien qui lit un étrange livre : une Uchronie. Toutes ces histoires se croisent mais ne se recoupent pas. Chacun vivant de son coté (ce qui peut être frustrant).

Leur point d’union ? Un livre nommé la Sauterelle pèse lourd, écrite par Abendsen. Ce livre de  Science Fiction est une Uchronie où l’Axe a perdu la guerre. Pourtant on se rendra compte que ce n’est pas pour autant exactement notre réalité.

Le Maître de Haut Château de Philip K. Dick

Autre point d’union : l’utilisation du Yi-king, cette méthode de divination chinoise occupe une place très importante dans le livre. De part ses indications sybillines et ses réponses, l’Oracle guide la plupart des personnages. Il est d’ailleurs recommandé d’avoir une idée assez précise du Yi-king pour bien comprendre certains passages du livre.

Au fur et à mesure que l’on avance dans le livre, il devient de plus en plus obscur, de plus en plus halluciné, et au final de plus en plus fidèle à ce qu’a pu faire K. Dick ailleurs. Le livre n’a pas de fin, il est plein de wu, il est en équilibre. Enfin, il paraît. J’ai pas réellement été convaincue. J’ai eu l’impression de lire un assez mauvais trip. Plein de bonnes idées, mais difficiles à comprendre et pas toujours très limpides. Le questionnement sur la réalité est très bien, mais il est assorti de tellement de cotés tripesques qu’il perd à mon goût de la substance.

Philip K. Dick n’est pas un écrivain à conseiller à tout le monde, et j’ai beau adorer certaines de ses nouvelles, je ne suis pas sûre d’avoir la capacité de le comprendre. Au final je retiendrais du Maître de Haut-Château sa description intéressante de l’Uchronie, ses thèmes récurrents (la théorie de Everett en partie), mais je garde un arrière gout un peu apre du final.


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5 commentaires, donnez votre avis !
  • Munin a écrit le 3 mai 2009 à 21 h 20 min:

    Cédric avait chroniqué ici le Maître du Haut-Château :
    http://hu-mu.blogspot.com/2008/12/le-matre-du-haut-chteau.html
    De mon côté, je suis moi aussi fan de ses nouvelles, dans lesquelles je replonge périodiquement. Mais ce Dick-là, je n’ai jamais su l’apprécier.

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  • Seraf' a écrit le 3 mai 2009 à 22 h 01 min:

    @Mumin, je vais lire la critique de Cédric du coup ;p. Pour Dick , celui ci est vraiment halluciné (surtout la fin…) et j’ai aussi du mal. J’en finis par me demander si je ne devrais pas lire du Dick quand je suis totalement shootée par mes médicaments , peut etre que je comprendrais enfin…

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  • Kameyoko a écrit le 4 mai 2009 à 8 h 31 min:

    Décidement dès qu’on parle de Dick on en reviznt à son coté « halluciné ». Je n’ai pas encore lu de Dick (mais j’ai commandé Ubik et Blade Runner), mais son univers m’a toujours fait peur. J’ai peur de ne pa être pris dans son trip.

    Pourtant comme avec ce « maître du chateau » quand tu lis le synopsis tu y vois beaucoup de matière.

    J’aime beaucoup le principe des uchronies (souvent liées aux univers parallèles qui se différencient de notre monde par un fait). je trouve qu’il ya souvent matière à faire de très bonne chose.

    je vais d’abord tenter Ubik et Blade Runner avant de me lancer dans ce livre. Parce que si tu es habitué à cet auteur et que tu trouve son oeuvre « bizarre » je n’ose pas imaginer ça pour moi.

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  • Seraf' a écrit le 4 mai 2009 à 15 h 07 min:

    Blade Runner est relativement « clean » et très facilement accessible, par contre je n’ai pas lu Ubik mais il est consideré par beaucoup comme son « chef d’oeuvre ».
    Pour ce qui est de l’uchronie et plus généralement des univers parralleles c’est un sujet qui a hanté Dick toute sa vie. Bon je ne sais pas sous quels acides maiis.
    Pour le reste, autant il y’a des trucs excellents dans ses nouvelles, autant certaines sont totalement hermétiques et je comprendrais que ca décourage.

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  • Pef a écrit le 21 août 2009 à 15 h 39 min:

    Bon bah je viens de lire Le Maître du Haut Château, et moi, j’ai été totalement emporté, charmé, captivé !

    Effectivement les passages avec le Yi-King sont obscurs, effectivement certaines réflexions des personnages sont incompréhensibles…

    Cependant j’ai beaucoup aimé la construction du récit : on suit les aventures du plusieurs groupes de personnages, aventures qui ne se recoupent par réellement, mais qui en fait sont toutes reliées les unes aux autres. Loin d’être frustrant, cela m’a paru plutôt original.

    Le thème ensuite. Évidemment le point de divergence choisi ne pouvait donné lieu qu’à un récit intéressant. Et il l’est ! J’ai pris conscience que le cours de l’histoire aurait pu être terriblement changé par un minuscule événement (ici mort précoce de Roosevelt). Observer le monde tel qu’il aurait pu être est captivant! On retrouve les grands thèmes du XXème siècle : utopie scientifique (conquête de l’espace), utopie médicale (les Juifs ont recours à la chirurgie plastique pour ne pas être découverts)… Cela renforce l’impression que ce présent aurait très bien pu être le nôtre.

    La fin est géniale. La consultation du Yi-King apprend au personnage que le livre d’Abendsen, La sauterelle pèse lourd, est la vérité. Les personnages devront alors admettre qu’ils vivent dans une fiction, que leur réalité n’est pas la bonne. Et c’est un thème très apprécié de Dick (que l’on retrouve dans Ubik), ce questionnement sur la réalité. Les personnages du livre lisent eux même un livre qui leur présente le contraire de leur réalité, c’est donc un mise en abyme. Nous même ne sommes nous pas les personnages d’un roman ? Les alliés ont-ils réellement gagné la guerre ?

    Donc un livre que j’ai beaucoup apprécié !

    Ubik est lui aussi très bon, sans doute plus abordable que Le Maître du haut-château, plus léger et plus drôle. Mais ce même questionnement sur la réalité, sur les limites de la vie et de la mort avec un fin qui ouverte, comme Ubik, qui relance les interrogations ! A lire !

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