On va passer les fioritures d’usage sur « mon dieu comme cette année fut longue/riche/triste/chiante à crever/fatigante/autre » (biffez les mentions inutiles) et entrer directement dans le vif du sujet (faisons court) : aux niveaux musical et littéraire, que puis-je vous conseiller (qu’accessoirement je n’ai pas chroniqué) que j’ai découvert cette année ?

Littérature: Brautigan Richard, Sterne Laurence et Natsume Soseki

Retombée de Sombrero de BrautiganCommençons donc par les bouquins et auteurs que je ne peux que fortement vous inciter à lire. Tout d’abord, sorti en 1976, le très particulier Retombée de Sombrero : un roman japonais de Richard Brautigan. Grand auteur américain, Brautigan a écrit un petit roman, qui se lit assez vite (moins de deux cents pages) et qui, pourtant, transporte et accroche (en somme, le contraire d’un Werber). Trois histoires se mêlent dans cet étrange ouvrage : celle d’un humoriste vidé, esseulé, désespéré après s’être fait larguer par sa compagne. Traînant des pieds dans son appartement lugubre, il n’a pas eu la force de seulement commencer son prochain ouvrage. Le début d’idée, jeté à la corbeille, forme la seconde histoire du roman : la fiction s’autonourrit et s’écrit seule, livrant une furieuse et délirante histoire, ou comment un sombrero a failli détruire le monde. En filigrane, on suit l’ex-compagne japonaise de l’humoriste dans son sommeil, dans des moments plus calmes et lyriques. C’est donc trois styles d’histoire qui s’imbriquent dans le roman : désespéré, poétique et humoristique, c’est pourtant avec le même langage que Brautigan boucle son histoire et son cercle : très déroutant, le style, nourri de vieux français (enfin, dans la traduction en tout cas, qui n’a pas dû être facile mais est de très bonne facture), de tournures de phrases alambiquées au possible, ou parfois complètement télégraphiques et tronquées au hachoir, finit par charmer, la phase d’adaptation passée. Un très grand roman.

Vie et Opinions de Tristram ShandyJe ne m’appesantirai pas plus dessus : parlons maintenant d’un classique de la littérature anglaise, Vie et Opinions de Tristram Shandy, de Laurence Sterne. Publié sous forme de feuilleton annuel, quoique le terme soit relativement impropre, entre les années 1759 et 1767 (oui, on recule, je sais), l’œuvre, nettement plus volumineuse que le précédent roman, fait dans les 900 pages. Acclamé comme un chef d’œuvre, et autant plébiscité que décrié à l’époque de sa parution, il s’agit en fait du renouveau du roman de l’époque. Personnellement, je le trouve assez inégal ; quoique toujours très bien écrit, le livre alterne de subtils passages très amusants, des sous-entendus plutôt osés pour l’époque, des digressions à tout va et d’excellentes répliques des personnages, avec des passages nettement plus lourds, voire, quelquefois, répétitifs. Heureusement, ce sont les premiers de ces passages qui sont les plus nombreux. Néanmoins, c’est un livre que je conseille à ceux qui apprécient la littérature d’époque, et que je conseille de lire lentement, sans trop en ingérer d’un coup, car s’il s’avère délicieux à petites doses, lire les neuf livres composants Vie et Opinions… garantit l’indigestion. (Par ailleurs, l’auteur est mort sans que l’on sache si le livre IX était réellement le dernier ; personnellement, j’incline à penser que non.)

Botchan de Natsume SosekiÇa, c’est de la métaphore filée. Bon, terminons avec les coups de cœur littéraires 2009 (enfin, ceux dont je me rappelle) avec un auteur que m’a rappelé l’article sur Le Coupeur de Roseaux : Natsume Soseki, classique japonais devant l’éternel (il est quand même sur les billets de je-sais-plus-combien de Yens) du début du XXème siècle, période particulièrement féconde en génies littéraires au Japon. Il est le plus connu d’entre eux et c’est celui dont j’ai lu le plus de livre, donc allons-y pour lui. Le style de Soseki est très représentatif de la période : délicat, parfois poétique, ses romans traitent surtout de la vie quotidienne, des petits évènements, avec une aptitude ahurissante à la description (c’est un peu l’esprit Haïkus, dont il était par ailleurs un grand auteur). Cette atmosphère un peu fragile, lunaire, on la retrouve dans presque tous ses livres. Je vous conseillerai donc Botchan, (très bien pour commencer ce genre de littérature : assez court et un peu plus énergique que ses autres œuvres, il est considéré comme un de ses plus grands romans. D’ailleurs, le mangaka Jiro Taniguchi a consacré une série de mangas en cinq tomes sur cette période en général et sur Soseki en particulier, appelée Au temps de Botchan. Magnifique manga, à lire aussi, tiens !), Je suis un Chat, son livre le plus connu, où, sous les yeux d’un chat, il livre un regard quelque peu acerbe sur la société japonaise de l’époque, derrière son style délicat. Enfin, pêle-mêle, Oreiller d’Herbe, Petits Contes de Printemps et Le 220ème jour sont des petits romans ou recueil de contes assez courts, très beaux, rapidement lus, qui font passer un très bon moment.

