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Jack Barron et l’Eternité est un roman écrit par Norman Spinrad, qui vient tout juste d’être réédité par J’ai Lu pour la cinquième fois, avec une nouvelle et superbe couverture signée Diego Tripodi. Ce roman, publié pour la première fois en 1969 aux États Unis sous le nom de Bug Jack Barron, arrive alors que Nixon vient tout juste d’accéder à la présidence du pays et que l’US Army est embourbée dans la guerre du Vietnam. Je ne connaissais pas du tout l’auteur, qui est pourtant un des grands auteurs de Science-Fiction américains, et c’est donc sans apriori et sur un terrain inconnu que je me suis lancé. Synopsis.

Jack Barron et l’Éternité de Norman Spinrad

Il y a quelques années Jack Barron a troqué la faux et l’enclume de sa jeunesse pour un poste de choix à la télévision, où il anime une émission centrée autour de son personnage, Bug Jack Barron. Pendant sa diffusion, il permet à tout américain de le contacter via visiophone, et de le faire « suer » avec ses problèmes, problèmes qu’il essaiera ensuite de régler en appelant en direct les différents acteurs incriminés, que ce soit le voisin de la victime ou même le président du pays. Fort de cette « proximité », l’émission de Jack est vite devenue la plus populaire du pays et est suivie par des millions d’américains tous les mercredis, qui se délectent des paroles de l’animateur et attendent de le voir casser du « gros ». Mais ses anciens camarades ne sont pas dupes et savent bien que Jack a depuis bien longtemps oublié les petits problèmes du peuple, et baissé son froc.

Il suffit de lire le synopsis de Jack Barron et l’Eternité pour comprendre tout de suite où Norman Spinrad va nous amener. Dans un monde où les hautes sphères de la société sont corrompues jusqu’à la moelle, où la presse et les médias, supposés quatrième pouvoir, ne font qu’offrir leur service au plus offrants. Bien sûr, ils donnent dans la simili-polémique, mais le seul but est d’assoir un peu plus les décisions prises en échange de quelques liasses de dollars. Et c’est bien là où nous allons. Jack Barron est un personnage proche de ce qu’on entend ici par le « socialisme caviar ». Il a mis au placard ses anciens idéaux depuis qu’il s’est trouvé une place dans le showbiz, et s’il fait mine de se soucier du sort des américains dans ses émissions, c’est surtout pour continuer son petit bonhomme de chemin. Abandonner ses privilèges pour retourner manifester, non merci. Se mettre à dos le plus riche industriel du pays lors d’une de ses émissions ? Hors de question. Tout est question de crédibilité, baisser son froc tout en s’assurant que le public pense le contraire. Mais ce qu’il craint le plus va bien entendu arriver, à ses dépends. Que faire alors ? Baisser son froc, ok, mais à quel point ? Tenir tête ?

Les thèmes abordés par ce roman sont vraiment nombreux, même s’il se concentre avant tout sur la corruption. Chaque homme a son prix, et si vous pensez l’inverse, c’est qu’on ne vous a jamais proposé assez. C’est un peu l’idée générale du livre, pour quel montant un homme, de pouvoir ou non, est il achetable ? Quelle valeur donne-t’on à ses idéaux ? A son dégoût ? A son sens de la justice ? Vous vous en doutez, c’est une version assez fataliste de l’humanité que va nous offrir, fataliste mais aussi réaliste, quelque part.

Jack Barron et l’Éternité de Norman Spinrad

Une des anciennes couvertures du roman

Pour bien illustrer ses propos, Norman Spinrad nous offre ici un roman de pur intrigues issues de la confrontation directe entre deux personnages aux intérêts complètement opposés, mais qui sont obligés de traiter l’un avec l’autre. Le premier est donc Jack Barron, notre « héros », celui qu’on pourrait qualifier de « gentil », et on retrouve Benedict Howards de l’autre côté, industriel pourri jusqu’à la moelle qui tente de diriger le pays entier d’une main de fer, à l’aide de pots de vin bien entendu. L’un possède une audience de 100 millions d’américain, l’autre une richesse sans fin. Tout le roman va donc s’axer autour de ce combat, l’action n’est pas physique mais mental, et bien qu’il ne se passe objectivement pas « grand chose », le roman est complètement prenant, le suspens énorme. Les confrontations fréquentes entre les deux personnages sont , chacun essayant d’avoir l’autre à l’aide d’informations.

Jack Barron et l’Éternité n’est donc pas qu’une critique acerbe de la société, c’est d’abord un roman très prenant, à tel point qu’on pourrait presque le qualifier de Thriller. A peine l’avais je commencé et emmagasiné les informations indispensables qu’il était difficile de m’arrêter, je voulais savoir comment Jack allait sortir de cette confrontation. C’est un point sur lequel il faut insister car bien que ce soit de la Science Fiction très connotée Anticipation, il pourra vous ravir même si vous avez plus l’habitude de lire Jason Bourne ou Le Trône de Fer que 1984. Les enchaînements des évènements sont superbement menés.

Bien entendu, c’est d’abord en grande partie grâce à la qualité de la plume de Norman Spinrad. Très direct, son style est tout d’abord assez déroutant. Les pensées des personnages, directement intégrées dans le texte, rendent le début de la lecture assez confus. L’auteur n’est pas du genre à introduire les personnages, vous êtes là sur le tas, vous observez et c’est à vous de retenir les éléments pour comprendre les relations entre les personnages. Là dessus, c’est juste génial, on aurait presque l’impression d’être l’assistant de Jack. Un assistant omniscient certes, mais tout de même. On va aussi suivre notre « méchant », Benedict Howards, lorsque c’est intéressant pour l’histoire et le suspens. Certains de ses mouvements nous sont révélés, très bien choisis d’ailleurs, qui permette de faire monter le suspens, tandis que ceux qu’on aimerait réellement connaître nous sont cachés. Addictif.

