Pour ma première participation à if is Dead, je tenais à faire part de mon dernier coup de cœur, Le bleu est une couleur chaude, de Julie Maroh, aka Djou pour ceux qui la connaissent de son blog; ce roman graphique est édité en format souple chez Glénat pour 15€ (ce qui est assez raisonnable). Quelques mots sur Djou avant de commencer: il s’agit d’une auteur de bande dessinée/illustratrice bruxelloise (anciennement française), ouvertement gay, et qui s’était faite connaître de ma personne par son excellent et criant de vérité « pamphlet » pour la journée mondiale contre l’homophobie en 2009. Et je vous invite à aller le lire, même si vous n’aimez que le sexe opposé, parce que c’est très intéressant. C’est par ici. Synopsis ?

Le Bleu est une couleur chaude de Julie Maroh

A la première page, on découvre une jeune femme, Emma, déambulant dans les rues, le texte qui l’accompagne nous lisant sa lettre d’adieu. Et à mesure que les mots s’égrainent, nous comprenons qu’il ne s’agit pas de sa lettre, mais de celle de son amante, Clémentine. Emma est en fait en train de marcher en direction de chez la mère de sa défunte compagne pour accomplir sa dernière volonté: récupérer ses journaux intimes, Clémentine devenant alors narrateur principal, afin de comprendre, et de nous faire comprendre, le pourquoi de son adieu. 

C’est ainsi qu’on découvrira la rencontre de ces deux êtres, et leur tortueux parcours jusqu’à sa fin tragique. On en vient à explorer la plupart des étapes de l’apprentissage de l’homosexualité, de la révélation à son acception. On passe donc par le schéma classique du déni et de la douloureuse auto-persuasion, le coming-out, accidentel ou non, ses lourdes répercussions et ses conséquences directes comme le secret et le rejet social et/ou personnel, sans oublier l’obligation de devoir grandir trop vite. On découvre vaguement le milieu gay, et ses bars dédiés (nommés ici a l’anglaise, gaybars, ce qui m’a légèrement dérangé). Il y a aussi les diverses tensions et les disputes de couples pour les raisons évoquées, le prétendu manque de courage et les conflits de divergences d’esprits.

Le Bleu est une couleur chaude de Julie MarohEn bref, les thèmes habituels…? Pas tant que ça, puisque l’ordre de ces étapes n’est pas toujours le même que l’on peut croiser dans la plupart des supports traitant le sujet (que ce soient livres, films, séries, animés…), ce qui peut être surprenant, mais pas forcement déplaisant. On évite aussi les gros clichés du genre, ce qui fait énormément de bien.

Concernant l’aspect visuel du livre, ça dépend des personnages. Par exemple le visage d’Emma (l’amante) est assez dur, comme s’il avait beaucoup vécu, même quand elle est dessinée plus jeune. Alors qu’au contraire, Clémentine (la morte) a un visage très doux, celui d’une vie lisse, à peine entamée. Je m’attendais très naïvement à voir les méchants personnages plutôt moches (moi et ma manie de lire des trucs pour enfants), ce qui n’est pas du tout le cas, laissant la surprise de voir se révéler les caractères. Je sais, ça a l’air bête comme argument, mais moi je n’y suis pas habituée.

Pour le reste, c’est du Djou, c’est très agréable, très expressif, j’aime beaucoup. Les décors sont vraiment réussis, et les personnages secondaires ainsi que les figurants ne sont pas pour autant laissés pour compte. Et le contraste des couleurs renforce le tout. Car oui, ce livre a pour particularité d’être, dès qu’on entre dans le récit au passé, entièrement en noir et blanc, excepté le bleu, qui ressort, d’où le titre.

Cet aspect esthétique très travaillé permet à l’auteur de retranscrire des sentiments vraiment forts, qui se dégagent avec puissance du dessin. On ressent aisément le vécu dans ce qu’on lit, que ce soit pour l’auteur, ou pour moi même. J’ai assez rapidement reconnu certaines sensations et situations graphiquement très bien rendues, ce qui m’a plus ou moins plu, faisant remonter pas mal de bons et de très mauvais souvenirs. Mais j’ai peur que cet aspect ne concerne que moi, un hétéro ayant lu l’œuvre aurait son avis de bienvenu sur la question.

