Idhun est une trilogie de Fantasy Jeunesse écrite par une auteur espagnole, Laura Gallego García qui a rencontré un important succès dans son pays d’origine depuis la parution du premier tome en 2004. C’est ce premier tome, nommé La Résistance, qui vient tout juste d’être traduit et édité par les éditions Bayard en France. La traduction est de Marie-José Lamorlette et le bouquin possède une couverture plutôt originale, qui brille couleur argent, sur laquelle se place une jaquette blanche trouée, laissant habillement entrevoir le brillant du dessous. Plutôt joli et original donc, mais penchons nous plutôt sur le synopsis.

La Résistance, Idhun Tome 1, de Laura Gallego García

Alors que Jack rentre simplement de l’école, un pressentiment l’assailli et il ne peut pas s’en défaire. Pour une raison qu’il ignore, il craint pour la vie de ses parents et se dépêche donc de rentrer au plus vite. Malheureusement, il découvre vite que ses prémonitions étaient exactes, et c’est dans une scène surréaliste qu’il perd totalement pied avec la réalité. Pourquoi ses parents ont ils été assassinés ? Et pourquoi par un magicien ? Qui est ce chevalier qui est venu de nulle part pour le sauver, et où s’est il donc réveillé ?

Bon autant le dire tout de suite: Idhun est bourré de stéréotypes, souvent plus gros les uns que les autres. Il suffit de lire ce synopsis pour s’en apercevoir, et quand on commence le livre, on a l’impression d’être devant une suite interminable de stéréotypes. Mais en soit ce n’est pas forcement un mauvais point, après tout la Fantasy Jeunesse en générale est bourrée de stéréotypes, c’est aux auteurs ensuite que revient le travail d’en faire une histoire qui prendra en haleine les plus jeunes d’entre nous, tout comme les plus vieux lorsque c’est bien réalisé, afin de gommer ce défaut. La question est donc de savoir si Idhun réussira ce challenge ou pas ?

Avant de commencer à vous livrer mon opinion sur ce livre de Laura Gallego García, il faut quand même que je revienne sur les conditions dans lesquelles nous avons obtenu le titre. En effet, les éditions Bayard ont beaucoup misé sur ce titre, afin d’en faire leur cheval de bataille du rayon jeunesse. Du coup ils ont mandaté une agence de communication afin d’inonder la blogosphère francophone de service presse, et donc d’obtenir un petit buzz autour du bouquin. C’est de bonne guerre, et c’est comme ça que nous avons reçu, il faut l’avouer, une superbe édition collector (numéro 13, le vendredi !) qui était accompagnée d’une jolie boite et de trois badges aux couleurs d’Idhun.

Laura Gallego García

Laura Gallego García

Très sympathique donc, et c’est avec cette image que j’ai commencé ma lecture, qui malheureusement se résume à une suite de déconvenues plus grosses les unes que les autres. Ce n’est pas un petit coffret qui suffira à acheter mon silence, et c’est donc une longue critique que vous vous apprêtez à lire. Tout d’abord, c’est le style qui m’a choqué. Je ne sais pas si cela vient de l’écriture de Laura Gallego García ou si c’est l’œuvre de la traductrice, mais j’ai trouvé l’écriture très simple, peu réaliste, et pas très agréable à lire. Je ne fais d’habitude pas attention à ce genre de détails, ou plutôt, je me contente de peu, mais il y a quelque chose dans l’écriture qui me gène. Après cette première mauvaise impression vint malheureusement celle des stéréotypes.

Mon synopsis ne raconte que les cinq premières pages du bouquin, mais l’on y voit clairement de gros stéréotypes. D’énormes même si vous voulez mon avis. Notamment le symptôme du je parle d’un truc et cela arrive 10 pages plus tard. Alors si il est certain que les premières pages d’un bouquin sont généralement très peu représentatives de l’ensemble, il faut avouer que, malheureusement, pour Idhun cela correspond parfaitement. Tout ce qu’il va se passer, du début à la fin, est prévisible des kilomètres à l’avance. Et je ne vous parle même pas de la prophétie et de la révélation finale, puisque parler de révélation alors que vous l’aviez deviné au moment même où vous lisiez la prophétie, soit 350 pages plus tôt, serait de la pure imposture.

Il est toujours délicat d’insérer une prophétie lorsque c’est votre héros qui en est la cible, surtout dans le cas où vous tenteriez de faire croire au lecteur que ce n’est pas lui le sujet de la prophétie. En général, ça se solde par des soufflés en puissance et un suspens complètement absent. Pour ne pas dire une lassitude voir un énervement éprouvé par le lecteur. Et pour le coup, l’auteur aurait plutôt dû s’inspirer de J.K. Rowling qui joue habillement avec une prophétie où il est clairement annoncé qu’elle concerne le héros. Mais bon, cela aurait pu être rattrapé si tout n’était pas aussi gros.

En effet, avant de parler des personnages, détaillons un peu notre histoire. Comme le titre du premier tome l’indique, La Resistance, nous allons suivre les aventures de Jack au sein d’une résistance. En effet, Idhin, le monde, pas le livre, a été envahi par des serpents géants sous les ordres du nécromancien Ashram. Bien entendu, comme il est très méchant et qu’il veut asservir tout le monde, les hommes et autres créatures de ce monde parallèle au notre se sont alliés pour résister et tenter de mettre fin à son règne. C’est un groupuscule de cette résistance qui va sauver Jack de la mort et l’emmener sur une petite sphère de vie, à mi chemin entre la Terre et Idhun, nommée Limbhad. Depuis cet endroit caché, ils font des raids sur Terre pour protéger les expatriés idhunistes, et en même temps trouver les élus de la prophétie.

