Alexandre le Grand et les Aigles de Rome est un livre que je n’avais jamais remarqué avant de l’avoir ouvert. Avec une couverture plutôt discrète, bien que jolie, ce titre de l’espagnol Javier Negrete n’a pas l’air d’avoir une bonne mine de premier abord. Et c’est bien dommage car ce roman traduit par les éditions l’Atalante illustre plus que jamais le dicton l’habit ne fait pas le moine ! Synopsis.

Alexandre le Grand et les aigles de Rome de Javier Negrete

Alexandre le Grand meurt le 28 Dæsios au soir à Babylone, au sein de son empire et parmi ses plus fidèles généraux. Bien qu’on ne sache pas réellement de quoi il est mort, Javier Negrete part sur la piste de empoisonnement et nous en délivre les ficelles… Seulement, Alexandre n’est pas mort ! (ça fait un peu scénario de fanfiction, je sais) Un envoyé des dieux, Nestor, médecin de son état, le sauve du poison et lui évite par la même de perdre tout ce qu’il a construit: le plus grand empire jamais conquis. C’est donc six ans plus tard que commence notre histoire, celle du choc entre la civilisation romaine naissante, et la puissance macédonienne sous le règne d’Alexandre.

Je ne vous le cacherai pas bien longtemps, Alexandre le Grand et les aigles de Rome a su me séduire et m’enthousiasmer à un point rarement atteint cette année. Il concourt donc allégrement pour le titre d’un des meilleurs romans Fantasy publiés en 2009. Nous parlons donc d’une Uchronie, mélange de Fantasy et  de récit Historique. Car il faut d’abord préciser que bien que l’histoire soit inventée, elle en reste des plus crédibles et elle semble tellement réelle qu’elle fait plus penser aux Rois Maudits qu’à n’importe quel autre titre de Fantasy. C’est donc la non mort d’Alexandre qui fait ici office d’élément perturbateur de l’histoire, un peu comme la victoire des nazis pour le Maître du Haut-Château.

A ceci près qu’on est ici littéralement projeté au 4ème siècle avant J.-C. et on est pas prêt d’en sortir. Utilisation des mesures de l’époque, des termes de l’époque, citations ça et là de grec et de romain, tout est fait en sorte que le lecteur se sente presque chez lui. Les détails sont très fournis sans pour autant être barbants, on sent autant la puissance romaine avec ses routes, son architecture et ses techniques déjà très avancées, que celle d’Alexandre, ses sarisses, ses combattants venus de tous les recoins connus à l’époque. Les carthaginois, bien qu’externes au conflit sont aussi de la partie, on aurait presque l’impression qu’ils viendront bientôt sur leur dos d’éléphants. Et je ne parle pas des Spartiates, ou tout simplement des chevaliers cataphractères. On est complètement dépaysés et c’est vraiment agréable, l’imagination est ainsi très facilité et la vision des armées d’Alexandre aisée.

Lorsqu’on aime cette période de l’histoire on ne peut qu’être aux anges, mais ceux qui ne l’apprécient pas vraiment n’auront rien à y reprocher. Les détails sont là pour pousser l’immersion dans le monde d’Alexandre le Grand, et pas pour autre chose. Cela permet qui plus est d’en apprendre un peu plus sur un sujet qui est généralement survolé aux cours d’Histoire en France, et qui donc nécessite forcément une recherche personnelle pour en savoir un tant soit peu. Le livre est aussi accompagné de deux cartes de l’époque, qui permettent de mieux comprendre le récit, ainsi que l’ignorance des personnages concernant la géographie, et d’un lexique de noms avec description des personnages. Dommage que je ne l’ai vu qu’une fois le livre bien entamé. A noter qu’il est vraiment très intéressant de lire les dialogues des personnages concernant l’astrologie, la géographie, etc.

Alexandre le Grand et les aigles de Rome de Javier Negrete

Comme un grand nombre de livres du genre, on suit plusieurs personnages à la fois et jamais Alexandre. On suivra donc son médecin, son page, ou bien l’un de ses généraux, mais on ne saura jamais ce que pense et ce que compte faire le macédonien, entre guillemets, personnage principal. Cela lui donne ainsi un certain mystère et cela nous évite d’être déçu de ce que l’on pourrait y découvrir. D’autant que le titre n’est finalement pas tant centré sur le personnage royal, mais plus sur son empire et ce que les gens font pour ses conquêtes. On suit également le côté opposé, c’est à dire les romains.

