Frankia de Jean-Luc Marcastel

Serafina dans Critiques, Livres le 10 octobre 2009, avec 10 commentaires
Critiques

Il y a des choses immuables en ce bas monde. La charcuterie au petit dej’ pour des allemand en est une. La loi de la couverture en est décidément une autre.

Frankia est un livre superbe de Jean-Luc Marcastel, un écrivain français, cantalou. Frankia est une série composée de trois tomes, édités chez Mnénos. Il s’agit de Fantasy tintée d’histoire et, on le pensait, saupoudré de Steampunk. Enfin, en fait, on est en 1940, Frankia est occupée par les troupes du Méchant Von Drako. Ce dernier a asservi Europa et prône la haine des Elfes. Loiren est un jeune humain élevé par un Orc, dans la zone libre.  Malgré tout, ça s’écoule tranquillou pour lui jusqu’au jour ou il tombe amoureux d’une Elfe. Et on devine la suite. Ah oui, quand je disais superbe, je parlais bien entendu de la couverture.

Frankia de Jean Luc Marcastel

Le problème c’est que ce livre se révèle plus du roman historique écrit comme un roman de terroir accumulant les poncifs de la Fantasy. Donc évidement les elfes ont des noms comme Faenia Shalaria’lunia aeschélia, les orcs s’appellent Moruk Ork’a, les teutons Von Shleu, évidemment, les nains travaillent la terre, évidemment les orcs sont des guerriers. Il n’y a absolument aucune originalité dans le traitement des différents peuples. On voit donc l’elfe se languir de ses bois tout en parlant elfique et les teutons être méchants. Mais vraiment méchant hein. Genre j’étrangle des chatons au petit déj’. Ça ne rigole pas, attention ! On pourra aussi se demander pourquoi se donner la peine de changer la France en Frankia, l’Allemagne en Teutonia (non mais lol) si c’est pour garder Marseille en Marseille et Paris en Paris. Au cas où on n’aurait pas encore compris ? Ou par oubli pur et simple ? Aucune idée, mais niveau cohérence c’est zéro pointé.

Frankia de Jean Luc Marcastel

A noter cependant que Frankia est accompagné de plusieurs représentations des personnages de très bonne facture et dessinées par l'auteur lui même

Le pire c’est que ces changements de races ne changent absolument rien. Les elfes sont persécutés comme des juifs, les orcs sont clairement le peuple africain, les teutons ont gagné la guerre exactement suivant le même procédé que celui d’Hilter, bref, on se demande un peu pourquoi vouloir autant coller à l’Histoire alors qu’il y’a du matériel pour pouvoir diverger. En effet Frankia n’est pas une Uchronie. Contrairement au Maître de Haut-Château de K. Dick les eléments qui changent de la réalité n’altèrent en rien le cours de l’histoire. On se demande donc un peu pourquoi avoir changé les races, à part pour donner l’illusion d’originalité j’entends. Illusion vite éventée ceci dit, vu que les stéréotypes arrivent très très vite.

En effet, si il y a bien un sujet qui n’a pas besoin d’elfes, d’orcs et autres pour être épique, émouvant, rythmé, c’est bien la guerre. J’en viens même à me dire que la même histoire avec justes des hommes n’aurait pas eu bien plus de portée. Il n’y a généralement (et malheureusement d’un coté) pas besoin de broder beaucoup pour faire un livre sur la 2nde guerre mondiale et la France occupée. Il suffit de voir Les enfants de la liberté de Marc Levy. Dieu sait a quel point je considère le talent de Levy comme inexistant, mais il a réussi à faire un bon livre, émouvant et épique à souhait alors Marcastel aurait sans doute pu le faire. Mais non, il a fallu balancer des orcs et des elfes. Parce que c’est la mode ? Parce que de toute manière ceux qui lisent de la Fantasy sont réputés pour ne pas être trop regardant ? Je ne sais pas, mais il n’y a là aucune espèce d’inventivité.

