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Dernièrement dans la section Livres d'if is Dead:

J’avais très agréablement terminé l’année 2009 en lisant Izaïn, né du désert, le premier tome de La Quête d’Espérance écrite par Johan Heliot et disponible aux éditions l’Atalante. Et c’est avec L’Archipel Céleste, troisième et dernier tome de la série, que j’ai décidé de terminer cette année 2010. Pour ceux qui ne savent pas de quoi je parle, je vous invite à lire ma première chronique, puisque suite oblige, il n’y aura pas de synopsis pour être sûr de ne pas vous gâcher la surprise. Alors, la série est elle excellente jusqu’au bout ? Ou bien Johan Heliot s’essouffle-t’il sur la dernière ligne droite ?

L'Archipel Céleste, La Quête d'Espérance Tome 3, de Johan Heliot

Quand j’ai terminé ma lecture du second tome, Les Pirates de Fer, c’est avec un certain étonnement que j’ai appris qu’il s’agissait d’une trilogie. Beaucoup de questions étaient posées, beaucoup de destins étaient suivis, bref, je voyais mal comment l’auteur pouvait s’en sortir en moins de deux cents pages. Dénouer toutes les intrigues me semblait bien trop fastidieux. Et pourtant, L’Archipel Céleste arrive à y répondre, beaucoup plus rapidement que prévu. Et d’une plutôt très bonne façon même.

Le style d’écriture de Johan Heliot y est toujours aussi agréable à lire. Roman de jeunesse oblige, il est plutôt facile d’accès et simple, mais il n’en reste pas moins efficace, dans l’exact lignée des tomes précédents. La narration est rapide, passant de personnage en personnage sans qu’on ne soit jamais perdu. J’ai aussi apprécié les différents rappels de l’histoire de chacun d’entre eux, et de ce qu’ils ont vécu, en quelques lignes, des lignes toujours insérées intelligemment dans le texte pour ne pas se transformer en lourdeur. Car comme je le disais, il y a de nombreux protagonistes dans La Quête d’Espérance, et bien que l’auteur n’hésite pas à en tuer, ils restent trop nombreux pour qu’on n’oublie aucun détail. Grâce à ces petits passages savamment dosés, non seulement on se rappelle de tout, mais l’auteur en profite parfois pour creuser un peu plus ses personnages, et nous faire découvrir un autre pan de leur histoire. Vraiment agréable.

Le vrai point fort de la série, outre ses personnages attachant, c’était son univers très original, et très fouillé et développé pour un roman jeunesse. Ce troisième tome confirme la tendance, et nous amène les réponses à toutes les questions qu’il pouvait susciter. D’où vient le fluide, d’où viennent ces mystérieux vaisseaux vivants, que veulent les pirates de fer… Tout trouve réponse, et de façon plutôt étonnante. On a même droit à quelques excursions dans les régions inconnues, qui nous permettent de visualiser encore un peu plus le Territoire. J’ai été surpris et complètement absorbé par la fin de ce roman qui nous nous fait passer du roman de jeunesse dit de Fantasy pour aller carrément dans le domaine de la Science-Fiction ! Assez étonnant, déroutant, mais à des années lumières d’être mauvais. Ce n’était pas le premier roman à utiliser ce genre de narration que je lisais cette année, avec par exemple Les Fables de l’Humpur de Pierre Bordage, mais c’était une découverte très agréable.

Ce retournement, que je n’attendais pas réellement, bien que certains indices auraient du m’y faire penser, est vraiment bien retranscrit. Le ton de la série était déjà très adulte, avec des thématiques assez lourdes (esclavagisme notamment), mais cette fin l’est encore plus, tout en donnant un espoir bienvenue. A vrai dire, je n’y verrai qu’un seul point négatif: peut être un peu trop rapide. J’aurai apprécié que l’auteur prenne un peu plus de temps pour tout nous expliquer, car j’avoue que j’ai parfois été pris de court, ayant à relire quelques paragraphes pour bien comprendre. Peut être qu’un jeune lectorat sera plus habile, mais j’ai peur qu’ils ne comprennent pas tout les détails du dénouement, trébuchants sur certains. En effet, de nombreux mots de vocabulaires sont insérés d’un coup, et je n’ai pas su réellement les relier à leurs définitions. Un jeune y arrivera-t’il avec aisance ? Je n’en sais rien.

