A force de faire du lobbying pour la série Kushiel de Jacqueline Carey, Serafina a fini par me convaincre de commencer son premier tome dont vous pouvez lire la chronique ici. La Marque est donc le début de cette série de Fantasy aux couvertures faisant la part belle aux courtisanes et laissant songer aux intrigues de cour. Publié tout d’abord en grand format relié chez Bragelonne, il est depuis plusieurs mois disponible en poche aux éditions Milady, synopsis ?

La Marque, Kushiel Tome 1, de Jacqueline Carey

Phèdre est l’élève de Delauney depuis que ce dernier l’a racheté à la cour des nuits pour une bouchée de pain. Car c’est bien là la seule personne qui ait eu les connaissances suffisantes pour s’apercevoir que la tache dans l’œil de Phèdre n’est pas une déformation mais un don de dieu, qui fait d’elle une descendante directe de Kushiel, une véritable anguissette. Évidemment, à 10 ans, Phèdre ne sait pas encore ce que veut dire être une anquissette.

Par où commencer la critique de ce pavé de neuf cents pages ? C’est bien difficile, tant le livre est découpé en longues phases dont l’intrigue se distingue. Il faut sans doute en premier revenir sur le personnage de Phèdre, car il est finalement assez rare de voir un livre dont le héros est une esclave, une esclave du sexe qui plus est. Phèdre nous raconte ici son histoire à la première personne des années plus tard après, notamment comment elle en est venue à devenir une esclave de la maison des plaisirs, véritable institution de la Terre d’Ange. Bon, on va vite s’apercevoir que cette condition est loin d’être son statut final puisque l’auteur nous rappellera que son maître Delauney lui offrira la possibilité de choisir. Mais nous sommes tout de même fasse à une héroïne qui se prostitue et qui a été élevée dans ce but, ce qui est rare et n’est pas sans faire penser aux geishas.

La Marque s’avère en effet être de ce côté là une sorte de melting pot entre Fantasy à l’occidentale habituelle, intrigues de cour et enfin, la tradition asiatique des geishas qui sont des femmes cultivées qui peuvent de temps à autre pratiquer la prostitution. Ce mélange est assez troublant je dois l’avouer, notamment parce que j’ai trouvé que le fait d’avoir une héroïne prostituée n’apportait finalement pas grand chose à l’intrigue générale du roman. On pourrait à la base penser qu’il s’agit pour Jacqueline Carey d’une façon de faire passer un message ou une revendication, et pourtant je n’ai vraiment pas eu l’impression que c’était le cas. Du coup, je reste totalement perplexe sur ce sujet sur lequel l’auteur insiste à de très nombreuses reprises et reste d’une « candeur » désarmante, comme si le sujet était banal… J’ai eu l’impression que l’auteur ne faisant pas de différence entre prostitution et amour libre, et c’était vraiment très dérangeant là dessus. La prostitution chez les bisounours, en somme.

La Marque, Kushiel Tome 1, de Jacqueline Carey

A côté de ça, l’ensemble du roman est de la Fantasy complètement standardisée et stéréotypée. Celle où l’on se trouve en Europe mais dont les noms des pays, des peuples, et des villes ont été légèrement modifiés pour donner l’impression d’en avoir créé un nouveau monde. Franchement, je suis perplexe pour la simple raison qu’on s’y perd tant il y a de termes propres à la série. Je ne suis vraiment pas certain que mettre autant de noms qui ne disent rien ait fait gagner en immersion. D’autant que certains sont à peine évoqués, ou se ressemblent tellement qu’ils laissent le lecteur dans un flou pas franchement artistique.

Et pourtant, avec 900 pages et toutes les explications que l’auteur nous a servi, on aurait pu s’attendre à maitriser un peu plus cet univers. La mythologie qui règne sur les terres d’Elua, pays dans lequel se déroule notre histoire, est quant à elle très bien expliquée, mais presque trop. On aura souvent les mêmes explications dans une tentative d’y faire une certaine morale. Là dessus, ça ressemble un peu aux vikings qui sont persuadés que leur destin est déjà écrit. On peut cependant saluer le fait que les Terres d’Ange prennent vraiment vie, qu’on est fasse à une civilisation qui semble bien tenir et qui est reconnaissable. L’immersion reste donc bonne de ce côté là.

Le roman peut être divisé en plusieurs grandes parties, dont la première est peut être la moins intéressante, mais qui finalement passe mieux que d’autres car il y a encore la découverte de l’univers. La plus intéressante, sans aucun doute celle qui m’a donné envie de finir le roman, dure deux bonnes centaines de pages et est vraiment passionnante. Rien que pour celle ci, je ne regrette pas de m’être lancé dans La Marque. Le problème c’est qu’après avoir mis la barre très haute et avoir proposé une histoire peu linéaire, le roman s’enfonce dans près de cinq cents pages d’une banalité mortelle.

La Marque Kushiel Tome 1 de Jacqueline Carey MiladyExit l’aspect intéressant, on dit tous bonjour à Phèdre la Marysue des Terres d’Ange. C’en est tellement cliché, tellement marysuesque que c’est dégoutant et désespérant. Dans ces cinq cents pages, Jacqueline Carey n’évite aucun des clichés et stéréotypes que l’on peut connaître aux épopées de Fantasy. On s’ennuie ferme, on roule des yeux, on se dit que non ce n’est pas possible… Quel dommage ! On atteint des sommets dans le cliché avec une fin mortellement plate et ennuyeuse.

Au final La Marque de Jacqueline Carey m’a vraiment laissé perplexe. Il y a eu un très bon moment certes, mais cela me parait être plutôt l’exception que la norme. Avec ce premier tome de Kushiel, j’ai eu l’impression de renouer avec les pires moments de la Fantasy, et c’est d’autant plus dommage qu’en dehors de cela le roman est très bien écrit. Serafina s’étant laissée tenter par le deuxième tome L’Elue qu’elle a beaucoup aimé, j’hésite tout de même à continuer malgré ce premier tome en demi teinte…


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