BexBoy, le magazine Yaoi PWP d’Asuka

Serafina dans Critiques, Livres, Manga le 24 août 2009, avec 10 commentaires
Critiques

La prépublication des mangas est une pratique très ancrée au japon. En France, Shonen s’y est cassé les dents, Magnolia a tenu une année. Bref il semblerait que les essais de prépublication aient montré que ce n’était pas adapté au public. Cinq ans après Magnolia et sa prépublication de Shojo, le manga est plus que jamais bien implanté. Alors il semble logique que des éditeurs retentent l’aventure. Asuka est le premier à se lancer, et avec une formule audacieuse: un magazine de prépublication entièrement consacré au Yaoi.

Bexboy le magazine Yaoi de Asuka

Alors pour ceux qui ne sauraient pas, le Yaoi c’est un genre de mangas qui met en scène des relations entre hommes, quand c’est entre femmes on parle de Yuri. dans le genre il existe aussi le Shonen-Ai. La différence étant que le Shonen-Ai ne comporte pas de scènes sexuelles, et est destiné a un public plus jeune que le Yaoi, qui veut avoir un ton plus adulte. Le Shonen-Ai ne me dérangeant pas, et étant curieuse, j’ai acheté ce magazine. Sous blister, couverture rose moche, il porte une petite mention pour public averti, mais il était quand même à coté du dernier Naruto et avec un exemplaire en plus pour le feuilleter… Bon, là malheureusement, c’est un problème récurrent et qui est à mettre sur le dos des libraires. Les mangas parfois Hentai sont placés à la portée des premiers jeunes venus. Bon, je suis majeure et vaccinée mais quand même.

Donc me voici à lire BexBoy. Il s’agit de la prépublication de 9 titres inédits en France. 340 pages, même format que feu Magnolia, le papier quant à lui semble de bonne qualité. Les 9 titres ont pour la plupart un beau graphisme, là dessus je n’ai rien à redire.  Nous avons donc Lovely Teacher, Do you know my detective, Silent love, Yebisu Celebrities, Hey Sensei, Viewfinder, Chemistry lab, My demon and me, Whispers. Que des titres en anglais, je suppose que ça fait classe au Japon. Toujours est-il que je n’en avait jamais lu aucun. Faut dire que je ne suis pas du tout une spécialiste du Yaoi.

Bexboy le magazine Yaoi de AsukaEt apparemment c’est en gros les filles comme moi que vise Asuka : les novices en Yaoi, âgées de la 20aine. Car il faut quand même savoir que si ce sont des histoires qui mettent en scène des relations amoureuses entre hommes, le public qui lit le Yaoi est quasiment uniquement constituées de filles… Bon pour la novice, c’est un peu rapé, il n’y a aucune explication sur les termes (Yaoi, boy’s love, etc etc), ni même d’édito. Niveau maquette c’est le strict minimum. On balance les séries et basta. Bon, je dis pas qu’il faut blinder le magazine d’articles comme le faisait Magnolia, mais bon pour le premier numéro ce ne serait pas de trop à mon goût. De même pour conquérir la novice, il faut lui présenter le meilleur mais surtout le plus accessible.

Alors on commence gentiment avec une histoire de deux profs (un homo et un bourré de préjugés envers les homos). L’histoire est mignonne et bien dessinée. Elle pourrait préluder à une histoire intéressante et mignonne, car c’est le principe. La deuxieme histoire Do you know my detective est hilarante, humour typiquement Shojo, personnages dynamiques et attachants. Bon, dans les deux il n’y a pas trop trop de scenar, mais bon, c’est le début. C’est la suite qui se corse. Car les histoires suivantes semblent relever de ce qu’une fanficceuse appellerait du PWP (d’ou le titre : plot, what plot, signifiant littéralement « Scénar ? Quel scénar ? » ).

