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Dernièrement dans la section Livres d'if is Dead:

L’étrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman

Serafina dans Critiques, Livres le 17 décembre 2010, avec 9 commentaires
Critiques

Dans ma très haute pile à lire se trouvait L’étrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman que m’avait offert dabYo à Noël dernier. The graveyard book en V.O. est un roman paru en 2008, et traduit en 2009 par Valérie Le Plouhinec pour éditions Albin Michel. Il s’agit d’un roman jeunesse, en partie illustré à l’intérieur par Dave McKean et avec une très sympathique couverture de Laurent Besson. Il a reçu le prix Hugo et le prix Locus. Avec ça, on peut s’attendre au mieux. Synopsis ?

L’étrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman

Une nuit, le Jack décime une famille. Les parents et la fille succombent, mais un petit enfant de 2 ans parvient à s’échapper et aller jusqu’au cimetière. Cimetière où il sera adopté et surnommé Nobody Owens, Owens étant le nom de famille du couple qui l’adopte. L’enfant grandit, entre les fantômes et Silas, son « éducateur ». Relativement protégé dans son cimetière, il ignore qu’à l’extérieur, le Jack est bien décidé à terminer son travail.

Nous sommes donc en présence d’un roman jeunesse à l’ambiance très sombre dans du pur Fantastique mais surtout, aux thématiques très Burtonniennes. Il est difficile de ne pas faire le parallèle entre les deux, d’autant plus que les illustrations sont très tourmentées, « à la Burton« . Un soin tout particulier est d’ailleurs apporté au roman, de sa superbe couverture glacée aux illustrations intérieures, nous sommes vraiment en présence d’un bel objet et on ne peut que souligner le travail de l’éditeur qui signe un roman très soigné.

Comme on peut le pressentir, il s’agit d’un roman sur l’enfance, et sur la passage de l’enfance à l’age adulte. Le récit commence comme un Harry Potter, le héros découvre le monde du cimetière, les personnages… Personnages qui ne sont d’ailleurs pas en reste, bien que comme dans beaucoup de romans jeunesse, ils soient assez caricaturés. Ils sont traités avec beaucoup d’humour et on s’y attache très rapidement. Cependant, malgré le traitement jeunesse, ils sont loin d’être tous tout blanc ou tout noir, et on est a mille lieues des clichés qu’on aurait pu trouver dans le premier tome d’Ellana ou plus récemment, Doregon.

L’étrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman

On retrouve un assez grand nombre d'illustration en noir et blanc de Dave McKean

Le conte prend ensuite un tournant plus initiatique, et est pétri de bonnes morales mais c’est effectué de manière assez délicate, et de ce fait cela ne devient pas agaçant pour les vieillards que nous sommes. Par bonne morale, j’entends par exemple la fois où lorsque Nobody désobéit, il lui arrive ensuite un malheur. Évidemment, certaines situations sont cousues de fil blanc, et assez « simples » notamment au niveau de leur résolution. Cependant, bien que destiné à la jeunesse, le livre est aussi un poil angoissant, notamment avec ces Jack organisés, et près à surgir à chaque coin de rue. Je pense que le coté horrifique est un point trop souvent délaissé dans la littérature jeunesse, pourtant, les plus jeunes aiment frissonner, comme en atteste le succès sans équivoque de la collection Chair de Poule. Je pense que cette peur littéraire est une bonne chose, bien que le livre puisse donner quelques cauchemars aux plus jeunes.

L’étrange vie de Nobody Owens de Neil GaimanLa plume de Neil Gaiman, et sa traduction par Valérie Le Plouhinec, est toujours aussi succulente… Tout comme pour Stardust, il y a cependant de nombreuses références à la culture anglo-saxonne, bien que Nobody Owens soit beaucoup plus accessible que le livre su-cité. Mais les clins d’œils à des comptines enfantines sont intraduisibles et nécessitent des notes en bas de page. Je suppose que là, malheureusement, la barrière de la culture nous fait louper plusieurs traits d’humours. Car le bouquin n’en est pas dépourvu. Comme dans Burton, on oscille entre humour et noirceur.

Au final, ce roman de Neil Gaiman est clairement un de mes chouchous de l’année, je l’ai dévoré en un allez-retours à Paris, et je n’en suis pas déçue. Je vous le conseille sans hésiter, que vous soyez adultes, ou pour offrir cette année aux plus jeunes. Pour moi dès l’âge de 10 ans le roman peut plaire, bien qu’un poil effrayant. Et encore plus si vous aimez les contes gothiques, courrez !


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Le Mythe de Cthulhu de H.P. Lovecraft

aka oni dans Critiques, Livres le 15 décembre 2010, avec 3 commentaires
Critiques

Il fallait bien qu’à un moment ou à un autre, je finisse par suivre les conseils de lecture d’if is Dead. Ça fait maintenant environ un an et demi que les propriétaires des lieux me laissent poster mes articles et ça commençait à faire peu sérieux de ne pas suivre leurs conseils de lecture. Aussi ai-je cédé et décidé de lire du Lovecraft, éminent auteur de Fantastique que je ne perdrai pas de temps à présenter.

Le Mythe de Cthulhu de H.P. Lovecraft

C’est L’affaire Charles Dexter Ward qui a été chroniquée dans ces colonnes par dabYo, il y a de cela un bout de temps. Mais le livre sur lequel j’ai mis la main est un petit recueil de nouvelles, Le Mythe de Cthulhu, qui regroupe quelques-unes des plus célèbres nouvelles de l’auteur américain : L’appel de Cthulu, La tourbière hantée, Par-delà le mur du sommeil, La peur qui rôde, La couleur tombée du ciel, et enfin Celui qui chuchotait dans les ténèbres. Un joli panel et une très bonne introduction à l’univers torturé de cet auteur, surtout célèbre pour être le père de Cthulu.

