Livres
150515277 761 articles

Dernièrement dans la section Livres d'if is Dead:

Natsume Soseki est probablement un nom qui vous évoque peu. Pourtant, il s’agit d’un des plus grands écrivains japonais, extrêmement célèbre au pays du soleil levant (j’en avais rapidement parlé lors de mon bilan de l’année 2009) ; un peu le Victor Hugo japonais, si l’on peut tenter ce type de comparaisons. Il orne d’ailleurs les billets de 1000 yens. Né en 1867, mort en 1916 d’un ulcère qui l’a longtemps fait souffrir, il incarne parfaitement la littérature Meiji, du nom de l’époque qui court de 1868 à 1912. C’est une ère très particulière pour le Japon, qui s’ouvre à la culture occidentale après des siècles d’enfermement et qui se modernise. C’est un moment spécifique où beaucoup de japonais sont déchirés entre tradition et modernisation, où dans les rues se croisent kimonos traditionnels et costumes occidentaux… Soseki, qui voyagea à Londres de 1900 à 1903, et qui en reviendra usé par ses tendances névrotiques et paranoïaques, incarne parfaitement cette époque.

Le Pauvre Cœur des Hommes de Natsume Soseki

L’ère Meiji est par ailleurs très riche en prestigieux auteurs, tels que Mori Ogai ou Lafcadio Hearn, pour ne citer que deux des plus marquants romanciers de cette période incroyablement féconde en auteurs de romans et de haïkus. Des haïkus, Soseki en écrira d’ailleurs beaucoup, avec un certain talent. Mais c’est par ses romans qu’il se fait le plus connaître : Je suis un chat, ou Botchan, pour les plus notoires. Celui dont je vais vous parler est une œuvre légèrement moins connue de lui : Le pauvre cœur des Hommes (Kokoro en VO).

Désigné comme « roman japonais le plus représentatif de l’ère Meiji » par le Pen Club Japonais, ce roman, admirablement traduit conjointement par Horiguchi Daigaku et Georges Bonneau, est aussi très représentatif du style de Soseki: une écriture très délicate, poétique, toujours légère. L’auteur entremêle l’histoire du roman à des observations sur l’environnement du narrateur (les objets, la nature, un lieu, une odeur…), et passe d’un coup de réflexions très profondes à des considérations tout à fait superficielles ; loin de saccader l’histoire, les deux styles se mêlent pour donner un résultat surprenant, encore une fois typique de ses livres. Cette technique contribue à conférer cette atmosphère particulière au roman, à la fois prenante et étrangement reposante. C’est assez complexe à décrire ; il faut le lire pour comprendre comment l’auteur crée cette ambiance.

Natsume Soseki

Natsume Soseki

L’histoire elle-même se découpe en trois parties (Le Maître et moi, Mes parents et moi, et Le Maître et le testament) et se résume assez rapidement : un jeune étudiant, fraîchement licencié de l’université de Tokyo, rencontre par un hasard complet un vieil homme, pour qui il nourrit une admiration et un intérêt inexpliqués. Uniquement appelé « Le Maître » tout au long du roman, ce dernier se lie avec le jeune étudiant, qui apprend progressivement à connaître le Maître et sa femme, Shizu. Cependant, il apparait rapidement que le Maître cache une partie de son passé, y compris à sa femme, et le jeune homme finit par lui demander franchement de lui raconter. La seconde partie démarre lorsque l’étudiant est rappelé chez ses parents, où son père est mourant. Le titre de la troisième partie est éloquent ; le Maître transmet par écrit l’évènement de son passé qui bouleversa tant sa vie et le poussa à vivre retiré de la société des hommes.

Je vous l’accorde, raconté ainsi, ça n’a pas l’air particulièrement passionnant ; mais il ne s’agit pas du type de roman où l’action prime. Soseki écrit un roman très fort, à la fois philosophique et touchant, où il tisse son histoire avec brio et finesse ; si elle peut sembler banale à première vue, le style de l’auteur la rend rapidement plaisante à découvrir, pas parce qu’il rend une histoire presque quotidienne palpitante par des artifices littéraires, mais parce que cette quasi-contemplation des choses, ce rythme calme, ces discussions tantôt lourdes de sens, tantôt bénignes, créent un réel plaisir de lecture, une envie de continuer, pas tellement pour découvrir la suite de l’action, mais simplement pour la satisfaction de lire.

Le Pauvre Cœur des Hommes de Natsume SosekiLa partie finale et la découverte du passé du Maître est d’ailleurs particulièrement bien écrite ; Soseki plante des personnages incroyablement réels et complexes, et amène le dénouement avec une grande subtilité.

C’est donc un roman assez particulier que je vous conseille ici, mais vraiment riche, profond, comme tous les romans de Soseki ; de Botchan à Oreiller d’herbes en passant par A l’équinoxe et au-delà, toutes les œuvres de l’auteur sont de la même eau ; à la fois calmes et puissants, subtils – bref, à lire.


Un commentaire à faire ?

Alcool de Poppy Z. Brite

Serafina dans Critiques, Livres le 6 novembre 2010, avec 4 commentaires
Critiques

Alcool est un roman de Poppy Z. Brite, auteur que l’on apprécie ici et dont on ne vous a pas parlé depuis bien longtemps. Elle est surtout connue pour ses œuvres Splatterpunk, mais comme tout auteur, elle évolue, et a délaissé la littérature gore pour un roman plus accessible, qui est le premier de ce qu’on appelle les The Liquor Novels en anglais. Ce tome a été publié en 2004 en langue anglaise, puis traduit en 2008 par le Diable Vauvert. Synopsis ?

Alcool de Poppy Z. Brite

Rickey et G-Man triment depuis leur plus jeune âge dans les restaurants de la Nouvelle-Orléans. Les deux amants forment un duo complémentaire, Rickey la grande gueule créative et G-Man, plus posé et plus sérieux. Les deux hommes ont une idée en tête, ouvrir leur propre restaurant, et avec un concept de folie : un restaurant où tous les plats seraient alcoolisés. Quoi de mieux pour une ville comme la Nouvelle-Orléans où le taux d’alcoolémie bat tous les records ?

