Livres
150515263 623 articles

Dernièrement dans la section Livres d'if is Dead:

L’Homme-Rune de Peter V. Brett

Serafina dans Critiques, Livres le 12 octobre 2009, avec 24 commentaires
Critiques

L’Homme-Rune est le premier tome d’une série écrite par Peter V. Brett, elle s’appelle Le Cycle des Démons,et le deuxième tome serait prévu pour Avril 2010 en version originale. Là bas, il s’appelle Painted Man et est sorti en 2008, il s’agit donc tout comme Le Nom du Vent d’une publication rapide d’un cycle encore en cours d’écriture. Il vient tout juste de paraître en français aux éditions Milady, dans sa jolie couverture très connotée action, et notre contact nous a indiqué qu’il s’agissait du coup de cœur Milady de l’année. Fiou, du coup, ça fait peser une sacrée attente sur le livre tout cela. Le coup de coeur de la maison d’édition sera-t-il un de nos coups de cœurs ? La réponse après le synopsis.

L'Homme Rune de Peter V. Brett

Chaque nuit, les démons sortent du Cœur pour attaquer les humains, puis les dépecer et les manger. Ces derniers ont trop négligé ce danger qui avait pendant longtemps disparu, et ils ont ainsi perdu le savoir permettant de les combattre. Faute de ce savoir, ils se retranchent donc derrière la protection de Runes, dans leurs maisons, dans la peur. Arlen a été élevé comme cela, mais il n’est pas de ceux qui peuvent supporter de vivre planqués. Encore plus, quand une tragédie le met face à la lâcheté de ses pairs, il décide que ce n’est pas la vie qu’il veut. La nuit ne lui fera pas peur, car il trouvera le moyen de se battre.

Dit comme cela, on sent un peu le chemin convenu. On se dit qu’Arlen, il a un pouvoir caché, que c’est l’élu, le Libérateur et qu’il va sauver l’humanité, que c’est sa destinée, tout ça. Youpi encore un de ses romans de Fantasy grandiloquents sans originalité.  Ou pas.

L'Homme Rune de Peter V. BrettJe le dis souvent, il est difficile de faire une critique d’un roman qu’on a aimé, alors qu’en descendre un c’est quand même bien aisé. Au vu de la difficulté que j’éprouve à commencer cette critique, je pense que vous avez déjà une idée de la conclusion. En fait, non, ça ne sera pas une conclusion, et on ne va pas tourner autour du pot. L’Homme-Rune c’est bien. C’est même plus que bien. C’est un de ces bouquins à vous réconcilier avec la Fantasy. Quand vous avez lu tellement de mauvais titres que l’idée de se taper la quête initiatique d’un héros vous file des boutons, il suffit parfois de trouver le bon. On peut par exemple citer Le Nom du Vent, mais il est clair que l’Homme-Rune fait tout autant partie de ces bons livres.  Si il y a les bases communes à de très nombreux bouquins, le traitement du récit ici est très personnel. La citation au dos du bouquin, de Charlaine Harris, est « un roman d’aventure sur la nature de l’héroïsme« , et c’est tellement vrai.

Ici, exit les destinées, les prophéties et les élus. L’auteur se centre surtout sur la peur. La peur qui paralyse les gens, celle qui les fait se terrer derrière leurs runes, et les manières qu’on peut trouver pour lutter contre cette peur et devenir un héros, même si ce terme n’est pas exactement ce que je veux dire. Les personnages sont proches de nous, ils ont la trouille comme on l’aurait. Ils ont des préoccupations comme les nôtres, et se raccrochent à ce qu’ils peuvent. Et puis dans cette masse qui pisse dans son froc, il y en a toujours une poignée qui va prendre le problème dans l’autre sens. Des personnes qui auront vécu plus profondément que les autres certains événements, et qui de manière logique vont refuser la peur.

Et c’est génial. Parce que dans le fond, on dit tous que si quelqu’un menaçait nos proches, on se battrait pour le défendre. Oui on le dit. Mais le ferait-on ? On est lâches, tous autant que nous sommes.  On aimerait être ces combattants. On aimerait se dire que nous aussi. Et c’est la force du livre. Les mécanismes de l’héroïsme y sont très bien décrits, il n’y a pas de jugement. C’est nuancé, tout le monde n’est ni tout blanc ni tout noir. Même ceux qui vont se dresser n’ont pas que des qualités, loin de là.

L'Homme Rune de Peter V. Brett

La couverture allemande de l'Homme Rune, qui a déferlé plus ou moins sur le monde entier en moins d'un an...

Nous suivons en effet plusieurs personnages, tous très différents, mais qui ont pour point commun d’être des survivants. Ces personnages partent d’endroits et de situations différentes. Les histoires sont assez indépendantes, mais toutes représentent une certaine forme de revanche sur la vie, à des niveau très éloignés. Ces trois points de vues permettent évidemment à l’auteur de développer son univers de manière assez immersive. On est tour à tour plongé dans la grande ville ou dans le petit hameau. Il n’y a pas de complaisance avec les personnages, exit les stéréotypes, et l’histoire nous prend souvent à contre-pied.

L’auteur surfe sur des principes relativement communs, mais reussit à se les réapproprier. Que cela soit dans le traitement ou dans la mise en scene, l’oeuvre est personnelle et originale. Le monde est immersif, et le pouvoir des runes très intriguant. Je n’aurais pas de réel reproche à faire au livre, hormis le fait que le tome 2 ne soit toujours pas sorti. Le coup de Coeur de Milady releve le défi et s’avère être un très bon livre de Fantasy. A conseiller à tous, des blasés de la Fantasy aux jeunes novices découvrant à peine L’Assassin Royal. Le roman devrait tous les mettre d’accord.


Bernard Werber est (entre autres) un écrivain français, né en 1961 à Toulouse, dont le genre est surtout tourné vers la Science-Fiction. Les livres les plus connus de cet auteur sont ceux qui composent sa Trilogie des Fourmis. Écrivain assez reconnu et récompensé, c’est ici des deux premiers opus d’une autre trilogie que celle des fourmis que je vais parler : les Thanatonautes et l’Empire des Anges, qui forment le Cycle des Anges, dont la fin est assurée par une trilogie dans la trilogie, le Cycle des Dieux. Vous suivez ? Enfin,n’ayant lu que les deux premiers et aucun autre livre de cet auteur, mon avis se limitera forcément au Cycle des Anges.

