La Route de Cormac McCarthy

C'est l'histoire de deux mecs qui marchent

illman dans Critiques, Livres le 11 mai 2012, avec 4 commentaires
Critiques

La Route de Cormac McCarthy est un roman paru à l’origine en 2006, qui a raflé le Pulitzer en 2007, et qui a été adapté au cinéma en 2009 avec Viggo Mortensen dans le rôle principal. L’édition que j’ai lu est celle de Points, avec une traduction de François Hirsch et comme couverture l’affiche du film. J’étais curieux de lire ce livre qui s’était hissé dans des tops littéraires de Fantasy-SF et qui avait eu l’honneur du grand écran, je reste toutefois sur un avis assez mitigé après lecture. Synopsis.

La Route de Cormac McCarthy

Dans un monde post-apocalyptique fait de cendres et de froid, typique d’un hiver nucléaire, un père et son fils marchent le long de la route vers la côte pour trouver un environnement moins hostile. Ils devront éviter les embûches qui les attendent le long de la route pour parvenir à leur fin.

Premier constat, il ne faut pas lire La Route si l’on veut vivre une grande histoire ou une épopée, l’histoire est plutôt lente et calme. Mais l’intérêt de notre roman n’est pas là, ici, on mise sur l’ambiance et sur les personnages, très peu nombreux, pour instiller une atmosphère et nous transporter dans un nouvel enfer.

Les personnages sont donc au nombre de deux, le père et le fils, simplement anonymes. Ils croiseront pendant quelques pages d’autres pauvres hères le long de la route, des rencontres souvent riches en émotions, la peur en général. La candeur et la naïveté dont fait preuve l’enfant à leur égard torture l’esprit du père, car le long de la route, il éduque son fils. Il lui répète sans cesse qu’ils sont les gentils et que les autres sont les méchants. C’est complètement manichéen, mais cela représente parfaitement le monde qu’ils traversent. Ces rencontres fugaces ne seront d’ailleurs pas les seuls antagonistes du roman, l’environnement sera aussi contre eux. Le froid, la maladie et la faim seront des ennemis tout aussi cruels et ajoutent à l’ambiance de fin du monde déjà pesante.

The Road de Cormac McCarthy

Au rayon des apocalypses inexpliquées mais dévastatrices, on trouvera celle de La Route, vu que l’on ne sait rien, on ne peut s’empêcher de spéculer. Forcément un monde avec des cendres à perte de vue, dépeuplé et où l’on ne sent pas la mort à 100mètre, juste le vide et le silence de la neige cendreuse, c’est intriguant. J’ai rarement lu un bouquin avec une ambiance aussi lourde, à retenir son souffle avec les personnages, et avoir envie de baffer le gamin pour qu’il la ferme dans les moments critiques.

Coté narration et mise en page, c’est assez inhabituel. On a affaire à des paragraphes assez courts, qui dépassent rarement la page, instaurant une sorte de malaise, comme un souffle court au récit. Autre élément très important dans un récit, les dialogues, ils sont ici particuliers et contribuent très fortement à l’ambiance du livre. Ils sont en effet réduits à leur plus simple expression, dépouillés de ponctuation comme les tirets ou encore les guillemets. Cela donne une sorte d’impression d’être un troisième protagonistes qui observe la scène, plutôt glauque. On se détache peu à peu de la barbarie qui émaille ce livre, le plus souvent suggéré, certains passages pourront peut être choquer les plus sensibles. Le tout pour une simple raison: l’auteur restera constamment dans le factuel pour décrire ses situations, aussi cruelles et moralement discutables qu’elles soient. Et après tout, il n’a pas spécialement besoin d’en faire plus.

La Route de Cormac McCarthySi l’ambiance est forte, il y a tout de même un réel point noir, qui m’a mis un peu sur les fesses, et c’est la fin de cette histoire. Quand tu ferme le livre à la dernière page, et que ta première phrase se résume à l’idée tout ça pour ça, on ne peut pas s’empêcher d’être déçu. Mais d’un autre coté, vu l’épaisseur narrative de l’ensemble, j’aurai du m’en douter.

Difficile de se passionner pour La Route, c’est un bouquin où il n’y a pas vraiment d’histoire et où tout est plat, laissant en quelque sorte un arrière-goût de cette cendre issue de l’apocalypse. Niveau ambiance, Cormac McCarthy est maître de son œuvre et met la pression avec son univers sans espoir, ambiance parfaitement retranscrite par la traduction. Mais une curiosité plus qu’un réel grand livre pour moi, à chacun de se faire son opinion, m’est avis qu’il y en a qui vont y chercher des explications philosophiques interminables et inintéressantes, je suis d’ailleurs tombé sur certaines critiques hallucinantes, ou hallucinées, au choix.


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4 commentaires, donnez votre avis !
  • crobz a écrit le 11 mai 2012 à 9 h 02 min:

    Parfait j’hésitais à lire ce livre depuis que j’ai terminé I am Alive (excellent jeu XBLA au passage). On m’avait prévenu que le livre était assez ‘éprouvant’ à lire mais vraiment bon. Merci pour le critique :)

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  • Céline☼ a écrit le 11 mai 2012 à 9 h 48 min:

    Je l’ai lu et j’ai vraiment aimé. Tout (enfin presque, j’ai juste eu un peu de mal avec le style, mais on s’y habitue), l’ambiance de fin du monde, la relation entre le père et le fils, le côté dérangeant qui titille nos peurs les plus profondes.
    Je n’ai pas été déçue par la fin.
    En quoi l’as-tu été ? Qu’attendais-tu de plus ? (je suis curieuse !)

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  • Tara a écrit le 11 mai 2012 à 23 h 08 min:

    J’aime bien lire ce genre de livre pour la qualité du style justement.
    « et avoir envie de baffer le gamin pour qu’il la ferme dans les moments critiques. » = ahah j’adore :)

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  • Crobz'wife a écrit le 12 mai 2012 à 8 h 50 min:

    J’ai le livre puis vu le film, ce dernier apporte la dernière touche qui manque au bouquin, donne le visuel qui n’est pas ou peu décrit, met des images sur cette ambiance lourde, pesante.

    J’ai aimé cet ensemble pour ce qu’il m’a fait ressentir, éprouver.
    Cela fait parti de ces ovnis qui ne laissent pas indifférents :)

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