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Cela faisait un peu plus d’un an que je n’avais pas pu lire la suite d’une des séries de Fantasy que je suis, La Couronne des Sept Royaumes de David B. Coe. Le huitième tome, La Guerre des Clans, m’avait laissé un peu sur ma faim. L’histoire n’avançait pas vraiment, les passages étaient quelques peu longuets, avec quelques répétitions en trop. Bref, en général, quand on arrive aussi loin dans une série, et lorsqu’il ne reste plus que deux tomes à lire, on termine, histoire de ne pas rater une fin qui soit à la hauteur de nos attentes. C’est donc ainsi que je me suis replongé dans l’univers de l’écrivain avec L’alliance Sacrée, neuvième et avant dernier tome. Ai-je bien fait ?

L’alliance Sacrée, la Couronne des Sept Royaumes Tome 9, de David B Coe

Pour ceux qui n’ont pas lu les précédentes critiques, ni ma présentation de La Couronne des Sept Royaumes, il s’agit là d’une série de Dark Fantasy qui est plus ou moins dans la lignée de ce que peut offrir Le Trône de Fer de George R.R. Martin: de nombreux personnages, des points de vue alternant, des nombreuses intrigues de cours et un complot pour lier le tout. Bref, exactement ce que j’aime, et ce qui m’a permis de dévorer les six premiers tomes, avant d’être un poil déçu du septième et huitième.

On reprend notre histoire là où on l’avait laissé, étant donné que j’avais lu le précédent tome il y a près d’un an, j’avais au début un peu peur de ne pas me rappeler de tous les protagonistes. Heureusement, les rappels de l’auteur sont bien faits et m’ont vite permis de me remémorer de tous les petits détails, des personnages que l’on suivait et ce qui leur était arrivé. Pour le coup, c’est assez pratique qu’il nous fasse des petits rappels à chaque fois. C’est avec un réel plaisir que j’ai retrouvé les personnages, que j’ai pu me replonger dans cet univers et sa magie qirsi.

Alors que je regrettai le manque d’action et le report constant du dénouement de l’histoire dans les tomes précédents, on voit que David B. Coe a compris qu’il était dans la dernière ligne droite de son histoire, et les choses commencent réellement à bouger. Toutes les petites intrigues qui ont servi auparavant d’histoire prennent leur importante, et le plan du Tisserand se dévoile peu à peu. J’avoue qu’après avoir suivi l’histoire aussi longtemps, les passages que nous offre L’alliance Sacrée sont assez jouissif. On est content de les lire, et l’action est bien là, prenante, passionnante même. On se retrouve donc avec un roman bien plus haletant que le reste de la série, avec une constance dans l’action et dans les dénouement d’intrigues vraiment intéressant.

L’alliance Sacrée, la Couronne des Sept Royaumes Tome 9, de David B Coe

Si j’ai rechigné au début à me replonger dans l’univers, une fois que ce fut fait, je n’ai plus pu en décrocher. J’ai ainsi dévorer les quatre cents pages du tome en deux jours, comme au tout début de la série. A peine le livre reposé qu’on a l’envie de reprendre notre lecture. Il faut dire qu’en plus de nous fournir un scénario et une histoire prenants, le style de l’auteur est toujours aussi bond: clair, il ne nous laisse jamais dans le doute, et ce même dans les scènes d’action ou de guerre. Et dieu sait qu’il y en a dans ce tome, puisque la guerre entre les magiciens et les eandis commence enfin. Les combats sont prenants et bien décrits, et j’ai particulièrement apprécié l’utilisation de la magie, les explications qui sont fournies, etc. C’était certes déjà complet auparavant, mais on comprend enfin où l’auteur voulait aller.

L’alliance Sacrée, la Couronne des Sept Royaumes Tome 9, de David B CoeCeci étant dit, le roman ne gomme pas les défauts que les autres tomes possédaient, et j’ai tout de même retrouvé plusieurs répétitions. David B. Coe aime nous rappeler ce qu’il s’est passé dans les précédents tomes, et bien que cela m’ait servi pour me re-situer, le relire plusieurs fois aurait pu m’agacer. Mais ce n’est pas le cas cette fois grâce à l’histoire qui a réellement pris un nouvel intérêt. Du coup, ça passe sans trop de problèmes. C’est dommage bien sûr, car ces lignes inutiles auraient peut être permis autre chose.

Au final, L’alliance Sacrée est un très bon tome et replace La Couronne des Sept Royaumes dans mes petits papiers. Il ne reste plus qu’au dernier tome, Le Pacte des Justes de confirmer l’essaie et de faire de la série de David B. Coe une série de Dark Fantasy à avoir lu.

Vu qu’il est déjà sorti, je m’en vais de suite le lire.


Et vous, votre avis ?

Le Coup du Cavalier de Walter Jon Williams

illman dans Critiques, Livres le 19 novembre 2010, avec 1 commentaire
Critiques

Le Coup du Cavalier est un roman de Science Fiction de Walter Jon Williams paru en langue originale en 1985. C’est en 2010 que le roman atteint nos contrées sous l’égide des éditions l’Atalante. On apprécie que l’auteur n’ait pas succombé aux sirènes des séries et qu’il nous gratifie ici d’un ouvrage du genre ma foi fort intéressant. Avant de commencer ma lecture, je flippais un peu après avoir lu la critique de Ceci n’est pas un jeu de Seraf’, roman du même auteur. Partons sur de bonnes bases et venons en à l’histoire de ce morceau de futur. Synopsis.

Le coup du cavalier de Walter Jon Williams

L’humanité a réalisé deux de ses rêves, l’énergie illimitée par le biais de réacteurs spéciaux, les Falkners, du nom de leur inventeur et l’immortalité.  Le nouvel objectif à atteindre maintenant que les étoiles sont peuplées, c’est de les rendre accessibles rapidement pour le commerce, les déplacements, etc… Et quoi de mieux pour y parvenir que la téléportation. Alors lorsque des bestioles sur une planète lointaine font mine de pouvoir se mouvoir de manière instantanée entre des points éloignés, une expédition scientifique, nommée le coup du cavalier, est montée. Elle regroupe les plus grands scientifiques de ce temps.

