J’avais très hâte de lire Dehors les chiens, les infidèles de Maïa Mazaurette, et pour cause, le premier roman de cette auteur française que j’ai lu était Rien ne nous survivra. Bien que je l’ai lu en tout début de cette année 2010, il fait encore parti de mes préférés et des mieux placés pour mon coup de cœur de l’année. Mais peut on passer de la Science-Fiction limite post-apocalyptique à la Fantasy sans y laisser quelques plumes ? La provocation de Maïa Mazaurette continue-t’elle de faire mouche ? Vous répondre tout de suite gâcherait le goût du suspens, alors commençons par le synopsis de son premier roman à sortir en poche, aux éditions Folio SF.

Dehors les chiens, les infidèles de Maïa Mazaurette

Spérance fait parti du dernier groupe de quêteurs envoyés par l’Église pour retrouver l’Étoile du Matin. Car depuis que Galaad a été vaincu et son épée légendaire perdue, le soleil ne brille plus sur les contrées d’occident et les Ténèbres s’étendent de plus en plus, faisant de l’Anti-Pape l’homme le plus puissant du monde, et du culte de Satan celui le plus profitable. C’est ainsi que depuis 80 ans sont envoyés tous les cinq ans, cinq adolescents, livrés à eux même mais formés pour cette longue recherche. A ses côtés, Spérence peut compter sur Vaast l’espion, Lièpre la sentinelle, Cyphérien et Astasie, formée par l’Inquisition elle même.

Dès le résumé le décor est planté, c’est en terre religieuse que nous embarquons, et nos héros ont de fortes chances d’être des fanatiques. J’avoue que je redoutais au départ de tomber sur un roman qui soit un peu trop bateau, nous faisant la morale comme quoi l’Église c’est mal, etc. Et les premières pages nous le confirment presque, puisqu’on découvre un groupe d’adolescents fanatiques au plus haut point, dont les actions sont guidées uniquement par la foi et la haine des infidèles, ceux qui ne croient pas, ou qui se sont dévoués à Satan. Et pourtant, au fur à mesure, on se rend compte qu’on est face à une œuvre réellement originale, qui ne se contente pas d’utiliser des recettes vues et revues.

La première surprise, c’est sans aucun doute que Dieu n’y ait pas qu’une abstraction. Ce n’est pas qu’une foi sans argument visible. Non, Dieu se manifeste dans ce monde, monde où les miracles ne sont pas rares. Éclairs symboliques, apparitions d’Anges, illuminations, miracles, tout ce qu’on pense faux y existe bien, donnant par là même une raison d’avoir la foi, tout du moins à nos héros. C’est une notion importante, surtout lorsque le lecteur est athé, car du coup la foi de nos héros, bien qu’on puisse la juger bien trop fanatique, trouve une sorte de justification. On ne croit pas en un vide, on croit en quelque chose qui existe. Et c’est finalement là ce qu’on pourrait nommer magie de ce roman de Fantasy.

Dehors les chiens, les infidèles de Maïa Mazaurette

On pourrait au départ penser que Dehors les chiens, les infidèles va se révéler être une quête initiatique pour nos héros, et pourtant il n’en est rien non plus. Le roman est en fait une succession de surprises et de déconvenues qui va rendre la lecture du roman totalement addictive. J’ai fini le bouquin en deux jours pour un nombre de page somme toute respectable, 450 pages. Et ce côté court du roman est d’autant plus étonnant quand on constate que Maïa Mazaurette a réussi très rapidement à planter un décors, des forces en présence, de façon crédible, mais surtout, de vastes complots pour lesquels les auteurs utilisent habituellement plusieurs tomes.

Car son roman a plus du Trône de Fer que de n’importe quel autre roman de Fantasy, et c’est là ce qui m’a le plus plu. Elle utilise très justement le thème de la religion pour nouer des intrigues de cour, que ce soit grâce aux intérêts personnels, ou tout simplement aux différentes interprétations que font les croyants de leur religion, de leurs évangiles. A la différence près que ce coup ci, on ne suit pas uniquement des nobles, mais aussi quelques soldats à la foi inébranlable.

Dehors les chiens, les infidèles de Maïa MazauretteLe style de Maïa Mazaurette est toujours aussi agréable, et bien plus compréhensible et lié que ce que j’avais pu lire dans Rien ne nous survivra. Il est agréable à lire, l’équilibre entre les descriptions et les scènes d’action étant très bon. Tout on long de la lecture, on ne s’ennuie pas, et le roman ne souffre d’aucune lenteur qui lui soit préjudiciable. Le carton-plein ne s’arrête pas là, car elle arrive à nous attacher réellement à certains de ses personnages. En leur créant rapidement une vraie personnalité, ils ne sont donc pas fadasse, et j’avoue avoir eu de nombreux petits pincements de cœur pour Spérance, à l’histoire vraiment touchante.

Au final, Dehors les chiens, les infidèles n’est pas ce que la quatrième couverture nous promet, soit un livre qui dénonce les dérives du fondamentalisme chrétien, et c’est tant mieux ! On se retrouve à la place avec un roman prenant, haletant, envoutant, qui nous montre que les hommes sont avant tout des êtres plein de contradictions. Et ce, sans qu’à aucun moment le roman ne tombe dans la moralisation. La lecture est un savoureux mélange d’intérêt et de malaise devant des hommes pour qui la religion est la chose la plus importante, du début jusqu’à la fin. Sans aucun doute le roman qui place Maïa Mazaurette dans les auteurs français à suivre de très près.


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6 commentaires, donnez votre avis !
  • Bartimeus a écrit le 9 décembre 2010 à 20 h 00 min:

    Rah, c’est obligatoirement le prochain roman que j’achète, je vois plein de critiques positives sur le Web et la tienne me donne encore plus envie !
    En plus, c’est français !

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  • dabYo a écrit le 9 décembre 2010 à 20 h 00 min:

    @Bartimeus: ah bah je ne peux que me répéter, mais fonce, il est génial :)

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  • faithfullyyours a écrit le 10 décembre 2010 à 18 h 46 min:

    Ca a l’air bien sympa ce machin, je vais essayer de trouver le temps de le lire!

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  • boubou a écrit le 10 décembre 2010 à 23 h 38 min:

    J’ai beaucoup aimé sa nouvelle dans le recueil Od10ssée Folio SF, et ai bien entendu parler de celui ci également ! dans ma liste du coup ! =)

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  • dabYo a écrit le 11 décembre 2010 à 20 h 07 min:

    @boubou: Ok le recueil me faisait de l’oeil jusqu’à maintenant, tu m’as donné une bonne raison de me le procurer :D

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  • boubou a écrit le 16 décembre 2010 à 11 h 13 min:

    j’ai été surprise par le recueil, je pensais avoir une brochette d’auteurs inconnu alors que c’est du lourd (Mazaurette, Beauverger, K. Dick pour mes souvenirs immédiats) ! des nouvelles plus ou moins longues, plus ou moins orientées SF/fantastique, mais qui se lisent toutes très bien… Il a pas fait long feu chez moi en tout cas !

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