Vous mélangez une couverture de toute beauté à une promesse de nouvelles de fantômes, et pouvez être sur que je me jetterais dessus, c’est comme ça qu’il me fallait absolument lire ce premier volume de Ghost Stories des éditions Asgard. Les fantômes, c’est un sujet qui me fascine, j’en ai peur, mais je ne peux m’empêcher de lire tout plein de livres dessus. 17 auteurs francophones ont donc été réunis dans cette anthologie dirigée par Thomas Riquet et Peggy van Peteghem. Au sommaire des noms connus par ici, Lionel Davoust et Jeanne-A Debats pour ne citer qu’eux, et d’autres moins. J’ai donc commencé la lecture avec beaucoup d’enthousiasme.

Ghost Stories aux éditions Asgard

Malheureusement, outre la belle couverture, les premières impressions ne sont pas forcément positives. Chaque nouvelle est précédée d’une photo en négatif et noir-et blanc de l’auteur. Si l’idée de transformer la photo des auteurs en fantôme pouvait être sympa, je dois dire que la mise en page et le rendu final de ces photos donne un coté un peu amateur qui m’a malheureusement déplu… De plus chaque nouvelle est encadrée par de micro-nouvelles (de 5 ou 6 lignes) qui la plupart du temps m’ont semblé hors-contexte et sans grand intérêt, donnant plus l’idée d’un résumé à développer qu’autre chose.

La première nouvelle de David Bry ouvre très fort les hostilités. L’auteur organise en effet une sorte de Star Ac’ pour fantômes, où le grand gagnant peut retourner sur terre hanter les vivants. Un traitement décalé du thème et plein d’humour qui m’a totalement séduite. Jusqu’au twist final, inattendu mais terriblement bien trouvé.

Peggy Van Peteghem

Peggy Van Peteghem

Le problème c’est que malheureusement les nouvelles qui vont suivre ne vont pas me plaire autant. En effet, il est plus difficile qu’il n’y parait d’écrire une histoire de fantômes dans une anthologie spéciale fantômes pour une simple raison: le lecteur est sur ses gardes. Comme on est dans une nouvelle, le nombre de personnage n’est pas bien grand et on repère vite les anomalies. Du coup, baser son final sur la découverte du fantôme pour créer un twist est plutôt casse gueule, et c’est malheureusement ce que vont faire les trois quarts des nouvelles qui suivront. La plupart, sans être mauvaises, ont glissé sur moi comme de l’eau, sans retenir mon attention, sans m’émouvoir, à cause de ficelles trop faciles surtout. On reprochera aussi que sur 17 nouvelles, deux traitent exactement du même type de fantôme lié a un accident de la route… avec la même révélation finale dans les deux cas !

Dans ses nouvelles du milieu, la seule à m’avoir réellement convaincue est celle de Claude Bolduc, auteur canadien que je ne connaissais pas, qui a réussi à faire une nouvelle à l’ambiance très forte, très visuelle et qui n’est pas sans rappeler le Maître de Providence, compliment s’il en est. Sa nouvelle est toute en ambiance, en sous entendus et dégage une atmosphère palpable. Bref, cette nouvelle là ne m’a pas séduite par son histoire mais bien par la qualité de la plume et ce charme si lovecraftien.

Jeanne-A Debats

Jeanne-A Debats

En réalité j’ai failli abandonner ce recueil à de nombreuses reprises après cette nouvelle. Et puis il y a eu la nouvelle de Jeanne-A Debats, Memorial. Avec 30 pages, c’est la nouvelle la plus longue du recueil, mais du coup l’auteure a le temps de développer ses personnages, et surtout son héroïne, magrébine, arrivée tout droit du Maroc, mariée à un homme de 10 ans son ainé et irrémédiablement attirée par ce monument en bas de sa tour.

Sa manière de brosser les personnages est criante de vérité, et la nouvelle est tellement encrée dans notre monde, dans notre vie, qu’on est rapidement proche de son héroïne, différente de nous mais si contemporaine. Le thème abordé n’est pas celui qu’il parait, n’est pas bien drôle, mais traité avec une sensibilité et une intelligence rare. Cette nouvelle la justifie à elle seule la lecture du recueil. Enfin, elle et puis celle qui suit.

Car Simbad de Lionel Davoust est aussi une des nouvelles spectaculaires de ce recueil. Une prise d’otage, dans une usine menacée de fermeture, des apparitions étranges, et un lourd passif, voici les ingrédients de cette nouvelle qui ne m’a pas laissée intacte. Car celle ci aussi est ancrée dans notre monde, et aussi, pour moi ancrée à une des choses auxquelles je tiens le plus au monde. Car moi aussi j’ai mon Simbad. Le traitement est tellement juste que la nouvelle en devient intense, bien plus que toutes celles que j’ai lu dans le roman. Cette nouvelle m’a faite pleurer,  et si vous me connaissez, vous savez que c’est le plus grand compliment que je puisse faire à une nouvelle.

Ghost Stories aux éditions AsgardAu final, malheureusement sur les 17 nouvelles que ce Ghost Stories propose, seules quatre m’ont réellement plu. C’est un bien faible score, auquel on ajoute une mise en page discutable et des micro-nouvelles étranges. C’est dommage, car je pense qu’avec un écrémage plus important, il n’y avait pas besoin de 2 nouvelles sur le même thème par exemple, en visant la sobriété plutôt que l’immersion fantomatique via des photos en négatif, le recueil avait un beau potentiel.

Du coup, je suis partagée car si le global ne m’a pas convaincu, il serait dommage de passer à côté des excellentes nouvelles de Jeanne-A Debats, Lionel Davoust, Claude Bolduc et David Bry. J’espère que ces quelques problèmes seront corrigés pour le second volume !


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3 commentaires, donnez votre avis !
  • Roshieru a écrit le 3 mars 2012 à 9 h 13 min:

    J’hésite pas mal à acheter ce recueil, disponible en numérique je crois. Le thème m’attire mais je craignais un peu que cela tourne autour du classique « oh mince, je suis en fait un fantôme » (et autres variations) :/ Et bon il semble que ce soit le cas. Du coup, j’hésite encore plus et c’est là où on voit tout l’intérêt de proposer des nouvelles à la pièce en numérique ^^ »

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  • Serafina a écrit le 4 mars 2012 à 11 h 03 min:

    @Roshieru: Effectivement, c’est tout l’interet des nouvelles à l’unité, comme le propose Le Petit Caveau, je trouve d’ailleurs que cette manière vraiment bien pensée parce que je te recommanderais les yeux fermés mes 4 favorites …

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  • Lionel Davoust a écrit le 3 avril 2012 à 12 h 17 min:

    Je voulais juste te dire un très grand merci pour ton appréciation de Simbad. Je suis ému que cela ait résonné autant en toi. :)

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