La Résistance, Idhun Tome 1, de Laura Gallego García

Ce n’est donc pas l’histoire qui va remonter le tout pour le moment, car comme vous avez du vous en apercevoir, c’est du vu et revu. Mais ce n’est pas non plus la façon dont elle est développée qui nous intéressera beaucoup plus. Les éléments sont amenés d’une façon assez chaotique, notamment parce que les dialogues entre les personnages sonnent faux. Et ne parlons même pas du niveau de ces dialogues, bien trop évolués pour des héros haut de trois pommes, enfin, 12 et 13 ans pour être exact. Des personnages qui sont d’ailleurs somme toute assez fades. On retrouve l’héroïne au grand cœur, prête à se sacrifier pour sauver l’un de ses compatriotes, le chevalier fier, droit et fort, plein de sagesse à revendre, le magicien pour le suppléer, et enfin le héros qui n’en fait qu’à sa tête, mais qui est plein de bon fond. Bref, stéréotypes en voulez-vous, en voilà !

Si il est régulier de ne pas pouvoir blairer le héros d’un livre de Fantasy Jeunesse, on peut en général se reposer sur les personnages secondaires. Voir sur le méchant. Or là, on se retrouve avec des gentils aussi plats qu’une table à repasser, et avec des méchants vraiment trop caricaturés pour être appréciés. Alors certes, il y a un petit trip dont je ne peux vous parler sans vous spoiler, mais ça ressemble tellement à un délire de fanfiction que la sauce ne prend pas. Tout du moins, si on y voit là un roman de Fantasy et non un Harlequin.

La Résistance, Idhun Tome 1, de Laura Gallego GarcíaQui dit Fantasy dit aussi mondes imaginaires, et bien souvent magie. Laura Gallego García essaie de nous faire entrer tant bien que mal dans le monde d‘Idhun, où la magie est courante, où les dragons et les licornes existent tout comme les magiciens et les nécromanciens. Du classique donc, et en général les auteurs arrivent bien à nous y faire pénétrer. Seulement, avec cette histoire de mondes parallèles et de passages entre les deux, nous n’arrivons quasiment jamais sur Idhun. Du coup, la magie et l’immersion sont proches du néant. On ne ressent pas la magie, et les combats d’épées et de sorts sur Terre laissent plutôt un sourire moqueur qu’une bonne impression. Comme si l’auteur avait plutôt fait un roman où la magie existait sur Terre. Certains détails sont même ridicules au possible, notamment la barrière de la langue qui est oubliée trois pages plus tard grâce à un super collier qui permet de comprendre et parler les dialectes d’Idhun.

Bref, vous l’aurez compris, je n’ai pas du tout apprécié ce premier tome d’Idhun. En général j’ai tendance à juger plus légèrement les bouquins à destination des plus jeunes d’entre nous. Seulement, hormis une très belle présentation, il n’y a pas grand chose pour sauver le roman de Laura Gallego García. Il y a des limites à ne pas dépasser et on se retrouve ici avec un blockbuster qui n’a même pas les rares qualités d’un Chevalier d’Emeraude. Et pourtant, ce n’est pas sous les qualités que croulent les fragiles épaules de la série d’Anne Robillard. Et je ne parle même pas des quelques perles nationales que j’ai pu lire, comme La Quête d’Espérance de Johan Heliot qui aurait pour le coup bien plus mérité un tel tabac médiatique si vous voulez mon avis.


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4 commentaires, donnez votre avis !
  • Ryuuchan a écrit le 6 juillet 2010 à 18 h 53 min:

    Mouais, toi non plus pas convaincu hein ? Je rejoins tout à fait chacun de tes points. Surtout sur ton impression « fanfiction » (et j’aurais même ajouté « jeux vidéos », y a des scènes où j’ai clairement eu l’impression de lire une description de RPG pour Game Boy – rapport à cette histoire de crosse noeud-noeud, entre autres…).

    Par contre, je note Johan Heliot. Je ne connais pas du tout, et tes dernières lignes m’ont intriguée (et on s’étonne encore que la fantasy soit si mal vue quand de bons auteurs sont relégués au fond des rayons au profit de livres comme Idhun :/).

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  • Lou a écrit le 8 juillet 2010 à 15 h 13 min:

    Eh beh, ça fait longtemps qu’on avait pas eu une critique comme ça dis donc…

    Je dois avouer que les échos qu’on m’en faisait, avec la jolie couverture et tout, ça me donnait envie, mais en fait…. Bah enfait non.

    Tu comptes quand même lire les autres tomes ?

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  • dabYo a écrit le 11 juillet 2010 à 9 h 55 min:

    @Lou: Si on me les envoie sans doute oui, mais bon j’en ai pas spécialement envie là ^^

    @Ryuuchan: Je te conseille Johan Heliot, j’essaie de le caser dans toutes mes chro pour que tout le monde connaisse :p

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  • Thalia a écrit le 12 juillet 2010 à 20 h 36 min:

    Je suis étonnée de lire ta chronique :/ tu es le premier avis négatif que je lis dessus. Heureusement qu’il me tente pas plus que ça à la base malgré la superbe couverture sinon tu me démoraliserais juste avant lol

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