Le synopsis de chacune des nouvelles serait sans doute inutile. Le thème principal est cependant à chaque fois le même, de même que la trame du récit ; un homme, cultivé et très cartésien, se retrouve, par un concours de circonstances quelconque (le narrateur tombe sur des documents laissés en testament dans Le Mythe de Cthulu, soignant au chevet d’un malade dans Par-delà le mur du sommeil, etc.) confronté à des évènements étranges, effrayants et surnaturels. Au premier abord suspicieux, il va découvrir l’ampleur du phénomène et comprend que l’humanité est entourée de forces bien plus phénoménales que ce que le commun des mortels connaît. Cette idée d’une humanité ignorante et dépassée par des forces bien plus puissantes et cachées est fortement présente dans toutes les nouvelles du recueil.

Le Mythe de Cthulhu de H.P. LovecraftLe style lui-même est assez particulier ; les phrases sont lourdes, empesées, un peu ronflantes et il faut avouer que les premières pages ne se laissent pas lire facilement. Lovecraft semble mettre un point d’honneur à rajouter le plus d’adjectifs possible et la lecture n’en est pas facilitée – l’inverse exact d’un Hemingway. Pourtant, l’auteur avait indéniablement un talent certain pour créer des atmosphères particulières. La barrière du style est la plupart du temps vite brisée tant on veut connaître la fin. Si certaines des nouvelles m’ont quelque peu déçu (je pense à La Tourbière Hantée, Par-delà le mur du sommeil et à La peur qui rôde, dont les fins ne m’ont pas vraiment plu), les autres, en revanche, sont magistrales – en particulier la dernière, Celui qui chuchotait dans les ténèbres, dont l’intrigue est amenée, développée et achevée avec brio. La fin est magistrale.

Lovecraft semblait influencé par Edgar Allan Poe, autre auteur de romans sombres (qui vécut quelques décennies avant lui), d’après ce que j’en ai lu, et effectivement, cela se ressent, non pas au niveau du style – celui de Poe était mieux maîtrisé, et de toute façon assez différent –, mais au niveau de l’atmosphère générale. Il y a indéniablement des ressemblances indéfinissables entre les ambiances développées par les deux auteurs.

Pour conclure, même si certaines des nouvelles ne sont pas fantastiques, elles restent de bonne facture et lire Lovecraft est de toute façon un bon moment. L’histoire accroche le lecteur et le pousse à continuer pour connaître le dénouement. Un auteur « classique » qui a de bonnes raisons pour l’être !


Les Joueurs du Ā, le Cycle du Ā Tome 2, de A.E. Van Vogt

LuxtExMachina dans Critiques, Livres le 13 décembre 2010, avec aucun commentaire
Critiques

Les Joueurs du Ā est le deuxième volume du Cycle du Ā de A.E. Van Vogt. Il est la suite directe du premier tome, Le mondes des Ā, chroniqué précédemment par dabYo. Traduit une première fois en français en 1956 par Boris Vian, il a ensuite été réédité dans les années 70 dans sa version définitive avec complément d’informations de l’auteur. C’est cette réédition que l’on peut retrouver depuis quelque temps dans une intégrale aux éditions J’ai Lu. Ce second tome reste dans la lignée de son prédécesseur, on est donc dans de la Science Fiction pure et dure avec une pointe de Thriller et de Space Opéra. Suite oblige, vous n’avez pas le droit à un sysopsis, sachez juste que Gilbert Gosseyn va vite se retrouver embarqué dans une guerre à l’échelle galactique à son insu, qu’il devra à tout prix arrêter.

Les Joueurs du Ā, le Cycle du Ā Tome 2, de A.E. Van Vogt

On se retrouve donc à voyager sur plusieurs planètes, chacune d’elles influencées de façon différente par la guerre. On retrouve bien entendu la Terre et Vénus, planète abritant la population Ā, mais aussi de nouveaux mondes, inconnus jusque là. Qui dit voyage à l’échelle galactique dit ennemis à la même échelle, tel le Disciple, personnage énigmatique capable de se déphaser de la réalité, et Enro Le Rouge, leader galactique mégalo-maniaque aperçu brièvement dans le tome précédent. Il est à noter que les méchants ne sont pas là que pour faire joli (au moins un en tout cas) et une fois leur passé révélé, on comprend vraiment comment ils sont arrivés là. Bien que leurs motivations restent basiques si l’on peut dire (fanatisme religieux, conquête du pouvoir), je ne peux m’empêcher de penser que Van Vogt essaie de faire passer un message en nous montrant comment évoluera notre civilisation si nous restons dans un système de pensée limbique ou aristotélicienne.

Le style du livre ne change pas beaucoup par rapport au précédent. Comme je le disais, nous restons dans de la Science Fiction mêlée à un Thriller, bien que le côté Space Opera soit ici plus poussé que dans le premier tome. L’impression de manipulation qui caractérisait Le monde du Ā reste et s’intensifie. Car même si Gosseyn a pris le contrôle de sa vie, ce n’est pas pour autant qu’il a toutes les réponses. Il se retrouve souvent à se demander ce qu’il doit faire.

Les Joueurs du Ā, le Cycle du Ā Tome 2, de A.E. Van Vogt

L’histoire est extrêmement captivante, il n’y a pas vraiment de temps mort. Cela tient en grande partie au caractère pressant de stopper la guerre. L’auteur nous tient en haleine jusqu’à la fin, et la fin arrive un peu sans prévenir, sans que l’on puisse la prévoir. Les rares phases où il ne se passe rien (souvent des voyages interstellaires) sont soit éclipsées, soit remplacées par une action sur une planète différente. Tout s’enchaine assez vite, sauf peut être le début, et encore. Le côté scientifique et technologique reste très présent dans ce tome. Les termes et les concepts restent cependant assez abordables. On ne se perd pas dans les explications et elles sont compréhensibles et s’intègrent parfaitement à l’histoire.

