Frère Ewen est le premier tome de La Fraternité du Panca, une série de Science Fiction en cinq livres écrite par Pierre Bordage et éditée par les éditions L’Atalante. Les deux premiers tomes sont d’ores et déjà sortis et le début de l’année prochaine verra l’arrivée du troisième épisode : Frère Kalvin. Avec sa couverture qui fait penser aux œuvres de Science Fiction ultra pointues, où les auteurs philosophent sur des unités de mesure inexistantes, Frère Ewen est ce qu’on pourrait appeler l’incarnation même du dicton L’habit ne fait pas le moine. Et ça tombe bien, puisque c’est là l’histoire d’un frère. Ah ah, je suis drôle. Synopsis.

Frère Ewen, La Fraternité du Panca, de Pierre Bordage

Ewen est un habitant de la planète Boréal, il vit paisiblement depuis quelques années déjà dans une grande maison avec sa femme enceinte et sa petite fille de trois ans, dans laquelle ils s’apprêtent à passer trois mois en autarcie complète : l’hiver, dans cette région, est tellement froid qu’il est impossible de rejoindre la première ville habitable sans risque la mort. Mais voilà, alors qu’il allait rentrer se réfugier du froid mordant de la neige, une voix, celle de la Fraternité du Panca retentit et lui demande de se mettre en route pour une planète d’un système tellement éloigné qu’il lui faudra plus de 80 ans de voyage pour l’atteindre. Car Ewen n’est pas seulement un homme, c’est aussi un frère, un frère de la Fraternité du Panca, une communauté qui n’a rien de religieuse à proprement parlé, mais dont l’un des piliers est l’obéissance aveugle et systématique à la hiérarchie. Certes, Ewen pourrait tout simplement ignorer l’appel et rentrer bien au chaud enlacer son épouse. Mais ce serait sans compter la puissance de l’appel de la Fraternité, il doit et ne pourra rien faire d’autre, c’est tout simple.

C’est donc un voyage qui va durer plus de 80 ans que Pierre Bordage nous propose de faire, un voyage qui nous fera traverser tout un univers, mais dont la plus grande partie se passera dans l’espace, dans le néant. Nous allons suivre Ewen dans son aventure, ainsi qu’un autre personnage, Olméo, qui va pour des raisons complètement différentes faire un parcourt plus ou moins proche que celui de notre frère. Il va donc se retrouver mêlé, de près ou de loin, à la destiné du héros. Enfin, héros c’est vite dit, car ni Olémo, ni Ewen ne sont des héros, et c’est bien là le plus fort de l’écriture de ce livre. Nous suivons un personnage qui n’a rien d’un héros, mais qui doit se comporter comme tel, abandonner sa famille sur un simple ordre et entreprendre un voyage quasiment inhumain tout en abandonnant tous les siens derrière lui, sans pouvoir leur dire pourquoi.

Pierre Bordage

Pierre Bordage

J’ai longtemps fustigé contre les auteurs français de Science Fiction, mais je dois aujourd’hui admettre ma mégarde. Après Alain Damasio (La Horde du Contrevent) et tout récemment Frank Ferric (La Loi du Désert), Pierre Bordage gagne haut la main et de façon méritée une place dans notre liste des très bons auteurs du genre. Frère Ewen ce n’est pas un simple livre de Science Fiction, c’est un envoutement constant, une superbe aventure humain que nous vivons à fond pendant les quelques quatre cent quarante-six pages que comporte le livre. A dire vrai, j’ai tellement aimé ce livre que les mots et les qualificatifs pour le décrire me viennent un peu trop rapidement et pourtant, cela fait déjà trois semaines que j’ai terminé sa lecture.

Lors de ce récit nous allons tout d’abord découvrir un monde imaginé par Pierre Bordage des plus envoutants et détaillés. Nous allons avoir droit à un périple qui va nous permettre de découvrir une multitude de races, de coutumes, toutes très bien décrites et jamais trop pour autant. Il est assez hallucinant de voir à quel point l’auteur a pu imaginer autant de diversités crédibles, autant de religions, de faits divers, qui rendent son monde totalement envoûtant et finalement très terre à terre.

