Lavinia de Ursula K. Le Guin

dabYo dans Critiques, Livres le 18 février 2011, avec 3 commentaires
Critiques

Lavinia est un roman d’Ursula K. Le Guin qui vient tout juste de sortir aux éditions l’Atalante avec une traduction de Marie Surgers. D’apparence très soignée, le livre est orné d’une illustration de Genkis et donne une impression de livre doux et agréable. Comme je ne connaissais pas l’auteur jusqu’alors, c’est sans aucun apriori que je l’ai commencé, sachant juste qu’il était là question de l’Enéide de Virgile, un texte que je n’ai jamais lu et dont je ne connaissais que les grandes lignes. Synopsis.

Lavinia de Ursula K. Le Guin

Lavinia est la fille unique du roi du Latium et donc seule héritière de ses vastes terres ainsi que de son royaume. Bientôt en âge d’être mariée, nombreux sont les princes à parader à la table de son père afin d’obtenir sa main. Parmi eux, le beau roi Turnus, petit neveu de sa mère et donc allié à la famille de Lavinia par le sang. Plus beau que les autres, plus noble et guerrier aussi, il a tout les avantages pour ravir sa main, même celui de la popularité auprès du peuple du Latium, et pourtant, Lavinia ne peut se résoudre à l’épouser…

Je dois avouer que mon synopsis n’est peut être pas des meilleurs et augurerait presque d’une histoire à l’eau de rose. Et pourtant il n’en est rien. Bien sûr, les sentiments de l’héroïne Lavinia seront importants et évoqués tout au long de ce récit fait à la première personne, la plupart du temps, mais c’est plus vers la tragédie que s’oriente Lavinia que vers le roman Harlequin. D’ailleurs, évoquer ce type de littérature serait une insulte envers le superbe travaille d’Ursula K. Le Guin. Mais avant de rentrer dans le sujet, il faut d’abord comprendre d’où vient ce roman.

Pour ceux qui l’ignorent, l’Enéide est une épopée écrite par le poète romain Virgile, entre 29 et 19 avant J.-C, juste avant sa mort. Ça ne semble avoir aucun rapport avec notre roman et pourtant, c’est là la base. L’Enéide est un récit relatant une version alternative et fictive de la création de la Rome Antique par Enée, héros troyen déchu suite à la perte de la guerre de Troie. Dans ce récit, après un long périple sur la mer Méditerranée, il finit par arriver sur les terres latines, où il se mariera avec l’héritière du Latium et y fondera ce qui deviendra plus tard Rome. Le roman Lavinia a donc pour but de donner à vie à cette héritière, appelée Lavinia, afin que sa vie ne soit plus simplement tracée par une phrase écrite par Virgile qui, n’ayant d’yeux que pour Enée, a oublié au passage de lui fournir sentiments et caractère.

avinia de Ursula K. Le Guin

Le roman est accompagné d'une carte de l'Italie de l'époque

Mais Ursula K. Le Guin ne va pas seulement se contenter de broder quelques évènements autour de l’histoire de Virgile, bien loin de là. En effet, non content de donner un souffle au personnage Lavinia, elle va aussi lui donner conscience de notre existence. Lavinia nous parle, et apprend de la part de Virigile lui même quelle sera sa destinée. Se dresse alors des questions existentielles, existe-t’elle parce que Virgile l’a créée au détour d’une phrase, vit-t’elle réellement son destin et restera-t’il réellement quelque chose d’elle ? Bien que perdant au début, ces choix de narrations sont très bien intégrés au fil de la lecture et finissent par devenir habituels, voir agréables. Si les premières pages du roman sont difficiles à cerner, au fil et à mesure de la lecture elles prennent tout son sens et donne un aspect bien plus tragique que prévu à notre roman. Attention, ce n’est pas pour autant un aspect omniprésent du roman, bien loin de là, mais cela permet ingénieusement de faire des pauses dans le récit, des endroits pour respirer, en dehors du temps.

Je ne connais certes pas l’auteur, mais il est de notoriété qu’elle prend profite parfois de sa plume pour y faire passer des idées féministes, et Lavinia ne déroge pas à la règle. Mais on est loin du féminisme outrancier, d’autant qu’il colle beaucoup à l’époque. Lavinia n’étant « qu’une » princesse à marier, et sa fonction et utilité étant limitées à cet état. On y parle donc bien entendu du destin des « princesses », dont le seul souvenir historique sera l’union à un roi, et la dot qu’elle a pu lui apporter. La conclusion est d’ailleurs étonnamment positive.

La fin du roman étant connue, vu que l’Enéide de Virgile est respectée, ce n’est pas spécialement là la valeur ajoutée de ce roman. Mais c’est bien son déroulement, superbe, qui vous donne envie de lire la suite. Comme pour d’autres romans, ce n’est pas ce qui va se passer mais comment cela va se passer qui nous importe. Et on est complètement happé par la vie simple de cette fille latine. Ursula K. Le Guin arrive d’ailleurs à lui créer une personnalité comme on en voit rarement dans les romans de Fantasy. Loin de tout stéréotype, de tous ces personnages féminins à l’indépendance exacerbée ou alors bien trop logique, Lavinia est simplement touchante, vraie.

Lavinia de Ursula K. Le GuinBien entendu, il serait difficile d’imaginer cela possible sans le talent d’écriture de l’auteur, ainsi que de l’excellente qualité de la traduction signée Marie Surgers. Le roman, tout au long, et dès lors que l’on a cerné l’idée que le personnage peut de temps à autre nous parler, est d’une lecture des plus aisées. On se retrouve plongée dans le Latium et les divers conflits qui peuvent y avoir lieu. On y entend clairement le choc des armes en métal, et on voit les hommes suer au soleil lors du labeur de la culture de la terre. Toute l’ambiance de l’époque, que ce soit par l’organisation du royaume ou l’importance énorme des dieux y est très bien retranscrite, sans aucun faux pas, maîtrisé d’un bout à l’autre.

Je pourrais faire de nombreuses éloges supplémentaires à Lavinia, mais je me contenterai de vous conseiller sa lecture. Ce roman m’a happé du début jusqu’à la fin, rendant ma séparation avec l’héroïne déchirante. Un roman de ce début d’année 2011 qui vaut clairement le détour.


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3 commentaires, donnez votre avis !
  • Phooka a écrit le 18 février 2011 à 13 h 40 min:

    J’ai moi aussi adoré ce roman et je suis fan de la plume d’Ursula Le Guin!

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  • Lelf a écrit le 18 février 2011 à 14 h 39 min:

    Un très beau roman, très original et surtout avec une héroïne magnifique.
    J’adore le contexte de ce bouquin, une plongée dans une vieille époque, bien réelle, mais au travers du regard d’un personnage d’épopée. U. Le Guin a eu une fabuleuse inspiration pour ce récit :)

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  • Lou a écrit le 19 février 2011 à 12 h 39 min:

    J’ai eu l’occasion de voir la carte pendant un cours à la fac, et après quelques recherches j’ai vu toutes les critiques positives qui sont faites à propos de ce roman.

    Maintenant j’ai vraiment envie de me plonger dedans, mais j’ai trop de livres à lire en ce moment, c’pas juste… T___T

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