Jirel de Joiry de Catherine L. Moore

dabYo dans Critiques, Livres le 17 novembre 2010, avec aucun commentaire
Critiques

Jirel de Joiry est un recueil de nouvelles de Catherine L. Moore qui vient tout juste d’être édité chez Folio SF. Il réunit l’ensemble des nouvelles que l’auteur américaine a écrite autour d’un de ses personnages féminins phares, Jirel de Joiry. Ce nom ne vous dit peut être pas grand chose, et pourtant, il fait parti avec d’autres grands noms de l’Heroic Fantasy avec Conan le Cimmérien et autre Solomone Kane. Car les nouvelles datent pour la plupart des débuts du genre, alors publiées dans le magazine pulp phare de l’époque, consacré à l’imaginaire donc, Weird Tales. Synopsis.

Jirel de Joiry de Catherine L. Moore

Jirel de Joiry est une jeune femme rousse, très belle, et surtout, intrépide et indépendante. Elle n’est pas une simple châtelaine qu’on vient conquérir pour rester à se taire par la suite, aux ordres de son mari. Et ce n’est surement pas Guillaume, ou même le Dieu Noir, qui vont lui dire comment se conduire. Elle règne sur son domaine et son château, mais lorsque ce dernier est menacé, elle n’hésite pas à aller au front, que ce soit avec son destrier et sa lourde armure, ou vers des terrains inconnus que nul n’oserait explorer.

Nous nous passons de synopsis habituellement lorsqu’il s’agit de recueil de nouvelles, mais celui ci est un peu à part. Comme je le disais, c’est là l’ensemble des nouvelles écrites par Moore sur son personnage, et celles ci forment un tout, et vont nous permettre de cerner ce personnage de Jirel de Joiry. Aujourd’hui, un personnage féminin indépendant pourrait presque paraître comme banal. J’en ai moi même côtoyé plusieurs cette année, que ce soit par ma lecture d’Ellana de Pierre Bottero ou récemment du Roi d’Ebène de Christine Cardot. Mais Jirel de Joiry fait partie des pionnières, des premières héroïnes du genre, et bien que presque oubliées aujourd’hui, la lecture de ces nouvelles n’en est pas pour autant dispensable.

Si le personnage est révolutionnaire pour l’époque, il est aussi très bien ancrée dans cette époque et ne dénote pas par rapport aux nouvelles publiées dans le Weird Tales que l’on peut encore lire aujourd’hui. Difficile de ne pas penser aux héros de Robert E. Howard dès qu’on lit les premières pages de la première nouvelle du recueil, Le Baiser du Dieu Noir. Et pourtant, si la trame est semblable, les thèmes diffèrent, bien que moins compréhensibles aujourd’hui. A notre époque, l’indépendance d’une femme est chose acquise, alors qu’elle commençait à peine à s’esquisser dans les années 30 américaines.

Jirel de Joiry de Catherine L. Moore

Ironiquement, l'image présentant la nouvelle dans le Weird Tales de l'époque nous montre une Jirel de Joiry frelle, faible, et presque enamourée prête à s'offrir au Dieu Noir

A côté de cette leçon historique qui m’a beaucoup séduit, il y a des qualités que l’on ne peut pas nier aux récits de Moore. Elle écrit bien, c’est facile et agréable à lire, la traduction étant d’une très bonne qualité, et surtout, on se retrouve facilement plongé dans le monde que parcoure Jirel. Le livre n’usurpe pas son classement dans le genre Fantastique, voire Fantasy avant l’heure, avec des excursions dans des mondes très lovecraftiens comme le monde du Dieu Noir ou encore celle de la sorcière Jarisme que l’on retrouve dans la troisième nouvelle, Jirel face à la magie. C’est plutôt rafraichissant, et voir l’héroïne s’y retrouver parfois à plusieurs reprises donne une continuité au personnage. A noter d’ailleurs que les deux premières nouvelles se suivent réellement, tout en pouvant être lu indépendamment.

Malheureusement, le recueil est loin d’être exempts de défauts. Comme pour un Conan le Cimmérien ou un Solomone Kane, les nouvelles ont bien entendu un petit air familier. On ne peut pas dire que l’auteur se renouvelle à chaque fois, et bien que ce soit habituel dans ce type de littérature, j’ai eu l’impression que c’était ici un peu trop important. Certes, les situations changent, notamment les univers dans lesquels ils se déroulent, assez variés, mais finalement les thèmes abordés sont toujours les mêmes. L’histoire tourne bien trop souvent autour de l’indépendance de Joiry, parce que son indépendance en tant que femme est remise en doute dès qu’il est question d’amour. Alors bien entendu, c’est le cas lors d’une union forcée, mais le thème revient bien trop souvent.

Jirel de Joiry de Catherine L. MooreDe même, si son style est clair et limpide, il n’en reste pas moins assez lourd à la lecture. L’auteur nous décrit certes très bien les décors, mais semble parfois oublier qu’elle vient tout juste de le faire. Outre une répétition autour des thèmes, on se retrouve donc avec des répétitions récurrentes au sein même des nouvelles. Ce qui entrave au plaisir de lecture et alourdi les nouvelles de façon excessive. On ne peut malheureusement pas compter sur les scénarios, suite d’action-conséquences, pour nous enlever cette impression. La dernière nouvelle quant à elle, La quête de la pierre-étoile, qui fait se rencontrer deux héroïnes de l’auteur, ne m’a pas du tout convaincu.

Du coup, même si j’ai plutôt apprécié le recueil dans son ensemble, mon avis final est assez mitigé. Jirel de Joiry est un recueil que je peux vous recommander sans crainte pour votre culture historique et littéraire. Il possède d’énormes qualités, que ce soit via son héroïne, via l’influence que Howard aura par la suite, ou simplement parce que c’est la l’un des premiers écrivains de l’imaginaire qui soit féminin. Mais le côté répétitif pourra être vu comme un très lourd poids, ce qui explique peut être que l’héroïne soit aujourd’hui plus ou moins oubliée. A noter cependant qu’une excellente préface de Patrick Marcel introduit très bien le volume et nous donne des détails qui permettent de bien mieux savourer les nouvelles, et d’appréhender leurs défauts.


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