Le Cycle des Anges de Bernard Werber

Les Thanatonautes publié en 1994, littéralement les navigateurs de la mort, comme Werber l’explique à maintes reprises, met en scène Michael Pinson, médecin et narrateur à la première personne. Il vit une enfance un peu maussade, étouffé par une certaine médiocrité d’esprit dans sa famille, le genre « Matilda » de Roald Dahl, en moins exagérée. Durant son enfance, il est l’ami de Raoul Razorbak, jeune garçon brillant et étrange, lecteur invétéré, que le suicide de son père finit par écarter de Michael. Quelques années plus tard, le fameux Raoul le recontacte. Il travaille sur un projet secret dans un labo de fortune, flanqué d’une belle infirmière dont la manière de penser est quelque peu étrange. Ils ont besoin de l’aide d’un médecin. Il s’agit d’envoyer des volontaires aux frontières de la mort, en provoquant des « NDE », « Near Death Experience ».

Les Thanatonautes de Bernard Werber

Les Thanatonautes

Après un combat très classique contre ses scrupules, on s’en doute, Pinson accepte. D’abord dans le plus grand secret, puis suivis par le monde entier, ils repousseront petit à petit les frontières de la mort, passant successivement les phases, les « territoires », à travers lesquels les morts passent. Mais révéler au fur et à mesure ce qu’il y a après la mort n’est pas sans risque, les répercussions sur le comportement humain étant forcément immenses. Ce qui n’est peut-être pas du goût de ce qu’il y a après les territoires.

Autant le dire avant toute chose, ce n’est ni une bouse, ni un bon bouquin. Un ami m’a prêté les livres pour un trajet en métro, et honnêtement, ça convient parfaitement à distraire d’un trajet, sans plus. Le style est impersonnel, les personnages ne sont ni particulièrement attachants, ni fouillés, ni caricaturés… C’est une lecture fade, assez plate, de laquelle on ressort sans vraiment se rendre compte qu’on s’y est plongé. Tout le contraire d’un Céline. Le livre parvient à éviter l’ennui en faisant se succéder rapidement l’histoire elle-même et des extraits de croyances sur l’après-mort de plusieurs civilisations et religions, censés former la thèse sur la mort du père de Raoul Razorbak.

L’empire des Anges emprunte le même procédé, en faisant se succéder histoire et parties de l’Encyclopédie du savoir relatif et absolu, censée être dictée par un ange apparemment soucieux de compiler une certaine masse d’informations. Bref, le livre se lit à une vitesse quasi supersonique, et ses quelques centaines de pages sont avalées en peu de temps. S’il y a une qualité qu’on ne peut enlever au livre, c’est d’être facile à lire. Il se lit presque seul. La fin du premier tome est très convenue, énervante et si peu adaptée à sa suite qu’il est très probable que Werber n’ait décidé de faire une suite que quand le livre s’est bien vendu… Attention, je ne dis pas que c’est un mauvais livre. C’est juste un livre sans vrai relief.

L'empire des Anges de Bernard Werber

L'Empire des Anges

La suite, lEmpire des Anges, reprend le personnage de Michael Pinson, ainsi que celui de Razorbak. Le narrateur, devenu ange gardien, devra veiller sur trois « clients », trois humains, afin de leur faire compléter leur cycle de réincarnation. Le livre reprend exactement les mêmes qualités et les mêmes défauts que le premier opus. C’est toujours du beurre mou extrêmement simple à lire et parfait pour un long trajet en métro, et c’est toujours aussi fade et sans incidence sur le lecteur. Simplement, ici, les incohérences, qui ne faisaient que poindre dans le premier, sont légions.

Pêle-mêle, on signalera que les Anges supérieurs sont censés prévoir à l’avance comment les réincarnés mourront, mais les anges gardiens doivent les empêcher d’avoir des accidents ; qu’un adultère fait perdre 60 points (la réincarnation étant basée sur un système de points…), mais que donner son sang à l’hôpital en fait gagner… 10 (qui a dit que les anges étaient vieux jeu ?) ; qu’un type avec -20 points a droit à une belle vie dans un pays riche dans une gentille famille, mais qu’un type avec 320 points naît en Russie, d’une mère haineuse, qui l’abandonnera à un orphelinat atroce, qui débouchera sur un centre de redressement, puis un asile, puis l’armée en tant que chair à canon… ; que les anges supérieurs sont tellement concernés qu’ils laissent des « clients » accomplir leur cycle en arrondissant leurs points (super sérieux, les gars), et j’en oublie beaucoup.

Certains principes mêmes sont difficiles à digérer : en gros, souffrir un max et avoir une vie pourrie permet d’encaisser des points, le must étant de finir immolé… Et tout ceci sans parler du très grotesque « combat » du second tome, entre les ex-anges gardiens et leurs ex-protégés remontés contre eux. Plus stéréotypé et mal foutu, tu meurs (c’est probablement le seul passage vraiment mauvais des deux tomes).

En bref, si vous devez vous taper une ligne de métro en entier, c’est du tout bon, si vous voulez un vrai bon bouquin qui absorbe et qui laisse une trace, passez votre chemin.


Frankia de Jean-Luc Marcastel

Serafina dans Critiques, Livres le 10 octobre 2009, avec 10 commentaires
Critiques

Il y a des choses immuables en ce bas monde. La charcuterie au petit dej’ pour des allemand en est une. La loi de la couverture en est décidément une autre.

Frankia est un livre superbe de Jean-Luc Marcastel, un écrivain français, cantalou. Frankia est une série composée de trois tomes, édités chez Mnénos. Il s’agit de Fantasy tintée d’histoire et, on le pensait, saupoudré de Steampunk. Enfin, en fait, on est en 1940, Frankia est occupée par les troupes du Méchant Von Drako. Ce dernier a asservi Europa et prône la haine des Elfes. Loiren est un jeune humain élevé par un Orc, dans la zone libre.  Malgré tout, ça s’écoule tranquillou pour lui jusqu’au jour ou il tombe amoureux d’une Elfe. Et on devine la suite. Ah oui, quand je disais superbe, je parlais bien entendu de la couverture.