L'Archipel Céleste, La Quête d'Espérance Tome 3, de Johan HeliotDu coup, même si j’ai beaucoup apprécié ce retournement, j’en ai eu un petit arrière goût amère. Dommage qu’il n’y ait pas eu un peu plus de pages pour prendre le temps de raconter avec plus de détails. D’un autre côté, Johan Heliot voulait peut être gardé son rythme survolté tout au long de l’aventure, et c’est grosso-modo l’impression que donne cette fin. Cela se couple peut être un peu mal avec le côté tout est bien qui fini bien que l’on peut retrouver.

Et c’est bien là le seul défaut que l’on peut reprocher à cette série. La Quête d’Espérance est pour moi une série jeunesse à conseiller absolument. Facile à lire, envoutante, elle ne peut que donner à un jeune le goût de la lecture. De la très bonne lecture jeunesse en somme. Dommage que ce soit déjà fini, j’aimerai bien y retourner… Si vous cherchez un cadeau pour votre petit neveu/cousin, vous l’avez sous les yeux !


Et vous, votre avis ?

Juliette de Anne Fortier

Serafina dans Critiques, Livres le 25 novembre 2010, avec 1 commentaire
Critiques

Juliette de Anne Fortier est un roman publié en 2008 en langue anglaise, puis traduit le mois dernier chez nous aux éditions Michel Lafon par Cécile Dutheil de la Rochère. Le roman fait dans les 400 pages et se classerait plutôt dans le domaine du Thriller, mais comme nous allons le voir, pas totalement. Avec sa couverture absolument magnifique j’avais très envie de le lire, tandis que son genre, en général très stéréotypé, me rebutait quelque peu. Synopsis ?

Juliette de Anne Fortier

Julie est une américaine comme une autre, qui vit un peu dans l’ombre de sa sœur jumelle. Le jour où sa tante décède, elle ne reçoit pour héritage qu’une clé et quelques indications qui l’emmènent à Sienne pour ouvrir les affaires personnelles de sa mère décédée quand elle était toute petite dans un accident de voiture. Sauf que, évidemment, les apparences sont bien trompeuses, et il semblerait que le mystère soit plus dense que prévu et touche de près aux origines de Roméo et Juliette, la pièce préférée de Julie.

Nous sommes là en présence d’un roman à la construction assez particulière. En effet, la majorité du temps, les chapitres sont une alternance entre passé et présent, XIVe et XXIe siècle pour être exacte. On suit l’histoire de Julie, à la quête de ses origines, et celles de Roméo et Guilietta, non pas la voiture mais le prénom originel de Juliette. Cette manière de procéder a un avantage, c’est qu’elle permet de ne pas trop s’ennuyer.

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Anne Fortier

En effet, la première partie de l’aventure de Julie est vraiment longuette. Évidemment, on place les personnage, on nous présente Sienne, mais honnêtement, il ne se passe pas grand choses et les chapitres n’avancent pas. Heureusement qu’en parallèle Roméo et Juliette eux avancent. Cela nous permet aussi de découvrir une version, probablement plus proche de la vérité, de la pièce de Shakespeare qui fut réellement inspirée d’un fait divers Siennois. J’aime énormément la pièce de l’auteur britannique, donc je ne peux qu’apprécier cette révision, somme toute menée de manière bien habile. Les personnages y sont intéressants et bien développés.

Heureusement, l’histoire de Julie s’accélère un peu sur la fin, et on s’en doute, les histoires vont se rejoindre d’une manière où d’une autre. Nous sommes dans un Thriller historico-romantique, genre qui peut faire peur, mais il n’en est rien. L’auteur a su éviter les stéréotypes inhérents au genre, ce n’est pas une bête application des codes. Évidemment, il y a complot, secrets et trahisons, mais cela passe vachement bien. De plus le roman est accessible à une large tranche d’age, aucune scène douteuse, donc il est facile à faire lire à une adolescente sans que cela puisse poser de problèmes.

