L.A. Noire sur Xbox 360

aka oni dans Critiques, Jeu Vidéo le 20 juillet 2011, avec aucun commentaire
Critiques

À moins de vivre au fond d’un placard ou d’être totalement réfractaire à la culture vidéo-ludique, vous ne pouvez pas être passés à côté du phénomène annoncé qu’est le jeu L.A. Noire édité par Take Two pour le compte de Rockstar. Vendu comme une révolution technique et un pionnier d’un nouveau genre, le jeu de Team Bondi et Rockstar, réputés pour les GTA et plus récemment Red Dead Redemption , est sorti en mai sur PS3 et Xbox 360. Mais le titre est-il réellement à la hauteur de ces assertions ? En tout cas, il ne laisse pas indifférent. Synopsis.

L.A. Noire sur Xbox 360

1947, États-Unis, ville de Los Angeles. Cole Phelps, ancien G.I. décoré de retour de la campagne du Pacifique, travaille comme policier au L.A.P.D. (Los Angeles Police Department) comme simple troufion patrouilleur. Il lui faudra alors prendre des initiatives, résoudre des affaires afin de monter en grade et devenir inspecteur dans une des quatre grandes brigades de la ville (trafic, meurtre, mœurs, incendies criminels). Comme vous vous en doutez, vous passerez par les quatre au fil du jeu.

L’ambiance est celle de la « grande époque » du film noir américain, du thriller urbain un peu crasseux. Los Angeles est alors en pleine expansion, et on peut affirmer sans trop s’aventurer que le crime et la corruption y ont pignon sur rue. Les décors sont magnifiques, l’ambiance est excellente, rien à dire à ce niveau, en particulier la ville sous la nuit. Une immense partie de L.A. est restituée, ainsi que plusieurs lieux historiques, et chaque rue et passant fourmillent de petits détails d’époque, avec le début de ce qu’on appellera plus tard l’American Way of Life (panneaux publicitaires, enseignes, devantures…)

On retrouve sans mal l’inspiration de GTA puisqu’on peut se balader librement dans toute la ville et réquisitionner n’importe quelle voiture qui passe. Et ce sont pas moins de 95 véhicules d’époque, dont beaucoup sont cachés, que vous pourrez débloquer et conduire. Et franchement, y a pas à dire, conduire une vieille Buick ou une Lincoln, ça a plus la classe qu’une Clio. Au niveau des véhicules cachés, vous aurez la joie de mettre la main sur des concepts cars telles qu’une Scout Scarab ou d’une Phantom Corsair, bref, rien à dire à ce niveau, les voitures sont superbement réalisés.

Fusillades dans L.A. Noire sur Xbox 360

Les fusillades sont généralement courtes, et surtout très scénarisées

En revanche, il faut bien dire que contrairement à la référence sus-citée, la ville présentée par L.A. Noire est un peu vide. Grande carte et liberté de déplacement ne veulent pas dire GTA, et il faut bien avouer qu’il n’y a aucun intérêt autre que la conduite à se balader dans la ville : pas de quête cachée, de mini-jobs… Ce vide tient au fait que le jeu présente des ressemblances avec un film interactif : L.A. Noire suit une trame définie, et l’apparente liberté de jeu cache en fait une aventure très dirigée, à des années-lumières d’un GTA des années 40 donc. On notera tout de même l’existence des « délits », une quarantaine de mini-quêtes qui se déclenchent aléatoirement et que vous pouvez choisir d’ignorer. Bien qu’il y ait un réel effort fait par les développeurs pour les justifier et les contextualiser, ils se ressemblent tous plus ou moins et se terminent soit en poursuite, soit en fusillade.