Frankia de Jean Luc Marcastel

Le problème c’est que ce livre se révèle plus du roman historique écrit comme un roman de terroir accumulant les poncifs de la Fantasy. Donc évidement les elfes ont des noms comme Faenia Shalaria’lunia aeschélia, les orcs s’appellent Moruk Ork’a, les teutons Von Shleu, évidemment, les nains travaillent la terre, évidemment les orcs sont des guerriers. Il n’y a absolument aucune originalité dans le traitement des différents peuples. On voit donc l’elfe se languir de ses bois tout en parlant elfique et les teutons être méchants. Mais vraiment méchant hein. Genre j’étrangle des chatons au petit déj’. Ça ne rigole pas, attention ! On pourra aussi se demander pourquoi se donner la peine de changer la France en Frankia, l’Allemagne en Teutonia (non mais lol) si c’est pour garder Marseille en Marseille et Paris en Paris. Au cas où on n’aurait pas encore compris ? Ou par oubli pur et simple ? Aucune idée, mais niveau cohérence c’est zéro pointé.

Frankia de Jean Luc Marcastel

A noter cependant que Frankia est accompagné de plusieurs représentations des personnages de très bonne facture et dessinées par l'auteur lui même

Le pire c’est que ces changements de races ne changent absolument rien. Les elfes sont persécutés comme des juifs, les orcs sont clairement le peuple africain, les teutons ont gagné la guerre exactement suivant le même procédé que celui d’Hilter, bref, on se demande un peu pourquoi vouloir autant coller à l’Histoire alors qu’il y’a du matériel pour pouvoir diverger. En effet Frankia n’est pas une Uchronie. Contrairement au Maître de Haut-Château de K. Dick les eléments qui changent de la réalité n’altèrent en rien le cours de l’histoire. On se demande donc un peu pourquoi avoir changé les races, à part pour donner l’illusion d’originalité j’entends. Illusion vite éventée ceci dit, vu que les stéréotypes arrivent très très vite.

En effet, si il y a bien un sujet qui n’a pas besoin d’elfes, d’orcs et autres pour être épique, émouvant, rythmé, c’est bien la guerre. J’en viens même à me dire que la même histoire avec justes des hommes n’aurait pas eu bien plus de portée. Il n’y a généralement (et malheureusement d’un coté) pas besoin de broder beaucoup pour faire un livre sur la 2nde guerre mondiale et la France occupée. Il suffit de voir Les enfants de la liberté de Marc Levy. Dieu sait a quel point je considère le talent de Levy comme inexistant, mais il a réussi à faire un bon livre, émouvant et épique à souhait alors Marcastel aurait sans doute pu le faire. Mais non, il a fallu balancer des orcs et des elfes. Parce que c’est la mode ? Parce que de toute manière ceux qui lisent de la Fantasy sont réputés pour ne pas être trop regardant ? Je ne sais pas, mais il n’y a là aucune espèce d’inventivité.

Le 4ème de couverture dit que Tolkien est un des maîtres à penser de l’auteur, c’est pas peu dire. C’est sa source d’inspiration principale et l’auteur est absolument incapable de se détacher des pré-requis habituels de la Fantasy. Ce n’est pas parce que untel a écrit que les orcs étaient comme ci et les elfes comme cela qu’il faut le suivre aveuglément. Le talent c’est savoir se ré-approprier des concepts. Bon, il semblerait de toute manière que le talent soit étranger au vocabulaire de l’auteur. Arg, je suis méchante.

De même que la nuance. En effet, dans le genre, difficile de faire plus manichéen. Les héros ils sont bons et courageux. Évidemment ils ont quelques défauts, mais ces défauts ne servent qu’à les rendre encore plus attachant ou attendrissant car ils ne sont pas bien graves. Symptôme typique de la Mary Sue, ce principe s’applique à tous les gentils. Évidemment à coté les méchants sont méchants. On n’aura pas un teuton non nazi, ni un collabo qui attire la sympathie. Non les teutons sont méchants, c’est comme ça, et les collabos sont tous des gros salopard. Bonjour le parti pris. Ce coté très tranché, trop même, est moralement parlant, assez discutable.

En plus de cela, le style est extrêmement désagréable. Marcastel essaie d’opter pour un style qui n’est pas sans rappeler celui des conteurs d’antan. Nous avons donc quasiment exclusivement des tournures de phrases bourrées de virgule à la construction plus ou moins alambiquée. Ce genre de prose a tendance à m’agacer. Surtout quand contrairement à Lea Sihol par exemple, il n’est pas maîtrise le moins du monde. C’est toujours les mêmes squelettes de phrases, les mêmes constructions, c’est de la répétition à outrance.

Jean Luc Marcastel

Et si il n’y avait que cela comme répétition. Non, pendant le roman on nous décrit à peu près 15 fois chaque personnages avec des changements aussi importants que cheveux de jade, cheveux d’émeraude ou cheveux verts les moments où l’auteur devait être à court d’idées. Bien entendu, à force de nous bassiner avec les cheveux couleur forêt de la donzelle, on en est vite agacé. Il en use et abuse qu’il fini par s’embourber dans ses propres descriptions et finira par nous parler de ses cheveux blancs et de sa peau couleur émeraude. Ahem. Sans compter que les nombreuses descriptions n’apportent rien de plus que la toute première. L’auteur doit décidément nous prendre pour des lecteurs ayant une mémoire à court terme plus que défectueuse. Il doit aussi prendre les lecteurs de Fantasy pour des mecs en manque parce qu’il passe son temps à rappeler comment que l’elfe est bonne (en manière pseudo poétique, mais il ne trompe personne), comment que la robot c’est une grosse domina toute en acier. Comme si il cela allait sauver la pauvreté du roman.

Ça ne lui évitera pas le tag Bouse. Limite je créerais le tag grosse bouse.


Le Dieu de Lumière de Jean-Pierre Andrevon

dabYo dans Critiques, Livres le 8 octobre 2009, avec 2 commentaires
Critiques

Le Dieu de Lumière est le troisième et dernier roman de l’anthologie Très Loin de la Terre publiée récemment par les éditions Bragelonne dans la collection Perles de la SF. Il fait suite au Temps des Grandes Chasses et au Space Opera La Guerre des Gruulls. C’est ici encore un roman écrit par Jean-Pierre Andrevon en 1973 et bien entendu, il s’agit d’un Space Opera comme on les faisait si bien à l’époque. Synopsis ?

Très Loin de la Terre de Jean-Pierre Andrevon

En 2020 la Terre commence peu à peu à être étroite pour les 9 milliards d’humains qu’elle abrite. Au point tel que le manque de place est source des plus grandes tensions et que la résolution de ce problème est devenu l’un des premiers objectifs mondiaux. La solution, c’est peut être cette nouvelle technologie qui permet de partir dans un espace-temps inconnu, que nous appelons entre nous l’hyper-espace. Ainsi, nous allons suivre le commandant Bensousan et ses trois camarades, qui constituent l’équipe de la première fusée dotée d’un moteur qui permet l’hyper-propulsion. Leur but ? S’ils survivent, trouver une nouvelle planète que l’homme pourra coloniser.

