Après avoir découvert le côté jeunesse de la plume de Jérôme Noirez avec L’Empire Invisible ou encore Le Shôgun des Ombres, deux romans qui m’avaient plus que convaincu, j’ai décidé de m’attaquer à ses romans plus adultes. Le Diapason des Mots et des Misères est donc un recueil de nouvelles de genre Fantastique, récompensé par un Grand Prix de l’Imaginaire et tout juste édité en poche chez J’ai Lu avec une superbe couverture d’Aurélien Police. Recueil oblige, vous vous en doutez, pas de synopsis.

Le Diapason des Mots et des Misères de Jérôme Noirez

Le recueil est composé de douze nouvelles, qui seront suivies par trois petits contes. Si la plupart des nouvelles présentent des univers très différents, passant d’univers pseudos réalistes comme les routes américaines à d’autres beaucoup plus farfelus, le tout est plutôt consistant et cohérent. La plume de Jérôme Noirez y est d’ailleurs également bonne, agréable à lire, et jamais trop descriptive. Les mondes dans lesquels prennent place les différentes histoires sont généralement tout juste esquissés, mais il peut arriver que certains soient bien plus détaillés, comme celui de 7, Impasse des Mirages. Nouvelle oblige, c’est bien entendu au lecteur de capter les différents éléments pour se dépeindre l’ensemble.

Le style de narration est quant à lui assez varié, passant du classique bien maîtrisé pour la plupart à quelques tentatives dérangeantes, comme Le Diapason des Mots et des Misères qui donnera son nom au recueil. Manque de pot, je dois avouer que ces nouvelles m’ont laissé sur le carreau et que, sur une ou deux, je ne les ai tout simplement pas comprises. C’est pas faute d’avoir essayé pourtant, mais entre la narration hachée et l’absence de détails concret, le but m’échappait parfois. Heureusement, ces nouvelles que j’appellerai maladroitement « fausses notes » sont au nombre de deux ou trois, et ne gâchent en rien le recueil et sa qualité générale.

Le Diapason des Mots et des Misères de Jérôme Noirez

Le trait que la plupart des nouvelles partagent est bien entendu la chute, très souvent réussie, abrupte et surprenante. Là dessus, la qualité est vraiment au rendez-vous. Avec les univers, c’est le gros point fort des écrits de Noirez. J’ai d’ailleurs du me faire violence pour ne pas citer toutes les nouvelles, voici celles qui m’ont le plus marqué.

7, Impasse des Mirages

Cette nouvelle se déroule dans les déserts d’Afrique où le pétrole recherché par les occidentaux mène à la construction de villes qui n’auraient jamais dû exister. La nouvelle est vraiment dépaysante, et il faut avouer que c’est une des rares à nous rappeler le Jérôme Noirez du Chemin des Ombres, avec un monde inquiétant mais aussi beau et insouciant.

Feverish Train

Haletante, la narration de cette nouvelle est plutôt pêchue, tout comme son héros. Il faut dire que le contrôleur du Feverish Train est des plus déjantés, et que sa manière de contrôler les billets l’est tout autant. Alors qu’on ne quitte pas d’un poil le train, l’univers prend vraiment vie et le final est des plus surprenants. Le genre de nouvelles qu’on regrette d’avoir fini si vite.

La Grande Nécrose

Cette nouvelle est sans aucun doute la plus géniale de tout le recueil. On y suit l’intervention de deux flics, Brignard et Trignard, dans un univers où les morts vivants de la Brigade Post-Mortem font la planque tandis que les morts domestiqués sont autorisés. Autant dire que c’est plutôt barré, et vraiment très drôle. Une nouvelle qui aurait bien pu inspirer un Plants vs Zombies.

Maison-Monstre, cas numéro 186

Cette nouvelle loufoque nous plonge dans l’une des enquêtes d’une petite fille pas comme les autres: elle chasse les fantômes, et autres créatures de la nuit qui hantent la vie des hommes. La nouvelle m’a particulièrement plu pour son univers, son ambiance et son personnage principal qui n’est pas sans rappeler Mercredi ou encore Emilie. Le final étant bien entendu comme souvent particulièrement succulent.

Contes pour enfants morts-nés

Le recueil se clôt sur trois contes glauques à souhait. Je dois avouer que ce n’est pas franchement le genre de récit qu’il faudrait mettre sous les yeux d’enfants, à moins de vouloir les traumatiser bien entendu. Sans réel but, ces petites histoires sont dérangeantes, morbides, et on en redemande.

Le Diapason des Mots et des Misères de Jérôme NoirezAu final, si vous deviez découvrir Jérôme Noirez et que vous appréciez les recueils de nouvelles, je pense que vous pouvez vous jeter sur Le Diapason des Mots et des Misères sans trop d’hésitations. Il y a de très bons morceaux de Fantastique dedans et le recueil n’a pas volé son prix.

L’ensemble se lit facilement, certaines nouvelles vous marqueront probablement, de part leur univers déroutant et travaillé, ou lors de ces chutes particulièrement bien travaillées. Si je devais citer des comparaisons, je n’hésiterai pas à les placer au niveau des premières nouvelles de George R.R. Martin et son recueil Chansons pour Lya.

Quant à moi, j’ai déjà hâte de lire les prochains récits de Jérôme Noirez.


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