Mais le véritable corps du jeu ne se situe pas là. L.A. Noire est avant tout un jeu d’enquête. Ainsi, à chaque affaire que Phelps se verra assigner, il devra avant tout se rendre sur les lieux du crime ou du délit avec son partenaire, chercher des indices, interroger les témoins, enquêter sur les nouveaux lieux qui en ressortent, trouver des preuves et tenter de faire avouer les suspects. Deux grandes phases se dégagent lors de l’enquête : recherche d’indices/preuves et interrogatoires. La première phase est relativement basique ; sur une scène de crime ou dans un lieu suspect, vous devez tenter de trouver des objets reliés à l’affaire et vous en servir pour avancer. Cela peut être une carte de visite, l’arme du crime, une trace de pas, bref, un indice.

La recherche est bien faite (vous devrez inspecter plus minutieusement certains objets, d’autres sont totalement inutiles…), mais un peu trop facile (sauf peut-être sur la fin du jeu). Les scènes de recherche sont plutôt restreintes, et vous avez en prime droit à deux aides ; une musique qui cesse de jouer lorsque vous avez trouvé tous les indices du coin, et surtout une option qui déclenche un son dès que vous passez près d’un indice. A désactiver absolument : sinon, il ne reste plus qu’à balader votre personnage en rond en attendant que votre manette vibre. A n’utiliser qu’en cas de blocage absolu ou vous allez gâcher le jeu. Remarquez que rien ne vous empêche de matraquer le bouton A de votre manette en tournant en rond, mais bon, le jeu perd de sa saveur en faisant ça…

Indices L.A. Noire sur Xbox 360

On retrouvera de nombreux indices, dont des papiers à lire. Attention, il ne suffit pas de les ouvrir pour les lire !

Attardons-nous maintenant sur Le point principal du jeu, plus important que la conduite des voitures de collection et mieux réalisé que la recherche d’indices : l’interrogatoire. Si L.A. Noire a fait autant de bruit, c’est grâce à la nouvelle technologie que le jeu utilise, le « motion-scan« , une technique qui permet en quelque sorte de transposer directement le jeu d’un acteur sur son alter ego virtuel, afin d’obtenir un rendu ultra-réaliste, de sorte que les expressions des protagonistes du jeu sont totalement naturelles et crédibles. Et il faut bien avouer que le résultat est bluffant. Ça va être très dur de passer après L.A. Noire sur ce point tant le rendu est parfait. Le jeu des acteurs est plutôt bon, et les éditeurs ont eu le bon goût de laisser la version anglaise des dialogues, Rockstar oblige.

Sur ce point d’ailleurs, les sous-titres sont quelque peu pénibles lorsqu’on lit un document, car leur vitesse de défilement est très lente, et il faut attendre que tout soit passé pour que le jeu considère que le document est « officiellement » lu. La traduction est plus ou moins fidèle, disons qu’elle est un peu édulcorée et que les noms des affaires ont été très librement traduits. Cela permet cependant d’apprécier quelques références qui nous auraient sans doute échappé sans cela.

Pour revenir aux interrogatoires, le but est de poser des questions et de déterminer si le suspect ou le témoin dit la vérité. Trois options s’offrent à vous pour chaque réponse donnée : vérité, doute ou mensonge (ce dernier devant être justifié par une preuve). Cela peut sembler un peu fruste, mais ça marche extrêmement bien ! On se prend à guetter le moindre regard en biais, la moindre torsion de lèvre, à recouper nos preuves en consultant le carnet récapitulatif (très ergonomique, au passage)… Bon, certes, les acteurs (vous en reconnaîtrez sans doute quelques-uns…) surjouent un chouïa pour que ce ne soit pas impossible, mais les interrogatoires n’en sont pas faciles pour autant.

Carnet de L.A. Noire sur Xbox 360

Un carnet permet au joueur de jeter un œil à toutes les informations de l'enquête : lieux, personnages, relations, indices...