On part donc déjà bien moins loin dans le futur que dans les deux autres romans de Jean-Pierre Andrevon. Ici encore, on pourrait presque dire que l’auteur a vu juste car même si nous sommes loin de la surpopulation -actuellement-, le sujet n’est pas dépassé et reste avant-gardiste. Bon, j’ai du mal à imaginer que nous partions dans l’hyper-espace dans une dizaine d’année sachant qu’il n’y a pas eu de réelle avancée depuis la Lune… Mais bon. Ceci dit, il s’agit cette fois uniquement d’un prétexte, puisque le sujet principal du roman est ce que les auteurs de Science-Fiction préfèrent le plus souvent: l’exploration, le temps. Car oui, contrairement aux deux autres romans je n’ai pas trouvé que Le Dieu de Lumière porte réellement sur un problème de société, ou bien qu’il veuille y répondre.

Le Dieu de Lumière de Jean-Pierre Andrevon

Ancienne édition

L’écriture est toujours aussi sympathique et à aucun moment l’auteur ne se perd dans des descriptions trop longues. On découvre quelques planètes -logique- dont la flore et la faune sont détaillées avec précisions et suffisamment pour que l’on se sente proche des spationautes, entrain de fouler le même sol inconnu qu’eux.

Je trouve cependant dommage que les personnages que l’on suive ne soient pas vraiment charismatiques. Enfin, charismatique, je ne sais pas, mais je n’ai pas pu m’attacher à eux et craindre avec eux pour leur futur. Le pire, c’est peut être que finalement, je ne leur vois pas de grandes différences avec ceux de la Guerre des Gruulls, comme si l’auteur n’avait pas pu leur donner une personnalité propre.

Comme je le disais, outre l’exploration de nouveaux mondes pour permettre à l’humanité de s’étendre, Le Dieu de Lumière se base aussi en grande partie sur le Temps, cette dimension si chère à nos auteurs de Science-Fiction. On est certes loin de la folie spatio-temporelle que peut utiliser Phillip K. Dick ou bien Les Seigneurs de la Guerre de Gérard Klein, mais tout de même. On va le pressentir de plus en plus au long du roman, mais cette dimension va être la clef de tout et va peut être en frustrer quelques uns, tellement elle a été usée et ré-usée. D’un autre côté, le roman datant de 1973, il serait incommode de ma part de lui reprocher un défaut qu’il n’aurait pu avoir à l’époque.

Pas aussi intéressant que les deux premiers romans de l’anthologie, Le Dieu de Lumière reste un roman sympathique à lire et qui convient très bien à la cloture de Très Loin de la Terre.


Frère Ewen est le premier tome de La Fraternité du Panca, une série de Science Fiction en cinq livres écrite par Pierre Bordage et éditée par les éditions L’Atalante. Les deux premiers tomes sont d’ores et déjà sortis et le début de l’année prochaine verra l’arrivée du troisième épisode : Frère Kalvin. Avec sa couverture qui fait penser aux œuvres de Science Fiction ultra pointues, où les auteurs philosophent sur des unités de mesure inexistantes, Frère Ewen est ce qu’on pourrait appeler l’incarnation même du dicton L’habit ne fait pas le moine. Et ça tombe bien, puisque c’est là l’histoire d’un frère. Ah ah, je suis drôle. Synopsis.

Frère Ewen, La Fraternité du Panca, de Pierre Bordage

Ewen est un habitant de la planète Boréal, il vit paisiblement depuis quelques années déjà dans une grande maison avec sa femme enceinte et sa petite fille de trois ans, dans laquelle ils s’apprêtent à passer trois mois en autarcie complète : l’hiver, dans cette région, est tellement froid qu’il est impossible de rejoindre la première ville habitable sans risque la mort. Mais voilà, alors qu’il allait rentrer se réfugier du froid mordant de la neige, une voix, celle de la Fraternité du Panca retentit et lui demande de se mettre en route pour une planète d’un système tellement éloigné qu’il lui faudra plus de 80 ans de voyage pour l’atteindre. Car Ewen n’est pas seulement un homme, c’est aussi un frère, un frère de la Fraternité du Panca, une communauté qui n’a rien de religieuse à proprement parlé, mais dont l’un des piliers est l’obéissance aveugle et systématique à la hiérarchie. Certes, Ewen pourrait tout simplement ignorer l’appel et rentrer bien au chaud enlacer son épouse. Mais ce serait sans compter la puissance de l’appel de la Fraternité, il doit et ne pourra rien faire d’autre, c’est tout simple.

C’est donc un voyage qui va durer plus de 80 ans que Pierre Bordage nous propose de faire, un voyage qui nous fera traverser tout un univers, mais dont la plus grande partie se passera dans l’espace, dans le néant. Nous allons suivre Ewen dans son aventure, ainsi qu’un autre personnage, Olméo, qui va pour des raisons complètement différentes faire un parcourt plus ou moins proche que celui de notre frère. Il va donc se retrouver mêlé, de près ou de loin, à la destiné du héros. Enfin, héros c’est vite dit, car ni Olémo, ni Ewen ne sont des héros, et c’est bien là le plus fort de l’écriture de ce livre. Nous suivons un personnage qui n’a rien d’un héros, mais qui doit se comporter comme tel, abandonner sa famille sur un simple ordre et entreprendre un voyage quasiment inhumain tout en abandonnant tous les siens derrière lui, sans pouvoir leur dire pourquoi.

Pierre Bordage

Pierre Bordage

J’ai longtemps fustigé contre les auteurs français de Science Fiction, mais je dois aujourd’hui admettre ma mégarde. Après Alain Damasio (La Horde du Contrevent) et tout récemment Frank Ferric (La Loi du Désert), Pierre Bordage gagne haut la main et de façon méritée une place dans notre liste des très bons auteurs du genre. Frère Ewen ce n’est pas un simple livre de Science Fiction, c’est un envoutement constant, une superbe aventure humain que nous vivons à fond pendant les quelques quatre cent quarante-six pages que comporte le livre. A dire vrai, j’ai tellement aimé ce livre que les mots et les qualificatifs pour le décrire me viennent un peu trop rapidement et pourtant, cela fait déjà trois semaines que j’ai terminé sa lecture.