Les Joueurs du Ā, le Cycle du Ā Tome 2, de A.E. Van VogtCôté écriture, A.E. Van Vogt continue sur la même lancée. Bien que lors de la lecture de ce second tome, je ne me suis pas vraiment senti dépaysé ou perdu par son style. Je l’ai même trouvé très agréable à lire. Peut être est ce parce que je me suis habitué à sa manière d’écrire, car j’ai lu les deux livres l’un après l’autre. L’auteur continue à nous vanter les bienfaits de la sémantique générale et nous met même des extraits de sa thèse sur le sujet. Et il faut avouer que ces petits extraits permettent au lecteur d’avoir une compréhension, bien que limitée, de la sémantique générale. Car il ne faut pas croire qu’en lisant le cycle vous deviendrez un expert en Ā, mais vous aurez une idée générale de ce que ça signifie et de ce que ça implique. De plus, l’auteur nous offre même une postface dans laquelle il revient sur sa vision d’un pays gouverné et habité par des adeptes du Ā, en grande partie pour l’approfondir.

En résumé, j’ai beaucoup aimé lire Les Joueurs du Ā, que j’ai trouvé plus accessible que le premier. La sémantique générale est mieux compréhensible grâce aux différents extraits de la thèse de Van Vogt au début de chaque chapitre. Le scénario n’a rien à envier à celui de l’opus précédent. C’est assurément une série à avoir dans sa bibliothèque, même si les débuts sont durs. En tout cas moi je vais me dépêcher de lire le dernier tome du cycle, La fin du Ā.

Ā

Les Portes de Doregon est le premier tome de la saga de Doregon, écrit par Carina Rozenfeld. L’auteur française est publiée dans la collection jeunesse de l’Atalante, et son roman est enrobé d’une couverture sublime de Benjamin Carré. Il faut dire que cette couverture de toute beauté a fortement joué sur mon envie de lire le roman, d’autant que je n’avais jusqu’à présent jamais pu lire de travaux de l’auteur. Synopsis ?

Les portes de Doregon de Carina Rozenfeld

Mia est une étudiante au beaux-arts qui peint depuis toujours un monde fantastique : Doregon. Quelle n’est pas sa surprise lorsqu’elle apprend que ce monde existe réellement, qu’elle est désignée pour être le Veilleur de ce monde et que des milliers d’autres mondes existent ! Elle ne résiste pas à partager cette découverte à Josh, son amour, et Moone son frère. Sauf qu’une ombre plane sur Doregon, et en les faisant entrer dans ce monde, elle a peut être bien scellé leur destin.

Alors là, si vous êtes un tant soit peu familier du  roman jeunesse, vous redoutez un peu que l’on tombe dans le vu et re-vu. En effet, niveau cliché, on est pas loin de la totale. Le monde parallèle, le frère darkinou, les dessins qui permettent de voyager… Arg. Heureusement, le roman a quelques bonnes idées qui permettent d’adoucir tout ces clichés. En effet, en plus de voyager entre les mondes, Mia peut voyager dans les lignes du temps, et notamment changer le cours de l’histoire, même si c’est à priori interdit.

Carina Rozenfeld

Carina Rozenfeld aux Imaginales

Du coup, Les Portes de Doregon va nous proposer deux versions de l’histoire, « ce qui se passe » et « ce qui aurait du se passer« . J’ai trouvé le principe très intéressant et prometteur. Malheureusement, le tout est assez mal équilibré : on a 4 chapitres de « ce qui se passe » et plus de trente qui se centre sur « ce qui aurait du se passer« . Cette grande différence nous ferait presque oublier le principe, et je pense qu’il aurait pu être pertinent d’avoir les deux en parallèle, car je dois avouer que je n’ai pas trouvé que l’histoire de « ce qui aurait du se passer » brille d’originalité.

Malheureusement, ce n’est pas non plus les personnages qui vont relever le niveau. D’une manière générale, je les ai trouvé très plats et sans vrai relief.  Je trouve qu’il manque sérieusement de profondeurs. Je sait on est dans la littérature jeunesse, il est donc logique d’avoir des personnages aux personnalités plus lisses et moins marquées, Ewilan l’un des « best seller » du genre n’est pas mieux par exemple; mais j’ai trouvé cela dommage. Mia et Josh dont l’histoire d’amour va pourtant être très forte ne m’ont pas touchés une seule seconde, alors que vous le savez, je suis terriblement bon public.

A cela s’ajoute le style de l’auteur avec lequel j’ai eu beaucoup de mal, et ses dialogues que j’ai trouvé trop sur-joué, ça sonne tout sauf naturel. La lecture donne assez souvent des impressions de répétition, avec parfois des mots « savants » qui sont répétés à tord et à travers dans la même page, pour parler d’un objet qui finalement n’a que peu d’importance. Je pense notamment d’un passage où un synonyme pour « parquet » est utilisé cinq fois dans la même page, était-il nécessaire d’en parler tant ?

Les portes de Doregon de Carina RozenfeldAu final , j’ai beaucoup peiné à lire Les Portes de Doregon car je ne suis pas du tout rentrée dedans. L’intrigue et les univers sont assez convenus, et le principe de voyage temporel n’est que trop peu exploité. J’ai l’impression d’être passée totalement à coté et pour tout dire je me suis beaucoup ennuyée. J’ai du intercaler un autre livre au milieu pour finalement revenir finir ce premier tome de Doregon.

Le livre reste sympathique et plaira sans doute aux plus jeunes. Cependant, contrairement à Mal-Morts de Jean-Marc Ligny ou à La Quête d’Espérance de Johan Heliot, je ne pense pas qu’il soit à conseiller pour une personne plus agée ou ayant déjà beaucoup lu, dommage.


