Des choses fragiles de Neil Gaiman

dabYo dans Critiques, Livres le 23 janvier 2011, avec 3 commentaires
Critiques

Des choses fragiles est un recueil de nouvelles de Neil Gaiman récemment édité en version poche par J’ai Lu. J’avais découvert l’auteur américain avec De bons présages, un roman mêlant Fantastique et Humour avec brio, co-écrit avec l’éminent Terry Pratchett. C’est donc le second roman de l’auteur que je peux lire, toujours dans le même genre mais un brin plus sérieux cette fois. Difficile de rester de marbre face aux nombreuses récompenses prestigieuses qu’ont obtenu les différentes nouvelles du recueil. On n’y compte plus le nombre de prix Hugo de la nouvelle et autres prix Locus. Mais bon, est ce si bien que ça ?

Des choses fragiles de Neil Gaiman

Ce recueil démarre avec une petite introduction de l’auteur, le pourquoi du comment de ce recueil, et du choix du titre. S’enchaîne ensuite une liste d’explications qui vont nous révéler les détails qui entourent la rédaction de chacune des nouvelles du recueil, ainsi que les éventuels prix qu’elle a obtenu, ou ce qui a amené l’auteur à l’écrire. L’idée est vraiment sympathique et donne matière à mieux comprendre certains nouvelles qui ne dépassent pas les trois pages, c’est juste dommage que cela soit placé en bloc au début du roman et non devant (ou après) chacune des nouvelles, ce qui aurait évité d’avoir à faire les allers-retours.

Qu’à cela ne tienne, commence ensuite une lecture de plus de trente nouvelles, 32 pour être exacte, pour près de 450 pages, ce qui en fait un recueil somme toute très complet. On retrouve des nouvelles écrites à plusieurs périodes de la vie de Neil Gaiman, bien que ça n’en soit pas pour autant l’intégrale de son travail. Quand certaines nouvelles font près de 30 pages, d’autres n’en font qu’une moitié de page, sous forme de vers la plupart du temps. Il faut dire que le style des nouvelles est assez varié, voir parfois déroutant, avec certaines qu’il faudra lire plusieurs fois pour en comprendre l’intégralité. Et pourtant, ce sont généralement les plus courtes qui sont les plus déroutantes.

Des choses fragiles de Neil GaimanLes thèmes, s’ils restent tous autour du Fantastique, sont assez variés, mais c’est surtout l’approche de la narration qui diffère. De cet ensemble très hétérogène se dégage tout de même un certain sentiment de désespoir, de mélancolie, et ce même lorsque la nouvelle n’a pas d’émotion affichée. Bien entendu, il y a dans ce grand nombre de nouvelles certaines en dessous du niveau général, ou qui m’ont laissé assez indifférent et plus que perplexe. Le côté observateur de la misère humaine qu’ont certaines nouvelles ne m’a pas convaincu non plus, bien que pas forcément désagréable pour autant. L’enchaînement des nouvelles est assez dur, les thèmes étant très disparates, le fait de lire les explications de l’auteur entre deux nouvelles aidant à « faire le vide ».

Heureusement, le recueil peut compter sur un assez grand nombre de petites pépites, qui valent le coup d’être lues. Je vais revenir sur quelques unes.

Une étude en vert

Narrée à la première personne par un vétéran de la guerre que mène l’empire Anglais en Afghanistan, la première nouvelle du recueil pose très vite ses bases et nous met face à un personnage qui ne sera pas sans nous évoquer les grands détectives de la littérature, et pourquoi pas, un certain Sherlock Holmes.

Et pour cause puisqu’il s’agissait là pour l’auteur de mêler l’univers du détective à un autre tout aussi populaire, celui de Lovecraft. Rodolfo Martinez n’est donc pas le seul à avoir répondu à ce fantasme, et si je n’ai pas lu le roman de l’espagnol, je dois avouer que Neil Gaiman y est très bien arrivé. On mène donc l’enquête aux côtés de ce mystérieux personnage, allant d’élément en élément pour résoudre une courte enquête. Finalement, après une trente pages en sa compagnie, on est surtout déçu de ne pas continuer l’aventure à ses côtés…

La présidence d’Octobre

Cette nouvelle m’a tout de suite fait penser à ce que j’avais retenu de la critique de L’étrange vie de Nobody Owens, un autre roman de Neil Gaiman que Serafina lisait en parallèle… Et pour cause puisqu’il s’agit là de ce qui a servi, en quelque sorte, de brouillon à l’élaboration de ce roman.

On retrouve, dans une ambiance assez lourde, deux petits garçons dont les chemins vont se croiser. Le premier, vivant et fuyant sa famille, va finir par se retrouver à jouer avec le second, un petit garçon mort. Le flou artistique autour des deux personnages est savoureux, et assez onirique. La nouvelle m’a beaucoup touché, et convaincue de lire le roman qui en est issue, du coup.

Amères Moutures

Cette nouvelle que j’ai trouvée sans queue ni tête m’a beaucoup plu. Et pourtant, c’est exactement ce que je mettrais dans la case observateur de la misère humaine. Sans réel but, avec des péripéties somme toute banales, c’est de loin ma préférée. Et c’est aussi celle de Neil Gaiman, et pourtant, je ne l’ai vu citée dans aucune critique du recueil, bizarre.

La Saint Valentin d’Arlequin

Encore une nouvelle à la première personne, et encore un flou artistique autour du personnage principal de cette nouvelle. Encore une qui m’a particulièrement touché pour son côté sombre et à la fois touchant. On suit ici un Arlequin le jour de la St Valentin, qui follement amoureux n’a qu’une envie, dérober le cœur de sa bien aimée. Au sens propre du terme. Expliquer la nouvelle serait pure folie, de toute façon.

Au final je garde de ce recueil un bon souvenir. Ce n’est pas le genre de recueil que je vous conseillerai de lire d’une traite. C’est plutôt celui dont on lit quelques nouvelles de temps en temps, parce qu’on sait qu’on pourra être agréablement surpris et y passer un bon moment. Neil Gaiman m’a une fois de plus convaincu et signe avec Des choses fragiles un recueil certes inégal, mais très riche.


Ces articles pourraient aussi vous intéresser:
3 Comments, donnez votre avis !
  • Vladkergan a écrit le 23 janvier 2011 à 22 h 40 min:

    Je te conseillerais surtout de te pencher sur ses oeuvres romanesques comme American Gods et Neverwhere, qui sont nettement au-dessus du lot. J’aime assez ses nouvelles (même si je ne connais que le recueil Miroir et Fumées), mais son oeuvre romanesque est bien plus forte (de même que son oeuvre de scénariste de comics, Sandman étant à dévorer malgré un dessin pas toujours des plus heureux).

    RépondreRépondre
  • Lelf a écrit le 25 janvier 2011 à 10 h 10 min:

    Je l’ai dans ma PAL depuis un an xD
    J’aime beaucoup Gaiman sur tous les supports qu’il utilise, il arrive toujours à surprendre, à créer des univers vraiment sympa. Et même si les recueils de nouvelles sont souvent inégaux j’aime bien aussi cette approche. Faudra que je le dépoussière ^^

    RépondreRépondre
  • Meor a écrit le 25 janvier 2011 à 15 h 11 min:

    +1 avec Vladkergan : Neverwhere ! (et De Bons présages et America Gods et Sandman et… ah, pardon, j’aime tout.)

    RépondreRépondre
  • Donnez votre avis !

    Comment avoir son avatar sur ifisDead ?