Lors de ce récit nous allons tout d’abord découvrir un monde imaginé par Pierre Bordage des plus envoutants et détaillés. Nous allons avoir droit à un périple qui va nous permettre de découvrir une multitude de races, de coutumes, toutes très bien décrites et jamais trop pour autant. Il est assez hallucinant de voir à quel point l’auteur a pu imaginer autant de diversités crédibles, autant de religions, de faits divers, qui rendent son monde totalement envoûtant et finalement très terre à terre.

Il nous parle de dizaines et dizaines d’étoiles, de terres différentes, et à aucun moment on se demande s’il sait ce qu’il y a sur ces planètes, et s’il ne les cite pas simplement pour combler un vide ou pour rendre son monde plus grand. Non, il est clair qu’il le sait, il ne nous l’a pas encore montré, c’est tout. De nombreux points de la civilisation sont abordés, cela va de la technologie, logique puisque nous sommes dans un Space Opera, aux religions, aux coutumes, aux problèmes politiques en passant par la grande criminalité. Pour nous plonger au mieux dans cet univers si différent du notre, chaque chapitre est précédé la plupart du temps d’un extrait d’une encyclopédie qui fut écrite bien des siècles après notre récit.

Frère Ewen, La Fraternité du Panca, de Pierre Bordage C’est ainsi que ces articles encyclopédiques nous font parfois entrevoir la problématique du prochain chapitre. Souvent, ils nous aiguillent en bien, mais parfois ils nous trompent tout autant. On s’attendra ainsi à la réussite du héros face à un danger, alors qu’il y laissera des plumes, etc. La narration est organisée au tour à tour, c’est-à-dire que chaque chapitre s’articule autour d’un héros, et qu’on en change en changeant de chapitre. Pierre Bordage nous propose ainsi quasiment systématiquement des suites de cliffhanger qui ne nous donnent qu’une envie : continuer. Et encore, ce n’est pas comme si il avait eu besoin d’utiliser cet artifice pour nous y pousser. La narration est servie par une très belle plume qui ne perd jamais son lecteur dans des détails superflus. L’auteur a beau souvent insister sur des sentiments ou les impressions de nos héros, ce n’est jamais de trop, on ne frôle jamais le too much. Au contraire, on se sent tellement proches de nos personnages que l’on considère ça comme normal.

Ces derniers sont très fouillis, on peut bien les cerner et imaginer leurs réactions qui ne nous surprennent finalement que rarement. Et c’est vraiment un bon point puisque cela veut dire qu’ils sont bien construits. Outre les deux personnages que l’on suit, on va voir un assez grand nombre de personnages secondaires. Certains seront très éphémères tandis que d’autres resteront un peu plus longtemps. Dans tous les cas, ils gagnent très rapidement une profondeur tout à fait comparable aux deux personnages principaux, ce qui rend le roman d’autant plus agréable. On s’y attache forcement moins, mais ce n’est pas pour autant un défaut.

Il est vraiment dommage que la couverture du livre réalisée par Sylvain Demierre soit si austère et froide, car c’est donner une connotation bien trop Science Fiction de boulons à ce livre. Car on est vraiment loin de la Science-Fiction qu’on peut lire avec un Robots d’Asimov ou La Guerre des Gruulls d’Andrevon. On lit ici de la Science Fiction humaine, presque épique, qui par son côté proche des héros nous fera bien plus penser à la Fantasy qu’autre chose. Bref une telle claque que j’ai déjà commencé la suite de La Fraternité du Panca, Sœur Ynold, et que je vous le conseille plus que chaudement.


Soeur des Cygnes, Tome 1, de Juliet Marillier

Serafina dans Critiques, Livres le 3 octobre 2009, avec 7 commentaires
Critiques

Sœur des Cygnes vient de paraître aux éditions l’Atalante. Il s’agit de la première partie d’une réécriture d’un célèbre conte de Grimm par Juliet Marillier. Dans sa version originale, le roman date de 1999 et a pour titre Daughter of the forest. Si vous ne connaissez pas ce conte traditionnel, vous pourrez le lire gratuitement sur Internet ici. Le roman est servi par une très belle couverture de Benjamin Carré. Ce dernier a d’ailleurs réalisé les couvertures de Retour au Pays de Robin Hobb, celle du Quadrille des Assassins ou encore les superbes couvertures de Rhapsody, autant vous dire que ce n’est pas un inconnu et qu’en plus c’est superbe. J’ai pu voir certaines libraires ranger ce livre dans les livres pour enfants, et je ne suis pas du tout d’accord, notamment à cause de la présence de certaines scènes qui ne seraient pas à conseiller aux plus jeunes. Ce n’est pas parce que c’est la réécriture d’un conte que c’est pour enfants, loin de la. Donc, synopsis.

Soeur des Cygnes de Juliet Marillier

Sorcha est le septième enfant d’un septième fils. Elle vit entourée de ses six frères dans un château bien caché au cœur de la forêt. Sa mère est morte en la mettant au monde et son père un peu bougon, laisse ses enfants à eux même. Jusqu’au jour où il décide de se remarier, et qu’il s’avère que Lady Oonagh a tout de la marâtre indésirable. Quand une malédiction est lancée sur ses frères, Sorcha est la seule à pouvoir faire quelque chose: elle devra tisser six chemises, et ne pas parler ni rire pendant 6 ans.

Bien évidemment, les grandes lignes sont connues, vu que le conte est relativement populaire. Nous connaissons donc la plupart des gros rebondissements. Cela pourrait certes paraître très rébarbatif, mais il n’en est rien. Car heureusement, Juliet Marillier réussit à faire une recette originale avec des ingrédients connus. Elle arrive tout d’abord à situer l’histoire et à lui donner un background crédible. Nous sommes en Irlande, plus ou moins à l’époque de Merlin car on nous parle en effet d’invasions des Britons et des Pictes, ce qui nous permet de situer l’histoire aux alentours du Vème siècle. La datation n’est pas précisée, je ne suis pas historienne, c’est donc une approximation, mais cela vous permet de vous faire une idée. Du fait de cette situation historique, il n’est donc pas choquant de voir les gens croire au petit peuple, on pense bien sur aux légendes d’Avalon qui ont popularisé  cette période de l’histoire de la Grande-Bretagne. La magie est donc présente, mais de manière assez discrète. On croit aux fées, et elles existent d’ailleurs, on croit aux gens qui se font enlever par le petit peuple. Les malédictions et les destinées sont contées par les anciens, les histoires orales forment la culture de cette époque.