Si vous avez l’habitude de Poppy, sachez que vous ne retrouverez pas son style cru, son amour du gore, et qu’il n’y aura pas non plus de phrases trash à la « Jesus t’aimes-t-il assez pour avaler ?« . Cependant, au résumé,on peut déjà retrouver des éléments typiques de l’américaine. Des héros gays, évidemment, et puis une relation Rickey/G-Man qui n’est pas sans rappeler Steve et Ghost dans Âmes Perdues. On retrouve aussi la Nouvelle-Orléans, ville fétiche de Brite.

Mais les similitudes s’arrêtent la. L’auteur signe ici un roman dédié à la cuisine, à la restauration et à tous ceux qui triment en cuisine. Je ne connais rien au monde des fourneaux, mais c’est décrit avec une telle précision et un tel entrain, qu’on rentre dedans, et même si on ne comprend pas tous les détails on est vite immergé (par exemple, je n’ai qu’une idée très vague de la fonction d’un saucier !).  Brite étant mariée depuis plusieurs années à un cuisinier, je pense que les descriptions et termes sont on ne peut plus réalistes, mais difficile de confirmer. J’ai été totalement happée par l’univers, si bien que j’ai lu ce roman en une journée et demi, quasiment d’une traite.

Liquor from Poppy Z. Brite

Couverture originale

En quelque sorte, on pourrait dire que c’est le Hikaru no Go du roman. Un sujet qui ne me passionne pas plus que ca (entre nous la cuisine c’est pas mon trip), mais tellement bien mené, avec de tellement bons personnages qu’on entre dedans pour ne plus en ressortir.  Brite réussi à nous intéresser à la cuisine, mais aussi à nous faire partager son amour pour la Nouvelle-Orléans. Ville dont elle retranscrit aussi bien la beauté que la décadence, avec l’alcool, la drogue et j’en passe.

L’intrigue, honnêtement, n’en est pas vraiment une. On suit les deux amants monter leur restaurant, chercher le local, etc. Il n’y a pas réellement de coup de théâtre, ni de réel but. On les suit, et c’est tout. Et on s’attache à eux, bien sur. Hormis un personnage un peu caricatural, le « méchant », comme toujours Brite retranscrit des personnages en marge de la société, ni tous blancs, ni tous noirs, plein de failles, mais très attachants.

Alcool de Poppy Z. BriteCe roman m’a énormément plu. Certes, moins qu’un Âmes Perdues, mais peu de livres pourront égaler ce dernier. Poppy Z. Brite ne sait pas que faire du gore, elle est aussi une bonne écrivaine pour raconter la vie de tous les jours. Évidemment, c’est bien moins sulfureux, mais c’est aussi une bonne manière d’entrer dans son univers si vous n’êtes pas fan du sang.

A noter que la suite, La Belle Rouge est sortie l’année dernière, toujours aux éditions du Diable Vauvert, et dans une somptueuse couverture. J’ai lu cette suite pendant mon Read-a-Thon, vous en aurez donc très bientôt la critique, qui ne fait que confirmer que cette nouvelle série de Poppy Z. Brite vaut le coup d’œil.


Les Magiciens de Lev Grossman

dabYo dans Critiques, Livres le 4 novembre 2010, avec 1 commentaire
Critiques

J’ai profité du Read-a-Thon de cet automne pour enfin me lancer dans la lecture de l’une des dernières grosses publications des éditions l’Atalante: Les Magiciens. Ce roman d’une petite cinq centaines de pages est écrit par Lev Grossman, plus connu pour son Thriller et best-seller Codex que pour ses publications en Fantasy, puisque c’est ici son premier roman du genre. Vu les nombreuses critiques élogieuses que j’avais pu lire ça et là, j’avoue que j’ai commencé ma lecture avec scepticisme, de peur d’être déçu. Les citations du New York Times et du Washington Post n’ayant pas aidé à m’ôter cette sorte de malaise. Un Harry Potter pour adultes vous dites ? Ma foi, on verra bien. Synopsis.

les_magiciens_lev_grossman.jpg

Quentin est intelligent, très intelligent. Il fait partie de la crème de la crème et sa dernière année au lycée est sensée lui permettre d’entrer dans une des plus prestigieuses universités américaines. Mais voilà, être intelligent ça ne suffit pas, et d’après lui, sa vie craint carrément. Son meilleur ami lui pique forcément le beau rôle, et il est éperdument amoureux d’une fille… qui n’est autre que la copine de son meilleur ami. Pire, il passe son temps à trainer avec eux, puisque ce sont ses seuls amis. Bref, son existence ne pouvait pas être pire, si seulement il pouvait, comme les héros des Chroniques de Fillory, son roman préféré, découvrir un monde où sa vie aurait un peu plus de sens.

Cette chronique va sans doute être l’une des plus dures que j’ai écrite. Et pour cause, Les Magiciens est un roman que l’on peut clairement divisé en deux parties: la première, plutôt banale, n’est vraiment pas transcendante. Elle est commune mais reste sympathique à lire. Mais il y a une deuxième partie. Une deuxième partie qui nous fait oublier en l’espace de quelques pages tout ce que l’on venait de lire. Une deuxième partie qui m’a franchement marqué. Le problème, c’est que pour vous expliquer pourquoi, je dois presque vous raconter l’histoire. Et que je n’ai pas envie de vous la gâcher, car elle est belle. Mais parlons tout d’abord de la première partie, celle qui se passe à l’école de la magie.

On commence donc la lecture du roman, et on découvre notre héros, Quentin, trainant dans les rues américaines de façon complètement désabusée, car sa vie est une vie totalement naze. Enfin, de son point de vue. Les éléments de cette dernière, son école, ses amis, sont amenés les uns après les autres de façon assez astucieuse, et on se situe très vite dans l’histoire. Il faut dire que le style de Grossman, si je ne l’ai pas trouvé transcendant, est plutôt agréable à lire. Il va souvent droit au but, et on le verra par la suite le ton général, assez désabusé, colle extrêmement bien à notre histoire.

Les Magiciens de Lev Grossman

Encore une fois, je suis très perplexe sur la couverture américaine... et lui préfère largement la superbe de Frédéric Perrin !

