La Porte Perdue de Orson Scott Card est le premier tome des Mages de Westil, son nouveau cycle de Fantasy qui est sorti en octobre dernier chez les éditions l’Atalante et au début 2011 dans sa version originale. Il est traduit de l’anglais pas Jean-Daniel Brèque et la couverture est signée Gess. J’avais beaucoup apprécié Ender : l’exil, un bouquin du même auteur dans le registre de la Science-Fiction. La question était de savoir si l’étincelle allait aussi passer avec de la Fantasy, pendant ces quelques 405 pages qui m’attendaient. Pour commencer, un petit aperçu de l’histoire.

La Porte Perdue, Les Mages de Westil Tome 1, de Orson Scott Card

Et si les dieux de nos anciennes mythologie étaient des êtres venus d’un autre monde qui, par la fourberie de Loki, seraient restés bloqués sur Terre ? Danny North fait partie de la lignée descendante des dieux nordiques, malheureusement pour lui, il n’a pas l’air de développer le moindre horsmoi, une sorte de projection astrale de soi même, la source de pouvoir des êtres de Westil. Mais voilà qu’un jour, il s’aperçoit qu’il a développé le même pouvoir que l’antique Loki, maintenant interdit, celui d’ouvrir des portes pour voyager. Pourchassé par les Familles, un seul choix s’offre à lui, la fuite ou la mort.

Il n’est pas idiot, il va prendre la fuite. Pour l’intrigue, lâcher un gamin de treize ans sur la route, ça peut paraitre un peu glauque et j’avoue que certain passage le sont légèrement. Mais à l’instar d’un Harry Potter la cible est plutôt adolescente ce qui ne m’a pas empêché d’apprécier ce roman. En plus, il a un atout indéniable pour me plaire, le héros n’est pas un gros niais ; il réfléchit, il est en quête de connaissance et les naïvetés qu’ils montrent sont imputables au passage de l’enfance à l’adolescence. Après il est peut être un peu trop doué, et il me fait un peu penser à Ender sur ce point. Niveau caractère, une espièglerie et un certain plaisir de se jouer du danger le caractérisent, surement un atavisme venant de Loki. Pour moi, il a presque la trempe d’un Harry Potter, il ne lui manque vraiment qu’un entourage à la hauteur, car étant donné son vagabondage, il croise pas mal de monde et ne commence vraiment à poser les bases de relations durables que vers la fin de ce premier tome, ce qui ne laisse augurer que du bon pour la suite.

The Lost Gate de Orson Scott Card

Couverture de la version originale

En parallèle, sous forme de chapitres intercalaires, on suit les aventures de Boulette, le quasi alter-ego de Danny, qui nous propulse dans le monde de Westil. On découvre ce personnage dans un monde qui se veut médiéval, la magie en plus. Pour lui l’action se passera principalement dans un château, contrairement à la « road-story » de Danny, ce qui apporte une sorte de contraste de rythme et coupe les pérégrinations de Danny à des moments qui ne sont jamais inopportuns. Pour résumer, sur le fond le roman est un classique voyage initiatique pour notre héros qui apporte son originalité par la nature de son monde.

J’ai adoré l’univers, Orson Scott Card recrée notre mythologie en lui adjoignant une sorte de système de magie quasi-héréditaire et qui fonctionne à base d’affinités avec les éléments et la nature. Il n’est pas rare de retrouver dans les titres que ces mages s’attribuent des noms composés sympathiques, comme amis-des-lapins, père-des-portes, frère-de-l’herbe. Au moins, on sait tout de suite de quoi ça parle, le qualificatif ami, père, frère indique alors un niveau de maîtrise dans l’affinité, simple et efficace.

