Le coupeur de roseaux de Tanizaki Jun’ichirô

Serafina dans Critiques, Livres le 12 décembre 2009, avec 8 commentaires
Critiques

Le coupeur de roseaux est un court roman de Tanizaki Jun’ichirô. Cet auteur est apparemment célèbre au japon, vu qu’il a donné son nom à un prix littéraire. Cependant pour être honnête, je ne le connaissais pas, et je n’en avais jamais entendu parler. Je dois même dire que de moi même, je n’aurais jamais lu ce livre, car il est a des lieues de mes habitudes littéraires. Et puis, un de mes camarades de classe m’a prêté le bouquin, et du coup, je l’ai lu.

Le Coupeur de Roseaux

Je ne vous ferais pas de synopsis, tout simplement car ce livre s’en passe totalement. Ou alors je devrais vous raconter trop loin dans l’histoire, qui ne fait que 100 pages, donc.. Sachez juste que c’est un homme qui se balade et qui rencontre quelqu’un.

Dit comme cela, ça ne vous donne pas envie et je vous comprend. Mais c’est un livre a lire plus pour le style et l’ambiance que pour l’histoire, bien que celle ci au final se révèle aussi très intéressante. Le style est très japonais, c’est a dire, très poétique, économe tout en étant extrêmement raffiné. Je ne saurais vous le dire que de manière bien maladroite. Mais des les premières pages on est emmené dans un univers poétique, doux, un peu contemplatif, on assiste a une promenade dans un milieu ou la moindre goutte de rosée devient un cadeau de la nature, une offrande.

Tanizaki Jun'ichirô

Tanizaki Jun'ichirô

Le raffinement est poussé et le livre pourrait être qualifié de gracieux. Le style de l’auteur est assez direct, mais on sent qu’il est réfléchit et recherché. Un peu comme ces haikus qui ne se composent que de trois petites phrases mais qui ont été conçus avec  méthode et précision. De ce fait le style de l’auteur permet directement de s’immerger et de prendre le rythme. Car en effet bien que très court, ce n’est pas un roman qu’on « torche », comme on torcherait un Nothomb. Non, chaque paragraphe se lit avec attention, pour comprendre tout ce qu’il sous entend.

La description du paysage japonais, mais aussi des coutumes japonaises, est proprement fascinant . Un véritable univers d’élégance, mais aussi de contraintes. La mise en relief de l’impuissance humaine est traitée de manière très douce mais cependant sans complaisance.. Les personnages ne sont pas très nombreux mais ont tous leur beauté et en quelque sorte une grâce indiscutable. Oui je sais Grâce est un qualificatif qui revient un peu souvent.

Je ne ferais qu’un seul (léger) reproche a cette lecture. L’auteur fait fréquemment référence a des écrits nippons, ou des poèmes. Du coup, pendant la première partie, on est un peu perdu, car ces écrits, s’il font peut être partie du bagage traditionnel japonais, sont totalement inconnus par le grand public français dont je fais partie. J’ai de ce fait probablement loupé des choses et c’est un peu dommage. J’ai regretté de ne pas avoir en appendice des références pour les textes évoqués.

Le Coupeur de RoseauxCe livre c’est un petit bout de paix et de sérénité dans un cadre ciselé. C’est un roman qui vous emporte, qui vous fait ressentir cette beauté , cet état contemplatif si cher au japon.  Certains avis font état de première partie douloureuses. C’est vrai que le livre se découpe en deux parties, une première qui est la promenade à proprement parler, et la deuxième qui est une histoire dans l’histoire,  inspirée d’un conte. Il se trouve que j’ai apprécié la première partie, qui est cependant, je le conçois peut être indigeste pour certains car frustrante. En effet de nombreuses références sont présentes et  il y’a des moments ou je n’étais moi même pas sure de tout comprendre.

Cependant, la deuxième partie est purement fascinante.Les personnages sont très spéciaux, et outre le raffinement, il y’a un petit coté malsain qui n’est pas pour me déplaire. On a l’impression d’évoluer dans un rêve à la frontière du glauque par moments. L’histoire est plus profonde qu’elle n’y parait et l’ambiance est telle que je n’ai pas pu décrocher dès que j’ai commencé.