Mais bien que le plongeon se fasse rapidement, on redoute de plus en plus cette citation que l’on a lu sur la quatrième de couverture, ce Harry Potter pour adultes. Car ce n’est pas vous spoiler que de vous dire que Quentin va très vite rejoindre une université de Magie. Oui, même qu’elle s’appelle Brakebills et que c’était peu ou prou son plus grand rêve. Celui qui lui donne l’impression d’avoir réussi quelque chose, et cela le rapproche un peu plus des Chroniques de Fillory. Mais voilà, la manière par laquelle cet évènement arrive est caricaturale, c’est très très gros, et cela nous fait craindre pour la suite du roman. Et en effet, aucun stéréotype n’est épargné: Brakebills se situe en plein milieu de la ville, les moldus n’en ont pas connaissance, et Quentin y tombe par hasard, au détour d’un pré. Et les stéréotypes continuent et s’enchaînent, excellent en magie, il va sauter une classe, intégrer des groupes VIP, bref, mais que se passe t’il ? L’auteur a t’il décidé d’une histoire où tout se passe super bien ?

En fait, bien qu’agréables à lire, les deux cents premières pages de ce roman seront très clichées. Quentin y fait sa scolarité, on y vit quelques anecdotes, et on craint que Les Magiciens ne soit qu’une repompe de Harry Potter, avec une surcouche de sexe et de stéréotypes. Car, contrairement aux romans de J.K. Rowling, l’obsession de la jeunesse pour le sexe n’est dans ce roman pas du tout édulcorée, bien au contraire, et cela fait tout de suite partie de l’univers, Quentin y pensant assez souvent. On aura même droit à une ou deux scènes explicites, qui surprennent presque. Mais bon, ce seul ajout ne rendrait pas un livre avec stéréotypes intéressant. Et pour cause, on ne lit pas Les Magiciens pour sa première partie, mais pour sa seconde.

Car si jusqu’alors le roman était d’un intérêt somme toute très relatif, bien que pas désagréable pour autant, la suite du bouquin est tout simplement excellente, et ne repose pas du tout sur les mêmes principes. On s’aperçoit en effet que la thématique du livre est plus profonde qu’il n’y paraît: avoir des pouvoirs magiques, c’est cool, mais dans un monde où il n’y a rien à en faire, à quoi bon ?

C’est plus ou moins cette phrase, ou tout du moins cette idée, que Lev Grossman va creuser et sur laquelle il articule son bouquin. Et bien entendu, pour laquelle le ton désabusé du livre va parfaitement coller. La première partie du roman ne nous avait pas réellement permis de nous attacher à notre héros, mais cette seconde, où il sera confronté à lui même, à son ennuie, à son imperfection, nous le rend beaucoup plus attachant. J’aimerai vous dire comment, mais c’est difficile à vous expliquer. C’est un sentiment qui grandit très rapidement, et dont on se rend compte trop tard. Et voilà, ça y est, ce que l’on commençait à redouter arrive… Et on se retrouve à souffrir avec lui, à espérer comme un fou que les choses s’arrangeront, on peste lorsqu’il fait une connerie qu’il regrettera plus tard, on prie pour qu’il ouvre les yeux, qu’il se reprenne.

Les Magiciens de Lev GrossmanFinalement, Les Magiciens est un roman de Fantastique, voire Fantasy, qui traite bien plus de la réalité qu’on pourrait le penser au premier abord. Alors bien entendu, la magie n’existe pas, mais il est évident que le sujet traité par l’auteur est celui de l’argent, de l’objectif dans la vie. Que faire quand on a aucun but dans la vie ? Que faire quand tout est facile à obtenir ? Notre bonheur d’arriver à quelque chose ne vient il pas du fait que nous avons eu du mal à l’obtenir ? Bref, la lecture est vraiment prenante, et assez difficile. Oui, difficile, lire les pages est dur. On a envie de connaître la suite, le fin mot de l’histoire… Et on voit que le nombre de pages restantes rapetissi à vue d’oeil. Peu à peu nos espoirs les plus fou s’amenuisent. On en vient même à espérer que Lev Grossman fera une pirouette à la mord moi le nœud, car il il ne peut pas nous laisser comme ça. On espère tout simplement que l’auteur va nous rendre un peu d’espoir, que la vie ce n’est pas juste ça.

Bref, à côté de ça, Les Magiciens est parfaitement ancré dans notre époque, avec de très nombreuses références, que ce soit à la littérature ou à la vie en générale. Il n’est pas rare de voir des évocations d’Harry Potter ou même de Donjon & Dragon. Les Chroniques de Fillory sont quant à elles directement inspiré de Narnia, et l’auteur se sert du tout pour nous créer une sorte de mythologie magique très bien exploitée, et surtout, crédible.

Bref, je ne pourrais pas en dire plus sur Les Magiciens sans vous en gâcher la lecture, et j’en ai peut être déjà trop dit. Pourtant, j’aimerai vous en dire encore plus, et vous donner envie de le lire. J’ai vraiment été marqué par ma lecture du titre, et je ne m’y attendais pas du tout en ouvrant le roman. Lire autre chose a été bien difficile, car Les Magiciens est un de ces romans qu’on retient pendant longtemps, qui marque. Je vous le conseille, vraiment, que vous aimiez ou non le genre. Vous pouvez en lire les premières pages par ici.


Mal-Morts de Jean-Marc Ligny

Serafina dans Critiques, Livres le 1 novembre 2010, avec 7 commentaires
Critiques

Mal-Morts est un roman jeunesse de Jean-Marc Ligny édité par l’Atalante et que j’ai lu lors de mon Read-a-Thon. Ce roman est sorti le 23 septembre dernier et se compose d’à peu près 300 pages, écrites assez gros, le tout servi par une fort jolie couverture de Xavier Collette qui m’a immédiatement charmée, et dont je vous invite à lire le blog. Synopsis ?

Mal-Morts de Jean-Marc Ligny

Depuis sa plus tendre enfance, Élodie lutte contre les morts, ou plutôt les mal-morts: suicidés, assassinés, ils restent à hanter notre Terre, et cherchent à se nourrir de notre héroïne. Elle résiste, mais à de plus en plus de difficultés. Ses parents sont à bout, la prennent pour une folle, et la font suivre par un psy. Sauf que cela ne semble pas l’aider, au contraire !