Vous vous en doutez, ce sont ces scientifiques que l’on va suivre et plus particulièrement, les physiciens. Mais le moteur du roman, ce n’est pas cette épopée de chercheurs, c’est la romance qui existe entre deux de ses protagonistes. Je sais qu’au travers de mes précédentes chroniques j’ai donné l’impression d’exécrer ce genre de relation entre les personnages, mais c’est surtout la mièvrerie et le neuneu-isme que je ne supporte pas. Ici, ce n’est pas niais, la question qui anime cette relation repose sur la notion d’immortalité. L’un a subi le traitement pour vivre éternellement et l’autre est une Irréductible qui l’a refusé. Dans ce cas là, refuser le traitement est il un suicide ? Peut on regarder l’autre mourir alors qu’une solution existe ?

Frank Kafka écrivait « L’éternité, c’est long… Surtout sur la fin« , car oui, l’éternité c’est long, les deux camps ont leurs points de vue et les personnes traitées doivent commencer à être un peu maboul de tout ce temps d’ennui qu’ils ont à occuper. Parce l’ennui est bien présent, le héros, Doran, trompe son ennui dès le début du roman en surveillant une expérience qui court depuis un paquet de temps.

Knight Mooves of Walter Jon Williams

La couverture originale

Rayon personnage, Doran Falkner est un scientifique misanthrope, qui a déclenché les révolutions scientifiques dont l’humanité a bénéficié. L’ennui est palpable chez lui et du haut de ses quelques 800 ans, il me fait penser au Francis Sandow de Roger Zelazny dans L’île des morts. Ses découvertes lui ont été soufflées à l’oreille par un extra terrestre qui a l’obsession des fouilles archéologiques, il est très vieux et on sent comme une tentative d’illustration de ce que pourrait devenir les humains avec l’immortalité. Mary est une Irréductible, personnellement je trouve que c’est une cheateuse, puisqu’elle a passé un sacré bout de temps en hibernation. Doran et elle étaient amants dans le passé, c’est la réunion de ce couple qui va faire avancer l’histoire. Autour d’eux graviteront des protagonistes qui ont plutôt tendance à courir après Mary, le panel allant du scientifique fou en passant par l’administrateur froid. Je ne pouvais pas passer à coté des Lugs, ces fameuses bêtes herbivores qui se téléportent, ça donne un peu dans le documentaire animalier à un moment, ça apporte un petit coté frais.

Le style de l’auteur est assez fluide, il nous épargne les explications scientifiques compliquées et ne part jamais dans des phrases alambiquées. Par contre, ça sent le vieux, je ne veux pas dire que ça accuse son âge mais même sans connaitre la date de parution du roman, je me doutais qu’il datait quand même de quelques années déjà. C’est peut être mon imagination ou le fait que le thème semble passé de mode aujourd’hui. D’un autre coté, c’est une remarque, pas une critique, il demeure bien écrit et agréable à la lecture dans la traduction de Patrick Dusoulier.

Le coup du cavalier de Walter Jon WilliamsChez les éditions l’Atalante, on fait parfois dans le binaire. Soit les couvertures sont superbes soit elles sont bizarres. Celle de Genkis pour ce roman tombe malheureusement dans la seconde catégorie. Ça rebutera les personnes qui jugeront bêtement les romans à leur couverture, dommage.

Avec Le Coup du Cavalier, on s’engage sur de la bonne Science Fiction, pas de doute là-dessus. A lire pour les fans du genre, lorsque ce dernier sent bon l’inconnu et la réflexion sur l’immortalité. Dans la même veine, je vous conseille L’îles des morts de Roger Zelazny.


Jirel de Joiry de Catherine L. Moore

dabYo dans Critiques, Livres le 17 novembre 2010, avec aucun commentaire
Critiques

Jirel de Joiry est un recueil de nouvelles de Catherine L. Moore qui vient tout juste d’être édité chez Folio SF. Il réunit l’ensemble des nouvelles que l’auteur américaine a écrite autour d’un de ses personnages féminins phares, Jirel de Joiry. Ce nom ne vous dit peut être pas grand chose, et pourtant, il fait parti avec d’autres grands noms de l’Heroic Fantasy avec Conan le Cimmérien et autre Solomone Kane. Car les nouvelles datent pour la plupart des débuts du genre, alors publiées dans le magazine pulp phare de l’époque, consacré à l’imaginaire donc, Weird Tales. Synopsis.

Jirel de Joiry de Catherine L. Moore

Jirel de Joiry est une jeune femme rousse, très belle, et surtout, intrépide et indépendante. Elle n’est pas une simple châtelaine qu’on vient conquérir pour rester à se taire par la suite, aux ordres de son mari. Et ce n’est surement pas Guillaume, ou même le Dieu Noir, qui vont lui dire comment se conduire. Elle règne sur son domaine et son château, mais lorsque ce dernier est menacé, elle n’hésite pas à aller au front, que ce soit avec son destrier et sa lourde armure, ou vers des terrains inconnus que nul n’oserait explorer.

Nous nous passons de synopsis habituellement lorsqu’il s’agit de recueil de nouvelles, mais celui ci est un peu à part. Comme je le disais, c’est là l’ensemble des nouvelles écrites par Moore sur son personnage, et celles ci forment un tout, et vont nous permettre de cerner ce personnage de Jirel de Joiry. Aujourd’hui, un personnage féminin indépendant pourrait presque paraître comme banal. J’en ai moi même côtoyé plusieurs cette année, que ce soit par ma lecture d’Ellana de Pierre Bottero ou récemment du Roi d’Ebène de Christine Cardot. Mais Jirel de Joiry fait partie des pionnières, des premières héroïnes du genre, et bien que presque oubliées aujourd’hui, la lecture de ces nouvelles n’en est pas pour autant dispensable.

Si le personnage est révolutionnaire pour l’époque, il est aussi très bien ancrée dans cette époque et ne dénote pas par rapport aux nouvelles publiées dans le Weird Tales que l’on peut encore lire aujourd’hui. Difficile de ne pas penser aux héros de Robert E. Howard dès qu’on lit les premières pages de la première nouvelle du recueil, Le Baiser du Dieu Noir. Et pourtant, si la trame est semblable, les thèmes diffèrent, bien que moins compréhensibles aujourd’hui. A notre époque, l’indépendance d’une femme est chose acquise, alors qu’elle commençait à peine à s’esquisser dans les années 30 américaines.