Soeur des Cygnes de Juliet Marillier Allemande

La couverture allemande n'est pas en reste !

D’ailleurs, notre héroïne, Sorcha est passionnée de conte et en connaît beaucoup. Elle en raconte plusieurs tout au long du récit, elle y croit et c’est ce qui lui permettra d’accepter sa malédiction parce que c’est toujours comme cela dans les contes. Les personnages sont développés et ont tous leur personnalité. Sorcha est particulièrement attachante. On a droit à un personnage féminin, doué de certains dons (notamment au sujet des plantes) mais on est à mille lieues d’une Mary-Sue, elle a aussi des défauts et elle ne réussit pas tout ce qu’elle entreprend. Les personnages sont nuancés et c’est un très bon point.

L’écriture de Juliet Marillier est très agréable, douce, la plume est fluide et on ne s’ennuie pas un seul instant. L’auteur installe très vite un monde à la fois doux, mystique et un peu merveilleux. On est vite emporté dans cette Irlande  magique, et pour moi qui suit fane de littérature Arthuriène, je ne pouvais mieux tomber, même si cela ne se passe pas exactement à la même époque. On retrouve la même. Les péripéties de l’héroïne vont plus loin de le conte lui même et l’enchaînement est logique mais surtout crédible. Ce n’est peut être pas mon roman de l’année, mais c’est un roman très agréable qui vous transporte pendant ses 350 pages dans un monde  féerique, bien que tout n’y est pas rose. C’est reposant. A lire pour passer un bon moment, enchanteur.

A noter que le roman a gagné le prix du meilleur roman romantique, mais j’ai un peu de mal à comprendre pourquoi parce que je ne vois pas ce qui pourrait permettre au roman d’être qualifié dans cette catégorie… La suite sort le mois prochain et la couverture est encore plus belle !


La Guerre des Gruulls est le deuxième roman de Jean-Pierre Andrevon publié dans l’anthologie Très Loin de la Terre éditée par Bragelonne il y a quelques semaines. Il fait suite au roman Le Temps des Grandes Chasses dont vous parlait Serafina il y a peu, bien qu’il ait été écrit en 1971, soit deux ans avant, sous le pseudonyme de Alphonse Brutsche. Bien entendu, anthologie ne veut pas dire série et donc il n’y a strictement aucun lien entre les deux œuvres, si ce n’est l’auteur et son talent pour le Space Opera. Synospsis.

Très Loin de la Terre de Jean-Pierre Andrevon

Cela fait désormais des siècles que l’expansion humaine sur les planètes de l’univers ne connaît aucun revers. Bien que limitée à la vitesse de la lumière, cette colonisation de tout ce qui peut l’être a été simplifiée par d’autres avancée technologique, et la première d’entre elle est l’hibernation qui permet à des humains de faire des trajets de cinquante ans sans prendre une ride. Seulement, cela a une limite : lorsque l’extrémité du monde humain se fait attaquer par une autre race intelligente, il faudra plus de cent cinquante ans avant que la Terre ne puisse le savoir. Alors quand on fait face à ennemi qui maîtrise le saut en hyper-espace et un rayon auquel les humains ne peuvent résister, il est tout à parier que la Terre soit rasée bien avant que les informations ne puissent lui parvenir.

La Guerre des Gruulls est donc un Space Opera qui nous montre une guerre entre les humains et une seconde race intelligente, voir plus intelligente même. Cette race qui n’est jamais décrite est mystérieuse et surtout inquiétante pour l’humanité et pour le lecteur lui-même. Andrevon nous présente ici une crainte qui peut être ressentie par nombre d’entre nous, celle d’un ennemi extra-terrestre qui envahirait notre monde et dont les technologies de meurtre surpassent de loin les nôtres. Et c’est exactement ce qu’il se passe ici.

La Guerre des Gruulls de Jean-Pierre Andrevon

Ancienne couverture

L’auteur joue avec une notion que je présente souvent comme la clé de suspens et de l’intérêt de la Fantasy : celle du temps, des qui pro quo, et du manque d’information. Bien que La Guerre des Gruulls ne le traite pas de cette façon, elle l’utilise tout de même pour nous inquiéter avec. Quand vous faites face à un ennemi qui se déplace bien plus vite que vous, et qui peut apparaître partout, vous ne pouvez pas faire grand-chose. Un peu comme si vous vouliez avertir un proche d’un grand danger, mais que quoi que vous fassiez, vous arriveriez forcement après le tueur.

Le livre s’axe donc en deux parties, une première très Space Opera où à de nombreux moments on peut considérer le considérer comme un gros précurseur de nombreux films d’action des années 90 et 00. Je pense notamment à un Starship Troopers dont l’ambiance, les circonstances (guerre contre une autre race) sont tout à fait comparables : on s’engage pour voyager dans l’univers, et on se retrouve à se battre pour une cause désespérée, etc. Cette première partie est vraiment excellente et on tremble avec les personnages piégés dans ces cargos de métal contre des ennemis qui ne craignent pas le moins du monde nos armes.

Vient ensuite une deuxième partie où on suit réellement les personnages qui venaient de nous êtres présentés, une escouade qui pilote un vaisseau mouche. Cette seconde partie est bien moins épique au sens propre du terme, mais tout aussi intéressante. Je n’entrerai pas dans les détails pour ne pas vous en dévoiler l’intrigue mais il s’agit cette fois d’une Science Fiction plus calme, plus exploratrice et scientifique à proprement parlé. Nous allons comme vous vous en douter ainsi découvrir, par un grand hasard, la civilisation extra-terrestre et apprendre à la connaître.

Au final, le livre nous propose une fin crédible et sans raccourcis rocambolesques comme on peut souvent en trouver chez les auteurs typés Philip K. Dick. La cerise sur le gâteau vient sans nul doute du fait que malgré ses presque 40 ans, le roman, les technologies avancées et qui y sont décrites, mais aussi les enjeux, ne sont pas devenu obsolètes. Un roman très agréable qui vient confirmer que Très Loin de la Terre est parfait pour découvrir de la vieille Science Fiction qui une fois encore, n’a pas pris une seule ride !