Entre incompréhension et tourments, on comprend très vite que l »histoire d’Élodie incarne parfaitement ce dur passage qu’est l’adolescence. Le fait que ses luttes soient plus importantes lorsqu’elle a ses règles l’indique tout autant. Alors évidemment, nous sommes dans une sorte de conte initiatique, qui n’ira pas sans quelques clichés, notamment au niveau des parents, bornés et qu’on aurait très envie de baffer. De même pour les amis d’Élodie, gentils, presque un peu trop.

Cependant pour un livre jeunesse, c’est du très, très, bon. Il est aisé de s’identifier à l’héroïne, on est tous passés par la, les fantômes en moins. On évite l’héroïne tête à claques et la majorité des clichés. On échappe aussi à l’aseptisation. En effet, des thèmes forts sont abordés, la mort évidemment, mais aussi l’anorexie, le viol et autres sujets graves, souvent écartés des romans jeunesse, à tort, car on est très vite en age de le comprendre. Évidemment, ces thèmes sont abordés avec  une certaines pudeur, ils donnent cependant un coté plus sérieux et plus grave au roman. Une raison de plus pour le conseiller.

Le coté psychiatrique m’a aussi fortement intéressé, j’aime tout particulièrement les histoires qui se déroulent dans ce milieu, je trouve cela fascinant.  Bon évidemment, on ne dresse pas forcément un portrait tout rose des institutions psychiatriques, mais cela ne m’a pas semblé trop caricatural.  L’histoire a réussi à me surprendre quelques fois, et pourtant ce n’étais pas gagné. En effet, encore une fois, un bon carton rouge à l’Atalante, qui révèle dans son résumé de quatrième de couverture l’aboutissement des 250 premières pages d’un roman qui en fait… 300. C’est sérieusement agaçant. Je sais, je n’ai qu’à pas lire les 4eme de couverture, mais après c’est dur de savoir que lire !

Mal-Morts de Jean-Marc LignyJe ne connaissais pas du tout Jean-Marc Ligny, auteur français qui pourtant n’en est pas à son premier roman. Son écriture sait être directe, accessible sans être plate. Il réussit aisément à nous faire entrer dans son univers et ses personnages prennent vite du relief. Bon, je ne serais pas objective. Un auteur qui cite Fields of the Nephilim sur la première page de son roman, je peux difficilement partir avec un apriori négatif.

Au final, c’est un roman qui ne m’a pas déçue, et qui est à la hauteur de sa superbe couverture. Je le conseille à toutes les tranches d’ages aimant le Fantastique. Bien que le personnage principal soit une fille, je pense ce livre susceptible de plaire aux garçons aussi. Et si vous avez une sœur ou une cousine à qui vous ne savez pas quoi offrir, alors Mal-Morts sera le cadeau idéal, accessible et sérieux, c’est de la littérature jeunesse de haut niveau. D’autant que le prix des romans jeunesse des éditions l’Atalante est très attractif, et c’est à souligner.


Wyrïmir, Dwarf Tome 1, de Shovel et Dimitri Fogolin

Serafina dans BD, Critiques, Livres le 26 octobre 2010, avec 1 commentaire
Critiques

Dwarf est une BD française dont le premier tome, Wyrïmir, vient de sortir aux éditions Delcourt, dans la collection Terres de Légendes. On retrouve Shovel au dessin ainsi que pour le scénario, et Dimitri Fogolin à la couleur. J’ai reçu cette BD dans le cadre de l’opération Masse Critique de Babelio. Elle est sortie le 1er Septembre 2010, donc c’est très récent. Comme son nom l’indique, cela parle de Nains. Synopsis ?

Wyrïmir, Dwarf Tome 1, de Shovel et Dimitri Fogolin

Oth est un nain, il est né marqué. En pratique, cela veut dire, qu’il est désigné traitre à sa race, et qu’il doit mourir. Son père doit le tuer de ses propres mains. Sauf que le brave nain en est incapable. Il part donc de son pays pour élever son fils dans la forêt. Fils qui s’avère être l’Élu, et prétendant au Trône des Nians. Accompagné d’un crapaud et de la forêt, sa quête commence.

Au niveau de l’histoire il faut bien le dire, on est dans des clichés de l’Heroic-Fantasy de base. Il y a un élu, qui va renverser le vilain roi, et va se faire aider des peuples opprimés. Les fans apprécieront, pour ma part j’aurais préféré un scénario un poil moins conventionnel. Heureusement, le fait d’utiliser les nains comme peuple principal contrebalance un peu les choses, car les œuvres qui leur sont consacrées restent rares.

Wyrïmir, Dwarf Tome 1, de Shovel et Dimitri Fogolin

La civilisation naine est intéressante et augure potentiellement de bonnes choses. De même, l’histoire part rapidement, on ne met pas trois tomes à savoir qu’il est l’enfant de la prophétie. Il n’y a pas de longueurs et le rythme reste soutenu d’un bout à l’autre de l’ouvrage. On note aussi quelques scènes de combat assez imposantes et bien réalisées.

Comme souvent en BD, il est difficile d’évoquer le possible relief des personnages, car ils restent somme toute assez peu développés, difficile de faire beaucoup de choses en 52 pages. On notera quand même la présence d’animaux « humoristiques » que j’ai apprécié et qui donnent un petit coté léger à l’histoire. Il y a aussi pas mal d’éléments à peine évoqués (notamment à propos des sylves, ou de la résistance) qui je n’en doute pas, seront creusés dans la suite. Le premier tome s’arrête évidemment sur une fin ouverte, vu qu’un deuxième est prévu. A mon avis cependant, la série sera courte, deux ou trois tomes, car l’histoire progresse vite.

