Erzsebeth Bathory de Jacques Sirgent

Serafina dans Critiques, Livres le 15 novembre 2011, avec 4 commentaires
Critiques

Dans la liste des ouvrages de Camion Noir qui m’attirent, il y avait ce Erzsebeth Bathory de Jacques Sirgent, qui comme son nom l’indique traite de la Comtesse Bathory. Cette dernière est quasiment devenue une figure légendaire au sujet de laquelle on raconte un peu tout et, surtout, n’importe quoi. Il n’y a pas énormément de livres à son sujet qui ne soient pas soit énormément romancés, soit complètement fantasmés. Cet essai désire donc apporter un éclairage moins romancé et plus réaliste à celle qui fut appelée par tous les noms et qui, au final, n’est peut être même pas coupable.

Erzsebeth Bathory de Jacques Sirgent

Avant d’avancer dans la critique, je tiens tout de même à rappeler quelques informations sur le personnage historique qu’était Erzebeth Bathory. Femme du conte, à sa mort elle hérite de son domaine et de ses nombreuses terres. Quelques temps après son veuvage, elle est accusée avec quatre autres personnes de torture et des meurtres de jeunes filles. Elle sera jugée coupable et assignée à résidence dans une seule pièce de son château, jusqu’à sa mort.

Si le livre s’attarde notamment sur son enfance et son mariage, il n’y aura ni rappel de cette affaire pour éclairer les novices, ni réellement d’informations sur le procès en lui même. Contrairement à ce que l’on pouvait penser, le procès n’est que rapidement évoqué et très peu de documents du-dit procès ne sont dévoilés. Ce qui rend le livre un peu incomplet pour un lecteur lambda qui chercherait ici à découvrir Erzebeth Bathory. Pour l’initié, universitaire de surcroit, cette remarque n’est pas à prendre en compte.

Jacques Sirgent s’intéresse au procès, mais plus sur ce qui tourne autour, et ne va pas clairement statuer sur la culpabilité ou non de Erzsebeth. Ce n’est pas possible compte tenu des éléments. Par contre, il va amener de nombreux faits et aussi des hypothèses qui lui semblent crédibles. De même les hypothèses fréquemment reprises dans l’imaginaire populaire sont analysées, et parfois réfutées. J’ai énormément aimé cette approche, qui permet à chacun de se faire sa propre idée sur ce personnage historique. On sent par moment la conviction personnelle de l’auteur mais il ne l’impose pas comme du roc.

Si j’ai apprécié l’approche et les nombreuses analyses très intéressantes, j’ai cependant été déçue par le contenu et par le style. Parlons de ce dernier tout d’abord, il faut l’avouer, ce n’est que rarement la panacée dans les essais. Ici, j’ai trouvé l’écriture assez confuse, avec beaucoup de répétitions. En soit, cela ne me gêne pas réellement, le vrai problème c’est que le contenu ne semble pas réellement rattraper les choses.

En effet, sur un livre de 300 à 400 pages, les 100 premières pages sont en réalité consacrées à un historique du sexisme et des violences faites au femmes. Si ce sujet est évidemment intéressant, et permet d’expliquer en partie le procès d’Erzsebeth (qui était une veuve , donc libre d’elle même et possédait de nombreuses terres), il prend une place un peu trop importante : plus du quart du livre.

Erzsebeth Bathory de Jacques SirgentLes pages suivantes vont réellement s’intéresser à Bathory, et sont parsemées de citations ou de références d’époque. Jacques Sirgent s’attarde surtout à démontrer les contradictions entre les croyances populaires qu’on attribue au personnage et ce que l’on sait de sa vie. Il semble assez évident à la lecture du livre que bon nombre de faits ont été exagérés. Cependant, pour quelqu’un qui ne connait pas bien la légende, on est parfois perdu, par exemple plusieurs paragraphes démontrent le fait que Bathory n’était probablement pas épileptique alors que j’ignorais totalement qu’on le disait d’elle. Je pense qu’un résumé de ce que la légende en a fait aurait été profitable même pour ceux qui cernent de loin le personnage.

Au final, Erzebeth Bathory de Jacques Sirgent est une lecture sympathique, assez honnête , mais qui ne traite pas assez la totalité du personnage à mon goût pour satisfaire le lecteur lambda. Pour lui, je pense qu’il aurait été intéressant de creuser plus sur le pourtour de certains détails, notamment du procès et récapituler ce qui se dit autour du personnage.


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4 commentaires, donnez votre avis !
  • sarahk21 a écrit le 15 novembre 2011 à 14 h 29 min:

    Je conseille de voir le film britannique-hongrois Bathory (2009) de Juraj Jakubisko avec anna friel qui est très très intéressant sur ce sujet et qui démonte franchement le mythe de la psychopathe prenant des bains de sang (je pense d’ailleurs que c’est le plus proche de la vérité). sinon le bouquin la comtesse de sang de Perisset , celui la c’est plus pour explorer la légende noire bien gore d’erzebeth dans la lignée de ce bouquin il y a le film « la comtesse  » de julie Delpy qui date de 2010. mais pour avoir vraiment un eclairage realiste sur erzebeth il faut vraiment voir le film de Jakubisko. perso je vais jetter un oeil a ce nouveau bouquin de Sirgent sur cette chere Erzebeth…

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  • Ellana a écrit le 15 novembre 2011 à 16 h 57 min:

    La critique que tu fais du livre n’est pas très flatteuse mais dans l’ensemble cela à l’air d’être un bon livre. Je ne l’ai pas lu mais je suis d’accord avec toi sur le fait qu’il serait judicieux pour des auteurs qui écrivent sur des biographies du genre de rappeler certains faits sur la personne dont on va parler. Je ne savais pas non plus qu’elle était (apparemment) épileptique. Si je le trouve en librairie je l’acheterais..

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  • Fauve a écrit le 15 novembre 2011 à 17 h 02 min:

    Alors tiens intéressant le commentaire au dessus car le film on m’en a beaucoup parlé aussi et en bien ! Mais je ne l’ai toujours pas vu. Par contre, effectivement énormément de films, de jeux vidéo même et de bouquins traitent d’elle ou en font juste quelques références. Et j’avoue que le titre de ton article m’a attiré pour cela… En vue de ta critique d’ailleurs, cela donne envie de se plonger plus dans ce bouquin.
    Merci de cette découverte !

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  • Fauve a écrit le 15 novembre 2011 à 17 h 03 min:

    Tiens autre chose par rapport à votre site. J’utilise pas souvent l’option mais j’avoue que pour ce coup, j’aurai bien mis un j’aime direct pour que cela l’indique sur le profil. On ne peut que partager l’article.

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