J’occulte ici un très grand auteur que j’ai découvert en 2009, mais il fera l’objet d’une chronique entièrement dédiée (dès que j’aurai trouvé le dernier foutu tome.)

Musique: Jazz, Jazz et encore Jazz

We Want Miles de Miles DavisPassons donc maintenant à la musique. Je ferai court (cette fois, si, vraiment). J’ai eu pas mal de découvertes musicales en 2009, dont et surtout le Jazz.

Et quand on pense jazz, on pense Miles Davis (enfin, entre autres).

Ce cher Miles a eu l’honneur d’une magnifique exposition intitulée We Want Miles, à la Cité de la Musique. Elle se termine le 17 janvier, il est donc encore temps de ne pas la rater, elle est exceptionnelle.

  • Pénétrer l’univers du jazz et de Miles Davis est assez ardu. Personnellement, je n’arrive pas encore à tout écouter de lui. Je vais donc vous conseiller trois disques de jazz qui constituent une très bonne introduction pour quiconque veut se mettre au jazz : premièrement, LE disque légendaire du Jazz, Kind Of Blue (par Miles Davis), qui compte le thème légendaire So What, que tout le monde a entendu une fois dans sa vie, ainsi que quatre autres morceaux, fantastiques et légendaires. Plus qu’un classique, un must-have absolu. Et c’est largement mérité.
  • Autre disque de Miles Davis, Tutu, sorti en 1986, contient des thèmes très funky, très énergiques, très dansants, parfaits comme introduction si l’on n’aime pas les longues plages de trompette crépusculaire ; un chef d’œuvre également.
  • Enfin, je terminerai par un disque de John Coltrane, autre géant du jazz, My Favourite Things (1961), dont le titre éponyme est une tuerie pure et simple : le thème est juste incroyable. Pas d’autre mot, mieux vaut que vous l’écoutiez. Et rassurez-vous, les quatre autres morceaux de l’album sont également excellents.

Puis, pour finir tout de même sur un truc récent, un petit mot sur le dernier album de Sanseverino, Les Faux Talbins, sorti en 2009 (si si !). Sanseverino reste dans son style, ou plutôt ses styles, entre jazz manouche, rock ‘n roll, valse, ou encore blues. L’album est large, car il comporte 17 chansons, et pour être honnête, certaines sont dispensables. Ainsi du Grand Grégory ou de Dimanche Dernier. Cependant, la majorité des chansons sont d’excellentes factures, avec des textes très amusants, alternant les styles : calme sur Les faux Talbins, amusé sur Les Mariolles ou très cool sur La Reine du Périphérique, les titres comme Tu pues Benny ou A Boy Named Sue viennent ajouter de l’énergie à l’ensemble. Sans compter le très, très bon thème de Riton et Rita, le complètement déjanté Malade Mental et la meilleure chanson de l’album (à mon sens), Chérie, C’est la Guerre, fou furieux et triste à la fois. Globalement un bon album donc, si l’on oublie les deux ou trois chansons en trop, on a une majorité de très bons titres. Bon, c’est fini pour mes coups de cœur et découvertes 2009.

Me reste à remercier dabYo et Serafina de me laisser publier mes articles et à souhaiter une longue vie à If Is Dead !

(et on te remercie de continuer à publier des articles malgré toutes nos vannes sur nos différences de goût ! Bonne année !)


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2 commentaires, donnez votre avis !
  • Serafina a écrit le 5 janvier 2010 à 20 h 09 min:

    Botchan m’interesse pas mal. Je dois etre suicidaire pour essayer encore de suivre tes avis, mais bon, comme j’ai beaucoup aimé le Coupeur de Roseaux.. En plus la couv’ de Botchan est superbe.

    Apres, le jazz, c’est pas mon trip, donc, je ne commenterais pas.

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  • aka oni a écrit le 5 janvier 2010 à 22 h 44 min:

    Si tu as aimé le style, normalement tu devrais beaucoup aimer Botchan. J’attends la chronique avec impatience x)

    Juste un petit rectificatif, We Want Miles se termine ce 17 janvier 2010 ;)

    Et bonne année à vous aussi !

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