Jack Barron et l’Éternité de Norman Spinrad

L'autre thème majeur du roman est le racisme, encore très présent à l'époque aux Etats Unis, et là aussi traité d'une manière qui aujourd'hui reste très moderne.

L’univers du roman se veut donc bien entendu réaliste et cru, que ce soit sur la politique où les activités humaines. Le sexe en faisant partie, on aura de nombreuses références voir scènes plus ou moins précises. Rien qui choque ceci. Mais bien au contraire, cela va parfaitement bien avec le côté humanité brute du roman, c’est presque indispensable. A aucun moment on a l’impression que l’auteur en abuse, il utilise juste ce qu’il faut pour bien créer son personnage de Jack, ou les autres personnages secondaires qui en découlent. Et il faut avouer que le tout est plutôt réussi.

Jack Barron et l’Éternité de Norman SpinradJack n’est d’ailleurs pas un personnage banal. C’est sans aucun doute un des personnages les plus charismatiques que l’on puisse rencontrer. Bien entendu, on l’aime parce qu’il est doué lorsqu’il s’agit de défendre son beef‘, mais aussi parce qu’il est humain, qu’il a des faiblesses, qu’il n’est pas le chevalier blanc sans défaut. Mais il n’est pas le seul à être intéressant, sa relation destructive avec Sara l’est tout autant, sinon encore plus géniale, et le personnage de Benedict Howards, le « reptile », est lui aussi réussi. Au final, il n’y a pas beaucoup plus de personnages, mais ils sont tous bien décrits, ils ont tous leur propre personnalité. Certes, il s’agit de stéréotypes, mais de stéréotypes transcendés.

Je pourrais continuer encore bien longtemps, parler aussi de la critique de la société que nous propose Norman Spinrad. Mais je pourrais tout simplement m’arrêter là. Jack Barron et l’Éternité est un livre que vous vous devez de lire. Il a beau avoir été écrit en 1969, son style n’a pas pris une seule ride, sa critique de la société n’a jamais été aussi juste. C’est un classique, et si J’ai Lu se permet de le rééditer pour la cinquième fois, ce n’est pas pour rien. Jetez vous dessus.

Jack Barron et l’Eternité pour

Le Palais Adamantin est le premier tome de la série Les Rois-Dragons écrite par Stephen Deas, qui vient tout juste d’être édité en poche par J’ai Lu. Cette série de Dark Fantasy est très jeune, le premier tome au Royaume Uni date de 2009, avec une traduction seulement 3 mois après aux éditions Pygmalion par Florence Dolisi. Pour une fois que nous ne sommes pas obligés d’attendre plusieurs années avant la parution d’un tome en France, on  ne va pas se plaindre. Pour l’instant, le tome 2 est sorti en Janvier dernier et le tome 3 ne sortira pas avant 2012 dans notre chère contrée. Passons maintenant au synopsis.

Le Palais Adamantin, Les Rois-Dragons Tome 1, de Stephen Deas

Il y de cela bien longtemps, les dragons alors maître du ciel furent asservis par les humains. Depuis, ils servent de montures et de monnaie d’échange ou de cadeaux entre les royaumes. C’est le cas de Neige, une dragonne d’un blanc immaculée, offerte par la reine Shezira en cadeau de mariage pour son futur gendre, afin de rallier son vote lors de la prochaine succession de l’Orateur, sorte d’empereur et de chef des rois dragons. Mais c’était sans compter la fuite de Neige, qui malheureusement pour tout le monde a retrouvé son libre arbitre, et une chose est sûre, elle n’est pas contente.

Je ne vous en dit pas plus car il est très difficile de rester bref. L’histoire principale est divisée en deux, et mêle complots et combats. D’un côté nous suivons les membres de plusieurs maisons nobles, où les manigances et la trahison sont monnaies courantes, et de l’autre nous suivons la vengeance de Neige. L’action est assez soutenue tout au long du livre, on ne s’ennuie pas, elle est bien dosée entre les différents chapitres.

L’univers de cette série est clairement de la Dark Fantasy. Ce volume d’introduction ne présente pas un univers où tout le monde est gentil et uni face à une menace. Non, ici la mort, la vengeance et la trahison ont leur place, et c’est ce qui rend l’ouvrage intéressant. Stephen Deas maîtrise bien ces éléments, si bien que l’on se demande sur la fin où est ce qu’il nous emmène. La magie est aussi présente, bien que pour l’instant elle n’ait qu’un rôle mineur. Peut être prendra-t’elle plus d’ampleur dans la suite. L’auteur nous la montre comme repoussante et méconnue, répugnante pour les communs des mortels. Ce n’est pas un appel aux forces de la nature ou autre qui se fait ici, mais de la magie du sang, rajoutant un élément à la noirceur du monde qu’il a créé.

Le Palais Adamantin, Les Rois-Dragons Tome 1, de Stephen Deas

Une des différentes couvertures de la version originale

Concernant les personnages, on voyage principalement avec plusieurs familles nobles, mais aussi des mercenaires. Des arbres généalogiques sont inscrits au début du roman, permettant ainsi de faire le lien entre les membres des différentes familles, ce qui n’est pas négligeable, bien que le nombre de personnes reste gérable pour que l’on puisse s’en souvenir rapidement. Malheureusement, aucun ne sort vraiment du lot. On les suit sans vraiment s’y attacher, et quand enfin on commence à ressentir de l’empathie pour ceux qui sortent un peu du lot, l’auteur semble s’amuser à ce qu’il leur arrive malheur. Mais d’un autre côté, ils ne manquent plus vraiment à l’histoire, ce qui n’est du coup pas dérangeant à moyen terme. On commence alors à se concentrer et à apprécier un peu plus les autres personnages.