Jirel de Joiry de Catherine L. Moore

Ironiquement, l'image présentant la nouvelle dans le Weird Tales de l'époque nous montre une Jirel de Joiry frelle, faible, et presque enamourée prête à s'offrir au Dieu Noir

A côté de cette leçon historique qui m’a beaucoup séduit, il y a des qualités que l’on ne peut pas nier aux récits de Moore. Elle écrit bien, c’est facile et agréable à lire, la traduction étant d’une très bonne qualité, et surtout, on se retrouve facilement plongé dans le monde que parcoure Jirel. Le livre n’usurpe pas son classement dans le genre Fantastique, voire Fantasy avant l’heure, avec des excursions dans des mondes très lovecraftiens comme le monde du Dieu Noir ou encore celle de la sorcière Jarisme que l’on retrouve dans la troisième nouvelle, Jirel face à la magie. C’est plutôt rafraichissant, et voir l’héroïne s’y retrouver parfois à plusieurs reprises donne une continuité au personnage. A noter d’ailleurs que les deux premières nouvelles se suivent réellement, tout en pouvant être lu indépendamment.

Malheureusement, le recueil est loin d’être exempts de défauts. Comme pour un Conan le Cimmérien ou un Solomone Kane, les nouvelles ont bien entendu un petit air familier. On ne peut pas dire que l’auteur se renouvelle à chaque fois, et bien que ce soit habituel dans ce type de littérature, j’ai eu l’impression que c’était ici un peu trop important. Certes, les situations changent, notamment les univers dans lesquels ils se déroulent, assez variés, mais finalement les thèmes abordés sont toujours les mêmes. L’histoire tourne bien trop souvent autour de l’indépendance de Joiry, parce que son indépendance en tant que femme est remise en doute dès qu’il est question d’amour. Alors bien entendu, c’est le cas lors d’une union forcée, mais le thème revient bien trop souvent.

Jirel de Joiry de Catherine L. MooreDe même, si son style est clair et limpide, il n’en reste pas moins assez lourd à la lecture. L’auteur nous décrit certes très bien les décors, mais semble parfois oublier qu’elle vient tout juste de le faire. Outre une répétition autour des thèmes, on se retrouve donc avec des répétitions récurrentes au sein même des nouvelles. Ce qui entrave au plaisir de lecture et alourdi les nouvelles de façon excessive. On ne peut malheureusement pas compter sur les scénarios, suite d’action-conséquences, pour nous enlever cette impression. La dernière nouvelle quant à elle, La quête de la pierre-étoile, qui fait se rencontrer deux héroïnes de l’auteur, ne m’a pas du tout convaincu.

Du coup, même si j’ai plutôt apprécié le recueil dans son ensemble, mon avis final est assez mitigé. Jirel de Joiry est un recueil que je peux vous recommander sans crainte pour votre culture historique et littéraire. Il possède d’énormes qualités, que ce soit via son héroïne, via l’influence que Howard aura par la suite, ou simplement parce que c’est la l’un des premiers écrivains de l’imaginaire qui soit féminin. Mais le côté répétitif pourra être vu comme un très lourd poids, ce qui explique peut être que l’héroïne soit aujourd’hui plus ou moins oubliée. A noter cependant qu’une excellente préface de Patrick Marcel introduit très bien le volume et nous donne des détails qui permettent de bien mieux savourer les nouvelles, et d’appréhender leurs défauts.


Les deux premiers tomes de Vicki Nelson étaient très bons, alors j’ai sans surprise enchainé rapidement avec la suite de la série de Tanya Huff. Pour rappel, cette dernière est parue au début des années 90 et vient d’être rééditée par J’ai Lu, dans une édition agréable, à la couverture certes un peu kitch, qui m’a valu des remarques au travail d’ailleurs, mais agréable à lire. C’est donc avec un bon apriori que j’ai entamé ce troisième tome, nommé Frontière Sanglante. Synopsis ?

Frontière Sanglante, Vicki Nelson Tome 3, de Tanya Huff

Depuis qu’elle connait Henri, vampire de son état, Vicki est souvent embringuée dans des affaires surnaturelles. Après les vampires et les loups garous, elle doit faire face à une Momie ressuscitée d’entre les morts, et bien décidée à regagner son prestige d’antan. Son ressentiment n’étant que plus grand après des siècles d’enfermements jugés injustes.

Vampire, Loup-Garou, Momie, Zombie dans le prochain tome, Tany Huff enchaine les créatures classiques des romans d’horreur, en les couplant à l’aspect policier de ses romans. Pour moi, c’est ce qui différencie Vicki des autres héroïnes estampillées Bit-Lit. Les momies et autres créatures surnaturelles du genre sont les grands oubliés des Mercy Thompson, Anita et compagnie. Et je dois dire que j’ai trouvé cela absolument rafraichissant. Nous sommes dans un climat plus proche des romans d’horreurs dits traditionnels et ça fait plaisir. C’est ce que j’apprécie dans cette série, qui finalement n’est jamais franchement Bit-Lit. Du policier fantastique quoi.

L’Égypte est une civilisation que je trouve fascinante, et mon plus gros reproche, c’est que ce roman de seulement 300 pages  ne prend pas le temps de nous narrer une partie de la vie de la momie. Elle est présentée comme la méchante, ce qu’elle est, mais j’aurais beaucoup apprécié des flashbacks de l’époque Égyptienne, des cultes divins, etc. Le bon coté, c’est qu’on reste avec des volumes de taille constante, contrairement à certaines séries où les volumes augmentent régulièrement de taille, pour du remplissage, bien trop souvent. Mais à mon avis, dans le cas de la série de Tanya Huff, c’est peut être trop souvent au détriment du développement de certains personnages et de leurs motivations, surtout côté méchants.