Le Bleu est une couleur chaude de Julie Maroh

Ce que j’essaie de dire, c’est que certaines scènes sont vraiment très chargées, et certaines répliques, certains instants de lecture peuvent avoir énormément d’impact sur le spectateur. L’histoire est réellement prenante, le personnage de Clémentine très attachant, et l’on a vite fait de se sentir mal pour elle, d’avoir l’estomac noué à la simple idée de tourner la page, pour découvrir la suite. Ceci dit, ce n’est pas négatif pour autant, c’est au contraire un signe de qualité, que d’investir autant les sentiments du public dans ce qu’il est en train de lire.

Le Bleu est une couleur chaude de Julie MarohEt puis on lit on lit, et on finit par oublier qu’à la fin, Clémentine doit mourir, et même si cela n’arrive pas sans raison, ça reste soudain, dramatique. Je n’en ai pas honte, mais j’ai pleuré en refermant le livre, plusieurs minutes même. J’avais déjà connu ça sur d’autres supports, mais jamais une BD ne m’avait autant émue que celle ci. La fin est belle, assez triste, mais vraiment belle.

Pour conclure, Le bleu est une couleur chaude fut une excellente lecture. Oui, une très bonne et très jolie BD que j’attendais au tournant, et dont je suis loin d’être déçue. Alors certes, je suis une lectrice plutôt facile, mais je la relirais avec un immense plaisir, même s’il m’a fallu une journée entière pour m’en remettre. Pour ceux qui désirent avoir plus d’infos sur l’auteur, je vous invite à aller lire son blog.


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3 Comments, donnez votre avis !
  • Serafina a écrit le 9 avril 2010 à 20 h 19 min:

    J’ai lu les 15 premieres pages via le site de Glenat (bonne initiative d’ailleurs) et j’ai été vraiment surprise. La qualité de narration, l’émotion qui se dégage en quelques pages seulement et bien évidemment, le traitement des couleurs. Sans surprise c’est un procédé que j’adore (genre Sambre..) et qui je trouve rend bien.

    J’essairais de le lire en entier en tout cas ^^

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  • Amélie a écrit le 4 juin 2010 à 19 h 17 min:

    Bon, puisque l’avis d’une personne hétéro est demandé, je m’y colle ! ;-)
    Tout pareil, elle m’a bien secouée, cette bédé, je l’attendais également puisque je suivais le blog de Djou.
    j’ai d’ailleurs apprécié que soit abordé la difficulté de « se reconnaître »
    Je m’explique : la peur pour une femme homosexuelle de s’investir dans une histoire avec une jeune fille qu’elle perçoit comme curieuse plus que réellement homo, et d’en souffrir..
    ça fait partie des éléments qui ne sont jamais abordés…

    Super bédé, très émouvante, dessins tip-top, à faire circuler, à prêter, à relire…

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  • Prince Masqué a écrit le 7 juillet 2010 à 17 h 19 min:

    Je susi tombé dessus cet après midi à la médiathèque et quand je me suis souvenu de cet article, j’ai laissé ma curiosité prendre le dessus sur cette BD.
    Et je ne fus pas déçu, je l’ai lu d’une traite en me laissant absorbé par cette univers sensuel et fragile. C’est avant tout le graphisme très vivant qui m’a poussé à la lecture. Quand je me suis lançé je ne savais pas du tout sur quoi j’allais tombé. J’avais fait confiance à la qualité graphique et je fus agréablement surpris d’avoir la même qualité dans la narration.
    En tant qu’hétéro ayant des amies lesbiennes, j’ai tout de suite été percuté par la partie réaliste de l’univers homo. Mais c’est avant tout le protagonisme de l’Amour qui m’a fortement touché. On s’en fout pas mal des préjugés quand on est tolérant et cet ouvrage nous le rapporte bien. On parle d’Amour sensuel et Premier et même universel: un besoin d’affection d’une âme soeur.
    Bref, Cette oeuvre m’a profondément émue bien que j’ai trouvé la fin amené un peu trop rapidement. A fortement conseiller.

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