Wyrïmir, Dwarf Tome 1, de Shovel et Dimitri Fogolin

Le dessin de Shovel est bon, surtout au niveau des décors et des perspectives, mais je suis plus perplexe sur les personnages. Les sylves (des elfes quoi) sont quand même très masculins et assez raides. Dommage, à mon avis, des courbes et un trait plus « féminin » auraient été intéressants. La BD se lit aisément, on comprend bien les scènes, c’est fluide et le découpage est dynamique. Un petit mot aussi au niveau de la couleur, réalisée par Dimitri Fogolin. Les couleurs sont de toute beauté, et les ambiances colorées des pages sont intenses. La couleur sert vraiment l’œuvre et rattrape certaines faiblesses du dessin. Bref, il s’agit là d’un duo réussi.

Wyrïmir, Dwarf Tome 1, de Shovel et Dimitri FogolinAu final, Dwarf c’est une bande dessinée sympathique, mais que je ne conseillerais pas forcément aux non-amateurs du genre. Le prix restant somme toute assez élevé, bien que dans la moyenne du genre, soit 13€. Le titre souffre des mêmes défauts que la plupart des BD, c’est à dire un prix somme toute élevé par rapport à d’autres médiums, comme le livre ou le manga.

Malgré ses qualités, l’histoire reste assez conventionnelle pour le moment. C’est donc une œuvre à suivre pour voir dans quel sens ca évolue…


Bakuman, Tome 2, de Tsugumi Ohba et Takeshi Obata

Serafina dans Critiques, Livres, Manga le 24 octobre 2010, avec 2 commentaires
Critiques

Après un premier tome qui m’a complètement convaincue, je dois dire que j’attendais le deuxième tome de Bakuman au tournant. En effet, le début de ce manga bénéficiait de nombreuses qualités, de la fluidité de la narration au trait sublime, je vous invite d’ailleurs à en (re)lire ma chronique avant de continuer celle ci. Alors ce deuxième tome serait-il à la haute ? Le trait de Takeshi Obata est il toujours aussi beau ? Le scénario de Tsugumi Ohba toujours aussi efficace ? Synopsis.

 Bakuman, Tome 2, de Tsugumi Ohba et Takeshi Obata

Nous retrouvons les deux jeunes japonais Mashiro et Takagi qui désirent toujours aussi fort devenir mangaka. Et pour cela, ils s’adressent à un nom que tous les fans de manga connaissent : le Shonen Jump. C’est le début d’une escalade douloureuse et acharnée vers leur rêve, sans compter qu’un jeune prodige semble leur voler la vedette !

Comme je l’avais dit pour le premier tome, ce manga traite du manga, et nous permet ainsi de découvrir ce qu’il se passe derrière les publications. Obata et Ohba connaissent bien le Shonen Jump, vu que c’est grâce à la publication de ce magasine japonais que leur premier bébé en commun, Death Note, a vu le jour. On sent que les auteurs savent de quoi ils parlent, on découvre ainsi les coulisses du principal acteur du manga japonais. Et quelque part, c’est bien entendu aussi un hommage. On apprend comment les séries perdurent ou périclitent, ainsi que l’importance du vote des lecteurs, sorte d’épée de Damoclès moderne pour mangaka.

Sur un sujet aussi pointilleux, et somme toute technique, Bakuman se classe comme un ovni parmi les Shonen. Même si on commence à retrouver les classiques des Shonen, avec par exemple le grand méchant ou encore ce qui pourrait être considéré comme le rival, on est dans un domaine très spécifique et à mille lieux des clichés. Difficile de ne pas penser à Hikaru no Go dans ces conditions, même type de sujet, et pourtant, on retrouve exactement la même exaltation à la lecture. Il y a là ce petit quelque chose, qui permet de transformer un manga sur le Go ou sur le Manga en monument.

 Bakuman, Tome 2, de Tsugumi Ohba et Takeshi Obata

J’ai trouvé les dessous du Shonen Jump absolument passionnant, et la lecture m’a happée. J’étais avec les personnages, derrière eux, à espérer que leur manga soit reçu. Peut être parce que je dessine, je ne sais pas, mais si vous avez ne serait-ce qu’un petit pied dans le milieu vous serez, je pense, absolument sous le charme. Peut être que cela en ennuiera certains.

Cependant, Bakuman a tout pour séduire les néophytes, le rythme est haletant, et les personnages attachants. Leur quête vers la victoire est intense et surtout réaliste. Évidemment, le trait de Obata y est pour beaucoup, réussissant sans aucun mal à retranscrire le coté épique de la création d’un manga ou d’une BD. Les ébauches de storyboards sont aussi passionnantes que les élaborations de stratégie d’un combat.

 Bakuman, Tome 2, de Tsugumi Ohba et Takeshi ObataOn regrettera peut être un coté trop cliché avec l’arrivée du rival. On a l’impression de croiser un espèce de L 2.0. Comme si les auteurs avaient du mal à se renouveler. C’est dommage car je suis sure qu’ils en sont capables. A moins que cela soit un clin d’œil. On le verra dans les prochains tomes, car il est trop tôt pour juger.

Bakuman tome 2 m’a totalement convaincu. Il continue dans la lignée du début tout en étant plus pointu au niveau de l’industrie du manga. Un manga de passionnés pour passionnés, qui ne manquera pas de séduire tous ceux qui s’intéressent à ce domaine. J’attends avec impatience ma lecture du tome 3, toujours chez les éditions Kana, qui est sorti il y a un peu plus d’un mois.


Plaguers de Jeanne-A Debats

illman dans Critiques, Livres le 21 octobre 2010, avec aucun commentaire
Critiques

Plaguers est le dernier roman de Jeanne-A Debats qui vient tout juste de paraître chez les éditions l’Atalante. Je suis abonné à la Science-Fiction chez if is Dead et c’est tant mieux vu que c’est mon genre de prédilection. Vous l’aurez compris c’est bien à ce genre qu’appartient ce roman au titre anglophone. Et si on parlait un peu de l’histoire ? Synopsis.

Plaguers de Jeanne-A Debats

L’humanité est parvenue à trouver une source d’énergie propre, les réacteurs Alyscamps, mais trop tard, des humains changent. Ils acquièrent des plaies, des sortes de mutation. Ces humains sont regroupés dans des réserves et c’est dans la réserve parisienne que Quentin est envoyé en compagnie d’une autre plagueuse, Illya Alyscamps.