J’avais très hâte de lire Dehors les chiens, les infidèles de Maïa Mazaurette, et pour cause, le premier roman de cette auteur française que j’ai lu était Rien ne nous survivra. Bien que je l’ai lu en tout début de cette année 2010, il fait encore parti de mes préférés et des mieux placés pour mon coup de cœur de l’année. Mais peut on passer de la Science-Fiction limite post-apocalyptique à la Fantasy sans y laisser quelques plumes ? La provocation de Maïa Mazaurette continue-t’elle de faire mouche ? Vous répondre tout de suite gâcherait le goût du suspens, alors commençons par le synopsis de son premier roman à sortir en poche, aux éditions Folio SF.

Dehors les chiens, les infidèles de Maïa Mazaurette

Spérance fait parti du dernier groupe de quêteurs envoyés par l’Église pour retrouver l’Étoile du Matin. Car depuis que Galaad a été vaincu et son épée légendaire perdue, le soleil ne brille plus sur les contrées d’occident et les Ténèbres s’étendent de plus en plus, faisant de l’Anti-Pape l’homme le plus puissant du monde, et du culte de Satan celui le plus profitable. C’est ainsi que depuis 80 ans sont envoyés tous les cinq ans, cinq adolescents, livrés à eux même mais formés pour cette longue recherche. A ses côtés, Spérence peut compter sur Vaast l’espion, Lièpre la sentinelle, Cyphérien et Astasie, formée par l’Inquisition elle même.

Dès le résumé le décor est planté, c’est en terre religieuse que nous embarquons, et nos héros ont de fortes chances d’être des fanatiques. J’avoue que je redoutais au départ de tomber sur un roman qui soit un peu trop bateau, nous faisant la morale comme quoi l’Église c’est mal, etc. Et les premières pages nous le confirment presque, puisqu’on découvre un groupe d’adolescents fanatiques au plus haut point, dont les actions sont guidées uniquement par la foi et la haine des infidèles, ceux qui ne croient pas, ou qui se sont dévoués à Satan. Et pourtant, au fur à mesure, on se rend compte qu’on est face à une œuvre réellement originale, qui ne se contente pas d’utiliser des recettes vues et revues.

La première surprise, c’est sans aucun doute que Dieu n’y ait pas qu’une abstraction. Ce n’est pas qu’une foi sans argument visible. Non, Dieu se manifeste dans ce monde, monde où les miracles ne sont pas rares. Éclairs symboliques, apparitions d’Anges, illuminations, miracles, tout ce qu’on pense faux y existe bien, donnant par là même une raison d’avoir la foi, tout du moins à nos héros. C’est une notion importante, surtout lorsque le lecteur est athé, car du coup la foi de nos héros, bien qu’on puisse la juger bien trop fanatique, trouve une sorte de justification. On ne croit pas en un vide, on croit en quelque chose qui existe. Et c’est finalement là ce qu’on pourrait nommer magie de ce roman de Fantasy.

Dehors les chiens, les infidèles de Maïa Mazaurette

On pourrait au départ penser que Dehors les chiens, les infidèles va se révéler être une quête initiatique pour nos héros, et pourtant il n’en est rien non plus. Le roman est en fait une succession de surprises et de déconvenues qui va rendre la lecture du roman totalement addictive. J’ai fini le bouquin en deux jours pour un nombre de page somme toute respectable, 450 pages. Et ce côté court du roman est d’autant plus étonnant quand on constate que Maïa Mazaurette a réussi très rapidement à planter un décors, des forces en présence, de façon crédible, mais surtout, de vastes complots pour lesquels les auteurs utilisent habituellement plusieurs tomes.

Car son roman a plus du Trône de Fer que de n’importe quel autre roman de Fantasy, et c’est là ce qui m’a le plus plu. Elle utilise très justement le thème de la religion pour nouer des intrigues de cour, que ce soit grâce aux intérêts personnels, ou tout simplement aux différentes interprétations que font les croyants de leur religion, de leurs évangiles. A la différence près que ce coup ci, on ne suit pas uniquement des nobles, mais aussi quelques soldats à la foi inébranlable.

Dehors les chiens, les infidèles de Maïa MazauretteLe style de Maïa Mazaurette est toujours aussi agréable, et bien plus compréhensible et lié que ce que j’avais pu lire dans Rien ne nous survivra. Il est agréable à lire, l’équilibre entre les descriptions et les scènes d’action étant très bon. Tout on long de la lecture, on ne s’ennuie pas, et le roman ne souffre d’aucune lenteur qui lui soit préjudiciable. Le carton-plein ne s’arrête pas là, car elle arrive à nous attacher réellement à certains de ses personnages. En leur créant rapidement une vraie personnalité, ils ne sont donc pas fadasse, et j’avoue avoir eu de nombreux petits pincements de cœur pour Spérance, à l’histoire vraiment touchante.

Au final, Dehors les chiens, les infidèles n’est pas ce que la quatrième couverture nous promet, soit un livre qui dénonce les dérives du fondamentalisme chrétien, et c’est tant mieux ! On se retrouve à la place avec un roman prenant, haletant, envoutant, qui nous montre que les hommes sont avant tout des êtres plein de contradictions. Et ce, sans qu’à aucun moment le roman ne tombe dans la moralisation. La lecture est un savoureux mélange d’intérêt et de malaise devant des hommes pour qui la religion est la chose la plus importante, du début jusqu’à la fin. Sans aucun doute le roman qui place Maïa Mazaurette dans les auteurs français à suivre de très près.


Les Derniers Hommes de Pierre Bordage

Aya dans Critiques, Livres le 7 décembre 2010, avec 1 commentaire
Critiques

Les Derniers Hommes de Pierre Bordage n’est pas, à la base, un simple roman, mais un roman-feuilleton. Il s’agit ici du feuilleton dans son intégralité, édité dans un même livre par Au Diable Vauvert pour la rentrée. Il reprend donc les six épisodes publiés entre 1999 et 2000, à savoir Le peuple de l’eau, Le cinquième ange, Les légions de l’apocalypse, Les chemins du secret, Les douze tribus et enfin Le dernier jugement. Évidemment l’ensemble donne quand même un pavé de 687 pages demandant un minimum d’enthousiasme et de curiosité. Alors synopsis ?