Le 4ème de couverture dit que Tolkien est un des maîtres à penser de l’auteur, c’est pas peu dire. C’est sa source d’inspiration principale et l’auteur est absolument incapable de se détacher des pré-requis habituels de la Fantasy. Ce n’est pas parce que untel a écrit que les orcs étaient comme ci et les elfes comme cela qu’il faut le suivre aveuglément. Le talent c’est savoir se ré-approprier des concepts. Bon, il semblerait de toute manière que le talent soit étranger au vocabulaire de l’auteur. Arg, je suis méchante.

De même que la nuance. En effet, dans le genre, difficile de faire plus manichéen. Les héros ils sont bons et courageux. Évidemment ils ont quelques défauts, mais ces défauts ne servent qu’à les rendre encore plus attachant ou attendrissant car ils ne sont pas bien graves. Symptôme typique de la Mary Sue, ce principe s’applique à tous les gentils. Évidemment à coté les méchants sont méchants. On n’aura pas un teuton non nazi, ni un collabo qui attire la sympathie. Non les teutons sont méchants, c’est comme ça, et les collabos sont tous des gros salopard. Bonjour le parti pris. Ce coté très tranché, trop même, est moralement parlant, assez discutable.

En plus de cela, le style est extrêmement désagréable. Marcastel essaie d’opter pour un style qui n’est pas sans rappeler celui des conteurs d’antan. Nous avons donc quasiment exclusivement des tournures de phrases bourrées de virgule à la construction plus ou moins alambiquée. Ce genre de prose a tendance à m’agacer. Surtout quand contrairement à Lea Sihol par exemple, il n’est pas maîtrise le moins du monde. C’est toujours les mêmes squelettes de phrases, les mêmes constructions, c’est de la répétition à outrance.

Jean Luc Marcastel

Et si il n’y avait que cela comme répétition. Non, pendant le roman on nous décrit à peu près 15 fois chaque personnages avec des changements aussi importants que cheveux de jade, cheveux d’émeraude ou cheveux verts les moments où l’auteur devait être à court d’idées. Bien entendu, à force de nous bassiner avec les cheveux couleur forêt de la donzelle, on en est vite agacé. Il en use et abuse qu’il fini par s’embourber dans ses propres descriptions et finira par nous parler de ses cheveux blancs et de sa peau couleur émeraude. Ahem. Sans compter que les nombreuses descriptions n’apportent rien de plus que la toute première. L’auteur doit décidément nous prendre pour des lecteurs ayant une mémoire à court terme plus que défectueuse. Il doit aussi prendre les lecteurs de Fantasy pour des mecs en manque parce qu’il passe son temps à rappeler comment que l’elfe est bonne (en manière pseudo poétique, mais il ne trompe personne), comment que la robot c’est une grosse domina toute en acier. Comme si il cela allait sauver la pauvreté du roman.

Ça ne lui évitera pas le tag Bouse. Limite je créerais le tag grosse bouse.


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10 commentaires, donnez votre avis !
  • Bartimeus a écrit le 10 octobre 2009 à 19 h 25 min:

    Rhhaaa dommage, ça encourage pas les auteurs français mais je t’en veux pas si c’est vraiment aussi nul que tu le dis ^^

    Je sais pas pourquoi mais voir « Bouse » et « Mauvais livre de Fantasy » ensembles dans les tags m’a fait rire… Cherchez pas pourquoi je sais pas si c’est normal hein :D

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  • Seraf' a écrit le 10 octobre 2009 à 20 h 09 min:

    Bah disons que c’est avec des bouquins comme cela qu’on pense souvent que les francais ne savent pas écrire de la fantasy… C’est clair que ca en donne une tres tres mauvaise image.

    Apres j’ai hesité a créer le tag « TRES mauvais livre de fantasy » mais bon.

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  • Pef a écrit le 10 octobre 2009 à 23 h 03 min:

    Eh bien ça ne donne pas envie de le lire ! Effectivement il n’y a rien de plus désagréable que les auteurs qui croient que mettre quelques elfes et nains fera de leur livre de la fantasy et ainsi que leur livre aura un super succès auprès des jeunes, qui c’est bien connu sont en manque de rêve et donc pas très regardant sur la qualité du bouquin… Pour lire un livre sur la seconde guerre mondiale, sujet sensible s’il en est, je préfère lire un bouquin plus « réaliste ».