En effet, le scénario tient sur une peau de chagrin, et ne semble être qu’un prétexte aux scènes de cul, qui arrivent comme un cheveux sur la soupe. Un peu comme si au deuxième tome de Elle et lui, bah comme ça, scène de cul torride alors que les deux amoureux se sont à peine échangés trois mots auparavant. Niveau histoire d’amour, on a vu mieux. Ce n’est ni crédible, ni attachant, j’avais plutôt l’impression de lire les fantasmes de l’auteur. La palme revenant a Viewfinder, qui sous un prétexte minuscule propose 10 pages de viol sado-maso. De quoi vous faire régurgiter votre petit déjeuner. Ah oui bien sur le violé prend son pied, et sera sans doute amoureux du violeur dans le prochain tome. Le genre typique d’histoire qui me fout la gerbe.

Alors oui y’a écrit pour public averti, mais j’étais loin, très loin de m’attendre à tomber sur du Hentai. Soyons clairs, lire des scènes de sexe dans des mangas, ou des livres ne me gène pas, tant qu’elles servent à quelque chose. Ou bien quand à coté elles sont contrebalancée par une histoire du tonnerre (j’aime beaucoup Gantz, ou bien Berserk).

Là ce n’est pas le cas. C’est un ramassis de fantasmes douteux, d’histoires bancales, voir inexistantes, où les scènes de cul sont plus détaillées que le reste. En fait, on dirait que ce sont les seuls morceaux qui intéressent l’auteur. et les lectrices ? Je ne sais pas. Oh, bien sûr il y a des prétextes (l’élève amoureux de son prof qui n’ose pas lui dire, le photographe qui prend des photos compromettantes, le mec qui voit le fantôme de son compagnon), mais comme le nom l’indique ce ne sont que des prétextes. Plus on avance dans les histoires, plus le seul point d’orgue de chaque chapitre, c’est la scène de cul, quand ce n’est pas de viol, bien évidemment.

Bexboy le magazine Yaoi de Asuka

Pour voir l'avertissement faut vraiment le faire... Heureusement c'est sous blister... Si le libraire ne l'a pas enlevé.

Je ne parlerais pas de l’idéalisation de l’homosexualité, absolument pas réaliste, qui prouve si besoin en était que c’est dessiné par des hétéros (y’a des exceptions) pour des hétéros. Aucun aspect de société n’est évoqué si ce n’est dans la première histoire, où l’un des deux héros est homophobe. Si le Yaoi c’est ça, alors ce n’est pas pour moi. Les histoires n’ont aucune profondeur (par contre, l’anatomie des héros …). Sans parler du manque cruel d’originalité pour la plupart d’entre elles : trois histoires se passent dans le milieu des professeurs… Super. Excusez moi d’être naïve, et de penser que le Yaoi s’adressait à un public mature. En fait, non, il s’adresse -du moins ici- juste à un public -féminin- qui fantasme à l’idée de voir deux hommes idéalises se défoncer mutuellement s’adonner à des plaisirs charnels.

Ce magazine se révèle donc étre une énorme déception. Il donne une mauvaise image du Yaoi, me semble trop hard pour une novice (Viewfinder était clairement en trop pour moi). Alors il y aura sans doute un public, mais la communauté de fans du Yaoi de ce type me semble être trop petite pour pouvoir faire survivre ce mag. Quant aux novices, je leur souhaite bon courage.

A noter tout de même que d’après le blog de l’éditeur, il semblerait que le magazine ait beaucoup plu à la communauté du milieu, qui en profite pour taxer de frustrée quiconque ayant été choqué par certaines histoires dans les commentaires.


10 commentaires, donnez votre avis !
  • Ramya a écrit le 24 août 2009 à 18 h 53 min:

    Je pense que tu as tout dit concernant certaines facettes du yaoi. Il est fort dommage que la plupart des histoires (que ce soit des fics écrites par des amateurs ou des mangas réalisés par des professionnel(le)s) soient uniquement tournées soit vers le cul, soit vers une histoire dégoulinant de niaiserie.
    De toute façon, avec la mention « pour public averti » tu ne trouveras généralement que du hentaï et non des histoires plus matures pouvant porter sur des sujets de société.