Le Palais Adamantin, Les Rois-Dragons Tome 1, de Stephen DeasStephen Deas a réussi à écrire un bon livre d’introduction à une série prometteuse. Espérons qu’il continue sur sa lancée et que les complots ne laissent pas la place à de l’action pure. Bien que j’ai apprécié de lire Le Palais Adamantin, il est à remarquer qu’on ne peut s’empêcher de le comparer au Trône de Fer de Georges R.R. Martin. Les univers se ressemblent mais sont aussi différents. Peut être est ce le genre des livres, la Dark Fantasy combinée aux complots, qui veut ça, La Couronne des Sept Royaumes souffrant du même problème.

Pour conclure, je vous conseille de lire cette série prometteuse en attendant l’arrivée du prochain volume du Trône de Fer.


A l’ombre des pleurs de Cécile Guillot

Serafina dans Critiques, Livres le 15 avril 2011, avec aucun commentaire
Critiques

A l’ombre des pleurs est un recueil de nouvelles de Cécile Guillot que j’avais notamment découverte dans l’anthologie Sorcières et Sortilèges. Elle propose là son premier recueilli de 7 histoires : 6 nouvelles et une novella, le tout servi par une superbe illustration de Anna Marine. Le tout est édité par une jeune maison d’édition, les éditions Cauchemars. Comme pour tout recueil, pas de synopsis.

A l’ombre des pleurs de Cécile Guillot

Cécile Guillot propose ici 7 nouvelles, ancrées dans le monde moderne. A une exception près, les nouvelles se déroulent à notre époque dans notre monde, majoritairement en France, malgré une incursion en Jamaïque. Le style de l’auteur est très doux, mais aussi très poétique. Elle fait partie de cette génération de jeunes auteurs qui non seulement manient bien notre langue mais en plus ont une écriture fluide et se lisent aisément.

Enfin, intéressons nous plutôt aux nouvelles :

De larmes et de sang

Le roman commence directement par cette novella d’une cinquantaine de pages. On suit une jeune femme, qui a décidé de laisser tomber la pollution parisienne pour s’installer en Auvergne. Sauf que la maison qu’elle emménage ne va pas lui procurer le repos escompté, enfin, surtout son voisin. Cette novella est assez fouillée, l’histoire se développe à son rythme, et surtout se lit très bien. Les chapitres sont très courts (3-4 pages maximum) ce qui donne une certaine intensité.

Les personnages, peu nombreux, ne sont pas caricaturaux. Seul reproche: j’avoue être très perplexe sur le choix de l’avoir placé en premier. La fin de la novella est une « vrai » fin, et il est difficile d’enchainer directement sur la suite.

Roadways

La lecture continue avec cette nouvelle qui nous propose de suivre une fugueuse Lisa, qui fait la rencontre d’une jolie goth sur son chemin vers la « liberté ». Cette nouvelle, est je pense, ma préférée. J’aime particulièrement les nouvelles qui ont un twist final assez inattendu.

L’auteur nous ballade, nous intrigue, et le final est à la hauteur. Je ne vous en dis pas plus.

L’appel du loup

L’appel du loup est une nouvelle très courte, de trois pages. Elle est très onirique et très envoutante. On est probablement plus proche la d’une nouvelle à la Mélanie Fazi, le coté ennuyeux en moins.

Cœur de Crystal

Cœur de Crystal avait été publiée dans Sorcières et Sortilèges et chroniqué à cette occasion, je vous invite donc à revoir cet article… et à découvrir l’anthologie, géniale au demeurant.

La fille aux Barbelés

Cette nouvelle est l’exception dont je parlais plus haut. Nous sommes ici en plein monde « post-apo » voir Cyberpunk. Un monde parfait, où toutes les choses endommagées sont jetées. Un rebelle essaie de braver l’ordre pour récupérer la poupée abimée de sa sœur.

Malgré un sujet assez éloigné des autres nouvelles, elle s’intègre bien, notamment grâce à la douceur du style. L’univers est fascinant, et j’aimerais lire d’autres écrits sur celui-ci !

Nuits d’Obsidienne à Montego Bay

A l’ombre des pleurs de Cécile GuillotNuits d’Obsidienne à Montego Bay se déroule en Jamaïque, un couple y passe des vacances qui vont mal tourner. Cette nouvelle assez longue est totalement immergée dans la culture jamaïcaine, et la sorcellerie « traditionnelle ». Comme vous le savez c’est typiquement ce que j’adore. La sorcellerie est trop souvent délaissée au profit des vampires, et pourtant …

Liberame

Liberame clos le recueil sur une touche d’onirisme assez proche de L’appel du loup.


Chimères d’Albatre de Stéphane Soutoul

Serafina dans Critiques, Livres le 12 avril 2011, avec 2 commentaires
Critiques

Chimères d’Albatre est un recueil de nouvelles autour du vampire écrites par Stéphane Soutoul. Le livre est paru aux éditions Cauchemars en début d’année et est servi par une couverture de Cécile Guillot. Stéphane Soutoul est un auteur français que j’apprécie beaucoup, je vous avais déjà recommandé sa série aux éditions du Petit Caveau, Les Âmes Déchues. Il n’y a donc pas de synopsis vu la nature de recueil.