Les Derniers Hommes de Pierre Bordage

Dans une Europe post-apocalyptique, les survivants de la troisième guerre mondiale essaient de survivre à travers des tribus nomades. Parmi elles, se trouve le peuple aquariote qui est le seul garant de la survie des autres tribus puisqu’il trouve, achemine et troque l’eau potable. Solman, jeune boiteux malingre de 17 ans, est le donneur des aquariotes. Possédant le don de clairvoyance il est celui qui sait et qui juge. Raïma, une guérisseuse de ce peuple atteinte de transgénose (maladie due aux radiations qui provoque des mutations physiques et mentales progressives et anarchiques), va ouvrir les yeux du jeune homme sur son peuple et sur un pressentiment, une menace : l’apocalypse.

Avant ce roman je ne connaissais pas du tout l’œuvre de cet auteur aussi n’attendais-je rien de précis de cette lecture. La couverture très sobre ne laissait pas présager de quoique ce soit. D’un autre coté à la lecture du livre, et après l’avoir terminé, je peine à imaginer ce qui aurait pu être fait à la place. J’avoue cependant concernant la forme de l’œuvre avoir été un peu surprise d’apprendre qu’il s’agissait à la base d’un roman feuilleton. Contrairement à La Ligne Verte de Stephen King, le seul autre roman feuilleton que j’ai lu par le passé, il n’y a ici aucun soin de la transition, aucune entrée en matière. On plonge dedans entièrement, et de manière assez brutale. En soit ce n’est pas une gêne pour un roman mais cela me laisse penser qu’en feuilleton, la lecture devait être assez ardue. Malgré cela le style de Pierre Bordage est très agréable à lire, il maîtrise son récit tout en restant clair et ses descriptions sont surprenantes de précisions (pourtant en règle général je les survole plutôt).

Les Derniers Hommes de Pierre Bordage Librio

Le roman feuilleton était initialement disponible chez Librio, introuvable aujourd'hui

J’en viens ensuite à l’histoire. C’est sombre, c’est noueux et surtout c’est mystique. Quand on parle d’apocalypse il ne s’agit pas ici de catastrophe naturelle, mais bien de l’apocalypse au sens biblique du terme avec tout ce que ça sous entend sur le cortège d’anges et de signes annonciateurs. Alors autant je suis absolument fan de la description post apocalyptique de l’Europe qui est effrayante de réalisme, autant je n’ai pas vraiment accroché sur le coté mystique. Le fait que certains parmi les hommes possèdent des dons ne me gênait pas du tout en soit, mais le tournant qu’a ensuite pris l’histoire pour transformer Solman en un genre de sauveur des âmes n’a pas réussi à me convaincre. J’ai par ailleurs eu beaucoup de mal à accrocher avec la personnalité des personnages, pourtant bien travaillée. Le héros est au début de l’histoire bien trop raisonnable dans ses actes, ce qui certes peut s’expliquer par son don et sa position très particulière au sein de son peuple, mais qui du coup le rend un peu agaçant et peu attachant. Vu qu’on le suit quand même sur  687 pages c’est un peu dommage. Cependant le roman peut être vu comme un roman d’apprentissage, ce qui nous force à le suivre dans son acceptation physique et ce même s’il est froid. On ne peut s’empêcher de se questionner avec lui sur son don et sa place dans un peuple.

Les Derniers Hommes de Pierre BordageA coté de cet aspect très mystique de l’histoire, on ressent de manière très forte le coté anticipation de l’œuvre et tout ce que ça entraîne de questions existentielles sur l’humanité. Là où certains auteurs nous auraient laissé le bénéfice du doute quant au potentiel de l’humanité, Pierre Bordage est lui profondément pessimiste et il est difficile de ne pas se sentir déprimé par son point de vue très négatif. C’est à se demander pourquoi il a fait des survivants à la troisième guerre mondiale. Reste des questionnements très pertinents sur la place de la vérité, la place de l’écologie et de la nature dans la société moderne, la capacité d’évolution de l’homme. Dommage qu’on ne nous laisse pas choisir notre position.

Au final Les Derniers Hommes est un excellent récit, écrit par un auteur brillant mais dont l’univers particulier et les opinions tranchées peuvent dérouter. Je ne dirai pas que ce roman m’a plu mais il ne laisse pas indifférent et je pense essayer de trouver d’autre roman de cet auteur pour pouvoir me faire une opinion plus poussée. Cependant ce n’est pas une lecture facile et je ne le conseille pas à ceux qui voudraient l’essayer à la légère, comme roman de gare par exemple. Comme introduction au style d’Anticipation, il y a surement plus abordable, par contre pour les habitués que les thèmes religieux ne rebutent pas, ce roman de Pierre Bordage reste un très bon récit qui mérite largement qu’on s’y plonge.


Premiers pas des éditions Eclipse

dabYo dans Actualités, Livres le 5 décembre 2010, avec 1 commentaire
Actualités

Vous ne l’avez peut être pas encore remarqué, et pourtant, un nouvel acteur a récemment fait ses premiers pas sur les étalages des librairies, rayon Fantasy et Science Fiction. Il s’agit des éditions Eclipse, nouveau visage du secteur sur lequel il faudra sans doute compter pour les prochaines années. C’est le deuxième lancement d’une maison depuis qu’if is Dead suit le secteur, après l’arrivée des éditions Orbit l’année dernière durant la même période, celle de la rentrée littéraire. Alors d’où viennent ces éditions Eclipse ?