Le style est agréable sans être mémorable, cela se lit bien et c’est tout. On regrettera peut être des personnages un peu trop grossiers par moments, ou manquant de relief. On ne peut cependant que saluer le travail documentaire de Anne Fortier, notamment au niveau de la ville de Sienne. Les mœurs et les particularités de la ville sont bien expliquées, rendant le roman facilement accessible aux néophytes comme moi. Évidemment, je pense qu’il est par contre mieux de connaître un minimum la pièce qui est à l’origine du livre pour en apprécier les subtilités, aucun doute que vous passerez à coté de la majorité sinon.

Juliette de Anne FortierUn petit point enfin sur l’aspect extérieur du roman. Comme toujours, Michel Lafon propose un livre facile à lire, à la mise en page agréable et avec une couverture de toute beauté. Le parchemin et la rose rendent très bien, la couverture est alléchante et donne envie. Bref, un très bel objet, comme d’habitude. Seul petit bémol, le plastique protégeant la couverture a commencé à se décoller au cours de ma lecture…

Pour ma part, j’ai vraiment apprécié le livre, je vous le conseille donc, à condition que vous connaissiez et aimiez la pièce en question.  Le roman se lit bien et est accessible à toutes les tranches d’âges. Il n’est pas trop typé, donc je pense qu’il pourra aussi convenir aux deux sexes.


Cela faisait un peu plus d’un an que je n’avais pas pu lire la suite d’une des séries de Fantasy que je suis, La Couronne des Sept Royaumes de David B. Coe. Le huitième tome, La Guerre des Clans, m’avait laissé un peu sur ma faim. L’histoire n’avançait pas vraiment, les passages étaient quelques peu longuets, avec quelques répétitions en trop. Bref, en général, quand on arrive aussi loin dans une série, et lorsqu’il ne reste plus que deux tomes à lire, on termine, histoire de ne pas rater une fin qui soit à la hauteur de nos attentes. C’est donc ainsi que je me suis replongé dans l’univers de l’écrivain avec L’alliance Sacrée, neuvième et avant dernier tome. Ai-je bien fait ?

L’alliance Sacrée, la Couronne des Sept Royaumes Tome 9, de David B Coe

Pour ceux qui n’ont pas lu les précédentes critiques, ni ma présentation de La Couronne des Sept Royaumes, il s’agit là d’une série de Dark Fantasy qui est plus ou moins dans la lignée de ce que peut offrir Le Trône de Fer de George R.R. Martin: de nombreux personnages, des points de vue alternant, des nombreuses intrigues de cours et un complot pour lier le tout. Bref, exactement ce que j’aime, et ce qui m’a permis de dévorer les six premiers tomes, avant d’être un poil déçu du septième et huitième.

On reprend notre histoire là où on l’avait laissé, étant donné que j’avais lu le précédent tome il y a près d’un an, j’avais au début un peu peur de ne pas me rappeler de tous les protagonistes. Heureusement, les rappels de l’auteur sont bien faits et m’ont vite permis de me remémorer de tous les petits détails, des personnages que l’on suivait et ce qui leur était arrivé. Pour le coup, c’est assez pratique qu’il nous fasse des petits rappels à chaque fois. C’est avec un réel plaisir que j’ai retrouvé les personnages, que j’ai pu me replonger dans cet univers et sa magie qirsi.

Alors que je regrettai le manque d’action et le report constant du dénouement de l’histoire dans les tomes précédents, on voit que David B. Coe a compris qu’il était dans la dernière ligne droite de son histoire, et les choses commencent réellement à bouger. Toutes les petites intrigues qui ont servi auparavant d’histoire prennent leur importante, et le plan du Tisserand se dévoile peu à peu. J’avoue qu’après avoir suivi l’histoire aussi longtemps, les passages que nous offre L’alliance Sacrée sont assez jouissif. On est content de les lire, et l’action est bien là, prenante, passionnante même. On se retrouve donc avec un roman bien plus haletant que le reste de la série, avec une constance dans l’action et dans les dénouement d’intrigues vraiment intéressant.