Chimères d’Albatre de Stéphane Soutoul

Ce recueil comporte 14 nouvelles qui traitent donc toutes du vampire, sous diverses formes et dans diverses époques. Cependant les nouvelles ont toutes comme point commun d’être très visuelles. Stéphane Soutoul a un style d’écriture qui fait que l’on visualise immédiatement les scènes. Il est très descriptif sans en faire trop. Il ne faut que peu de lignes avant de rentrer dans l’ambiance. Ambiance qui varie de notre monde moderne, à la période trouble de la seconde guerre mondiale. Point intéressant, de nombreuses nouvelles se déroulent dans des endroits bien réels : le Languedoc, Montpellier, la Lozère qui rendent plus facile l’immersion. Car on a beau lire des livres sur la Nouvelle Orléans, quand on n’y a pas été c’est pas aussi facile à imaginer que l’Auvergne. Cet ancrage dans le pays est vraiment plaisant.

Aux qualités, il faut ajouter la plume de Stéphane Soutoul. Je vous le dit à chaque fois que je chronique une de ses nouvelles, mais cet auteur a un style excellent. Un poil suranné, ce qu’il faut de torturé, avec un réel amour des mots, le lire est un vrai plaisir. C’est dans ces cas là où on se rend compte qu’une bonne maitrise de la langue est un vrai plus pour un romancier, et c’est le cas ici. On sent une vrai influence romantique, très 19ème, si vous aimez l’époque, vous aimerez les nouvelles. Et ce, malgré quelques coquilles par-ci par-la dans la deuxième partie du recueil qui rendent parfois certaines phrases difficiles à lire… Une petite sélection de mes nouvelles favorites :

Dans les bras de la mort

La particularité de cette nouvelle c’est qu’elle se déroule au beau milieu de la France occupée, commençant avec la fuite d’une femme devant une horde de SS. J’avoue que c’est avant tout ce mélange qui m’a séduite. Mais la course poursuite haletante est aussi tellement bien décrite qu’on rentre tout de suite dans le vif du sujet.

Vampire cherche victime désespérément

C’est une petite nouvelle de moins de 10 pages sur un vampire qui essaie d’utiliser les nouvelles technologies (Internet quoi) pour trouver sa proie. J’aime ce genre de nouvelles qui dépoussièrent l’image du vampire. Et en plus, c’est très drôle.

Slasher in the night

Ce dernier choix est en fait une nouvelle relativement longue avec pas loin de 50 pages. Il s’agit typiquement d’un film d’horreur, à la Blair Witch, mais écrit et avec du vampire dedans. La galerie de personnage est là, les traits sont croqués avec beaucoup de réalisme, l’histoire se déroule de manière fluide. Et du coup le style aussi se modernise. Un peu de thriller dans ce monde romantique en fait.

Chimères d’Albatre de Stéphane SoutoulBien que le mythe du vampire soit un mythe qui a été énormément exploité, l’auteur nous propose là d’excellentes surprises, avec des mélanges assez étonnants. Il n’y a pas a dire, le vampire reste un thème extrêmement vaste, et ces 14 nouvelles nous le prouvent.

Évidemment, je serais tentée de toutes les citer, mais les trois ci-dessus montrent la diversité et la richesse du recueil.

Vous l’aurez compris, Chimères d’Albatre a été une lecture très agréable, et je vous recommande chaudement cet ouvrage de Stéphane Soutoul.


Nekotopia de Asuka Fujimori

Kao dans Critiques, Livres le 11 avril 2011, avec 4 commentaires
Critiques

Nekotopia est un roman de la japonaise Asuka Fujimori publié en 2003 en France. Il a la particularité d’avoir été écrit par l’auteur directement en français, chose assez rare, et c’était aussi mon tout premier achat avec mon premier salaire, mais là n’est pas le sujet. De premier abord, le roman pourrait laisser penser qu’il s’adresse uniquement aux enfants, et pourtant, on est bien loin du compte. Synopsis.

Nekotopia de Asuka Fujimori

Asuka est une fillette de moins de dix ans, qui aime porter des robes, des nœuds dans ses cheveux, et écraser le nez des garçons avec des pierres pour leur montrer son affection. Après tout, ils lui tirent bien les couettes… Elle aime aussi beaucoup trucider des chats, de plein de façons possibles, en les noyant, brûlant, passant au micro-ondes, empalant et j’en passe. Terrorisés que la petite se lasse des chats et passe aux humains, ses parents décident de lui faire faire une psychanalyse.

Nekotopia. Ce livre est arrivé entre mes mains quand j’avais 13 ans, et à cette époque je n’avais pas forcément le recul pour l’appréhender complètement. Des relectures par la suite m’ont permis de mieux comprendre, et apprécier cet ouvrage à sa juste valeur, et non pas seulement pour satisfaire mon esprit tordu. L’histoire va tourner autour de trois personnages que l’on pourrait qualifier de principaux: Asuka bien sûr, mais aussi un second appelé le Maitre, personnage proche de la mort et montant un complot à sa propre encontre, et enfin, leur psychanaliste.

Asuka Fujimori

Asuka Fujimori

Les parties de chacun sont facilement identifiables, puisque la police d’écriture ainsi que le style ne sont pas les mêmes. Cela se traduit par des tics de langage, ou des tournures de phrases qui vont dépendre du personnage. On suit dont chacun tour à tour, le tout étant narré à la troisième personne.

Au premier abord, la jeune Asuka peut donner l’impression d’être un monstre. Mais ses actes, elle ne les fait pas par cruauté, simplement par expérimentation, curiosité qu’on pourrait qualifier de malsaine, juste pour “voir ce que ça fait”. Cela entraîne forcement certains passages qui pourront faire tourner de l’œil, mais dans l’ensemble, ça nous fait surtout rire.