Editions Eclipse

Tout comme Orbit, il s’agit en fait d’un label d’un autre éditeur, et non une maison complètement nouvelle. Cette fois, ce sont les éditions Bibliothèque Interdite qui en tirent les ficelles. Vous ne connaissez peut être pas cet éditeur, et pour cause, il est très spécialisé et ne publie quasiment que des romans sur l’univers Warhammer 40k. Autant dire que si les figurines et le jeu de rôle ne sont pas votre tasse de thé, il est très probable que vous ayez toujours fait abstraction de ces étagères lorsque vous déambuliez dans votre libraire. Et c’est plus ou moins ce que nous avons fait jusqu’à présent, sauf illman, mais bon, tout le monde ne peut pas être parfait.

Ceci étant dit, les éditions Eclipse sortent des livres dans un tout autre domaine, puisqu’il s’agit d’œuvres originales, traduites et dans des domaines bien plus diversifiés. Science Fiction, Fantasy, Horreur et Bit-Lit sont les principaux domaines, mais on retrouve aussi avec joie une catégorie Steampunk, celle qui a provoqué notre intérêt pour l’éditeur. C’est pour se démarquer de la maison mère qu’une nouvelle marque a été utilisée, car il était important que les nouveaux livres ne soient pas rangés avec ceux des univers. Les premiers ouvrages ont bien entendu fini par atterrir entre nos mains.

Livre des éditions Eclipse

Les romans des éditions Eclipse contiennent un marque page sur le rabat.

Les éditions Eclipse proposent un format très proche de celui des éditions l’Atalante, avec une couverture semi-cartonnée, des rabats de chaque côté, et un papier plutôt agréable au touché. Petite touche d’originalité, chaque livre est fourni avec un marque page à décoller du rabat de la fin. Cette petite attention est très sympathique, qu’on l’utilise pour lire, ou qu’on le garde pour la collection. Le design des bouquins est agréable, bien que déroutant notamment à cause de synopsis assez courts en quatrième de couverture. On voit qu’une attention particulière a été apportée au choix des polices de caractères, que ce soit pour la présentation externe ou pour la mise en page du texte.

Ceci dit, pour le moment, aucune piste d’un travail concernant la cohérence entre les différents livres de la collection. Les couleurs vont un peu dans tous les sens, et il n’y a pas d’élément caractéristique qui puisse rattacher chaque livre aux éditions Eclipse. Ce ne sont pas les seuls à avoir ce problème, l’Atalante le présente aussi depuis l’abandon de leur papier de couverture si particulier. C’est dommage, car côté Bragelonne ou encore Mnémos, le travail est là.

Livres des éditions Eclipse

Au programme, de gauche à droite, Boneshaker de Cherie Priest, Le Fléau des Morts de Z.A. Recht, Guerrière de Marie Brennan, Les Oprhelins de Robert Buettner et enfin, Dhampir de Barb & J.C. Hendee

La plus grosse inconnue reste cependant la qualité de la traduction. Car les livres de chez Bibliothèque Interdite avaient la fâcheuse tendance à receler de nombreuses coquilles de ce côté. L’éditeur nous promet qu’une attention toute particulière a été portée à la traduction, nous expliquant qu’il leur fallait trouver des traducteurs connaissant complètement l’univers Warhammer 40k jusqu’à présent, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Mais ça, de toute façon, nous vous le dirons avec nos premières chroniques.

Pour en savoir plus sur les éditions Eclipse, vous pouvez consulter la liste de leurs ouvrages, et leur blog mis régulièrement à jour avec quelques infos intéressantes. Et pour en savoir encore un peu plus, l’interview de Mathieu Saintout sur Elbakin.


Solomon Kane, l’intégrale, de Robert E. Howard

illman dans Critiques, Livres le 3 décembre 2010, avec aucun commentaire
Critiques

Solomon Kane est un recueil sorti en France regroupant toutes les nouvelles sur le-dit personnage écrites par Robert E. Howard. Il est sorti en 2008 aux éditions Bragelonne et est traduit par Patrice Louinet, spécialiste de l’auteur chez cet éditeur. Pour ceux qui ne connaîtraient pas Howard, c’est aussi l’auteur des nouvelles basées sur le personnage de Conan le Barbare et il est considéré par beaucoup comme le père de la fantasy moderne. Ce contemporain de Lovecraft, avec lequel il entretenait d’ailleurs une correspondance, a été majoritairement publié au sein du magazine Weird Tales, qui n’est pas inconnu des amateurs de Fantastique et où l’on retrouvait aussi Moore par exemple. Auteur tragiquement disparu, il a laissé derrière lui d’innombrables textes comptant parmi ses héros Solomon Kane, le puritain. Mais qui est ce personnage ?

Solomon Kane, l'intégrale, de Robert E. Howard

« Solomon Kane était un homme grand et maigre ; son visage pâle et ténébreux, ses yeux profonds et rêveurs étaient rendus encore plus sombres par le costume foncé et austère de Puritain qu’il aimait porter. » Solomon Kane est en quelque sorte un fanatique religieux, pour lui, il se doit d’être le bras vengeur de Dieu sur Terre. Heureusement pour nous, il n’est pas non plus aveuglé par cette pensée. Il va bourlinguer sur les routes du XVIème siècle pourfendant les gredins, rencontrant de puissantes magies ancestrales et mettant fin au mal qui court dans le cœur des homme vils. Il se retrouvera aussi face à des démons, des fantômes, des cannibales, des esclavagistes, s’insinuant dans leurs âmes comme la mort vengeresse. Le genre Sword and Sorcery sous l’un de ses meilleurs jours.

Les nouvelles suivent un fil chronologique, on sent une réelle progression, on est bien loin des passages du coq à l’âne de Conan. Les aventures de Solomon Kane se déroule principalement en Afrique. On sent une certaine fascination pour ce continent dans le récit des tribulations de notre puritain. Kane est raciste, ça peut choquer dans quelques passages mais il faut se remettre dans le contexte de l’auteur, à la fin des années 20, la vision de l’homme noir qu’a l’américain du fin fond de sa cambrousse n’est franchement pas reluisante. Des sauvages, des cannibales, etc… mais ici on sent aussi un progression du personnage, là où au début il les détestera de manière unanime, surtout à cause de leur absence de foi en son dieu, par la suite, Solomon Kane se liera d’amitié avec un vieux sorcier ju-ju, mettra sa vie en péril pour tenter de sauver une tribu entière.

