La Loi des Mages est un roman de Fantasy qui nous vient d’une contrée assez peu représentée par chez nous, la Russie. Publié en deux tomes par les éditions Mnémos, il est écrit sous le pseudonyme énigmatique de Henry Lion Oldie par quatre mains, celles des deux auteurs ukrainiens Oleg Ladyjenski et Dmitri Gromov. La littérature russe ne fait pas partie de celles que je connais le plus, et en dehors du récent Metro 2033, je n’en connais quasiment aucun. Mais voilà, c’est quelque chose que j’avais envie de découvrir, et la superbe illustration de Christophe Dubois qui sert de couverture au roman a fini par me convaincre de me lancer dans ce dépaysement des plus total. Synopsis.

La Loi des Mages, Tome 1, de Henry Lion Oldie

Drouts et Rachka, respectivement Valet de Pique et Dame de Carreau, ont subi le bagne avant d’être déportés dans une lointaine contrée de Russie, perdue, où le climat est aride, la vie dure et les villageois peu nombreux. S’ils ont été condamnés à ce traitement, c’est parce que tout deux étaient des mages légaux et qu’ils se sont fait prendre pour exercice de magie. Car s’ils ont bien respecté la Loi, personne ne peut s’y soustraire, c’est celle des mages, et non celle d’une Russie qui interdit l’utilisation de la magie. Et les Barbares, unité de rafle, veillent à ce que cette interdiction soit bien respectée.

La critique de La Loi des Mages va être ardue, car il y a d’excellents points et d’autres qui viennent réellement ternir le tableau. Comme si il n’était pas possible pour le duo Henry Lion Oldie d’écrire un roman qui soit dans la norme, de se compromette pour le seul confort du lecteur. Quelque soit le terrain, nous sommes dans l’exubérance, dans le choix pleinement assumé et exécuté. C’est parfois une excellente qualité, et d’autres fois, un terrible défaut qui pourra laisser certains lecteurs sur le carreau. Mais il est difficile de reprocher aux deux auteurs d’avoir voulu aller au bout de leur idée, d’autant que certains défauts sont avant tout dus à notre grande différence de culture.



Autant le dire tout de suite, La Loi des Mages est un roman difficile. Difficile à lire, difficile à suivre, difficile à comprendre. Comme le synopsis le laisse entendre, nous allons suivre deux points de vue différents, celui de Princesse et celui du Valet. Ce sont des mages qui suivent une Loi toute particulière, Drouts est un rom, et tout deux ont une certaine mentalité, une certaine attitude qui se ressent directement dans la narration, faite à la première personne. Les deux personnages ne racontent pas leur histoire de la même façon, nous sommes en quelque sorte dans leur tête, et la manière d’amener les informations et de les présentations varie énormément en fonction du personnage. Du coup, il manque aussi parfois du contexte à ce qu’ils nous racontent, à ce qu’ils voient. Aucune introduction n’est faite lorsqu’ils se mettent à halluciner ou à se remémorer des souvenirs, ce qui rend la compréhension d’autant plus complexe.

Les choses se corsent encore un peu plus avec la culture russe. Le roman nous vient directement de cette littérature éloignée, et il est aussi très imprégné dans sa zone géographique. Les us et coutumes de là bas y sont très fortes, la façon de penser aussi, et bien entendu, la façon de s’exprimer. Les noms, les surnoms que l’on donne aux choses là bas, ou dans les camps de roms y sont fortement utilisés et le traducteur, pour nous aiguiller, s’est vu obligé d’ajouter un nombre conséquents de notes, près de 100, que l’on ne comprend pas toujours… Retenir les mots à chaque fois et comprendre lorsqu’ils sont réutilisés est tout simplement inhumain ! La traduction est vraiment bonne, et on sent que Viktoriya et Patrice Lajoye avaient à cœur de la réussir. Mais voilà, du coup, le texte est sur certains passages assez lourds à lire.

Maintenant, il est aisé de comprendre que ce sont là des choix assumés. Et ces choix donnent vraiment vie à notre monde, à nos personnages. Nous sommes catapultés dans cette Russie du XIXème, je suppose assez réaliste, laquelle connaît des mages qui ont des pouvoirs. Leur statut au sein de la société est difficile à cerner, notamment parce qu’ils sont appelés les mages légaux, mais finissent généralement envoyés dans des camps de travail, voire déportés dans une région pour être réinsérés, comme l’ont été nos deux héros. La rafle, dirigée par un charismatique Monsieur le Lieutenant-Colonel les traque, ombre du roman, apporte parfois un troisième point de vue et s’étend peu à peu sur l’histoire.



Les personnalités de nos principaux protagonistes sont vraiment très développées. Comme les personnages narrent à la première personne et y laissent passer une part d’eux, ils prennent vraiment vie. Princesse est sans doute la plus charismatique de la bande, car elle reste une ombre insaisissable, un personnage aux réactions difficiles à prévoir et qui ne laisse jamais vraiment le brouillard qui l’entoure se dissiper. A l’inverse notre valet, Drouts, est plus facile à appréhender, à cerner, et du coup, devient vite le pilier du roman pour le lecteur. Il a son franc parler, sa carrure. On sent que la vie a été dure avec cet homme condamné pour vol de cheval, et qui n’avait sans doute pas eu le choix.

La Loi des Mages nous fait donc suivre la vie deux repris de justice, déportés au su et vu de tout un village qui va devoir les accueillir. Mais leurs anciens délits ne sont pas réellement mis en avant, et on ne sait pas vraiment si ils étaient coupables. Il faut dire qu’il est vraiment difficile de ne pas s’attacher aux personnages, tant on comprend vite qu’ils ont animés d’une étique de vie, d’une ferveur pour la justice, et qu’ils ont sans doute eu à agir contre leur volonté. Ce roman est un peu le récit d’une minorité, qui pour survivre est obligée de s’avilir contre son gré. Ce sentiment est vraiment très bien retranscrit, est nous laisse dans une situation assez oppressante d’ailleurs.

La Loi des Mages, Tome 1, de Henry Lion OldieLes péripéties qui vont s’ensuivre, à chaque fois pour pouvoir survivre vont nous emmener dans une machination un peu plus grande, et nous permettre de découvrir un peu plus les contrées éloignées. Malheureusement, c’est vite rattrapé par la difficulté de compréhension et les descriptions très sporadiques que l’on peut retrouver au gré des narrations. Espérons que tout s’éclaire dans le second tome.

J’ai mis longtemps pour lire ce premier tome de La Loi des Mages, il est difficile, et il faudra au lecteur beaucoup d’attention pour le faire. Souvent, il faut accepter de ne pas tout comprendre, de remettre la compréhension à plus tard et du coup, je le conseillerai plus aux amateurs du genre, à ceux qui cherchent quelque chose qui sorte de l’ordinaire, qui ait une certaine personnalité. Car à ce niveau là, l’écrit de Henry Lion Oldie est une réussite complète, un roman différent, proposant un dépaysement des plus complets et qui va vous plonger dans une monde injuste, hostile, et difficile. Celui de Drouts et Rachka.


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