Juste avant le crépuscule de Stephen King

Le Chro dans Critiques, Livres le 28 avril 2012, avec 2 commentaires
Critiques

Comme je l’ai dit en d’autres temps et d’autres posts, je fus un grand fan de Stephen King pendant « longtemps ». Depuis mon enfance à vrai dire, mais comme je n’ai encore que de très rares cheveux blancs ça ne fait pas non plus une éternité. Quoi qu’il en soit, j’ai trouvé il y a disons une dizaine d’année qu’il se perdait. J’avais l’impression qu’il commençait un peu trop à se regarder le nombril. Puis je suis tombé en début d’année sur la version poche de son premier recueil de nouvelles depuis bien longtemps, Juste avant le crépuscule, et je me suis dit: pourquoi pas? Je l’ai donc acheté, j’ai lu les treize nouvelles qu’il contient dans ses 600 pages, et en voici mon impression.

Juste avant le crépuscule de Stephen King

Est-il utile de présenter Stephen King ? Peut-être un mot tout de même, parce que ceux qui ne l’ont pas lu ont souvent une vision déformée de l’auteur. OK, je le concède, il a l’air sérieusement barré. Une folie sous contrôle, mais tout de même. Pour la plupart des gens il s’agit d’un auteur d’Horreur, d’histoires de monstres. Il en a fait, mais il a aussi fait d’autres choses: du Fantastique plus léger, du Suspense, et même des choses insipides et gnan gnan (non, je ne parle pas de La petite fille qui aimait Tom Gordon, pourquoi vous dites ça?). Comme je l’ai dit, j’avais de gros doutes. Sur les étals j’ai vu s’enchaîner le livre que je viens de citer (que j’ai acheté en VO et très vite abandonné sans le lire), puis un livre sur l’art d’écrire alors qu’il s’était toujours refusé à jouer les professeurs, ce que j’estimais à la fois plus humble et plus réaliste.

Couverture du grand format (Albin Michel), inspiré par la version originale

Couverture du grand format (Albin Michel), inspiré par la version originale

Plus récemment je suis tombé sur Cellulaire… Quoi? Une vile resucée des films d’horreur à la mode, qui se sont pourtant déjà copiés les uns les autres? Mon dieu, quelle déchéance… Mais j’ai craqué sur un recueil de nouvelles parce que je trouvais cela de bonne augure. Je me suis dit qu’un recueil de nouvelles, cela pouvait signifier qu’il avait renoué avec l’inspiration, avec les « vraies » histoires. Mais alors, finalement, mon verdict?

Et bien il est mitigé. Le problème, c’est que je ne sais pas à quel point mon a priori négatif a pu jouer sur ma lecture. J’ai du mal à être certain d’être objectif dans mon « analyse ». Globalement, je trouve le recueil plutôt bon. Mais j’ai quand même été arrêté un certain nombre de fois par un sentiment de… réchauffé. Une nouvelle avec un écrivain? Une autre dont le thème est l’inspiration artistique? Une avec une femme isolée qui doit s’échapper? Non franchement, Stepheninou, t’es obligé de nous ressortir tes vieux poncifs?

D’un autre coté, on dirait que je pars d’un postulat injuste. Parce qu’en préparant cet article, j’ai vérifié la liste de ses publications et, en fin de compte, j’ai l’impression que la plupart de ses romans publiés depuis mon désamour (et il en a fait un certain nombre) ont encore des histoires qui pourraient bien me plaire. Quant au recueil proprement dit il m’a, je viens de le dire, plutôt plu. Parce qu’il m’a surpris avec la première des nouvelles. Parce qu’il y a un mélange agréable, entre des nouvelles ultra courtes et des novellas, certaines histoires avec de l’horreur, d’autres avec du suspense et d’autres purement émotionnelles avec un cadre d’anticipation léger. Parce que les personnages sont quasi systématiquement bien présentés malgré le format court. Et puis, zut, parce que King, j’aime bien.