La Porte Perdue, Les Mages de Westil Tome 1, de Orson Scott CardJe retrouve ici ce qui m’avait plu dans L’exil: un style fluide et claire, une bonne intrigue et surtout une traduction de Jean-Daniel Brèque très agréable à lire. Bon je dis ça mais il n’y a pas que du positif non plus, quelques ficelles sont un peu grosses et on en voit arriver certaines à des kilomètres, comme la véritable identité de Boulette par exemple. Mais le reste est tellement bon que je les lui pardonne, pour l’instant. On regrettera aussi un peu de ne pas s’être attardé plus sur Westil, on effleure son paysage géopolitique un  peu trop rapidement et j’avoue me sentir plutôt intrigué et intéressé par ce monde.

Au final, ce premier tome des Mages de Westil était une très bonne lecture. Avec La Porte Perdue, Orson Scott Card nous offre une histoire forte, un héros vraiment sympathique et débrouillard, et sans doute un futur must-read du genre. En tout cas moi je l’ai adoré et dévoré, il va falloir ronger son frein en attendant la suite qui n’est pas encore sortie en version originale, mais bien prévue, sous le titre de The Gate Thief.


Ces articles pourraient aussi vous intéresser:
3 commentaires, donnez votre avis !
  • Camille la ceci-cela a écrit le 19 février 2012 à 16 h 42 min:

    Ta critique m’a donné très envie de lire ce roman, mais pour le moment je t’avoue que je suis loin d’être aussi enthousiaste que toi. Je précise que je ne l’ai pas encore fini, mon avis peut donc encore changer.
    Pour le moment, j’apprécie tout particulièrement la façon vraiment originale et inspirée dont O.S. Card revisite ici la mythologie, je trouve tout ce qui concerne Westil, la magerie et les familles absolument passionnant, j’insiste, et je pense comme toi que ça aurait mérité d’être approfondi, mais je trouve en revanche que le périple et la formation de Danny manquent cruellement de magie, de souffle épique et, pour tout dire, d’intérêt. Pas de menace tangible, pas de combats, pas d’amis de son âge et de sa trempe comme pouvaient l’être Ron et Hermione pour un Harry Potter ni d’ennemis aux pouvoirs monstrueux comme Méduse, Echidna, le Cyclope, Atlas ou Antée dans Percy Jackson…
    Plus grave, le langage volontiers ordurier, les passages scatologiques et la sexualisation à outrance m’ont sérieusement dérangée. Pas pour moi, j’ai (beaucoup) plus de 18 ans, ce n’est pas le problème, mais pour un ado, ce roman me paraît carrément à déconseiller. Je suis peut-être vieux-jeu, mais je ne trouve pas ces thèmes et ce langage adaptés au public visé par ce roman.
    Bref, pour le moment, plutôt une déception, alors qu’il y a pourtant de nombreux bons points…

    RépondreRépondre
  • Arthur a écrit le 25 juin 2012 à 19 h 43 min:

    En réponse au premier commentaire (19 février 2012), je voudrais dire que je suis moi-même adolescent et j’ai vraiment ADORE ce livre et je n’ai pas eu de problème avec aucun passage… A propos de l’intérêt de ce livre, mon avis ne peut que être subjectif, mais je pense que ce qui est décrit comme un manque cruel de magie, de souffle épique et, pour tout dire, d’intérêt.n’est pour moi simplement qu’un manque peut-être d’imagination ou une lecture désintéressée. En tout cas, j’attend vivement le prochains tome et je vous invite à lire ce livre sans hésiter. @+

    RépondreRépondre
  • Camille la ceci-cela a écrit le 12 août 2012 à 11 h 03 min:

    @Arthur: Tant mieux si ce roman t’a plu, à toi, c’est bien là l’essentiel, n’est-ce pas? Et si le sexe et les gros mots ne t’ont pas dérangé, eh bien c’est peut-être moi qui ne sais pas (plus) ce que les ados acceptent ou pas. En revanche, je ne crois pas manquer d’imagination. C’est peut-être plutôt que je m’attendais à tout à fait autre chose de la part de ce roman…?
    Et la fin? Est-ce que toi aussi tu l’as trouvée triste et amère? À plus, au plaisir d’en discuter!

    RépondreRépondre
  • Donnez votre avis !

    Comment avoir son avatar sur ifisDead ?