Les plagueurs peuvent avoir différents types de pouvoirs. Les élémentaux sont liées aux éléments comme l’eau, le feu, etc… Il y a aussi les botaniques et les animaliers, je vous laisse deviner leurs affinités. L’expression des plaies, puisque c’est comme ça que sont considérés leurs pouvoirs, est fascinante dans leur description. L’auteur a su mettre en place de ce point de vue une caractéristique à ses personnages qui, bien que pouvant paraître banale maintenant avec toutes les histoires de mutants que l’on connait, parvient à surprendre le lecteur. Une sorte de hiérarchie est aussi décrite dans l’univers de la réserve, en la personne des Uns et des Unes, fruit de l’union de deux plagueurs. Plus haut encore, on trouve les multiples. Vous expliquer ce qu’ils sont seraient un poil trop complexes pour ici et vous spoilerait sans doute.

Jeanne-A Debats

Jeanne-A Debats

S’il y a bien un point que partage tout cet écosystème, c’est la haine que leur voue les externes, les humains normaux. On retombe de ce point de vue sur le bon vieux thème du rejet de ceux qui sont différents, une vraie haine rendue à chaque contact des deux parties.

J’en viens aux personnages, notre héros Quentin contrôle l’eau, un ado complètement au quart nord ouest dans sa tête qui passe quasiment plus de temps à faire des activités pour se vider la caboche qu’à penser. En résumé c’est une quasi tête à claques indécise. Illya est plus intéressante, c’est une femme dans un corps d’homme à cause d’une thérapie génique qui était censée faire disparaître sa plaie, plaie qu’elle n’accepte pas plus que ce changement de sexe. Elle est complètement perturbée, et comme on peut s’en douter dès le début, la tension entre ces deux là n’arrange rien. Brahim et Honoré, Fred et Leila sont les deux couples amis de nos nouveaux venus et à six, avec des personnalités bien trempés, ça fait forcément des remous. Leurs discussions tournent un peu trop souvent autour du sexe à mon goût, je sais bien que ça fait vendre mais j’ai eu l’impression qu’on réduisait un peu les rapports entre les personnages à seulement ça. Je suis peut être trop puritain (hahaha la bonne blague). Je passerais sur les Un et les Multiples aux noms difficiles à retenir, heureusement qu’ils sont peu nombreux.

En dehors de la réserve, le décor qui nous est dépeint est un Paris pollué puissance dix, ça sent la fin, un décor post-apocalyptique où l’apocalypse aurait été écologique, les êtres humains étant à peu près tout ce qui reste. Ça fait froid dans le dos. Le contraste est d’autant plus fort avec la Réserve, monde fermé tel un jardin d’Eden délimité par des murs, gardé par des militaires et dont l’air pollué est chassé du sol par une plaie. C’est dans ce décor qu’on suivra la quête d’identité de nos ados, sorte de Loft Story pour adolescents mutants, mais pas spécialement dans le mauvais sens du terme, simplement pour l’image.

Plaguers de Jeanne-A DebatsL’ensemble est fluide et se lit très bien, ça faisait longtemps que je n’avais pas lu un livre aussi vite. L’auteur a un style agréable à lire, on tend vers une simplicité dans la forme plutôt bienvenue. Mon seul bémol serait sur la narration de la fin que j’ai trouvé assez confuse, me faisant penser à un croisement entre l’animé Evangelion et La Musique du Sang de Greg Bear. Au passage, la couverture de Frédéric Perrin est franchement belle, il est d’ailleurs à l’œuvre pour plusieurs des belles couvertures de l’Atalante.

C’est de la Science-Fiction sympathique qui plaira surement aux adolescents. De mon coté je suis quelque peu rebuté par l’expression de la libido refoulée ou non de ces ados en parc, mais si on excepte cette partie, c’est un roman agréable à lire que je peux me permettre de vous conseiller.


Le Roi d’Ebène de Christine Cardot

dabYo dans Critiques, Livres le 19 octobre 2010, avec 1 commentaire
Critiques

Le Roi d’Ebène est un roman de Fantasy de Christine Cardot récemment sorti aux éditions Mnémos. Avec sa superbe couverture signée Vincent Dutrait, plutôt originale, difficile de ne pas cerner dès le début l’univers dans lequel on risque bien de plonger : Afrique, savane et grandes plaines quasi désertiques. Des contrées qu’il est plutôt rare de rencontrer dans ce genre littéraire, nous sommes en effet plutôt habitués aux forêts nordiques qu’à la chaleur, et quand bien même le Trône de Fer nous amène dans le désert, c’est toujours loin du folklore africain. C’est donc avec une certaine curiosité que j’ai entamé ce livre, tout en espérant bien y trouver de l’originalité. Synopsis ?

Le Roi d’Ebène de Christine Cardot

Kaïrale est au service de son roi, El Phâ, depuis son plus jeune âge, depuis qu’elle est devenue une sentinelle. Sa mission est de se servir de ses pouvoirs, la plupart du temps des prémonitions, pour aider les autorités à maintenir l’ordre au sein du pays, que ce soit dans des petits villages isolés, ou en plein milieu de la capitale. Elle pourrait être qualifiée de guerrier, mais sa vocation n’est pas de nuire aux autres, seulement de protéger. Cela, jusqu’au jour où son souverain décide de la nommer au rang de Regard Clair.

Notre livre commence avec un prologue somme toute difficile à appréhender en début de lecture, qui va bien entendu prendre tout son sens à la relecture de l’œuvre. Et commence ensuite l’histoire de cette Kaïrale que vous ne connaissez pas encore, et qui sera l’héroïne du roman. Comme d’habitude lorsqu’il s’agit d’un personnage féminin en tant que personnage principale, son caractère est bien trempé, indépendant, bref, somme toute habituelle. Mais ici, cela n’en devient pas pour autant désagréable, et on s’attache plus ou moins à la sentinelle. Le point de vue du roman est généralement centré sur Kaïrale, mais il arrive que l’on en change pour suivre l’un des autres personnages principaux, Gel Ram.

A côté de l’héroïne, nous retrouvons quelques autres personnages, Gel Ram, premier Regard Clair du roi, second des personnages principaux et peut être le plus intéressant. Puis vient d’autres, bien moins originaux, soldat, cuisinier, fille de cours, et enfin, peut être le plus énigmatique, un sourd-muet. Mais qu’à cela ne tienne, le roman ne tient que sur les épaules de Kaîrale, et elle est assez agréable pour réussir la tâche.