Avant de conclure, un rapide échantillon des nouvelles. J’en choisis 3 qui m’ont plu, et une non, afin de donner un aperçu aussi équilibré que possible de mon appréciation.

Willa

Cette première nouvelle du recueil m’a carrément pris par surprise. On commence avec des personnages qui attendent un train, parce que celui qu’ils ont pris a eu un problème technique. Cela fait apparemment très longtemps qu’ils attendent. Et je m’en fous comme de la dernière chemise de mon voisin. Non mais franchement, le narrateur (et « héros ») est mou et sans caractère. Et sa femme, qu’il veut impérativement retrouver, a l’air d’être une sacrée pimbêche insupportable que je n’ai surtout pas envie qu’il retrouve. Et puis c’est quoi ce style fouillis? L’histoire est confuse, la narration laborieuse…

Mais en fait, après quelques pages, cela commence à se justifier. Je commence à deviner pourquoi c’est confus. Je commence à deviner qu’il y a un mystère à élucider. Cela prend un peu de temps, un temps agréable, puis l’histoire ne se termine pas une fois le mystère résolu, et je me prends au jeu.

Cette nouvelle est onirique, légère bien que grave, et j’ai aimé l’indice porté par la narration elle-même. Peut-être que je manque de culture et que ça a déjà été fait mille fois, mais c’est une première pour moi et ça m’a plu. Et je ne m’attendais pas à ça de Stephen King, ce qui a encore amélioré l’intrigue. Je pense que cette nouvelle plairait notamment à Serafina, mais je ne suis pas sûr vu que je connais pas encore assez bien les maîtres des lieux.

La fille pain d’épice

Voici l’histoire la plus longue du recueil, une novella de presque une centaine de pages (deux autres de 89 et 90 pages la talonnent mais c’est bien elle la gagnante). C’est une histoire pas forcément très originale, une femme isolée qui doit s’échapper… S’il n’y avait que cette histoire que j’ai pourtant appréciée, il est certain que je ne me réconcilierais pas avec l’auteur, mais l’originalité ne fait pas tout et, ma foi, la lecture fut agréable. Le synopsis? Une femme qui a perdu son bébé, mort soudainement dans son berceau. Cela a détruit sa vie, son couple, et elle se drogue à la course à pieds. Elle s’isole pour se reconstruire psychologiquement dans un coin paumé, qui se remplit de manière saisonnière par des riches mais qui est en cette époque quasi désert. Et cet isolement risque bien de lui coûter la vie quand le danger surgit alors qu’elle ne l’attendait pas…

Cette nouvelle m’a fait penser à Jesse, ou bien Cujo, deux autres romans de l’auteur. Avec l’avantage d’être plus courte donc un poil plus intense; parce que si la tension lugubre et diluée de ces deux références est intéressante, il faut que je sois dans un certain état d’esprit pour les apprécier, alors que La fille pain d’épice, je sais que grâce à la rapidité de la conclusion, je peux l’apprécier quelle que soit mon humeur.

N.

Nous avons ici les notes d’un psychanalyste recueillies par sa veuve, qui les a complétées. Ces notes racontent l’étude d’un patient qui a interpelé son mari et l’a conduit à la mort. Ce patient est frappé d’une folie somme toute pas spécialement inédite, loin s’en faut, mais suffisamment grave pour que les notes du psychanalyste traduisent la crainte de perdre à nouveau un patient par suicide. Ce qui est intriguant, par contre, c’est la cause de sa folie. Ce qui a conduit son cerveau a déraillé. Mais, d’ailleurs… Est-il réellement fou?