Il nous parle de dizaines et dizaines d’étoiles, de terres différentes, et à aucun moment on se demande s’il sait ce qu’il y a sur ces planètes, et s’il ne les cite pas simplement pour combler un vide ou pour rendre son monde plus grand. Non, il est clair qu’il le sait, il ne nous l’a pas encore montré, c’est tout. De nombreux points de la civilisation sont abordés, cela va de la technologie, logique puisque nous sommes dans un Space Opera, aux religions, aux coutumes, aux problèmes politiques en passant par la grande criminalité. Pour nous plonger au mieux dans cet univers si différent du notre, chaque chapitre est précédé la plupart du temps d’un extrait d’une encyclopédie qui fut écrite bien des siècles après notre récit.

Frère Ewen, La Fraternité du Panca, de Pierre Bordage C’est ainsi que ces articles encyclopédiques nous font parfois entrevoir la problématique du prochain chapitre. Souvent, ils nous aiguillent en bien, mais parfois ils nous trompent tout autant. On s’attendra ainsi à la réussite du héros face à un danger, alors qu’il y laissera des plumes, etc. La narration est organisée au tour à tour, c’est-à-dire que chaque chapitre s’articule autour d’un héros, et qu’on en change en changeant de chapitre. Pierre Bordage nous propose ainsi quasiment systématiquement des suites de cliffhanger qui ne nous donnent qu’une envie : continuer. Et encore, ce n’est pas comme si il avait eu besoin d’utiliser cet artifice pour nous y pousser. La narration est servie par une très belle plume qui ne perd jamais son lecteur dans des détails superflus. L’auteur a beau souvent insister sur des sentiments ou les impressions de nos héros, ce n’est jamais de trop, on ne frôle jamais le too much. Au contraire, on se sent tellement proches de nos personnages que l’on considère ça comme normal.

Ces derniers sont très fouillis, on peut bien les cerner et imaginer leurs réactions qui ne nous surprennent finalement que rarement. Et c’est vraiment un bon point puisque cela veut dire qu’ils sont bien construits. Outre les deux personnages que l’on suit, on va voir un assez grand nombre de personnages secondaires. Certains seront très éphémères tandis que d’autres resteront un peu plus longtemps. Dans tous les cas, ils gagnent très rapidement une profondeur tout à fait comparable aux deux personnages principaux, ce qui rend le roman d’autant plus agréable. On s’y attache forcement moins, mais ce n’est pas pour autant un défaut.

Il est vraiment dommage que la couverture du livre réalisée par Sylvain Demierre soit si austère et froide, car c’est donner une connotation bien trop Science Fiction de boulons à ce livre. Car on est vraiment loin de la Science-Fiction qu’on peut lire avec un Robots d’Asimov ou La Guerre des Gruulls d’Andrevon. On lit ici de la Science Fiction humaine, presque épique, qui par son côté proche des héros nous fera bien plus penser à la Fantasy qu’autre chose. Bref une telle claque que j’ai déjà commencé la suite de La Fraternité du Panca, Sœur Ynold, et que je vous le conseille plus que chaudement.


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2 commentaires, donnez votre avis !
  • yves a écrit le 30 mars 2010 à 10 h 35 min:

    J’ai presque tout lu de Pierre Bordage sauf ceux que vous citez ci-dessus, étant à 100% d’accord avec vous concernant l’auteur
    je vais certainement me procurer ces ouvrages.
    Bonne lecture et amitiés Yves

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  • Pef a écrit le 1 mai 2010 à 14 h 47 min:

    Lu et apprécié ! ;)
    Ma critique sur LF !
    (au fait, je ne compte plus les livres que vous m’avez donné envie de lire et que j’ai adoré ! Merci)

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