Solomon Kane, l'intégrale, de Robert E. Howard

Les textes sont parsemés d'illustration de Gary Gianni

De plus à l’époque où l’histoire se passe, on est en plein esclavage, Solomon Kane révolté par ces pratiques abhorrées n’hésitera jamais à se jeter dans le feu de l’action dès lors qu’il se retrouve nez à nez avec des négriers. L’Afrique tient donc une place très importante dans les nouvelles, mais l’anglais fera quelques crochets par l’Europe. Il se frottera aux pirates et aux bandits de grands chemins de toutes sortes. Le passé sombre de Kane nous parvient par infimes bribes pendant ses passages, on enrage de ne pas en savoir plus.

Le style d’Howard est aussi fluide que pour Conan, l’action est rapide, les combats sont rapides et létaux même si on a un peu de mal à suivre parfois. On ne passe pas trois plombes en descriptions inutiles, les rares exceptions concerne les architectures quasi-cyclopéennes des cités perdus au fin fond de la jungle et autres temples dédiés aux divinités impies.

Solomon Kane, l'intégrale, de Robert E. HowardL’auteur a aussi laissé derrière lui de nombreux récits non terminés et des poèmes avec pour thème Solomon Kane. N’étant pas un fan de poèmes, je ne m’aventurerai pas à donner un avis. Quant aux récits inachevés et aux versions alternatives, c’est sympa pour les archives et pour le coté ultime de l’édition. Par contre, c’est carrément frustrant sur les nouvelles qui commencent bien et qui s’arrête comme ça, c’est comme le teaser d’un film génial qui ne sortira jamais. On saluera au passage le parti pris affiché de la collection de respecter le travail de l’auteur sans arrangement déplacé, et en respectant sur l’ensemble du recueil l’ordre de parution des nouvelles. Il contient d’ailleurs une quinzaine de textes qui sont parsemés d’illustrations de Gary Gianni.

Un bon personnage que nous livre ici Robert E. Howard. Il n’arrive certes pas à la cheville de Conan mais l’auteur de par son suicide n’a pas eu le temps de le développer plus avant. Si vous avez un choix à faire, je vous conseillerais néanmoins plutôt les trois intégrales de Conan, aussi chez Bragelonne. C’est l’un de mes auteurs préféré et je trouve le fait que Bragelonne en édite des intégrales absolument génial.

ary GIANNIGar

Pacte Sanglant, Vicki Nelson Tome 4, de Tanya Huff

Serafina dans Critiques, Livres le 1 décembre 2010, avec aucun commentaire
Critiques

Quand je disais que j’allais enchainer le tome 3 et 4 de Vicki Nelson, je ne mentais pas. Ce quatrième roman, titré Pacte Sanglant, est l’avant dernier de la série de Tanya Huff et honnêtement, la bonnasse en couverture ne le sert pas vraiment. Même après avoir lu les trois cents pages que comporte le roman, je ne comprends toujours pas l’intérêt d’avoir mis une fille en mini-jupe sur la couverture. Bref, c’est parti, synopsis ?

Pacte Sanglant, Vicki Nelson Tome 4, de Tanya Huff

Vicki râle souvent à propos de sa mère, qui l’appelle trop souvent, qui s’immisce dans sa vie privée, mais est dévastée lorsqu’elle apprend le décès soudain de cette dernière. Et comme si cela n’était pas assez compliqué, sa dépouille a été dérobée ! Notre héroïne va heureusement pouvoir compter sur l’aide de Mick et Henri pour mener à bien cette enquête qui s’annonce particulièrement douloureuse.

Pacte Sanglant est loin d’être le roman le plus gai de cette courte série qu’est Vicki Nelson. Jusqu’à présent, Tanya Huff nous avait habitué à un grand réalisme, notamment avec la maladie de Vicki, mais cette fois ci c’est sur la perte d’un être cher que l’auteur va se concentrer. Et ceci de manière réaliste et sans complaisance. Vicki a beau enquêter sur des loups-garou, cela ne l’immunise pas contre l’épreuve qu’est la mort. Et pour une fois, l’enquête n’est pas surnaturelle. Comme le dit Mike à un moment, cette enquête aurait pu être gérée par un commissariat normal.

Le réel point surnaturel ici est la présence de Henri le vampire. Et malheureusement, ce que je redoutais depuis quelques temps semble se produire, soit la non-utilisation complète des passés de nos personnages. En effet, par exemple, à un moment, Henri se rappelle les femmes qu’il a aimées, et une partie de son passé. Or le tout est traité en deux pages, et n’est absolument pas détaillé. Je sais que des histoires de vampire il y en a des tonnes, et je ne demande pas un niveau similaire à un Lestat le Vampire, mais tout de même, le passé du personnage n’est pas du tout assez exploité à mon sens. Il ne manque pas de potentiel, et pourtant… Il ne reste qu’un tome, j’ai du mal à me dire que ça va se finir comme ça… Nous verrons.

Pacte Sanglant, Vicki Nelson Tome 4, de Tanya Huff

L’intrigue en elle même est assez basique, mais traite de sujets forts et là encore bien loin des préoccupations habituelles de la Bit-Lit. Les personnages évoluent assez peu. D’un coté c’est bien, car du coup l’intrigue n’est pas que centrée sur les préoccupations au jour le jour de nos héros, mais on a un peu l’impression de suivre des personnages assez figés depuis le premier tome ! Peu ou pas d’évolution, ni dans le caractère, ni dans les relations … c’est dommage.

Pacte Sanglant, Vicki Nelson Tome 4, de Tanya HuffLe réel point marquant de ce quatrième tome, c’est sa fin. En effet, le final m’a pris totalement par surprise, je ne m’y attendais pas du tout et marque un réel tournant dans la série. A voir comment cela sera géré par la suite, mais j’en suis très curieuse. Le cinquième tome, Dette de Sang, risque d’être fort différent des précédents, en plus d’être le dernier.