En dehors d’Asuka, on apprend finalement assez peu de choses sur les personnages principaux, et ne parlons même pas des secondaires. Ce n’est bien entendu par un hasard, puisque seule la petite fille importe réellement. Et les chats, éventuellement, utilisés pour faire quelques clins d’oeil à de grands noms de l’histoire, tels Marc Dutroux, Oussama Ben Laden ou encore Néron… Le reste n’a jamais de nom, que ce soit la Cité, le Maître, ou ses nombreux conseillers, qui sont réduits a leur simple fonction: le pingouin du protocole, l’avocat, la prostituée et j’en passe.

Nekotopia de Asuka FujimoriOn pourrait penser que tout ceci est dans le but de nous faire passer un message. Mais ce qui m’embête, c’est que je n’ai jamais réussi à comprendre si c’était vraiment le cas. Y a t’il réellement une morale quelconque à en retirer, ou autre chose de ce type ? Du moins, autre que le fait que la vie, ben c’est souvent un peu n’importe quoi.

A la fois cruel et absurde, Nekotopia est un conte qu’on pourrait presque remettre entre toutes les mains (j’ai dit presque). Rempli d’instants choisis de folie, de quelques réflexions, parfois sérieuses, d’autres fois plutôt foireuses, ce texte est un vrai petit bijou d’humour. Un bijou d’humour avec quelques scènes assez trash, certes, mais rien d’insurmontable. Assurez vous juste de ne pas avoir trop mangé avant de vous jeter dessus.


Read-A-Thon d’Avril 2011, le bilan

Serafina dans Actualités, Livres le 9 avril 2011, avec 5 commentaires
Actualités

Nous l’avions fait en Novembre dernier, nous avons réitéré. De quoi est ce que je parle ? Du Read-A-Thon, une initiative tenant à lire d’affilée pendant 12 à 24h. Nous avions initialement prévu de participer au 24h, mais les microbes ont eu raison de nous et c’est comme la fois précédente, un Read-A-Thon de 12h de 10h à 22h que nous avons participé. Etait-ce aisé ? Qu’avons nous lu ?

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Aisé, oui , et non. Comme je l’ai dit, nous étions un peu malades, donc, de toute manière , lire est ce que nous aurions fait de toute manière. Cependant, comme dabYo qui n’a pas pour habitude  de lire rapidement à été encore plus « lent ». Comme la dernière fois, c’est deux livres qui sont passés entre ses mains.

Il a tout d’abord terminé Jack Barron et l’éternité de Norman Spinrad, dont il lui restait 350 pages. Une critique de société qui bien que publiée dans les années 70 n’a pas pris une ride, plongée dans le monde sans pitié des médias en pespective. Le roman semble lui avoir beaucoup plu, je pense donc que vous en entendrez parler très prochainement. Il a ensuite lu Le Volcryn de George R. R. Martin, un petit livre de 150 pages, qui lui aussi fut une très bonne lecture. En même temps, vu l’auteur cela ne m’étonne pas. Et pourtant ce n’est pas forcément ce à quoi il s’attendait, car nous sommes là en présence d’un croisement entre du Asimov et du King !

Enfin, pour la dernière heure, il a lu 2 nouvelles soit 40 pages de l‘anthologie Fiction tome  12 des Moutons Electriques. Dans l’ensemble , c’est 540 pages qui ont été lues, mais surtout ce ne furent que des bonnes lectures. il faut croire que pour dabYo les Read-A-Thon ce n’est que du bon !

Pour ma part, cela fut presque une orgie, car j’ai lu 1015 pages, réunies en 3 livres et demi, puis une nouvelle. Le premier livre fut Malediction du Sang de Celia Rees, un roman jeunesse mais très bien écrit et surtout qui traite du vampire de manière respectueuse. Une bonne surprise. J’ai ensuite enchainé avec une valeur sure : la novella Alpha et Omega : Les Origines de Patricia Briggs, dont j’avais adoré les Mercy Thompson, et je ne fut pas déçue. J’ai même regretté de ne pas avoir acheté la suite.

Ensuite, le plus gros des livres, et prévu de longue date ne fut autre que De Fièvre et de Sang de Sire Cédric, un thriller bourré de reférences au monde de la nuit qui, sans surprise, fut une excellente lecture, et mon vrai coup de coeur de cette session.

Enfin, ayant été séduite par Alpha et Omega j’ai décidé de rattraper mon retard dans sa série phare Mercy Thompson, avec le tome 4. Le problème c’est que l’histoire ne commence que vers la page 150 et que je n’ai eu le temps d’en lire que 178, du coup, ce fut assez long et ennuyeux, voir déprimant. Enfin dabYo m’a fait lire une des nouvelles de Fiction tome 12, mais je l’ai detestée, l’ayant trouvée trop cruelle et méchante.

Au final, ce fut encore une très bonne édition du RAT. Lire des romans d’une traite est toujours une expérience intéressante, surtout quand il s’agit de romans comme ceux de Sire Cedric, de vrais thrillers haletants qui prennent toute leur dimension en les lisant d’un traite.

Et vous, avez vous participé ?


L’Épreuve de l’Ange de Anne Rice

Serafina dans Critiques, Livres le 6 avril 2011, avec 2 commentaires
Critiques

L’Épreuve de l’Ange est le second tome de la série des anges d’Anne Rice. Série qui ne comporte que 2 tomes à l’heure actuelle. Ce deuxième tome est sorti en 2010 aux États-Unis et vient d’être traduit par Pascal Loubet pour les éditions Michel Lafon. J’avais lu le premier tome l’année dernière plus ou moins à la même époque, que j’avais assez apprécié, je n’ai donc pas tardé à entamer le deuxième. Synopsis ?