Cette histoire fait forcément penser à Lovecraft. Certes, je ne suis pas vraiment un spécialiste, n’ayant lu de lui qu’un seul recueil, et encore très récemment. Mais j’ai quand même certaines bases et, forcément, quand on lit une histoire impliquant des visions d’horreur qui conduisent un pauvre quidam qui y est confronté à la folie…

Stephen King n’a jamais caché que l’univers de Lovecraft était une de ses sources d’inspiration (comme beaucoup me direz-vous) donc je suis intimement persuadé que mon impression est légitime. Cela dit, l’auteur lui-même n’en fait pas mention et indique plutôt Le Grand Dieu Pan de Arthur Machen. Fameuse source d’inspiration également s’il en est et, que j’ai tort ou raison sur Lovecraft, l’ambiance de cette histoire m’a bien plu.

Un très petit coin

Deux voisins qui se font la guerre depuis qu’un troisième leur a vendu sans les avertir, juste avant sa mort, le même bout de terrain. Un promoteur cancéreux qui a tout perdu, fortune et femme, face à un écolo qui en veut à mort au premier parce que sa chienne est morte sur sa clôture à bétail alors que c’était sa seule compagnie. Mais alors que la situation semble s’arranger, en fait, l’un des deux protagonistes se venge du deuxième qu’il réduit à l’impuissance avant de l’enfermer dans ce qu’il pense devenir sa future tombe.

Premier problème: encore une histoire de héros qui doit s’extirper d’une situation désespéré, alors qu’il est isolé et quasiment sans espoir. Second problème, le méchant est un pauvre con, sans talent, sans charisme, homophobe (et peut-être bien raciste, je ne suis plus sûr) qui croit fermement que l’autre est coupable des pires atrocités imaginaires et farfelues. Et il ne mène la barque que parce qu’il est complètement givré, armé, et que l’autre en face est affaibli par le désespoir et la solitude.

J’ai toujours du mal quand le héros est une victime impuissante de machinations perverses, quand il ne peut rien faire pour éviter la catastrophe. Mais alors quand en plus le méchant est nul de chez nul, quelqu’un pour qui l’histoire ne me fait éprouver que le mépris le plus profond… Cette histoire de 90 pages est bigrement trop longue. J’en ai sauté des passages pour arriver à des événements parce qu’il ne se passait rien, après pourtant une longue mise en place trop plan plan, sans rien d’accrocheur.

Alors bon, il y a la fin, avec un peu d’action, enfin de remous plutôt, mais ça ne suffit pas à rattraper l’ensemble.

Juste avant le crépuscule de Stephen KingPour conclure je dirais donc que je ne conseille pas ni ne déconseille ce recueil. Juste avant le crépuscule, c’est du Stephen King, ni plus, ni moins, et ce n’est pas son meilleur recueil. Je pense que les amateurs de l’auteur s’y retrouveront, et que ceux qui ne connaissent pas doivent commencer par autre chose. Et évidemment, ceux qui ne l’aimaient pas ne vont probablement pas adorer d’un seul coup Stephen King grâce à ce livre. Pour ma part, le recueil m’a globalement plu mais surtout m’a indirectement réconcilié avec l’auteur fétiche de mon enfance, non pas par sa seule qualité (qui n’est après tout pas transcendante) mais parce que la chronique que vous lisez m’a forcé à vérifier mes dires, et donc constater que, ben, non, il n’a pas fait que se reposer sur ses lauriers depuis son accident, en fin de compte.


Ces articles pourraient aussi vous intéresser:
2 commentaires, donnez votre avis !
  • Tara a écrit le 30 avril 2012 à 23 h 19 min:

    J’ai beaucoup aimé N. qui est pour moi la nouvelle la plus flippante pour le moment. Et j’ai trouvé « chat d’enfer » joyeusement crade :D

    RépondreRépondre
  • Le Chro a écrit le 2 mai 2012 à 11 h 10 min:

    @Tara: C’est vrai qu’il est… « marrant » de visualiser certaines scènes du chat :-D

    RépondreRépondre
  • Donnez votre avis !

    Comment avoir son avatar sur ifisDead ?