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  • Kameyoko a écrit le 11 octobre 2009 à 15 h 06 min:

    Pourtant, on a l’impression que l’idée de base aurait pu être sympa (quoique!).

    C’est quand même désolant de voir que certains n’arrivent pas à sortir des bases tolkienniennes. Je fais parti de ceux qui pensent que TOUS les romans de fantasy ont un coté Tolkiennien (car trop d’importance dans ce style). Pourtant beaucoup d’auteurs se jouent de ça où s’en servent de base pour pondre quelque chose de plus réfléchi construit et moins manichéen.

    Mais là, ça à l’air cliché à souhait. Même Goodkind est capable de faire mieux.

    Pour en revenir aux auteurs français, je crois qu’ils font un complexe de la petite bite. Je veux dire par là, qu’ils se sentent petits par rapports aux kadors du style. Du coup, il sont trop peu courageux. On dirait qu’ils ne veulent pas prendre de risques et coller à la fantasy telle que le français lambda la conçoit. Du coup on a du vide. Il faut prendre des risques et avoir de l’ambition, même si je conçois que c’est peut être plus dur d’être publié en France.

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  • Céline C. a écrit le 12 octobre 2009 à 11 h 08 min:

    Bwahahah, bien dommage pour l’auteur mais c’est vrai que ce n’était pas très emballant. Pourtant, y’a de l’idée à l’origine ! Le côté mélange histoire « classique » et imaginaire fait quelque fois merveille !
    Sauf que là, il y va avec ses gros sabots, et c’est pas subtil du tout. Merci de t’être dévouée pour nous… ^^

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  • Ehani a écrit le 12 octobre 2009 à 15 h 30 min:

    Tin, dès ton intro je me suis dit: « Tiens c’est bizarre ça ressemble au speech de la 2eme GM… »
    Mais je pensais pas du tout que ça serait que ça o_O

    C’est vrai q’il n’y a rien de pire qu’un univers inspiré par un autre… Et quand c’est mal traité c’est encore pire !

    Même chose que celine, merci de nous avoir épargné cette daube =D

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  • dabYo a écrit le 12 octobre 2009 à 15 h 57 min:

    @Kameyoko: pour être honnête c’est ce que je pensais avant de tomber sur Bordage et Seraf de tomber sur Damasio. Y a pas à dire y a de très bons auteurs français ! Et de très mauvais, comme partout en fait. Malheureusement on a bien moins d’auteurs français qu’anglophones du coup on schématise très vite pour les français :/

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  • Céline C. a écrit le 12 octobre 2009 à 18 h 18 min:

    Concernant les auteurs français, je lis actuellement Janua Vera de Jean-Philippe Jaworski et c’est très bon pour le moment.
    Et petit à petit, les frenchies sortent de l’ombre aussi ! ^^

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  • Bartimeus a écrit le 12 octobre 2009 à 20 h 53 min:

    Oh Damasio est français en plus ? C’est décidé j’y vais dès demain :)

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  • Thalia a écrit le 13 octobre 2009 à 17 h 04 min:

    L’idée de mélanger l’histoire à de la Fantasy, pourquoi pas? Ca pourrait donner envie aux gens de s’intéresser plus à l’histoire. Mais si tu expliques que pour l’auteur tout teuton est nazi, etc. Là il aurait pu nuancer c’est clair. C’est une affaire assez délicate de l’histoire car qui l’était vraiment ou qui suivait pour sauver sa peau? La question se pose. Mais bon c’est pas lé débat lol

    Maintenant, lui il voulait peut-être raconter l’Histoire à la Tolkien. Dans ce cas, il aurait pu garder une partie humaine aux personnages et nuancer les espèces tout en gardant certaines caractéristiques. Car on ne peut comparer les humains aux orcs et tout ca qui sont eux stéréotypés à fond. Le pari est donc perdu d’avance.

    Dommage pour l’histoire car la couverture est superbe. Et si c’est l’auteur qui a dessiné … c’est qu’il a un talent … même si autre que de créer une histoire.

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