L'épreuve de l'Ange de Anne Rice

Toby O’Dare est un ancien tueur à gage. Repenti, il travaille désormais avec Malchiah, un séraphin, et tâche d’exaucer les prières des âmes tourmentées dans ce qu’ils appellent « L’Heure de l’Ange », une Heure qui permet de voyager entre les époques, et qui l’amènera notamment à Rome en pleine renaissance.

Tout comme pour le premier tome, il faut saluer le travail des éditions Michel Lafon, qui proposent encore une fois un très beau livre, très agréable à lire, avec des petites ailes d’anges en début de chapitre, bref, un beau travail d’édition. C’est un livre qu’on prend plaisir à lire, enfin, presque. Le style et la narration restent les mêmes que dans L’heure de l’Ange : Première personne, pas mal de descriptions, un style toujours très bon.

A la lecture du synopsis, il paraît évident que la religion occupe une place centrale. C’était déjà le cas dans le premier tome, sauf que ce dernier était assez soft et n’apparaissait pas comme une propagande éhontée pour la religion. Le problème c’est que L’Épreuve de l’Ange est beaucoup plus proche de la propagande. Dieu et la religion chrétienne y sont beaucoup trop présents à mon gout. Je ne suis pas spécialement anti-religion et avoir des héros croyants ne me gêne pas, sauf quand leur foi devient le point central du livre. Car ici, c’est le cas. Dans le premier tome, la mission de Toby dans l’Heure de l’Ange occupait une part importante du roman et était plus construite comme une aventure. Là, non.

Of Love And Evil from Anne Rice

La couverture de la V.O. est beaucoup plus conotée religion

D’un bout à l’autre on suit la rédemption de Toby, sa foi, il nous rabâche l’omniprésence de Dieu, sa bonté, son amour. Et quand évidemment le roman se transforme en propagande contre les relations sexuelles hors mariages (qui viendraient « souiller » la fille qu’il aime) et en apologie de l’Église en tant qu’organisation, j’avoue que j’ai eu énormément de mal à continuer.

L’Épreuve de l’Ange n’est que cela, acclamation de Dieu, enfilage de bons préceptes conformes à la foi catholique. Alors oui il y a une petite aventure, de 60 pages sur 200, qui se passe dans la Rome de la renaissance et qui s’intéresse aux injustices faites aux juifs. Mais elle aussi tourne pas mal autour de la religion, et les mystères sont assez évidents et résolus en deux ou trois pages, ne restant plus qu’une excuse pour que Toby nous exprime son amour de Dieu. Il faut cependant dire que Anne Rice s’est pas mal renseignée sur l’époque et nous présente l’état des juifs dans la Rome de la renaissance, état que je ne connaissais pas réellement, et qui est donc assez intéressant.

Le livre est effectivement très court : 200 pages, écrit gros, il se lit très vite, mais ce peu de page est suffisant pour m’avoir agacé à de nombreuses reprises par son prosélytisme. A coté de cela, on retrouve Toby, qui est toujours fasciné par la beauté, comme a pu l’être un Lestat, mais Toby est très passif. Il est baladé d’un endroit à l’autre, au bon vouloir des anges, sans vraiment se remettre en question. Les personnages secondaires sont réduits à de simples noms, car il n’y a pas réellement assez de pages pour les développer.

L'épreuve de l'Ange de Anne RiceEn deux cents pages, notre histoire n’avance quasiment pas par rapport au premier tome qui laissait espérer d’en apprendre plus sur les anges et leurs interactions. Le livre nous laisse sur notre faim, et tous les espoirs que j’avais eu en lisant le premier tome ont été anéantis.

Au final, L’Épreuve de l’Ange me laisse une très mauvaise impression, et si sa suite parait un jour je ne pense pas que je le lirais. Enfin, il faut dire que la suite est fort compromise, vu que Anne Rice a déclaré partir de l’église catholique en 2010… Je la vois donc difficilement écrire une suite qui parle autant en bien de l’Église… Mais en tout cas, je ne vous recommande absolument pas ce livre. L’histoire est laissée bien trop de côté.


Mercy Thompson, c’est une série de Bit-Lit écrite par Patricia Briggs et que nous avons beaucoup appréciée ici, vous pouvez notamment retrouver les chroniques du premier et deuxième tome par dabYo. J’avais lu les premiers en VO avant que Milady ne les édite en France. Et fort du succès de la saga, Milady Graphics nous propose le comic tiré de la série. Il s’agit d’une histoire inédite se déroulant avant même le début de la saga des bouquins. Ce comic est paru en 2009 en VO et vient d’être édité chez nous, avec une traduction de Philippe Touboul il se compose de 126 pages couleurs. Synopsis ?

Retour aux Sources (Homecoming), Mercy Thompson, de Daniel Lawrence, Francis Tsai et Amelia Woo

Mercy vient d’arriver dans les Tri-cities à la recherche d’un travail d’enseignante. Malheureusement elle ne décroche pas le poste convoité, et se retrouve attaquée par des loups garous, qui endommagent gravement sa voiture, une Wolswagen. Elle se rend donc dans un garage spécialisé, tenu pour le moment par Tad, gamin de 9 ans, dont le père semble avoir quelques problèmes.

Évidemment, l’identité du garage est bien connue pour ceux qui ont lu la série. Je ne suis d’ailleurs pas certaine que le comic soit forcément intéressant pour ceux qui n’en connaissent pas l’univers. En effet, de nombreuses notions (celle de meute, de mâle alpha, etc) sont balancées sans trop d’explications.  C’est une petite histoire qui répond à pas mal d’interrogations des fans, comment Mercy a rencontré Zee, Adam et les autres, etc.