Le Temps des Grandes Chasses de Jean-Pierre Andrevon

Serafina dans Critiques, Livres le 30 septembre 2009, avec aucun commentaire
Critiques

Le Temps des Grandes Chasses fait partie du recueil Très loin de la Terre édité par Bragelonne très récemment, et faisant partie de la collection Tresors de la SF. Cette collection propose des recueils ou des intégrales de SF, souvent pas forcement connus du grand public mais dotés d’un intérêt pour tout fan de SF qui se respecte. C’est ainsi que ici vous pourrez avoir trois romans pour 25€ ce qui est tout à fait raisonnable pour la rééditions de livres qui sont désormais introuvables dans le commerce séparément. Et accessoirement, vous pourrez découvrir Jean-Pierre Andrevon, auteur prolifique.

Très loin de la Terre

Le roman donc nous parlerons ici a lui été publié précédemment en 1973 aux éditions Denoel. Le recueil regroupe aussi deux autres histoires de l’auteur dont nous vous parlerons peu après. Nous avons choisi de faire un article par roman, et le premier d’entre eux est un Space Opera, synospsis s’il vous plaît.

Nous suivons Roll et sa tribu. Ces derniers sont des hommes comme vous et moi, a un petit détail près puisque la civilisation semble avoir disparu, et la nature a logiquement repris ses droits. Le Clan des Hommes comme il l’appelle réparti son temps entre les travaux de la terre et la chasse, chacun ayant un rôle. Le métal est devenu un matériel des plus précieux, et ils vivent dans l’ensemble comme à la préhistoire que nous connaissons, l’écriture y était perdue d’ailleurs. Tout va bien dans cette petite vie, jusqu’à ce que débarquent les chasseurs brillants. Des êtres étranges qui volent dans des oiseaux de métal.

Vous vous doutez bien que cela ne va pas se passer tout seul et que Roll et les siens vont vivre bien des aventures.  Le livre est scindé en quatre parties qui permettent un balisage et un découpage aisé du récit.  Le monde de Roll est passionnant. Leurs coutumes sont bien décrites, l’entrée dans le Clan se fait de manière très naturelle et tente peu à peu d’essayer de comprendre ce qu’il a pu se passer pour en arriver là. Les membres de ce clan sont attachants, simples mais très sympathiques à leur manière. On voit avec plaisir ces derniers marcher sur des ruines de notre civilisation (bunker, plaque de métal.. etc). Tous ces petits clins d’œil nous permettent petit à petit de nous faire une idée des événements qui ont poussé à la fin de la civilisation.

Le Temps des Grandes Chasses de Jean Pierre Andrevon

Ancienne édition, bien moins sexy

Les chasseurs brillants, décrits au tout départ comme des bêtes, prennent du relief au fur et à mesure qu’on apprend à les connaître. Ils nous montrent eux aussi un futur possible de l’humanité, et il est dur de savoir lequel on préférerait. A ce niveau, le roman a beau avoir près de 40 ans, il n’est absolument pas daté, ni au niveau technologique, ni au niveau dénonciation. Au final l’humanité n’a pas tant changé que cela et ce sont les mêmes dangers qui nous menacent. Il s’agit en effet de SF dans la plus pure tradition de la SF, à savoir, un gros fond de critique de la société, de technologie, de dénonciation, et de quoi se mettre à réfléchir.

Bref, le côté engagé de la SF, qu’elle a toujours eu quoi qu’on en dise.  C’est sans doute moins accessible qu’un Bordage car le côté aventure humaine est moins présent, mais il s’agit tout de même pas du pire à ce niveau. Le livre n’est d’ailleurs pas si manichéen qu’il peut y paraître au premier abord. Et heureusement, car le problème est plus profond qu’un simple Nature VS Civilisation. Les chasseurs brillants vont évoluer et au final on se demandera qui a raison de qui a tort. Personne probablement de toute manière.

Le style est agréable, recherché, sans répétition: Andrevon manie très bien sa langue (et oui, c’est un français !), certaines phrases sont absolument superbes et c’est pourtant rare que je le dise. De même la construction sert régulièrement son récit et de façon ingénieuse. Longues phrases de descriptions, alors que pour les scènes d’action, ou de basculement les phrases courtes et entrecoupées seront la règle. Le livre est agréable à lire et se lit de manière relativement rapide.

Un bon début pour ce recueil en tout cas. Les romans suivant  sont La guerre des Gruulls et Le dieu de Lumière qui datent eux aussi des années 1970.


Mortel corps à corps de Charlaine Harris

Serafina dans Critiques, Livres le 27 septembre 2009, avec 6 commentaires
Critiques

Vous n’êtes pas sans savoir que j’ai lu il y a peu les deux premiers tomes de la Communauté du Sud : Quand le danger rôde et Disparition à Dallas. Ces deux romans m’avaient laissé une impression assez mitigée. C’est pour cela que j’ai donc commencé la lecture du troisième tome, histoire de savoir si ça allait pencher du bon coté ou du mauvais.  En effet J’ai Lu vient de republier les tomes 3 et 4. S’ils ont essayé de garder des couvertures dans le style de la série, ce n’est pas au même niveau que celles des deux premiers, et c’est bien dommage…  Ceci dit, au moins il y a de l’unité, et même sur la tranche, ce qui n’est pas courant, et c’est à noter. Enfin, synopsis de ce Mortel corps à corps voulez vous.

Mortel Corps à Corps de Charlaine Harris

Entre Bill et Sookie, ça ne va plus très fort, ce dernier passant tout son temps sur son PC ! Enfin, jusqu’au jour où il se fait la malle. Eric aprend à Sookie que Bill doit être retenu prisonnier, et évidemment, c’est Sookie qui va aller le délivrer. Ouais bon, ça tient sur une peau de chagrin mon résumé. Je dois aussi ajouter que évidemment, Sookie va être accompagnée par un loup-garou ultra seksy, qu’elle va fricoter du Eric tout en se lamentant sur Billou qui ne l’aime plus. Ouais, youpi c’est la fiesta !

Mortel Corps à Corps de Charlaine HarrisL’intrigue, comme pour les deux précédents tomes mérite son qualificatif de légère. Traitée en dépit du bon sens, évidemment Sookie est toujours au bon endroit au bon moment, évidemment elle tombe tout de suite sur pile la bonne personne qui peut l’aider, bref, en plus d’être prévisible, ça ne va pas chercher bien loin. La plupart des défauts qu’on pouvait reprocher aux autres tomes sont encore bien présents. En effet, niveau personnages secondaires c’est un peu le vide intersidéral.