Le Roi d’Ebène de Christine Cardot

Si le genre principal est la Fantasy, c’est aussi un roman assez proche de l’enquête policière, voir du Thriller. Une intrigue, qui arrive au fur et à mesure à coup de prémonitions, apparaît en sorte de fil rouge tout au long de notre bouquin, et les éléments au début assez flous sont découverts au fur et à mesure. Notre héroïne est en effet au centre d’une machination aux causes et aboutissants inconnues. A côté de la mission que nous suivrons, elle va aussi enquêter sur cette énigme. Et c’est à ce propos que l’auteur arrive le mieux à nous mener en bateau, et à de nombreuses reprises, notamment grâce au second point de vue que j’évoquais précédemment. Ce dernier nous laisse constamment en doute, notamment grâce à plusieurs interprétations des sens des dialogues échangés.

Cependant, et là où le bât blesse, c’est que la lecture est parfois assez confuse, et m’a laissé un fort sentiment d’incompréhension après avoir lu l’épilogue. Bien que j’ai suivi l’intrigue avec attention, et les différentes remise en question des opinions de chacun, je n’ai pas réussi à comprendre le retournement final, comme s’il manquait un ou deux paragraphes explicatifs, ou mieux, un second roman. Le tout me semblait confus, voir en contradiction avec ce que j’avais cru deviner au début. Et surtout, je n’ai pas eu l’impression que l’épilogue réponde vraiment à la problématique de la machination, bref, c’est un point assez dommage.

Ce défaut étant cité, Le Roi d’Ebène est tout de même une petite bouffée d’originalité en Fantasy. C’est de loin son plus gros atout, et ce qui doit être la principale raison de sa lecture. Les titres avec un héros féminin sont déjà rares, mais ceux où les dragons sont remplacés par des lions et où le magicien de base est un sorcier vaudou encore plus. L’ambiance que créée Christine Cardot grâce à ces éléments est vraiment originale, et bien que le roman soit assez court, c’est suffisamment long pour nous donner un aperçu qui donne envie.Que ce soit les Mains Rouges, ou simplement le système politique du pays, il y a beaucoup de choses qui seraient intéressantes de creuser.

Le Roi d’Ebène de Christine CardotOn en serait presque frustré de ne pas en avoir découvert plus, et j’espère qu’une suite est prévue. Non seulement pour tirer au clair cette incompréhension, mais aussi pour découvrir un peu plus l’univers évoqué. Que ce soit la magie, ou simplement les pouvoirs inhabituels de Kaïrale, le tout est abordé, parfois en détails, mais trop peu souvent assez exploité à mon goût. D’autant que le sentiment de pion sur un échiquier prêt à être sacrifié par les hautes autorités environnantes est vraiment bien retranscrite.

Bref, le Roi d’Ebène est plaisant à lire, mais quelque peu frustrant. Pour un premier roman, c’est tout de même plutôt réussi et la plume de Christine Cardot fait pour moi parti de celles à suivre dans les années à venir. D’autant plus si une suite, qui viendrait corriger le tir, était prévue. A noter que vous pouvez en lire les premières pages sur le site des éditions Mnémos.


Editions du Riez: un avenir incertain

dabYo dans Actualités, Livres le 17 octobre 2010, avec aucun commentaire
Actualités
Editions du Riez

Les Editions du Riez

La vie des petites maisons d’éditions se finit bien trop souvent par une fermeture, et avec elle tout un catalogue souvent de très bonne qualité qui devient du coup inaccessible pour le lecteur. Hier, via leur page Facebook, les éditions du Riez ont fait connaître à la sphère littéraire leurs difficultés financières et leurs doutes sur la pérennité de la maison pour l’année à venir. On peut notamment lire sur leur note à ce sujet qu’ils se donnent jusqu’à la fin 2010 pour prendre une décision à ce propos. Les petites maisons d’éditions indépendantes ont malheureusement très souvent ce genre de problèmes, les volumes étant faible, un délais de paiement d’un client peut rapidement mener à la catastrophe.

Percer un minimum dans le milieu et se faire connaître n’est pas chose aisée, quand on voit le nombre important de publication des maisons déjà bien installées (maisons qui ont elles-mêmes leurs propres difficultés d’ailleurs), on se doute que les lecteurs n’iront pas d’eux même chercher à se procurer des livres qu’il est difficile de connaître, et aussi difficile de se procurer. C’est à nous de vous en donner l’envie, et c’est aussi pour cela que nous relayons leurs difficultés, car le catalogue des éditions du Riez est certes de qualité inégale, mais il contient aussi de vraies pépites.

La Loi du Désert de Franck Ferric

La Loi du Désert de Franck Ferric était le premier roman des éditions, l'un de nos coups de coeur de 2009

Nous considérons ici que les petites maisons d’édition sont indispensable à la biosphère de notre petit monde, notamment par leur travail indispensable de découverte de nouveaux talents. C’est grâce à eux que la publication d’auteurs francophone peut continuer, et qu’une irréductible portion des publications de Fantasy est encore écrite par des Français. Quand Sire Cédric sort aujoud’hui un bouquin, c’est parce que les éditions Nuits d’Avril ont cru en lui bien avant le Pré aux Clercs. Ce n’est pas parce que les auteurs ne sont pas toujours encore arrivés à maturité qu’ils n’en écrivent pas pour autant d’excellents livres. Et pour que cela puisse continuer il faut leur apporter notre soutient.

Vu que nous avons chroniqué quatre livres des éditions du Riez, nous pouvons aisément vous en recommander sans viser au hasard. Si vous êtes un amateur de Science Fiction, La Loi du Désert de Franck Ferric pourra tout à fait combler vos attentes. Ce mélange plutôt très original de roman d’ancitipcation et road-movie était l’une de nos meilleures découvertes de l’année dernière, et le roman aura tout à fait sa place dans votre bibliothèque. Je vous invite à en lire la chronique qu’avait fait Serafina il y a de ça plus d’un an, chronique plussoyée par nos confrères de chez ActuSF.