Frontière Sanglante, Vicki Nelson Tome 3, de Tanya HuffComme dans les tomes précédents, il y a évidemment le triangle Vicki – Mike – Henri, mais celui ci est traité de manière assez sporadique, on sent la jalousie entre les deux prétendants, mais c’est tout. La romance n’est pas du tout au centre de l’histoire, ce qui pour moi en fait une des meilleures séries du genre, qui a trouvé le juste dosage . Cependant, étant donné que  cela n’avance pas, on se demande bien si il y aura une résolution de cette intrigue amoureuse d’ici à la fin de la série, où si, à la manière d’un Policier, il ne s’agirait pas simplement d’un trait des personnages, une sorte d’intrigue hors temps sans fin possible.

Comme pour les précédents tomes, le style reste clair et agréable. L’écriture n’est pas spécialement mirobolante, loin de la, c’est simple, c’est assez direct, et sans chichi. On ne retrouvera pas la le style d’une Anne Rice, mais un style plus axé action .

Au final Tanya Huff confirme avec ce troisième volume qu’elle n’a rien à envier aux autres blockbusters. La série reste accessible au plus grand nombre, qu’on soit ou non familier de la Bit-Lit. Je ne comprend réellement pas pourquoi elle a été publiée dans la même collection harlequinesque que les True Blood. La série est terminée avec cinq tomes, autant dire que nous attaquons les dernier tomes. Espérons que cela continue sur sa bonne lancée, même si j’ai un peu peur que le manque de développement de certains personnages me laisse sur ma fin. Nous verrons bien.


L’éclat envoutant de la Lune est le titre du troisième tome de Merry Gentry, la seconde série de Laurell K. Hamilton dont j’ai déjà chroniqué les deux premiers tomes. Entre nous, je n’ai absolument pas compris le rapport entre ce titre pompeux et le contenu du livre, mais bon, ça ne m’empêchera pas de chroniquer ce bouquin de Bit-Lit. Synopsis ?

L’éclat envoutant de la Lune, Merry Gentry Tome 3, de Laurell K. Hamilton

Merry, toujours entourée de ses gardes et avec le même objectif, vit désormais dans une villa à Los Angeles. Le problème c’est que ses pouvoirs se révèle et font revenir à la vie des objets magiques perdus. Sans compter qu’elle semble aussi avoir la possibilité de révéler les pouvoirs des gens qui l’entourent, rien que ça. En parallèle, elle doit toujours lutter pour faire sa place au sein de la cour Unseelie.

Ce tome est, à tout points de vues, le meilleur des trois que j’ai lu. On a enfin de l’histoire, de la vraie. Le fait que Merry fasse renaître des objets de pouvoir est l’occasion d’évoquer l’histoire Sidhe, et par la même les grands événements qui ont ôtés la plupart des pouvoirs aux Sidhes. En effet, dans le monde de Merry, la magie se meurt. Ce genre de contexte est évidemment intéressant et on sent un réel travail sur le background du peuple. Et tant mieux. Il ne se passe certes pas grand chose, mais on entrevoit un but plus grand que Merry régnera-t-elle sur les Unseelies, devenant Merry ressuscitera-t-elle la Magie ?. Ça fait pas de mal, et j’avoue avoir été assez enthousiasmée par ce coté un peu plus sérieux et grandiloquent.

Malheureusement, ces espoirs sont vites étouffés par la deuxième partie du livre, qui est celle que j’ai lue pendant le RAT, Merry se rend à la cour, assiste à des scènes de violence et de sexe, se retrouve de nouveaux futurs amants, et revoit de la violence, en gros. Bref, sur 270 pages pour raconter une visite de 5h, certes riche en violence et en sexe, c’est long, très long, trop long. Rendez vous compte, ces 540 pages ne couvrent que … 2 jours. Oui deux jours. Vous imaginez la douleur si Merry tombe enceinte ? Non sérieusement, un peu plus de rythme ne ferait réellement pas de mal. J’ai l’impression que les tomes tirent de plus en plus en longueur. Deux pages pour décrire une paire d’ailes par exemple, c’est un peu beaucoup et ca fait perdre le fil de sa lecture.

L’éclat envoutant de la Lune, Merry Gentry Tome 3, de Laurell K. HamiltonDepuis le début de la série, l’auteur nous décrit les personnages sous tous les angles, mais malheureusement ils restent fades. Au bout de trois tomes, je trouve toujours les gardes de Merry interchangeables, avec peu ou pas de personnalité. C’est trop lisse. Le problème c’est qu’a la fin du  tome l’auteur rajoute cinq personnages récurrents… Cinq nouveaux alors que les premiers n’arrivent déjà pas à avoir de personnalité, ça laisse augurer du pire ! Soyons honnête, il est difficile de jongler avec dix personnages principaux, et je ne pense pas que Laurell K. Hamilton relève le défi.

Un dernier point enfin. Je ne sais pas si c’est la traduction ou l’original, mais le roman abuse des ?!!! et autres ???!!!. C’est désagréable à lire, et à part rapprocher le livre d’une fanfiction lycéenne, je ne vois vraiment pas l’intérêt.

Bref, encore un tome qui me laisse perplexe. Il y a de bonnes idées, mais qui sont parasitées par la longueur des description, la lenteur de l’action et par la tripotée de personnages ne sachant penser qu’à une chose. Je lirais probablement la suite, car malgré tout j’ai du mal à abandonner, il y a encore l’espoir en quelque sorte.


Le Come-Back du Siècle est le premier tome du comic Transmetropolitan chez Vertigo. On retrouve Ellis au scénario et Robertson au dessin. En France, on se retrouve face à six volumes qui couvrent 60 chapitres, tous traduits et édités par Panini Comics. Autant le dire tout de suite en ce qui concerne les comics, je n’ai quasiment jamais rien lu d’autres que des productions Marvel rempli de super héros, donc là où on me propose un anti-héros, j’espérais ne pas être trop désorienté. Un synopsis pour ce comics complexe sera le bienvenue.

