Le Journal de Kurt Cobain

Serafina dans Actualité, Critiques, Livres, Musique le 25 février 2012, avec 1 commentaire
Critiques

Après avoir lu The Heroin Diaries de Nikki Sixx, lire les journaux de Kurt Cobain était un peu une suite logique. Paru en poche aux éditions 10-18 sans doute pour des raisons purement pécuniaires, ce recueil regroupe des extraits des nombreux « carnets » que le défunt leader de Nirvana a rempli de son vivant, où se mêlent paroles de chansons, idées de vidéoclip, réflexions sur son statut, délires sous drogues, liste de compilations musicales, et j’en passe et des meilleures. Une polémique avait entouré la parution de ce recueil, sur son bien-fondé, je n’y rentrerai pas car je n’ai pas réellement d’opinion sur ce point.

Le Journal de Kurt Cobain

Les journaux couvrent la grande partie de la vie de Nirvana: de l’adolescence d’un lycéen paumé, au début de groupe, aux changements de line-up, jusqu’à la gloire et la fin qu’on connait tous. Le début est particulièrement intéressant. Kurt Cobain entretient à l’époque une correspondance assez soutenue avec d’autres groupes de l’époque, comme les Melvins, et ces lettres parlent de l’état de la scène, des groupes qui montent. Bref, c’est une plongée dans le Seattle du début des années 90, qui transpire la déprime et la haine du « heavy metal chevelu du Sunset Strip« , autrement dit, les Mötley Crüe et autres Guns N’ Roses.

Les journaux sautent réellement du coq à l’âne, certaines pages s’arrêtent en plein milieu d’une phrase, et d’autres font référence à des faits (interviews, tournées) qui ne sont pas expliquées dans les notes. Du coup c’est une lecture assez chaotique, bien que ce soit en quelque sorte logique puisque les écrits ne sont pas retravaillés. Cobain a un style d’écriture assez particulier : il invente beaucoup de mots, il a pas mal d’humour et écrit sur une palette assez large : engagement politique, haine des médias, réflexion sur la culture musicale et sur les radios, sur l’émergence du Punk Rock. Étonnamment il se livre assez peu et le terme de journal n’est peut être pas bien choisi, on est plus face à des carnets de travail qu’à un journal. Là où Nikki Sixx racontait vraiment sa vie sur le mode introspection, Kurt finalement, ne parle que rarement de lui.

Le Journal de Kurt Cobain

Cependant ses réflexions trahissent l’état d’esprit d’une époque, d’une génération, et sont sacrément véridiques, même maintenant. C’est son engagement (féminisme, défense des homosexuels) qui ressort surtout, mais aussi sa haine. Sa haine contre le système, contre le conformisme. Sa description de l’héroïne et des conséquences de sa consommation de marijuana sont criantes de vérité et feront plus d’effet que n’importe quel pamphlet anti-drogue, parce que c’est vrai, parce que c’est cru.

Au passage, le journal est aussi très intéressant pour ceux qui aiment le groupe, car il n’est pas rare de trouver les premières versions des futurs hits de Nirvana, les premiers jets de Smells sont présentés par exemple, et c’est toujours intéressant de suivre le cheminement d’une chanson.

Le Journal de Kurt CobainLes journaux sont organisés par ordre chronologique, avec souvent d’un coté, la copie du carnet manuscrit et en anglais, et de l’autre la traduction en français réalisée par Laurence Romance. La traduction est d’ailleurs plutôt bonne, avec de nombreuses notes dus aux jeux de mots et néologismes souvent intraduisibles. Malheureusement, les journaux ne sont pas datés vu que Kurt ne le faisait pas, cependant pour le confort du lecteur et pour pouvoir situer à quel moment de la vie du personnage et du groupe se situent les écrits, je pense qu’il aurait été intéressant de les dater au moins à la louche, car du coup, on est un peu perdu.

Au final, Le Journal de Kurt Cobain m’a malheureusement donné l’impression d’un livre sorti à la va-vite, pour l’appât du gain. Certes intéressant, le tout aurait mérité un plus gros travail de remise en contexte et de datation des carnets. Cependant, je le conseille quand même aux curieux de tout genre, curieux de comprendre réellement ce qu’était cet écorché vif, d’où il venait, comment est né Nirvana. Cependant, cela ne remplacera pas une biographie, et le recueil en lui même ne se suffit pas.


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  • valeriane a écrit le 29 février 2012 à 13 h 26 min:

    J’étais une grande fan de Nirvana au temps de naguère, jadis, dans le si très lointain ;-) (Enfin j’aime toujours hein! ;-) )
    J’ai été plus ou moins tentée par ces journaux… mais chaque fois que je jetais un oeil ou lisais une critique… bah ça me refroidissait quand même un peu.
    A l’époque, j’avais lu la bio de Michael Azerrad, qui m’avait bien plus. (Mais bon, ça date de 1995 tout ça ;-), je ne sais pas comment elle a vieilli…)

    Et voilà que tu me re-tentes avec Nikki Sixx ;-)

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