Le comic se découpe en 4 chapitres et malheureusement, le dessinateur change en plein milieu: Tsai laissant place à Woo. Je déteste vraiment les changements d’illustrateurs en plein milieu, ce qui est malheureusement fréquent dans les comics. Le trait de Tsai est de toute beauté, très net, aux perspectives superbes, avec de beaux effets de texture, son dessin est assez irréprochable. Alors certes, ses personnages féminins sont bien en chair, classique du comic, mais il y a une aisance et une fluidité.

Retour aux Sources (Homecoming), Mercy Thompson, de Daniel Lawrence, Francis Tsai et Amelia Woo

Aisance et fluidité qui, malheureusement, ne sont pas réellement présents dans les chapitres de Woo. Bien qu’elle ait taché de conserver l’ambiance et le style du début, il y a une énorme marche de différence entre les deux, ses perspectives sont d’une manière générale foirées, les mains ne sont pas son fort, et sa colorisation est extrêmement brouillonne. Dommage du coup, car le comic devient du coup fort inégal.

Retour aux Sources (Homecoming), Mercy Thompson, de Daniel Lawrence, Francis Tsai et Amelia WooAu niveau de la narration, on note quelques ellipses pas évidentes, notamment celle du début de chapitre deux, et une narration assez brouillonne dans les deux derniers chapitres. Un chaos sans doute dû à la coloration chaotique de Woo, ainsi qu’à une ou deux « blagues » que je n’ai pas comprises, faute de culture ou de traduction, que sais-je. Ceci dit, dans l’ensemble cela se lit bien. Évidemment, faire face à une adaptation d’un roman qu’on a lu n’est pas chose aisée, mais ici , le design de Mercy par exemple, reprend directement  celui des couvertures des romans. Dans l’ensemble tout est assez bien respecté, sans doute grâce à l’implication de Patricia Briggs dans ce comic.

Au final, Retour Aux Sources est un prélude qui m’a surtout donné envie de continuer la saga des Mercy Thompson, car j’en ai deux en retard. D’une manière générale, le dessin de Tsai et Woo est bon, l’histoire de Daniel Lawrence aussi, et je pense que si vous aimez bien la saga vous pouvez acheter ce comic sans crainte.


No Hero de Warren Ellis et Juan Jose Ryp

illman dans Comic, Critiques, Livres le 25 mars 2011, avec aucun commentaire
Critiques

No Hero est un graphic novel avec Warren Ellis au scénario et Juan Jose Ryp au dessin. Le tout sorti en 2010 chez Milady Graphics en France avec une traduction d’Eric Betsch, et Avatar Press pour la version originale. Je vous avais déjà parlé d’un comic issu du travail de Ellis, Transmetropolitan, que j’avais adoré. Est ce que c’est un essai transformé pour trouver sa place dans nos bibliothèques ? Direction le synopsis.

No Hero de Warren Ellis et Juan Jose Ryp

Les années 60 ont vu naitre un groupe de super héros, les Levellers qui deviendront par la suite la Front line. Leurs pouvoirs proviennent de drogues crées par Carrick Masterson. Mais les membres de la Front Line sont éliminés un à un, et c’est pourquoi il leur faut du sang neuf. Joshua rêve de devenir un héros et s’entraine tout les jours en pourchassant les vilains dans sa ville pour se faire remarquer. Cela va le mener dans la Front Line et le monde de la drogue FX7.

« Jusqu’où pourriez vous aller pour devenir un super-héros ? ». Le sous titre sur la couverture met déjà dans l’ambiance. Car oui, c’est bien la drogue qui leur donne leurs pouvoirs, mais cela a forcément une contre partie, qui peut être terrible. L’utilisation de drogue au grand jour, des gouvernements qui laissent faire, c’est le portrait qui va être dressé ici. Détruire et corrompre la vie d’idéalistes qui se prennent pour des héros, avant de sombrer dans la corruption à cause de cette drogue et de tout ce qu’elle implique.

Ellis sait ménager ses effets, ses scénarios sont toujours surprenants, avec des retournements de situation intelligents et inattendus. No Hero ne fait pas exception à cette règle pour nous réserver bien des surprises, que je me garderais bien de vous spoiler. Le scénariste prend toujours un malin plaisir à dénoncer tout ce qui ne va pas et ça ne se limite pas à la drogue. La corruption, les riches qui dirigent le monde, les coups montés sur-médiatisés orchestrés par des gouvernements, ces références sont plus subtils mais bien présentes, il suffit de substituer Front Line par CIA (ou un autre) pour avoir un sentiment de déjà vu sur certains points.

No Hero de Warren Ellis et Juan Jose Ryp

Niveau dessin, le sieur Ryp gère son art. Énormément de détails parsèment ses cases, et le design de ses personnages est carrément classe, mention spéciale aux Levellers des années 70. De superbes arts en doubles pages se retrouvent tout au long ce volume, mettant en scène les délire de Joshua pour la plupart, c’est donc dans un style plutôt torturé. De plus des crayonnés des persos sont aussi présents à l’arrière des couvertures de chapitres, qui sont elles aussi pas mal.

Après je pourrais comprendre que le style de l’auteur laisse un peu indifférent, je n’ai pas trouvé ça spécialement original non plus. Un détail qui me dérange dans ces dessins, très présent au début de volume, c’est le rendu des impacts. Imaginez vous couper une pomme en deux, tchac, et hop, un nuage jaune comme de la purée mousseline s’élève. C’est carrément moche et je trouve que ça gâche le dessin, dommage.