Le Come-Back du Siècle, Transmetropolitan Tome 1, de Ellis et Robertson

Spider Jerusalem est un journaliste gonzo pour qui Vérité est le leitmotiv, même la vérité dans toute sa laideur. Le fait qu’il soit poursuivi et qu’il soit en panne d’écriture l’avait poussé à partir dans les montagnes, mais son ancien éditeur se rappelle à son bon souvenir pour lui réclamer des bouquins. Alors notre gars hirsute va retrouver l’endroit qu’il déteste le plus, la ville, avec au passage un récurage qui ne lui laissera pas un poil sur le caillou. Il repart au turbin, retrouve ses marques et se prépare à révéler de nouveaux scandales.

On est en route pour une critique de la société en bonne et due forme. Le racisme, la religion, les politiques corrompus, etc… On a le droit à un large panel des maux actuels toujours omniprésent dans le futur, même s’il ont évolué avec leur temps. Le futur que nous présente Transmetropolitan est crade, dégueulant de déviance, mais je ne peux que lui reconnaitre un penchant réaliste. Au train où vont les choses, on a affaire ici à un futur plausible, ce qui est d’autant plus flippant.

Le personnage de Spider est juste génial, ça faisait longtemps que je n’avais pas croisé un personnage qui m’accroche autant. Il est… un peu méchant, voire cruel, mais on chercherait presque à justifier sa façon d’être tellement son obsession pour la vérité et la dénonciation des saloperies qu’on nous cache lui tiennent à cœur. Il rencontrera une belle brochette de personnages, à commencer par son rédac-chef, un poil anxieux, et son assistante hystérique. Entre les abominations génétiques, les ressuscités qui sont des cryogénisés qu’on ramène à la vie, les fanatiques de tout poils, les junkies et j’en passe, on a largement de quoi faire. Sans compter le chat fumeur absolument pouilleux qui agrémente le quotidien de Spider en pissant à peu près partout où c’est possible.

Le Come-Back du Siècle, Transmetropolitan Tome 1, de Ellis et Robertson

Niveau dessin, le style se veut plutôt réaliste, je le trouve particulièrement agréable. Le character design est à la hauteur dépeignant Spider comme un grand chauve maigre, tatoué de partout, arborant des lunettes-appareil photo loufoques, dans un éternel costard noir quand il n’est pas à poils. Ses postures et ses gimmicks ne sont pas en reste, Spider est génial sous tous les angles. La couverture du chapitre 9 où Spider court à poil dans une réserve entouré de mecs velus en tartan est juste énorme. Et l’auteur s’est grave lâché niveau détails dans ses décors, ils en fourmillent littéralement. En clair, c’est un régal même si quelqu’un qui n’est pas habitué pourrait avoir du mal à s’adapter.

Le Come-Back du Siècle, Transmetropolitan Tome 1, de Ellis et RobertsonConnaissant l’éditeur, Panini Comics, je m’attendais à un travail de sagouin mais pour le coup, ça tient la route et les 266 pages couleurs du volume relié sont d’assez bonne qualité. Je trouve quand même bizarre que les couvertures originales des chapitres soient à la fin du volume et pas à leurs places respectives.

En somme, une excellente série cyberpunk qui s’annonce ici. Reste à voir si elle conserve son ton cynique et qui touche au but par la suite, mais pour l’instant, surement un must-read que j’aurai du découvrir avant. Par contre, je vous conseilles d’essayer avant d’acheter, à 29€ le volume ça pardonne pas.


Natsume Soseki est probablement un nom qui vous évoque peu. Pourtant, il s’agit d’un des plus grands écrivains japonais, extrêmement célèbre au pays du soleil levant (j’en avais rapidement parlé lors de mon bilan de l’année 2009) ; un peu le Victor Hugo japonais, si l’on peut tenter ce type de comparaisons. Il orne d’ailleurs les billets de 1000 yens. Né en 1867, mort en 1916 d’un ulcère qui l’a longtemps fait souffrir, il incarne parfaitement la littérature Meiji, du nom de l’époque qui court de 1868 à 1912. C’est une ère très particulière pour le Japon, qui s’ouvre à la culture occidentale après des siècles d’enfermement et qui se modernise. C’est un moment spécifique où beaucoup de japonais sont déchirés entre tradition et modernisation, où dans les rues se croisent kimonos traditionnels et costumes occidentaux… Soseki, qui voyagea à Londres de 1900 à 1903, et qui en reviendra usé par ses tendances névrotiques et paranoïaques, incarne parfaitement cette époque.

Le Pauvre Cœur des Hommes de Natsume Soseki

L’ère Meiji est par ailleurs très riche en prestigieux auteurs, tels que Mori Ogai ou Lafcadio Hearn, pour ne citer que deux des plus marquants romanciers de cette période incroyablement féconde en auteurs de romans et de haïkus. Des haïkus, Soseki en écrira d’ailleurs beaucoup, avec un certain talent. Mais c’est par ses romans qu’il se fait le plus connaître : Je suis un chat, ou Botchan, pour les plus notoires. Celui dont je vais vous parler est une œuvre légèrement moins connue de lui : Le pauvre cœur des Hommes (Kokoro en VO).

Désigné comme « roman japonais le plus représentatif de l’ère Meiji » par le Pen Club Japonais, ce roman, admirablement traduit conjointement par Horiguchi Daigaku et Georges Bonneau, est aussi très représentatif du style de Soseki: une écriture très délicate, poétique, toujours légère. L’auteur entremêle l’histoire du roman à des observations sur l’environnement du narrateur (les objets, la nature, un lieu, une odeur…), et passe d’un coup de réflexions très profondes à des considérations tout à fait superficielles ; loin de saccader l’histoire, les deux styles se mêlent pour donner un résultat surprenant, encore une fois typique de ses livres. Cette technique contribue à conférer cette atmosphère particulière au roman, à la fois prenante et étrangement reposante. C’est assez complexe à décrire ; il faut le lire pour comprendre comment l’auteur crée cette ambiance.

