Coeurs de Rouille de Justine Niogret

dabYo dans Critiques, Livres le 3 octobre 2013, avec 2 commentaires
Critiques

Après les superbes et originales incursions de Justine Niogret dans la Fantasy moyenâgeuse qu’étaient Chien du Heaume et Mordre le Bouclier, j’avais très hâte de me lancer dans la lecture de son nouveau roman: Coeurs de Rouille. Cette fois, c’est dans la collection Pandore du Pré-aux-Clers, ce qui promettait donc un roman plus proche de la Jeunesse que les deux précédents. Accompagnée d’une superbe couverture réalisée par le studio dpcom, comment l’auteure française s’est sortie avec ce mélange annoncé de Fantasy et de Steampunk ? Synopsis.

Coeurs de Rouille de Justine Niogret

Saxe a fini par s’enfuir de l’atelier. Il en avait marre, marre de faire semblant, marre de se mentir à lui même, marre de faire partie de ce géant simulacre où tout le monde fait semblant de ne pas avoir l’inéluctable: la Cité n’est plus que l’ombre d’elle même. Le soleil ne se lève même plus, le ciel se contente d’être gris. Gris, tout est gris. Les arbres ne sont plus que des ombres grises, et eux, les Artistes ne savent plus rien faire. Au mieux, ils pourront réparer votre Agolem défectueux, au pire, vous faire un faux chat qui restera immobile devant votre fenêtre, restes d’un savoir ancien mais bel et bien disparu.

Justine Niogret

Justine Niogret

Un monde en décrépitude, amorphe, inerte où le soleil d’antan a fait place au gris monotone et sans variation. La ville dans laquelle vivait Saxe n’avait vraiment rien d’enivrant… Et il faut dire que Justine Niogret arrive parfaitement à nous faire ressentir ce monde où il n’y a pas d’espoir, où tout n’attend qu’une chose: que ses boulons s’arrêtent de tourner pour enfin disparaitre. Ses mots, ses descriptions, tout sonne horriblement proche et on est directement transporté dans ce monde en nuances de gris.

Sans espoir ? Pas totalement, vous vous en doutez. On a ici dans une sorte de classique quête initiatique où notre héros va tenter d’atteindre la lumière. Mais le classique, le cliché, tout s’arrête là, l’auteure semble partir sur du cliché pour nous offrir quelque chose de complètement original. D’abord par sa narration qui utilise les bons mots, qui touche son lecteur au plus profond. Ensuite par la relation inhabituelle, et au final inattendue dans un roman, que tiennent les deux personnages principaux.

D’un côté, Saxe, le jeune artiste qui incarne ce qu’on pourrait le plus rapprocher d’un héros classique. Stéréotypé dans son caractère, peut être, mais désarmant dans sa sincérité, dans son relief. Il existe et on le sent bien. On va plus ou moins vivre l’ensemble de l’aventure de son point de vue, et malgré sa fragilité, il en aura les épaules. Et puis il y a Dresde, l’automate, le Golem comme on les appelle, sans cœur, une simple machine dotée de logique et d’une indépendance qui peut parfois faire peur. La relation que construit Justine Niogret au long du roman est juste superbe et vaut à elle seule sa lecture.

Coeurs de Rouille de Justine Niogret

Cette couverture abandonnée pour la version finale est très intéressante de par la position des personnages. C’est en effet Saxe qui semble tirer Dresde des griffes d’un méchant. Une lecture stéréotypée (pour ne pas dire sexiste) du synopsis… bien loin de la réalité du roman.

Nos deux personnages vont vivre ce que l’on pourrait appeler une quête initiatique, mais comme à son habitude, l’auteure nous livre ici sa propre version de l’aventure. Et celle qu’ils vont vivre va tenir son lecteur en haleine, va lui faire traverser les méandres de cette cité oubliée, perdue, et surtout terrifiante. La distance est courte, le confinement est quasi permanent et pourtant, en moins de trois cents pages, on a l’impression de vivre plusieurs années avec nos héros, de traverser des pays entiers. On sent leur peine, leurs peurs, leurs doutes, leurs émotions.

Coeurs de Rouille de Justine NiogretPour si peu de pages, encore une fois, c’est un vrai coup de maître. On dit souvent que c’est par son méchant qu’une histoire peut briller. Coeurs de Rouille a son méchant. Il est terrifiant, il pue, il grouille, il nous fait vraiment peur et on se rend vite compte que cette histoire ne tiens qu’à un fil. Enfin, qu’à un boulon. Je pourrais évoquer les thématiques abordées, les réflexions sur lesquelles l’auteure souhaite nous mettre… Mais vous l’avez compris, le livre ne s’adresse pas tant que ça aux adolescents, finalement.

J’ai lu Coeurs de Rouille de Justine Niogret en quelques jours. La lecture est fluide, prenante, addictive. On n’a aucune envie de reposer son livre, on voit les pages défiler à une allure folle et on regrette déjà qu’il n’en reste quasiment plus. C’est déjà la fin. Et quelle fin. Déprimant ou plein d’espoir, au final, je n’ai pas réussi à me décider sur cette histoire. Par contre, s’il y a bien quelque chose sur lequel je n’ai aucun doute, c’est de vous inviter à le lire. Merci Justine Niogret.


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2 Comments, donnez votre avis !
  • Nahe a écrit le 3 octobre 2013 à 16 h 57 min:

    Il me tentait bien, je vais suivre ton conseil et noter !

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  • Myschka a écrit le 3 octobre 2013 à 17 h 13 min:

    Je suis fan de Niogret depuis « Chien du heaume » et je suis en train de lire « Cœurs de rouille ». Je confirme, c’est un excellent bouquin, et je pense que Justine Niogret est en passe de devenir une des meilleures (si ce n’est la meilleure) auteures francophones de sa génération.

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