Immortel de Traci L. Slatton

dabYo dans Critiques, Livres le 28 décembre 2009, avec aucun commentaire
Critiques

S’il y a bien quelque chose que j’aime beaucoup chez les éditions l’Atalante, c’est la qualité de leurs ouvrages. Immortel de Traci L. Slatton ne déroge pas à la règle et représente pour moi l’un des plus beaux livres que j’ai eu entre les mains en cette année 2009. Une couverture qui est magnifique grâce à l’œuvre de Frédéric Perrin, et une finition parfaite, qui donnent très envie de commencer ce livre de presque cinq cents pages, premier roman de Tracy L. Slatton et tout juste traduit en Français par Lionel Davoust. Synopsis voulez vous ?

Immortel de Traci L. Slatton

Luca Bastardo est un bâtard, du moins, c’est ce qu’il pense être en sa qualité d’enfant abandonné des rues de la grande Florence d’antan, celle de la pré-renaissance. Avec ses quelques connaissances, d’autres gosses abandonnés bien entendu, il chaparde par ci par là de la nourriture afin de survivre dans les rues crades de la ville. Jusqu’au jour où après avoir été kidnappé pour servir dans un lupanar, il commence à se rendre compte, peu à peu, qu’il n’est peut être pas comme les autres. Avoir l’apparence d’un gamin de treize ans alors qu’on doit être plutôt proche de la trentaine n’est en effet pas quelque chose de très habituel…

Immortel est un live dont la narration se rapproche beaucoup d’un Assassin Royal, pour ne citer que le plus connus. Le héros revient sur son passé et couche son histoire par écrit, ce qui m’a beaucoup fait pensé au Nom du Vent de Rothfuss que j’ai lu un peu plus tôt dans l’année. C’est ainsi que l’on sait tout de suite que son histoire se terminera mal, puisqu’il nous énonce dès le début qu’il est actuellement emprisonné pour être exécuté le lendemain. Nous aurons donc droit au récit de sa très longue vie comme il l’appelle, avec des commentaires du présent insérés dans le récit du passé. Quelques phrases habituelles donc, qui vont du c’était sûrement le meilleur moment de ma vie, au je regretterai sans doute toute ma vie ce geste.

Nous suivons donc Luca Bastardo tout au long d’une vie que l’on pourrait qualifier de merveilleuse et misérable à la fois. Il est prostitué dès l’enfance par un tenancier de lupanar et devra à de nombreux moments accuser de chocs, que ça aille de la trahison à la perte cruelle d’êtres chers. Traci Slatton n’épargne à aucun moment son héros, ce qui le transforme au début en tout cas, en un martyr dont on devrait se sentir proche. Le problème c’est que tout ses malheurs m’ont laissé plus ou moins de marbre. Alors que dans Frère Ewen par exemple, j’ai tout de suite été pris de compassion pour notre héros, Luca Bastardo et toutes ses péripéties ne m’ont pas vraiment touché. J’avais trop une impression de faux, une impression de sur-enchère malsaine de la part de l’auteur.

Immortel de Traci L. Slatton

Je prendrai l’exemple le plus simple et le plus frappant: le fait que le héros soit abusé et asservi sexuellement dès son enfance pour satisfaire les besoins bestiaux des nobles de la ville. Alors que le fait est clairement scandalisant, choquant, et malsain, il est traité d’une telle façon qui fait que l’on a même pas le sentiment que cela lui arrive vraiment. Alors à quoi bon prendre une peine si extrême si c’est pour la passer à moitié sous silence ? L’auteur en parle presque comme si Luca s’était blessé en se rasant… Peut être n’étais je pas dans l’humeur ? Je ne sais pas, j’ai lu d’autres critiques et beaucoup de personnes ont parlé de ce passage comme une épreuve difficile.

Cette impression de faux m’a rendu le début de la lecture plutôt difficile, car je n’arrivais pas à m’attacher à Luca. Et autant dire que lorsqu’un livre traite uniquement de la vie d’un personnage et de ce qu’il lui arrive, si vous n’arrivez pas à vous y attacher, il est difficile de l’apprécier. Heureusement, la fin a fini par combler ce manque dans les cents dernières pages, ce qui m’a permis d’apprécier la fin du bouquin.

A côté de cette histoire qui ne m’a enthousiasmé on retrouve un style agréable à lire, recherché et très fourni. Il y a eu je pense un très bon travail du traducteur, mais aussi de l’auteur qui a l’air très calée en ce qui concerne l’Italie de l’époque. Elle ne nous épargne d’aucun mot du vocabulaire et c’est ainsi qu’il faudra souvent jongler entre les expressions italiennes pour comprendre le récit, que ce soit le nom des forces de l’ordre, ou bien des sports pratiqués, voir du matériel utilisé par la peinture.

Immortel de Traci L. SlattonCar l’art, tout comme à l’époque, est un des grands thèmes du livre. Luca Bastardo va en effet côtoyer de nombreux grands noms, que ce soit Giotto dont il sera le protégé, Léonard de Vinci dont il sera le professeur… ahem, Bocceli dont il sera l’ami…, et autres grands noms italiens de l’époque, tous vivants dans les parages de Florence. Car il faut le dire, tous les grands noms de l’époque sont de près ou de loin cotoyés par Luca Bastardo. C’aurait été très intéressant dans un roman plus historique, ça me fait juste un peu bizarre du coup, surtout pour de Vinci. Mais bon, c’est d’un autre côté le thème du livre. Nous allons à de nombreux moments s’intéresser à l’art, à la construction, à la sculture, et notre héros en est un très grand amateur.

Ce thème récurrent va permettre surtout au lecteur d’imaginer un peu plus ce qu’était la Florence d’autre fois. Bien que je n’y sois jamais allé, j’ai grâce aux descriptions pu imaginer avec plaisir ce que la cité devait refléter de beautés à l’époque. Ce côté là est très agréable, tout comme ce que l’on peut apprendre sur l’histoire de la ville et la famille de Médicis qui y a gouverné durant l’époque. Luca est bien entendu très proche d’eux, un ami de Cosimo de Médicis, et plus tard de Lorenzo, que vous devez connaître si vous vous intéressez à la ville. Ce qui n’était pas mon cas.

Bref, une déjà bien longue chronique pour un bien long livre, dont il y a d’autres thèmes abordés de façon plus ou moins intéressante, je pense notamment à la vision de la divinité du livre, en pleine période où l’Inquisition prennait plus ou moins de l’importance en Italie. On pense bien entendu aussi à l’aspect surnaturel de notre héros, qui ne vieillit pas et qui voit les siens se dépérir petit à petit. L’explication de ce phénomène faisant bien entendu partie des choses qui l’obséderont jusqu’à la fin.

Un livre qui recèle de nombreux points positifs, mais dont la lecture m’a été gâché par l’absence d’intérêt pour l’histoire de notre héros. Un vrai voyage dans l’Italie de l’époque en tout cas, et qui augure du bon pour les prochains romans de Traci Slatton. Ce qui manquerait peut être, finalement, serait une réalité historique, ou un flou qui permettrait d’imaginer la réelle existence de Luca Bastardo.


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