Natsume Soseki

Natsume Soseki

L’histoire elle-même se découpe en trois parties (Le Maître et moi, Mes parents et moi, et Le Maître et le testament) et se résume assez rapidement : un jeune étudiant, fraîchement licencié de l’université de Tokyo, rencontre par un hasard complet un vieil homme, pour qui il nourrit une admiration et un intérêt inexpliqués. Uniquement appelé « Le Maître » tout au long du roman, ce dernier se lie avec le jeune étudiant, qui apprend progressivement à connaître le Maître et sa femme, Shizu. Cependant, il apparait rapidement que le Maître cache une partie de son passé, y compris à sa femme, et le jeune homme finit par lui demander franchement de lui raconter. La seconde partie démarre lorsque l’étudiant est rappelé chez ses parents, où son père est mourant. Le titre de la troisième partie est éloquent ; le Maître transmet par écrit l’évènement de son passé qui bouleversa tant sa vie et le poussa à vivre retiré de la société des hommes.

Je vous l’accorde, raconté ainsi, ça n’a pas l’air particulièrement passionnant ; mais il ne s’agit pas du type de roman où l’action prime. Soseki écrit un roman très fort, à la fois philosophique et touchant, où il tisse son histoire avec brio et finesse ; si elle peut sembler banale à première vue, le style de l’auteur la rend rapidement plaisante à découvrir, pas parce qu’il rend une histoire presque quotidienne palpitante par des artifices littéraires, mais parce que cette quasi-contemplation des choses, ce rythme calme, ces discussions tantôt lourdes de sens, tantôt bénignes, créent un réel plaisir de lecture, une envie de continuer, pas tellement pour découvrir la suite de l’action, mais simplement pour la satisfaction de lire.

Le Pauvre Cœur des Hommes de Natsume SosekiLa partie finale et la découverte du passé du Maître est d’ailleurs particulièrement bien écrite ; Soseki plante des personnages incroyablement réels et complexes, et amène le dénouement avec une grande subtilité.

C’est donc un roman assez particulier que je vous conseille ici, mais vraiment riche, profond, comme tous les romans de Soseki ; de Botchan à Oreiller d’herbes en passant par A l’équinoxe et au-delà, toutes les œuvres de l’auteur sont de la même eau ; à la fois calmes et puissants, subtils – bref, à lire.


Alcool de Poppy Z. Brite

Serafina dans Critiques, Livres le 6 novembre 2010, avec 4 commentaires
Critiques

Alcool est un roman de Poppy Z. Brite, auteur que l’on apprécie ici et dont on ne vous a pas parlé depuis bien longtemps. Elle est surtout connue pour ses œuvres Splatterpunk, mais comme tout auteur, elle évolue, et a délaissé la littérature gore pour un roman plus accessible, qui est le premier de ce qu’on appelle les The Liquor Novels en anglais. Ce tome a été publié en 2004 en langue anglaise, puis traduit en 2008 par le Diable Vauvert. Synopsis ?

Alcool de Poppy Z. Brite

Rickey et G-Man triment depuis leur plus jeune âge dans les restaurants de la Nouvelle-Orléans. Les deux amants forment un duo complémentaire, Rickey la grande gueule créative et G-Man, plus posé et plus sérieux. Les deux hommes ont une idée en tête, ouvrir leur propre restaurant, et avec un concept de folie : un restaurant où tous les plats seraient alcoolisés. Quoi de mieux pour une ville comme la Nouvelle-Orléans où le taux d’alcoolémie bat tous les records ?

Si vous avez l’habitude de Poppy, sachez que vous ne retrouverez pas son style cru, son amour du gore, et qu’il n’y aura pas non plus de phrases trash à la « Jesus t’aimes-t-il assez pour avaler ?« . Cependant, au résumé,on peut déjà retrouver des éléments typiques de l’américaine. Des héros gays, évidemment, et puis une relation Rickey/G-Man qui n’est pas sans rappeler Steve et Ghost dans Âmes Perdues. On retrouve aussi la Nouvelle-Orléans, ville fétiche de Brite.

Mais les similitudes s’arrêtent la. L’auteur signe ici un roman dédié à la cuisine, à la restauration et à tous ceux qui triment en cuisine. Je ne connais rien au monde des fourneaux, mais c’est décrit avec une telle précision et un tel entrain, qu’on rentre dedans, et même si on ne comprend pas tous les détails on est vite immergé (par exemple, je n’ai qu’une idée très vague de la fonction d’un saucier !).  Brite étant mariée depuis plusieurs années à un cuisinier, je pense que les descriptions et termes sont on ne peut plus réalistes, mais difficile de confirmer. J’ai été totalement happée par l’univers, si bien que j’ai lu ce roman en une journée et demi, quasiment d’une traite.

Liquor from Poppy Z. Brite

Couverture originale

En quelque sorte, on pourrait dire que c’est le Hikaru no Go du roman. Un sujet qui ne me passionne pas plus que ca (entre nous la cuisine c’est pas mon trip), mais tellement bien mené, avec de tellement bons personnages qu’on entre dedans pour ne plus en ressortir.  Brite réussi à nous intéresser à la cuisine, mais aussi à nous faire partager son amour pour la Nouvelle-Orléans. Ville dont elle retranscrit aussi bien la beauté que la décadence, avec l’alcool, la drogue et j’en passe.

L’intrigue, honnêtement, n’en est pas vraiment une. On suit les deux amants monter leur restaurant, chercher le local, etc. Il n’y a pas réellement de coup de théâtre, ni de réel but. On les suit, et c’est tout. Et on s’attache à eux, bien sur. Hormis un personnage un peu caricatural, le « méchant », comme toujours Brite retranscrit des personnages en marge de la société, ni tous blancs, ni tous noirs, plein de failles, mais très attachants.

Alcool de Poppy Z. BriteCe roman m’a énormément plu. Certes, moins qu’un Âmes Perdues, mais peu de livres pourront égaler ce dernier. Poppy Z. Brite ne sait pas que faire du gore, elle est aussi une bonne écrivaine pour raconter la vie de tous les jours. Évidemment, c’est bien moins sulfureux, mais c’est aussi une bonne manière d’entrer dans son univers si vous n’êtes pas fan du sang.

A noter que la suite, La Belle Rouge est sortie l’année dernière, toujours aux éditions du Diable Vauvert, et dans une somptueuse couverture. J’ai lu cette suite pendant mon Read-a-Thon, vous en aurez donc très bientôt la critique, qui ne fait que confirmer que cette nouvelle série de Poppy Z. Brite vaut le coup d’œil.