C’est d’ailleurs la partie la moins facile d’un jeu extrêmement accessible ; les scènes d’actions qui entrecoupent les affaires servent surtout à donner du rythme au jeu, et elles remplissent leur rôle, mais sans plus. Aucune ne constitue de vrai défi – et elles peuvent d’ailleurs être simplement sautées. Non, les interrogatoires sont la colonne vertébrale du jeu ; pas évidents, utilisant efficacement le motion-scan, ils valent d’acheter le jeu à eux seuls. Néanmoins, cette technologie semble particulièrement coûteuse et il est peu probable qu’elle fasse énormément d’émules.

Niveau jouabilité, le personnage est quelque peu balourd, un peu pataud, pas très agréable à diriger ; mais ce n’est pas comme si on en avait vraiment besoin, et Cole Phelps bénéficie d’une direction assistée très pratique lors des courses poursuites. Idem lors des fusillades ; Phelps est difficile à manier, à bouger, mais la visée est assistée, la barre de vie se régénère… Encore une fois, la facilité est voulue, l’action n’est là que pour rythmer les enquêtes. Au niveau de la conduite, la maniabilité est déjà bien meilleure, quoiqu’encore un peu lourde – mais bon, ça, c’est peut-être ma propension innée à me prendre tous les murs et autres conducteurs. Au passage, les lampadaires de Los Angeles sont plutôt fragiles.

Le scénario général est bien fait, je ne peux pas trop en dire pour éviter de spoiler, mais disons que Phelps a une personnalité un peu plus complexe qu’un simple héros de guerre de série B – on en apprendra plus sur le passé du personnage lors de flashbacks joués entre les différentes enquêtes. Vous constaterez d’ailleurs également que les affaires ne sont pas toutes indépendantes les unes des autres ou que certains personnages et/ou affaires sont inspirés de la réalité. Et la fin est digne de ce qu’on attend d’un bon film noir… Bref, sans trop m’y attarder, un scénario qui ne brille pas par son énorme complexité, mais qui est assez fouillé pour ne pas tomber dans le trop convenu et assez prenant pour qu’on veuille savoir la suite.

Ecran de Mission dans L.A. Noire sur Xbox 360

Chaque nouvelle mission est introduite par une petite cinématique du méfait, et par son titre. Parfois plus ou moins bien traduit d'ailleurs.

La durée de vie est honorable – le jeu fait certes 3 CD, mais ne comptez pas plus d’une vingtaine d’heures, disons vingt-cinq si vous prenez votre temps et vous occupez de tous les délits, ce qui reste tout de même au-dessus de beaucoup de jeux. En revanche, le jeu pêche côté rejouabilité. Certes, vous pouvez toujours rejouer pour trouver tous les indices et mener les interrogatoires sans vous tromper, mais le seul intérêt est d’obtenir un meilleur classement de l’affaire (de une à cinq étoiles), ce qui s’apparente pour moi plus à du scoring qu’autre chose, et je ne suis pas fan de scoring. Si l’on connaît l’histoire, l’emplacement des indices principaux et les rebondissements de l’affaire, quel intérêt de la rejouer ? Ce n’est que mon opinion, mais pour moi, la rejouabilité est quasi-nulle.

Un dernier mot sur la bande son, juste parfaite ; elle est surtout constituée de morceaux de jazz très bien choisis, qui collent parfaitement bien avec le jeu – rouler dans le Los Angeles de 1947 avec du Dizzie Gillespie ou du Louis Armstrong, c’est juste aussi génial que stéréotypé. Sans faute sur ce point.

En conclusion, L.A. Noire n’est peut-être pas le séisme vidéoludique annoncé, mais c’est un jeu particulièrement bon ; le motion-scan est parfaitement utilisé, il sert l’intrigue sans phagocyter le jeu. Très original, à l’ambiance particulièrement bien rendue, surtout pour les amateurs de polars urbains du genre de ceux d’Ed McBain, il n’est pas exempt de défauts, en particulier le dirigisme camouflé du jeu, mais il vaut définitivement le coup.


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