Au final, Pacte Sanglant est dans la droite lignée du précédent tome, et rend encore plus incompréhensible la parution dans une collection connoté Harlequin. Les aventures de Vicki Nelson est et reste une série de policier Fantastique, bien menée, mais qui aurait probablement gagné à développer plus en profondeur ses personnages. Le dernier tome est d’ores et déjà sur mes étagères et devrait très bientôt passer entre mes mains.


J’avais très agréablement terminé l’année 2009 en lisant Izaïn, né du désert, le premier tome de La Quête d’Espérance écrite par Johan Heliot et disponible aux éditions l’Atalante. Et c’est avec L’Archipel Céleste, troisième et dernier tome de la série, que j’ai décidé de terminer cette année 2010. Pour ceux qui ne savent pas de quoi je parle, je vous invite à lire ma première chronique, puisque suite oblige, il n’y aura pas de synopsis pour être sûr de ne pas vous gâcher la surprise. Alors, la série est elle excellente jusqu’au bout ? Ou bien Johan Heliot s’essouffle-t’il sur la dernière ligne droite ?

L'Archipel Céleste, La Quête d'Espérance Tome 3, de Johan Heliot

Quand j’ai terminé ma lecture du second tome, Les Pirates de Fer, c’est avec un certain étonnement que j’ai appris qu’il s’agissait d’une trilogie. Beaucoup de questions étaient posées, beaucoup de destins étaient suivis, bref, je voyais mal comment l’auteur pouvait s’en sortir en moins de deux cents pages. Dénouer toutes les intrigues me semblait bien trop fastidieux. Et pourtant, L’Archipel Céleste arrive à y répondre, beaucoup plus rapidement que prévu. Et d’une plutôt très bonne façon même.

Le style d’écriture de Johan Heliot y est toujours aussi agréable à lire. Roman de jeunesse oblige, il est plutôt facile d’accès et simple, mais il n’en reste pas moins efficace, dans l’exact lignée des tomes précédents. La narration est rapide, passant de personnage en personnage sans qu’on ne soit jamais perdu. J’ai aussi apprécié les différents rappels de l’histoire de chacun d’entre eux, et de ce qu’ils ont vécu, en quelques lignes, des lignes toujours insérées intelligemment dans le texte pour ne pas se transformer en lourdeur. Car comme je le disais, il y a de nombreux protagonistes dans La Quête d’Espérance, et bien que l’auteur n’hésite pas à en tuer, ils restent trop nombreux pour qu’on n’oublie aucun détail. Grâce à ces petits passages savamment dosés, non seulement on se rappelle de tout, mais l’auteur en profite parfois pour creuser un peu plus ses personnages, et nous faire découvrir un autre pan de leur histoire. Vraiment agréable.

Le vrai point fort de la série, outre ses personnages attachant, c’était son univers très original, et très fouillé et développé pour un roman jeunesse. Ce troisième tome confirme la tendance, et nous amène les réponses à toutes les questions qu’il pouvait susciter. D’où vient le fluide, d’où viennent ces mystérieux vaisseaux vivants, que veulent les pirates de fer… Tout trouve réponse, et de façon plutôt étonnante. On a même droit à quelques excursions dans les régions inconnues, qui nous permettent de visualiser encore un peu plus le Territoire. J’ai été surpris et complètement absorbé par la fin de ce roman qui nous nous fait passer du roman de jeunesse dit de Fantasy pour aller carrément dans le domaine de la Science-Fiction ! Assez étonnant, déroutant, mais à des années lumières d’être mauvais. Ce n’était pas le premier roman à utiliser ce genre de narration que je lisais cette année, avec par exemple Les Fables de l’Humpur de Pierre Bordage, mais c’était une découverte très agréable.

Ce retournement, que je n’attendais pas réellement, bien que certains indices auraient du m’y faire penser, est vraiment bien retranscrit. Le ton de la série était déjà très adulte, avec des thématiques assez lourdes (esclavagisme notamment), mais cette fin l’est encore plus, tout en donnant un espoir bienvenue. A vrai dire, je n’y verrai qu’un seul point négatif: peut être un peu trop rapide. J’aurai apprécié que l’auteur prenne un peu plus de temps pour tout nous expliquer, car j’avoue que j’ai parfois été pris de court, ayant à relire quelques paragraphes pour bien comprendre. Peut être qu’un jeune lectorat sera plus habile, mais j’ai peur qu’ils ne comprennent pas tout les détails du dénouement, trébuchants sur certains. En effet, de nombreux mots de vocabulaires sont insérés d’un coup, et je n’ai pas su réellement les relier à leurs définitions. Un jeune y arrivera-t’il avec aisance ? Je n’en sais rien.

L'Archipel Céleste, La Quête d'Espérance Tome 3, de Johan HeliotDu coup, même si j’ai beaucoup apprécié ce retournement, j’en ai eu un petit arrière goût amère. Dommage qu’il n’y ait pas eu un peu plus de pages pour prendre le temps de raconter avec plus de détails. D’un autre côté, Johan Heliot voulait peut être gardé son rythme survolté tout au long de l’aventure, et c’est grosso-modo l’impression que donne cette fin. Cela se couple peut être un peu mal avec le côté tout est bien qui fini bien que l’on peut retrouver.

Et c’est bien là le seul défaut que l’on peut reprocher à cette série. La Quête d’Espérance est pour moi une série jeunesse à conseiller absolument. Facile à lire, envoutante, elle ne peut que donner à un jeune le goût de la lecture. De la très bonne lecture jeunesse en somme. Dommage que ce soit déjà fini, j’aimerai bien y retourner… Si vous cherchez un cadeau pour votre petit neveu/cousin, vous l’avez sous les yeux !