L’Enjomineur, 1792 est le premier roman de la trilogie l’Enjomineur de Pierre Bordage, initialement publié en 2004 aux éditions l’Atalante, et récemment sorti en format poche chez J’ai Lu. Ayant entendu plusieurs critiques, aussi bien positives que négatives, sur les autres livres écrits par cet auteur que je n’avais jamais lu, j’ai essayé de lire ce livre sans aucun apriori. Il s’agit d’un roman qui mêle Fantasy et réalité historique, servi par une superbe couverture de Vincent Madras. Synopsis.

L'Enjomineur, 1792, L'Enjomineur Tome 1, de Pierre Bordage

Emile est un jeune homme qui fut élevé par un prêtre. Il est réputé pour être le fils de la fée Mélusine, ce qui donne une bonne raison aux personnes de se méfier de lui. Préférant rester neutre entre les  deux factions se combattant au nom du roi de France ou de la République, sa vie va basculer le jour où il rencontre le « petit peuple », et Perette, dont il va tomber amoureux. En parallèle, nous suivons Cornuaud, un homme rustre, enjominé, ou envouté par une sorcière vaudou, après un viol sur un négrier. Sa seule motivation étant de trouver un remède à la malédiction pesant sur lui.

Comme vous l’aurez compris, nous suivons ici deux personnages bien distinct l’un de l’autre, tant au niveau physique qu’au niveau psychologique. Les deux protagonistes sont totalement indépendants dans ce volume. Emile se trouve en Vendée tandis que Cornuaud passe de Nantes à Paris. C’est l’un des regrets que j’ai eu en lisant ce livre. La trame principale n’est pas assez mise en avant. On se retrouve à suivre ces deux personnages sans savoir pourquoi, sans voir véritablement un lien entre eux. Cela aurait pu être acceptable sur une partie du livre mais c’est malheureusement sur l’intégralité de ce premier volume. On se rend compte à la fin que ce n’est en fait qu’une introduction de plus de 400 pages. Alors certes elle est nécessaire pour planter le décor, mais ça reste long, surtout pour une trilogie.

L’histoire se passe donc en 1792. La révolution française a eu lieu 3 ans avant et la situation dans le pays n’est pas ce que l’on pourrait appeler idyllique. Pierre Bordage a réussi à créer une atmosphère de tension qu’il nous fait ressentir à chaque instant. Que ce soit quand les deux factions, royalistes et républicains, se rencontrent ou lors des mises à sacs des maisons bourgeoises ou du palais royal. On a l’impression de vraiment s’y trouver. Tout ça grâce aux nombreuses recherches que l’auteur a faite sur cette époque. Le travail fourni pour recréer les évènements de cette époque permet une immersion complète dans l’univers et c’est, je trouve, le point fort du livre.

L'Enjomineur, 1792, L'Enjomineur Tome 1, de Pierre Bordage

Couverture de la version grande chez l'Atalante, là aussi par Vincent Madras

L’action est donc séparée par les deux personnages principaux mais aussi par les lieux. Cette séparation permet à l’auteur d’exposer des visions différentes de la révolution. En campagne, se sont les royalistes qui la mettent à feu et à sang, tandis qu’en ville ce sont plutôt les républicains. Pierre Bordage nous montre par ce fait la séparation entre les deux milieux. Cela est accentué par les dialogues, où lors des passages en Vendée, la plupart des personnages parle en vieux patois. C’est très déconcertant au début mais on arrive très vite à s’y faire. Au contraire de la ville où le langage, sans être distingué, est plus soutenu.  Il est à noter que l’auteur, afin d’accentuer l’immersion du lecteur, n’a utilisé que des mots et des expressions utilisaient à cette époque. Ce n’est pas la première fois qu’il joue sur ce registre, il l’avait déjà fait avec Les Fables de l’Humpur.

L’action est elle aussi divisée entre les deux héros. Il est rare de voir, du moins au début, des scènes de violences avec Emile, tandis qu’avec le second, on assiste aux combats sanglants qui régnaient à cette époque, entre les rafles chez la noblesse et la prise des Tuileries.

L'Enjomineur, 1792, L'Enjomineur Tome 1, de Pierre BordageIl est difficile de cataloguer le style du livre. Sans être un recueil cherchant à être précis sur les différents points historiques, il ajoute des éléments fantastiques avec maîtrise. Ainsi donc la magie existe mais reste à l’abri des regards. Toujours dans l’ombre, les sorts se font dans le sang, en pleine nuit. Les guérisseuses sont traitées en paria, mais tout le monde va les voir. De même, les créatures magiques sont traitées en tant que légendes. L’auteur utilise ces éléments comme on s’attend à ce que les personnes les traitent à cette période de l’Histoire. Tous ces éléments permettent au lecteur de s’intégrer à l’univers facilement.

L’Enjomineur, 1792 est pour moi un livre assez moyen. Alors que l’univers, l’Histoire, recréés pour l’occasion par Pierre Bordage nous donne envie, l’histoire du roman en lui même a énormément de mal à se mettre en place, elle semble un peu longue. Les personnages principaux, bien que sans défauts apparents, manquent de liens entre eux. Seul le style de l’écriture m’a fait continuer ce livre. Je lirai tout de même le second tome, L’Enjomineur, 1793 afin de voir s’il arrive à concrétiser cette longue introduction.


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3 commentaires, donnez votre avis !
  • Efelle a écrit le 27 mai 2011 à 15 h 33 min:

    Je rejoins ton avis, il manque quelque chose pour être happer par la narration. La restitution de l’ambiance d’époque est réussie mais l’intrigue pêche et ce dans les trois tomes.

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  • LuxtExMachina a écrit le 29 mai 2011 à 8 h 27 min:

    Si les points négatifs sont les mêmes sur les 3 tomes, je sens que je vais avoir du mal à finir ce cycle. Ce qui est dommage, car il ne manque pas grand chose pour qu’il soit intéressant

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  • Efelle a écrit le 29 mai 2011 à 9 h 11 min:

    De mémoire, j’ai fini par préféré le cheminement de Cornuaud et ai été déçu par l’intrigue centrée sur Emile.
    http://efelle.canalblog.com/archives/2007/06/01/5147333.html

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