No Hero de Warren Ellis et Juan Jose RypUn autre reproche que je ferais concerne la violence. J’ai rien contre ça dans les comics mais le niveau de gore atteint un niveau un peu too much. L’hémoglobine gicle par hectolitres et certains passages sont carrément dérangeants, avec notamment un arrachage de colonne vertébrale accompagné de la réplique « C’est comme réussir à tirer la nappe sous les couverts« . Le tout suivi de l’attache de ladite colonne autour du bassin du bourrin pour s’en faire un « pénis vertébral ». Ahem, âme sensible s’abstenir.

Niveau édition, ça vaut son prix de 14,90€ et la couverture souple tient bon malgré les outrages qu’elle a subi avant de terminer sa course dans ma bibliothèque. Et puis sans vouloir tirer sur les ambulances avec Milady Graphics, j’ai quand même moins l’impression de me faire avoir sur la came qu’avec Panini Comics. Enfin bon j’ai un passé disons rugueux avec eux, bref…

Au final, No Hero de Warren Ellis et Juan Jose Ryp, c’est du tout bon, je ne le conseillerais pas en première lecture mais pour les autres c’est bon, vous pouvez y aller. Du bon super héros bien torturé, une histoire béton, un bon dessin, que demande le peuple.


Sans nouvelles de Gurb de Eduardo Mendoza

aka oni dans Critiques, Livres le 20 mars 2011, avec 1 commentaire
Critiques

Assez peu connu en France, Eduardo Mendoza est un auteur plutôt populaire en Espagne. Né en 1943, cet auteur catalan a été traducteur et avocat avant de se mettre à l’écriture et il rencontre alors un succès critique indéniable. Mendoza est considéré comme un des auteurs les plus représentatifs du mouvement littéraire post-franquisme, dans un style qui retourne à une forme plus classique du roman. Dans ses œuvres les plus connues, on citera Le mystère de la crypte enchantée ou encore La ville des Prodiges. C’est un autre de ses romans que j’ai récemment lu : Sans nouvelles de Gurb.

Sans nouvelles de Gurb de Eduardo Mendoza

Pourtant, on n’est pas, avec ce roman, dans une structure très classique de la narration, puisqu’il est écrit comme un journal de bord, jour par jour et heure par heure. Mais d’abord, mieux vaut résumer le scénario. Ce dernier est plutôt simple : deux extra-terrestres, le narrateur, dont on ne connaîtra jamais le nom, et Gurb, atterrissent sur Terre, non loin de Barcelone (apparemment toujours très présente dans les différentes histoires de l’auteur). Ils sont sur Terre pour remplir une mission dont la nature nous est inconnue et est de toute façon très secondaire. Dans l’intention de prendre contact avec les humains –  une partie de la fameuse mission –, Gurb, qui, comme le narrateur, est une « intelligence pure », prend la forme d’un être humain, selon les recommandations de l’ordinateur de bord. C’est donc tout naturellement sous les traits de Madonna que Gurb va aller explorer Barcelone. Et ce dernier ne va rapidement plus donner aucune nouvelle, obligeant le narrateur à aller lui-même explorer la ville.

C’est certes un scénario plutôt simpliste, mais il permet évidemment de donner lieu à des situations comiques à répétition, à mesure que Gurb découvre les mœurs humaines… Il est apparemment décrit comme un roman à la fois burlesque, mais surtout comme une « satyre de la société moderne ». Pour être tout à fait honnête, d’accord pour le burlesque, mais en termes de critique de la société, on repassera. L’auteur lance des piques contre elle, mais de manière franchement peu subtile, presque naïve, bref, c’est trop gros pour prendre, avec des passages du genre : «  Je décide que l’argent ne fait pas le bonheur, je désintègre tout ce que j’ai acheté et je continue ma promenade les mains dans les poches et le cœur léger ».

Heureusement, ces petites phrases un peu ridicules n’abondent pas. Là où le roman révèle toute sa saveur, c’est dans l’humour absurde, dans le burlesque. Eduardo Mendoza sait s’y prendre pour placer Gurb dans des situations totalement improbables, à la mesure des différentes apparences humaines qu’il emprunte. D’ailleurs, au fur et à mesure que le livre avance, l’humour évolue ; d’abord gentiment moqueur, il bascule, dans la seconde moitié, dans un humour totalement absurde. Sur la fin du roman, on tombe même dans l’incohérence totale, mais l’auteur sait où il va, et malgré une utilisation peut-être un peu trop poussée du comique de répétition (quoique toujours savoureux), la quasi-totalité du roman est franchement marrante. Bon, il y a bien un petit creux assez peu inspiré vers le milieu du livre, mais pas de quoi se l’interdire.

Sans nouvelles de Gurb de Eduardo MendozaAu niveau du style d’écriture lui-même, Sans nouvelles de Gurb est donc présenté comme un journal de bord ; les phrases sont souvent courtes, assez incisives, la lecture est rapide et l’auteur ne se perd pas dans des descriptions à la Zola. Le narrateur est concis. Malgré tout, certains passages ne sont pas vraiment nécessaires et sonnent creux ; certaines réactions du narrateur ne collent pas vraiment avec sa personnalité extra-terrestre, on se demande un peu pourquoi il réagit ainsi, avant que le roman ne retrouve sa ligne directrice, quelques lignes plus bas. C’est assez dommage, ça nuit un peu au plaisir de lecture.

Sans nouvelles de Gurb est un roman est assez court (125 pages), et se lit très vite ; bref, une manière plutôt agréable d’occuper deux ou trois heures. Ce n’est certainement pas un chef-d’œuvre, mais étant donné qu’il se lit vite et qu’il est plutôt bref, il serait franchement dommage de s’en passer. Certaines parties sont quand même excellentes, complètement délirantes, et rien que pour ça, ça vaut le coup de le lire.