Bill est absent les 3/4 du bouquin, et quand il revient c’est pour réagir d’une manière qui ne colle pas vraiment à ce qu’on connaissait. Eric est le seul à avoir un brin de consistance, je le soupçonne d’ailleurs d’être le personnage préféré de l’auteur, parce qu’il est toujours là, mais toujours, surtout quand il n’a rien à y faire, à part servir d’excuse à une joute verbale animée de pulsions sexuelles entre lui et Sookie. Bon j’aime aussi beaucoup Eric, mais il y a des limites, même pour une fangrill. Je ne parlerais pas des gens de Bon Temps vu qu’on y passe trois pages, le loup garou se contente d’avoir un beau fessier, et Lorena, que vous connaissez si vous avez vu la série, n’est qu’une coquille vide.

Mortel Corps à Corps de Charlaine HarrisBref, on est loin de la palette de personnages d’Anita Blake. Qui avaient tous du relief (ou presque). La relation Eric/Sookie fait méchamment penser entre celle d’Anita et de Jean-Claude, et je doute que cela soit fortuit.

Contrairement à ce que le tome 2 aurait pu laisser penser, on n’apprend pas grand chose de plus sur le monde, enfin, à part un ou deux details, réellement rien d’important. Le monde n’est pas plus exploité que cela, et ce n’est qu’une excuse pour entourer Sookie de beaux gosses qui evidemment sont tous attirés par elle. Et c’est là où ça devient réellement génant. A plusieurs reprises, j’ai eu l’impression de lire les fantasmes de l’auteur quoi. On comprend pourquoi la serie est publiée dans la collection Romans a l’eau de rose de J’ai Lu, car c’est ça en fait, c’est surtout de la Romance, mièvre, et plutôt pas du tout réaliste et évidemment beaucoup trop sexuelle. Je veux dire, ca y est maintenant que Sookie a gouté aux plaisirs de la chaire elle veut sauter sur tout ce qui bouge, hmm ouais.

Bref, de la très mauvaise Bit Lit.


Level 01: Le Dieu de la Drague est sorti le 23 septembre dernier, tout récemment donc. Il s’agit du premier tome de la série Geek & Girly, mais aussi de la première parution de la collection Strawberry, une collection Soleil. C’est ainsi qu’on se trouve avec une couverture souple et un format assez proche du manga, bien loin des stéréotypes de la BD françaises. Les pages sont glacées et colorées et tournent vers la centaine. Il s’agit d’une collection assez orienté filles, comme le montre bien le coté rose de la couverture. Enfin, ça ne m’a pas empêché de le lire, pour la simple et bonne raison que le pseudo de la dessinatrice suffisait à me donner envie. Oui parce que Nephyla (aussi connue sous le pseudo de La Petite Araignée) fait partie de ces dessinatrices que je suis depuis des années, et que j’admire depus tout aussi longtemps. C’est cependant Rutile qui est au scénario. Synopsis !

Geek & Girly de Nephyla et Rutine

Quentin est genre play-boy, dragueur, sur de lui dans ses belles fringues griffées techtonik. Jusqu’au jour où il tombe dans l’emprise du jeu. Du jeu-vidéo, et même pour être exact d’un jeu de drague virtuelle. Autour de lui, il y a Mathilde, une geek et Baptiste un snobinard genre premier de la classe. Sur fond de jeu virtuel, on suit donc les péripéties de Quentin et ses rapports avec Mathilde, qui commencent évidemment par le pur dédain, ou intérêt, genre elle peut faire ses devoirs de physique.

Geek & Girly Level 01La première chose qu’on remarque, c’est le trait. Nephyla ne fait pas partie de mes illustratrices préférées pour rien. Ses dessins sont beaux, stylés, variés. Son univers graphique est très doux et très expressif. C’est des teintes assez pastelles souvent, un line très clair, des pages entièrement colorées. Le découpage est dynamique et léger. Les plans variés, les perspectives sont diversifiées. Bref, je pourrais vous en tartiner des pages, mais en substance sachez que c’est superbe et que c’est très dynamique.

Le scénario est le point qui est le plus délicat à traiter dans cet article. D’un coté, l’idée est très sympathique, il y a de très bonnes répliques et des bons traits d’humours. Évidemment, beaucoup de blagues tournent autour de Mathilde la « geek« . On a donc droit à des « quand je te vois mon cœur bug tellement que je dois le rebooter » et autres joyeusetés. Les looks de mathilde sont aussi parfaitement géniaux entre le T-shirt BSOD et le I see dead Pixels il y a de quoi faire. La BD est d’ailleurs bourrées de références à des classiques généralement appréciés par les geeks, on pense à Cthulhu (pas le chat, hein) ou à Dune.

Mais, et là y’a un gros mais… La BD semble entretenir cette espece de mode comme quoi être geek c’est jouer à la DS et coder du HTML. Alors oui, ce ne sont que des details. Mais voir Mathilde supposément en train de coder, et voir du code genre code HTML, ou la voir emprunter à la bibliotheque un bouquin sur le CSS, non, c’est trop. Alors peut être que « tant que c’est du code, les lecteurs vont trouver que ca fait geek« , que « les acronymes sur le livre, toute manière il y en aura pas la moitié qui vont tilt« . Peut être. En attendant, cela fait criser l’informaticienne que je suis.

Geek & Girly de Nephyla et Rutine

Car non, coder du HTML n’est pas un « truc de geek« , non jouer à la DS non plus . Évidemment, la geek est très ronde et qualifiée de moche et ne fait pas attention à son apparence, bien sûr. Si il y a bien deux domaines où j’ai énormément de mal avec les stéréotypes c’est bien les geeks et les goths.  Du coup, cela me reste un peu sur le jabot si vous voyez ce que je veux dire.

C’est dommage, car à part ça, c’est drôle, c’est gai. L’humour est très présent et j’ai ris plusieurs fois. Sur ce point on peut trouver la un coté très shojo acidulé, un humour ultra-efficace. Vous noterez aussi à la fin un bonus : les pages Facebook euh… facejournal des héros, très drôles elles aussi et un test.  Nul doute aussi que vous remarquerez de nombreux clins d’oeils ou d’expressions fréquemment utilisées sur le Web, et en cela c’est plaisant. Au final, un bon tome, malgré quelques details qui me dérangent. Mais je doute que vous soyez aussi pointilleux que moi sur ce sujet. Le scénar promet un deuxieme tome tout aussi riche en rebondissements et en bonne humeur.