Food for Maggots de Virginia SchilliSi c’est le Fantastique qui vous intéresse le plus, alors Virginia Schilli avait réussi à convaincre illman avec son recueil de nouvelles Food for Maggots. Alors que ce n’est pas du tout son genre de prédilection, l’auteur a réussi à le, je cite, harponner dans la couenne, tant ses nouvelles teintées gothique étaient prenantes.

Mais lire sa chronique vous en donnera sans doute une meilleure vision.

Il y a bien entendu d’autres romans, comme Les Sombres Romantiques, Le Ballet des Ames, et tout leur catalogue se trouve sur leur site que nous vous invitons à regarder. De notre côté, c’est sur les deux nouveaux romans de Virginia Schilli que nous avons décider de jeter notre dévolu.

En espérant de tout cœur que les éditions du Riez arrivent à se sortir de cette mauvaise passe. Réponse dans quelques mois. Et pour commander leurs bouquins, c’est par ici que ça se passe.


Dernières nouvelles de la Terre de Pierre Bordage

illman dans Critiques, Livres le 14 octobre 2010, avec 3 commentaires
Critiques

Dernières Nouvelles de la Terre est un recueil de nouvelles de Pierre Bordage paru cette année chez les éditions l’Atalante. Je dois avouer qu’après mon avis mitigé pour Ceux qui sauront, je n’avais pas spécialement envie de me retaper un Bordage. Comme je suis quand même magnanime, j’ai de nouveau laissé à cet auteur la lourde tâche d’occuper mes soirées de lecture. L’heure est venu d’établir le bilan et comme le veut l’usage pour les recueils de nouvelles, on se passe de synopsis et on part sur les thèmes de ce recueil.

Dernières nouvelles de la Terre de Pierre Bordage

Nous avons ici affaire à des nouvelles de Science-Fiction. Le ton est pessimiste, limite flippant avec un soupçon de désespoir, un sentiment qui s’empare de nous devant tant de désolation. L’homme ne s’est jamais réellement préoccupé de son monde, on pousse le sujet dans cette direction jusqu’au bout ici. La désertion de la Terre, ceux qui restent et qui ont joué à Dieu pour survivre, l’homme qui s’enferme lui même, voilà à quoi nous somme confronté dans ce livre.

Le style est ici fluide, agréable à lire si l’on excepte l’une des nouvelles que j’ai trouvé particulièrement indigeste. L’auteur maîtrise les nouvelles et aucune ne m’a donné l’impression d’un soufflé qui se dégonfle sur la fin, ce qui est une belle performance au vu du nombre assez élevés de textes de ce recueil.

Bon je vais quand même vous parler plus en détails des nouvelles les plus marquantes présentes dans ce volume. Sur les quinze qu’on nous propose à la lecture, elles ont presque toutes attirés mon attention, je vais tout de même me contenter d’un petit Top 5 qui sera largement suffisant je pense pour attiser votre curiosité.

Je commencerait par la nouvelle qui ouvre ce livre, Sources. Elle met en scène Pierre Bordage, du moins on le déduit, dans une interview dirigé par une inconnue venue du futur qui lui est apparu. C’est donc une auto-interview romancée, ça a le mérite d’être original dans la présentation. Elle mettra du baume au cœur aux fans de Science Fiction car c’est un véritable déluges d’éloges du genre, avec l’incarnation du fantasme d’une SF qui devienne réellement grand public dans le futur.

La voix du matin est très 1984-like, mais dans un univers encore pire. La nouvelle est très courte, mais on a le temps de ressentir de l’empathie pour le personnage principal qui traverse sa matinée dans une ambiance froide où le peu de chaleur encore présent est amené à disparaitre. J’en ai presque trop dit.

Le chant de l’esgasse représente l’aventure à l’état brut. De la piraterie sur des mers de sable, c’est original. De plus c’est plaisant à lire, plein d’action, ça m’a un peu fait penser à du Conan de Science-Fiction.

Avec Mauvaise Nouvelle, on sort du cadre du genre pour rejoindre une quête de vengeance dans notre monde contemporain. La vengeance, un sentiment extrêmement fort chez l’homme faut il croire. La nouvelle est assez malsaine et certains auteurs de polar pourrait en prendre de la graine je pense. J’en ai encore des frissons face à un tel génie machiavélique.

Dans le regard des miens nous met au prise avec une interrogation bien humaine. Lorsqu’un homme a quitté la Terre, que peut il espérer attendre de son retour ? On est en plein dans le thème des humains qui ont joué à Dieu, créatures misérables qui font poindre la pitié dans les yeux du lecteur, sommes nous si fous ? Une réflexion qui m’a glacé le sang.

Enfin, Dernières nouvelles de la Terre qui donne son nom à ce recueil est un petit bijou de déprime. On suit un colon sur un monde en terraformation qui fait face aux éternels dissensions qu’on retrouve dans les colonies humaines. On ressent un retour à l’animal chez l’homme dès qu’il est confronté à un environnement hostile, le tout sur le fond de la perte de nos racines.

Dernières nouvelles de la Terre de Pierre BordageOn aura aussi droit à une rencontre avec Jules Verne, une nouvelle qui fera plaisir aux théoriciens du complot ou encore à ceux qui aime les mythes arthuriens, je m’arrête sinon je vais parler de toutes les nouvelles. Bref, ils y en a pour tout les goûts et j’ai vraiment adoré la majorité de ce que j’ai lu ici excepté une nouvelle, ce qui sur quinze est un bon score.

Niveau de l’édition, l’Atalante nous livre un ouvrage agréable à tenir en main et la couverture de Gess est plutôt belle. Le reproche que je ferais sur ce point concerne la tranche, la couleur de police, blanche, ne ressort pas trop car le fond est plutôt pâle, enfin bon, ce n’est que mon avis et c’est franchement un petit détail.

Au final, c’est un bon recueil de Science-Fiction que nous as pondu Pierre Bordage, j’aurai eu l’air bien bête de passer à coté. Un petit penchant écolo plutôt plaisant, l’humain révélé sous des dehors peu flatteurs et un véritable plaidoyer pour le genre font de ce recueil une expérience de lecture qui ne laisse pas de glace.