Cependant, tous sont unanimes pour saluer la deuxième partie, alors je ne peux que vous conseiller de persévérer si vous n’accrochez  pas au début. Le roman est très petit et coûte très peu cher (2€) c’est pour cela que je ne peux que vous conseiller de vous le procurer, car c’est absolument indescriptible.


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8 Comments, donnez votre avis !
  • Thalia a écrit le 12 décembre 2009 à 20 h 48 min:

    Celui-là je l’ai dans ma PAL ^^

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  • aka oni a écrit le 12 décembre 2009 à 22 h 08 min:

    Ah, la littérature classique japonaise je connais un peu. Je ne me rappelle plus si j’ai lu quelque chose de lui mais il fait partie de ce mouvement littéraire incroyable qu’il y a eu au Japon au début du XXe siècle. Je comprends assez bien ce que tu veux dire en parlant de l’atmosphère particulière que crée l’auteur ; on retrouve souvent cela dans les romans de cette période.
    Si tu as bien aimé le style, je te conseille de lire Mori Ogaï et Natsume Soseki, qui sont les deux géants littéraires de cette époque. « Botchan » ou « Je suis un chat », par exemple, ce sont vraiment des livres superbes.

    D’ailleurs Taniguchi a fait un magnifique manga en quatre ou cinq volumes sur Natsume Soseki, ça s’appelle « Au temps de Botchan » et ça retrace un peu la vie de Soseki et les bouleversements du Japon à cette époque… L’effervescence littéraire est aussi à mettre en relation avec cette époque charnière du Japon (fin de l’ère Meiji) mais c’est un autre débat x)
    En tout cas le manga est superbe et ça donne de bonnes idées de lecture vu qu’il fait un peu le tour de tous les écrivains géniaux de l’époque (y’en avait vraiment énormément).

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  • Charmy a écrit le 13 décembre 2009 à 16 h 24 min:

    On a tous besoin de grâce dans la vie, si je le vois, je me ferai un plaisir de le lire ^^ (et si ce genre de livre ne fait pas partie de tes habtiudes littéraires il fait plus partie des miennes, et je trouve ça chouette de couper un peu avec la bit lit ^^)

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  • Seraf' a écrit le 13 décembre 2009 à 19 h 42 min:

    @Aka oni, eh bien merci de tes conseils, je vais penser a ces deux auteurs (j’espere pour toi que ca me referas pas le meme coup que Bukowski …).

    @Charmy, tu me diras ce que tu en auras epnsé si tu le lis ^^. Pour ce qui est de la bit lit, perso, je considere plutot ca comme de la lecture-repos entre deux bouquins plus prises de tete. La apres le calvaire que fut Homo Vampiris, je vais me faire du True Blood (critique a venir)

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  • illman a écrit le 15 décembre 2009 à 9 h 28 min:

    Il est très bien ce livre (et je dis pas ça parce que c’est moi qui te l’ai prêté). Par contre la premiere partie est un peu longuette étant donné qu’elle fait souvent référence à des ouvrages japonais qui demeurent obscurs pour nous pauvres européens.

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  • Mandrag' a écrit le 18 décembre 2009 à 17 h 42 min:

    Je prend note
    Ce livre a l’air de prendre son temps pour raconter les choses ce qui change un peu de mes lectures habituels, mais bon j’espère aussi que ce ne sera pas comme « bilbo le hobbit » de Tolkien ( quelle lenteur…)
    Enfin il faut aussi prendre en compte la différence de culture, c’est pas toujours bon de comparer le japonais et l’européen

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  • Seraf' a écrit le 18 décembre 2009 à 18 h 39 min:

    Non ce n’est pas comparable a du Tolkien, déja parce que le roman ne fait que 100 pages ;p. C’est lent certes, mais une lenteur positive.

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  • Renaud-Daampel a écrit le 2 mars 2011 à 19 h 41 min:

    C’est merveilleux à partir de la page 45 (Folio)

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