    Le seul yaoi (et c’était un anime qui a près de 15 ans) que j’ai vu possédant un vrai background et ne se focalisant pas que sur l’histoire d’amour et/ou les scènes de cul était « Ai No Kusabi ». Jolis dessins, bonne animation et histoire intéressantes malgré un format trop court (2 fois 40 minutes en anime contre 6 tomes en manga).

    Ah oui, et puis je suis allée faire un tour sur le blog de l’éditeur. Outre les fangirls hystériques, les quelques commentaires tout à fait pertinents portant soit sur le manque de présentation du genre/des mangas/des auteurs et d’avertissements sur le contenu vraiment hard du mag’ se font limite lynchés. Bonjour le niveau de la communauté :\

    Pour résumer, lidée était là mais vu ce que tu en dit c’est pas ça qui me fera acheté ce magazine, même si les dessins ont l’air d’être très jolis au vu des photos que tu as posté.

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  • Thalia a écrit le 24 août 2009 à 19 h 46 min:

    Dommage que ça soit axé cul … ça aurait pu m’intéresser surtout vu la grosseur du magazine. Tant pis, je passe mon tour. De toute façon, je dois terminer mes séries qui sont loin d’êtres complètes lol

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  • mili-chan a écrit le 24 août 2009 à 20 h 51 min:

    Je suis pas non plus une grande fans de yaoi, surtout grace au manque d’histoire en fait.
    Maisbon je ne suis pas non plus étonée de voir que ça plaie… c’est de plusen plus en vogue chez les jeunes (et pas forcément les majeurs) notement chez les jeunes émo et pseudo goth… parais que ça fait cool.
    J’ai un peu du mal a comprendre mais bon

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  • Kameyoko a écrit le 25 août 2009 à 10 h 43 min:

    Le Yaoi, est le terme le plus à la mode du moment. On nous le ressort à toutes les sauces.

    Je n’ai jamais lu ce type de manga, mais je crois que je suis à coté de la plaque totale.

    Je m’attendais à du Shojo mais entre deux mecs. Soit des histoires d’amours un peu niaise mais encrée dans la réalité. Voir que c’est plus orienté cul, voir viol, ça ne m’attire pas du tout. Si le Yaoi c’est ça, ça me deçoit. Si en plus le scénario tient sur un post-it et avec des dialogues dignes de l »infirmières n’a pas de culottes 14″, je ne vois pas l’intérêt.

    Mais ce que je ne comprend pas c’est pourquoi un tel succès? Qu’est-ce que les jeunes filles aiment là-dedans? Un Hentai orienté femme, je pourrais comprendre, le shojo je comprend, mais là?

    Je vais peut être paraître un vieux jeu, mais le cul pour le cul ne m’intéresse pas une seconde. Je crois n’avoir jamais lu de Hentai. Tout comme le fanservice gratuit, que je n’aime pas non plus. Le cul ne me dérange pas, mais à partir du moment où il a une signification ou justification.

    Par exemple voir Ryo Saeba, toujours en érection est justifié et ne me dérange pas. Voir dans Berserk des scènes de viols, me dérangent (parce que le viol est horrible à la base), mais sa présence ne me choque pas, car justifiée.

    Merci pour ce retour d’expérience « douloureux »

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  • Ehani a écrit le 25 août 2009 à 16 h 05 min:

    Kameyoko, je pense qu’on peut comparer ce « phenomène » yaoi avec les films porno pour les hommes (mais là c’est encore pire, puisque j’ai vu recemment qu’un collégien sur deux dit en avoir deja vu… Mais où va le monde franchement !)

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  • Seraf' a écrit le 25 août 2009 à 16 h 49 min:

    @Kameyoko et @Mili-chan, Je ne pense pas que le yaoi devienne de plus en plus populaire. Il l’était déja énormement il y a 7-8 ans quand je frequentais le milieu des fanfics (la honte je sais mais chut). La demande pour la publication de ce genre de mangas est très présente depuis longtemps.

    @Kameyoko a vrai dire, je me pose les memes questions que toi.n Je n’arrive pas a comprendre ce que les filles peuvent apprecier la dedans.