Les Magiciens de Lev Grossman

dabYo dans Critiques, Livres le 4 novembre 2010, avec 1 commentaire
Critiques

J’ai profité du Read-a-Thon de cet automne pour enfin me lancer dans la lecture de l’une des dernières grosses publications des éditions l’Atalante: Les Magiciens. Ce roman d’une petite cinq centaines de pages est écrit par Lev Grossman, plus connu pour son Thriller et best-seller Codex que pour ses publications en Fantasy, puisque c’est ici son premier roman du genre. Vu les nombreuses critiques élogieuses que j’avais pu lire ça et là, j’avoue que j’ai commencé ma lecture avec scepticisme, de peur d’être déçu. Les citations du New York Times et du Washington Post n’ayant pas aidé à m’ôter cette sorte de malaise. Un Harry Potter pour adultes vous dites ? Ma foi, on verra bien. Synopsis.

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Quentin est intelligent, très intelligent. Il fait partie de la crème de la crème et sa dernière année au lycée est sensée lui permettre d’entrer dans une des plus prestigieuses universités américaines. Mais voilà, être intelligent ça ne suffit pas, et d’après lui, sa vie craint carrément. Son meilleur ami lui pique forcément le beau rôle, et il est éperdument amoureux d’une fille… qui n’est autre que la copine de son meilleur ami. Pire, il passe son temps à trainer avec eux, puisque ce sont ses seuls amis. Bref, son existence ne pouvait pas être pire, si seulement il pouvait, comme les héros des Chroniques de Fillory, son roman préféré, découvrir un monde où sa vie aurait un peu plus de sens.

Cette chronique va sans doute être l’une des plus dures que j’ai écrite. Et pour cause, Les Magiciens est un roman que l’on peut clairement divisé en deux parties: la première, plutôt banale, n’est vraiment pas transcendante. Elle est commune mais reste sympathique à lire. Mais il y a une deuxième partie. Une deuxième partie qui nous fait oublier en l’espace de quelques pages tout ce que l’on venait de lire. Une deuxième partie qui m’a franchement marqué. Le problème, c’est que pour vous expliquer pourquoi, je dois presque vous raconter l’histoire. Et que je n’ai pas envie de vous la gâcher, car elle est belle. Mais parlons tout d’abord de la première partie, celle qui se passe à l’école de la magie.

On commence donc la lecture du roman, et on découvre notre héros, Quentin, trainant dans les rues américaines de façon complètement désabusée, car sa vie est une vie totalement naze. Enfin, de son point de vue. Les éléments de cette dernière, son école, ses amis, sont amenés les uns après les autres de façon assez astucieuse, et on se situe très vite dans l’histoire. Il faut dire que le style de Grossman, si je ne l’ai pas trouvé transcendant, est plutôt agréable à lire. Il va souvent droit au but, et on le verra par la suite le ton général, assez désabusé, colle extrêmement bien à notre histoire.

Les Magiciens de Lev Grossman

Encore une fois, je suis très perplexe sur la couverture américaine... et lui préfère largement la superbe de Frédéric Perrin !

Mais bien que le plongeon se fasse rapidement, on redoute de plus en plus cette citation que l’on a lu sur la quatrième de couverture, ce Harry Potter pour adultes. Car ce n’est pas vous spoiler que de vous dire que Quentin va très vite rejoindre une université de Magie. Oui, même qu’elle s’appelle Brakebills et que c’était peu ou prou son plus grand rêve. Celui qui lui donne l’impression d’avoir réussi quelque chose, et cela le rapproche un peu plus des Chroniques de Fillory. Mais voilà, la manière par laquelle cet évènement arrive est caricaturale, c’est très très gros, et cela nous fait craindre pour la suite du roman. Et en effet, aucun stéréotype n’est épargné: Brakebills se situe en plein milieu de la ville, les moldus n’en ont pas connaissance, et Quentin y tombe par hasard, au détour d’un pré. Et les stéréotypes continuent et s’enchaînent, excellent en magie, il va sauter une classe, intégrer des groupes VIP, bref, mais que se passe t’il ? L’auteur a t’il décidé d’une histoire où tout se passe super bien ?

En fait, bien qu’agréables à lire, les deux cents premières pages de ce roman seront très clichées. Quentin y fait sa scolarité, on y vit quelques anecdotes, et on craint que Les Magiciens ne soit qu’une repompe de Harry Potter, avec une surcouche de sexe et de stéréotypes. Car, contrairement aux romans de J.K. Rowling, l’obsession de la jeunesse pour le sexe n’est dans ce roman pas du tout édulcorée, bien au contraire, et cela fait tout de suite partie de l’univers, Quentin y pensant assez souvent. On aura même droit à une ou deux scènes explicites, qui surprennent presque. Mais bon, ce seul ajout ne rendrait pas un livre avec stéréotypes intéressant. Et pour cause, on ne lit pas Les Magiciens pour sa première partie, mais pour sa seconde.

Car si jusqu’alors le roman était d’un intérêt somme toute très relatif, bien que pas désagréable pour autant, la suite du bouquin est tout simplement excellente, et ne repose pas du tout sur les mêmes principes. On s’aperçoit en effet que la thématique du livre est plus profonde qu’il n’y paraît: avoir des pouvoirs magiques, c’est cool, mais dans un monde où il n’y a rien à en faire, à quoi bon ?

C’est plus ou moins cette phrase, ou tout du moins cette idée, que Lev Grossman va creuser et sur laquelle il articule son bouquin. Et bien entendu, pour laquelle le ton désabusé du livre va parfaitement coller. La première partie du roman ne nous avait pas réellement permis de nous attacher à notre héros, mais cette seconde, où il sera confronté à lui même, à son ennuie, à son imperfection, nous le rend beaucoup plus attachant. J’aimerai vous dire comment, mais c’est difficile à vous expliquer. C’est un sentiment qui grandit très rapidement, et dont on se rend compte trop tard. Et voilà, ça y est, ce que l’on commençait à redouter arrive… Et on se retrouve à souffrir avec lui, à espérer comme un fou que les choses s’arrangeront, on peste lorsqu’il fait une connerie qu’il regrettera plus tard, on prie pour qu’il ouvre les yeux, qu’il se reprenne.