Javier Negrete joue bien entendu comme George R.R. Martin avec l’information, avec les plans sur la comète que font certains pendant que d’autres, pensant autre chose, changent les leurs. Les batailles sont décrites avec un niveau bien plus élevé que notre auteur favori, et on se sent bien plus sur le champ de bataille, on y est vraiment. Les descriptions y sont d’ailleurs tellement précises qu’on comprend peu à peu comment à l’époque des armées d’une telle envergure pouvaient se coordonner pour combattre. De même, elles sont assez bien faites pour qu’on les comprenne réellement et qu’on ne se sente pas à hocher de la tête sans rien comprendre. Là dessus, c’est d’ailleurs l’un des meilleurs points puisque la stratégie macédonienne était quasiment légendaire pour l’époque. Et il en sera de même pour celles des romains, peu après.

Si j’avais au début redouté un point de vue trop orienté pour Alexandre, il n’en est rien. Car il faut bien l’avouer, imaginer le choc entre ces deux civilisations relève d’une fantasme du fan d’Histoire. Un peu comme si vous vous demandiez qui de Aragorn ou Borimir (pour prendre un exemple simple) était le meilleur, ou qui d’Harry ou bien de James gagnerait. Ce sont des délires de fans qui arrivent, et qui sont souvent synonymes de mauvaise qualité. Il n’en est rien ici, et j’ai été complètement conquis.

A dire vraie, je ne vois pas de réel défaut à ce livre. Il est dommage que le côté Fantasy n’ait pas été totalement exploité, à tel point que je n’ai pas complètement compris ce qu’il advenait de certains points évoqués pendant la lecture, mais oubliés pour la fin. Est ce un signe pour une suite inattendue ? Je ne sais pas, mais si c’était le cas je serai agréablement surpris. Il faut quand même dire qu’un des trips mystiques, puisque rappelons le, le scénario implique la réelle existence des dieux de l’Olympe.

En tout cas, quoi qu’il en soit ça ne gâche en rien ce superbe livre que je ne peux que vous enjoindre à lire, et qui ravira tout autant les fans de Fantasy que ceux d’Histoire.


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5 commentaires, donnez votre avis !
  • El Jc a écrit le 16 août 2009 à 19 h 19 min:

    N’en jetez plus… ;o)) Après Le Cafard Cosmique et Fantasy au Petit-Déjeuner voilà que If Is Dead y va également de sa chronique élogieuse sur cet ouvrage. Au passage félicitation pour cette très belle présentation. Il sera de ma prochaine commande à mon libraire

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  • Kameyoko a écrit le 17 août 2009 à 8 h 43 min:

    Effectivement ce livre a l’air intéressant. Utiliser l’uchronie est toujours intéressant. Sauf que c’est plus casse-gueule qu’autre chose. Mais vu ce que tu en dis, on peut supposer qu’il a bien géré son truc.

    Mais j’ai pas bien compris ce qu’il y avait de « fantasy » à part l’uchronie

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  • Seraf' a écrit le 17 août 2009 à 21 h 58 min:

    @Kameyoko, l’uchronie n’est pas un element de fantasy de toute maniere. L’uchronie est un sous genre de la science fiction (pour des raisons discutables, mais c’est comme ca).

    La fantasy se trouve plus dans le fait que les dieux existent et interferent on va dire ^^.

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  • dabYo a écrit le 18 août 2009 à 9 h 45 min:

    @El Jc: Ah bah je ne suis pas le seul à avoir aimé visiblement alors :D Tant mieux, j’ai d’ailleurs vu qu’il était dans pas mal de rayons « coup de coeur du libraire » :D

    @Kameyoko: Pour être honnête le côté Fantasy est dûr à trouver puisque par définition la Fantasy ça se passe dans un monde qui n’est pas le notre… Après, à partir du moment où un élément de l’histoire est changé, on est « plus vraiment » dans notre monde, on retrouve des armées, des conquêtes, des batailles épiques, etc. Bref, si on ajoute à celà que les dieux existent réellement (puisqu’un envoyé des dieux sauve Alexandre) je pense qu’on peut se placer dans la Fantasy large. Après y a certains côtés magiques mais pas spécialement omniprésents. Un peu comme un TdF quoi.

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  • SBM a écrit le 18 août 2009 à 22 h 55 min:

    Ce gros livre-là est dans ma PAL depuis un bout de temps, il se pourrait bien que tu l’en fasses sortir…

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