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  • Charmy a écrit le 25 août 2009 à 20 h 20 min:

    Ah Seraf, tu fais tellement de choses dangereuses pour nous XD
    Je me mets à la place du libraire, imagine, si tu connais le contenu, tu places ça où ? Dans le rayon « du haut » ?

    Rien que l’image numéro deux m’a faite peur, je suppose donc que ce n’est pas pour moi…

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  • kao a écrit le 30 août 2009 à 16 h 39 min:

    Je suis pour ma part une grande consommatrice de yuri pluzoumoins soft, mais pas de yaoi. Et comme decrit, y’a souvent un pretexte sur trois pages pour amener la scene de cul sur les 15 suivantes. Mais y’a aussi des tres tres bonnes choses avec du scenar qui tient la route, mais c’est comme toujours perdu au milieu de la quantité de daubasses vaguement bandantes.
    Ceci dit, si la majorité du yaoi est fait par des femmes pour des femmes, a qui est destiné la majorité du yuri alors?
    sinon j’ai eu l’occasion de lire du yaoi destiné a un public masculin. ca fait vachement plus peur, et c’est d’ailleurs assez violent. et mon commentaire ne sert encore une fois, a rien. tant pis.

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  • Esthe a écrit le 17 décembre 2009 à 16 h 26 min:

    Bonjour.

    Bon et bien avant meme de se lancer dans un article, il aurait fallu que vous vous renseignez a propos du yaoi. Le yaoi est un genre erotique voire porno, vous, ce que vous cherchiez, c’est du shonen-ai, la ou pour pallier au manque de relations sexuelles, on se concentre sur l’aspect purement psychologique de la relation, et le decor. Ce qui veut dire, le scenario. Le yaoi, c’EST, du PWP. Maintenant, il y a des auteurs qui choisissent d’aussi soigner la psychologie et le scenar, y’en a pour tous les gouts, pour un peu qu’on veuille sa scene d’amour ou de cul (selon les gouts) en prime.
    Je note qu’en plus, vous oubliez completement que le yaoi est une branche du genre ‘shojo’, la BD pour fille bourree d’histoires d’amour d’autant plus seduisantes qu’improbables, avec son lot de pouvoirs magiques. Rechercher du realisme dans le yaoi, c’est comme en rechercher dans le shojo. Il y a des choses qui devraient pouvoir se passer d’explications et raisonnements. C’est tellement rafraichissant, surtout quand on parle d’amours justement ‘en realite’ tabous et rejetes par la societe. Le yaoi, c’est une vision d’une societe qui n’y trouve souvent rien a redire. Qui laisse les gens s’aimer, et ca, ca fait du bien, c’est autre chose que de tourner en rond avec des histoires banales de ‘realisme’.

    Pour terminer, oui, une relation sado-maso peut donner naissance a des sentiments plus purs. C’est incroyable que vous vous permettiez de n’accepter l’idee de relations homosexuelles, que selon vous propres criteres d’hetero ‘classique’ pour ne pas dire banale.
    Quand il s’agit de developper une relation amoureuse entre deux hommes, le yaoi fait feu de tous bois, et c’est bien heureux parceque vraiment, il y a certaines personnes qui manquent cruellement d’imagination.

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  • Seraf' a écrit le 17 décembre 2009 à 16 h 44 min:

    @Esthe Comme je l’ai dit dans l’article, c’est de la curiosité, je ne prétend pas faire une these en yaoi. Comme je l’ai dit, je pensais simplement (naive que je suis) qu’un yaoi c’était du shonen ai plus mature (comme la difference entre un shojo et un yosei quoi). Je l’ai dit, je me suis trompée et je ne pensais pas que le yaoi c’était « ca ».
    (oui non, je vais pas toujours chercher sur le net ou autre avant d’acheter un truc, je devrais, mais c’est un autre probleme)

    Ensuite, excuse moi de ne pas penser qu’un viol (et je met en relief VIOL ) a coup de tubes dans l’uretre et de pelicules photo et autres joyeusetés dans l’anus puisse servir de prélude a une histoire d’amour.
    Mais tu as raison, je dois juste être une hétéro coincée =D

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