Les Magiciens de Lev GrossmanFinalement, Les Magiciens est un roman de Fantastique, voire Fantasy, qui traite bien plus de la réalité qu’on pourrait le penser au premier abord. Alors bien entendu, la magie n’existe pas, mais il est évident que le sujet traité par l’auteur est celui de l’argent, de l’objectif dans la vie. Que faire quand on a aucun but dans la vie ? Que faire quand tout est facile à obtenir ? Notre bonheur d’arriver à quelque chose ne vient il pas du fait que nous avons eu du mal à l’obtenir ? Bref, la lecture est vraiment prenante, et assez difficile. Oui, difficile, lire les pages est dur. On a envie de connaître la suite, le fin mot de l’histoire… Et on voit que le nombre de pages restantes rapetissi à vue d’oeil. Peu à peu nos espoirs les plus fou s’amenuisent. On en vient même à espérer que Lev Grossman fera une pirouette à la mord moi le nœud, car il il ne peut pas nous laisser comme ça. On espère tout simplement que l’auteur va nous rendre un peu d’espoir, que la vie ce n’est pas juste ça.

Bref, à côté de ça, Les Magiciens est parfaitement ancré dans notre époque, avec de très nombreuses références, que ce soit à la littérature ou à la vie en générale. Il n’est pas rare de voir des évocations d’Harry Potter ou même de Donjon & Dragon. Les Chroniques de Fillory sont quant à elles directement inspiré de Narnia, et l’auteur se sert du tout pour nous créer une sorte de mythologie magique très bien exploitée, et surtout, crédible.

Bref, je ne pourrais pas en dire plus sur Les Magiciens sans vous en gâcher la lecture, et j’en ai peut être déjà trop dit. Pourtant, j’aimerai vous en dire encore plus, et vous donner envie de le lire. J’ai vraiment été marqué par ma lecture du titre, et je ne m’y attendais pas du tout en ouvrant le roman. Lire autre chose a été bien difficile, car Les Magiciens est un de ces romans qu’on retient pendant longtemps, qui marque. Je vous le conseille, vraiment, que vous aimiez ou non le genre. Vous pouvez en lire les premières pages par ici.


Mal-Morts de Jean-Marc Ligny

Serafina dans Critiques, Livres le 1 novembre 2010, avec 7 commentaires
Critiques

Mal-Morts est un roman jeunesse de Jean-Marc Ligny édité par l’Atalante et que j’ai lu lors de mon Read-a-Thon. Ce roman est sorti le 23 septembre dernier et se compose d’à peu près 300 pages, écrites assez gros, le tout servi par une fort jolie couverture de Xavier Collette qui m’a immédiatement charmée, et dont je vous invite à lire le blog. Synopsis ?

Mal-Morts de Jean-Marc Ligny

Depuis sa plus tendre enfance, Élodie lutte contre les morts, ou plutôt les mal-morts: suicidés, assassinés, ils restent à hanter notre Terre, et cherchent à se nourrir de notre héroïne. Elle résiste, mais à de plus en plus de difficultés. Ses parents sont à bout, la prennent pour une folle, et la font suivre par un psy. Sauf que cela ne semble pas l’aider, au contraire !

Entre incompréhension et tourments, on comprend très vite que l »histoire d’Élodie incarne parfaitement ce dur passage qu’est l’adolescence. Le fait que ses luttes soient plus importantes lorsqu’elle a ses règles l’indique tout autant. Alors évidemment, nous sommes dans une sorte de conte initiatique, qui n’ira pas sans quelques clichés, notamment au niveau des parents, bornés et qu’on aurait très envie de baffer. De même pour les amis d’Élodie, gentils, presque un peu trop.

Cependant pour un livre jeunesse, c’est du très, très, bon. Il est aisé de s’identifier à l’héroïne, on est tous passés par la, les fantômes en moins. On évite l’héroïne tête à claques et la majorité des clichés. On échappe aussi à l’aseptisation. En effet, des thèmes forts sont abordés, la mort évidemment, mais aussi l’anorexie, le viol et autres sujets graves, souvent écartés des romans jeunesse, à tort, car on est très vite en age de le comprendre. Évidemment, ces thèmes sont abordés avec  une certaines pudeur, ils donnent cependant un coté plus sérieux et plus grave au roman. Une raison de plus pour le conseiller.

Le coté psychiatrique m’a aussi fortement intéressé, j’aime tout particulièrement les histoires qui se déroulent dans ce milieu, je trouve cela fascinant.  Bon évidemment, on ne dresse pas forcément un portrait tout rose des institutions psychiatriques, mais cela ne m’a pas semblé trop caricatural.  L’histoire a réussi à me surprendre quelques fois, et pourtant ce n’étais pas gagné. En effet, encore une fois, un bon carton rouge à l’Atalante, qui révèle dans son résumé de quatrième de couverture l’aboutissement des 250 premières pages d’un roman qui en fait… 300. C’est sérieusement agaçant. Je sais, je n’ai qu’à pas lire les 4eme de couverture, mais après c’est dur de savoir que lire !

Mal-Morts de Jean-Marc LignyJe ne connaissais pas du tout Jean-Marc Ligny, auteur français qui pourtant n’en est pas à son premier roman. Son écriture sait être directe, accessible sans être plate. Il réussit aisément à nous faire entrer dans son univers et ses personnages prennent vite du relief. Bon, je ne serais pas objective. Un auteur qui cite Fields of the Nephilim sur la première page de son roman, je peux difficilement partir avec un apriori négatif.

Au final, c’est un roman qui ne m’a pas déçue, et qui est à la hauteur de sa superbe couverture. Je le conseille à toutes les tranches d’ages aimant le Fantastique. Bien que le personnage principal soit une fille, je pense ce livre susceptible de plaire aux garçons aussi. Et si vous avez une sœur ou une cousine à qui vous ne savez pas quoi offrir, alors Mal-Morts sera le cadeau idéal, accessible et sérieux, c’est de la littérature jeunesse de haut niveau. D’autant que le prix des romans jeunesse des éditions l’Atalante est très attractif, et c’est à souligner.