L’alliance Sacrée, la Couronne des Sept Royaumes Tome 9, de David B Coe

Si j’ai rechigné au début à me replonger dans l’univers, une fois que ce fut fait, je n’ai plus pu en décrocher. J’ai ainsi dévorer les quatre cents pages du tome en deux jours, comme au tout début de la série. A peine le livre reposé qu’on a l’envie de reprendre notre lecture. Il faut dire qu’en plus de nous fournir un scénario et une histoire prenants, le style de l’auteur est toujours aussi bond: clair, il ne nous laisse jamais dans le doute, et ce même dans les scènes d’action ou de guerre. Et dieu sait qu’il y en a dans ce tome, puisque la guerre entre les magiciens et les eandis commence enfin. Les combats sont prenants et bien décrits, et j’ai particulièrement apprécié l’utilisation de la magie, les explications qui sont fournies, etc. C’était certes déjà complet auparavant, mais on comprend enfin où l’auteur voulait aller.

L’alliance Sacrée, la Couronne des Sept Royaumes Tome 9, de David B CoeCeci étant dit, le roman ne gomme pas les défauts que les autres tomes possédaient, et j’ai tout de même retrouvé plusieurs répétitions. David B. Coe aime nous rappeler ce qu’il s’est passé dans les précédents tomes, et bien que cela m’ait servi pour me re-situer, le relire plusieurs fois aurait pu m’agacer. Mais ce n’est pas le cas cette fois grâce à l’histoire qui a réellement pris un nouvel intérêt. Du coup, ça passe sans trop de problèmes. C’est dommage bien sûr, car ces lignes inutiles auraient peut être permis autre chose.

Au final, L’alliance Sacrée est un très bon tome et replace La Couronne des Sept Royaumes dans mes petits papiers. Il ne reste plus qu’au dernier tome, Le Pacte des Justes de confirmer l’essaie et de faire de la série de David B. Coe une série de Dark Fantasy à avoir lu.

Vu qu’il est déjà sorti, je m’en vais de suite le lire.


Le Coup du Cavalier de Walter Jon Williams

illman dans Critiques, Livres le 19 novembre 2010, avec 1 commentaire
Critiques

Le Coup du Cavalier est un roman de Science Fiction de Walter Jon Williams paru en langue originale en 1985. C’est en 2010 que le roman atteint nos contrées sous l’égide des éditions l’Atalante. On apprécie que l’auteur n’ait pas succombé aux sirènes des séries et qu’il nous gratifie ici d’un ouvrage du genre ma foi fort intéressant. Avant de commencer ma lecture, je flippais un peu après avoir lu la critique de Ceci n’est pas un jeu de Seraf’, roman du même auteur. Partons sur de bonnes bases et venons en à l’histoire de ce morceau de futur. Synopsis.

Le coup du cavalier de Walter Jon Williams

L’humanité a réalisé deux de ses rêves, l’énergie illimitée par le biais de réacteurs spéciaux, les Falkners, du nom de leur inventeur et l’immortalité.  Le nouvel objectif à atteindre maintenant que les étoiles sont peuplées, c’est de les rendre accessibles rapidement pour le commerce, les déplacements, etc… Et quoi de mieux pour y parvenir que la téléportation. Alors lorsque des bestioles sur une planète lointaine font mine de pouvoir se mouvoir de manière instantanée entre des points éloignés, une expédition scientifique, nommée le coup du cavalier, est montée. Elle regroupe les plus grands scientifiques de ce temps.

Vous vous en doutez, ce sont ces scientifiques que l’on va suivre et plus particulièrement, les physiciens. Mais le moteur du roman, ce n’est pas cette épopée de chercheurs, c’est la romance qui existe entre deux de ses protagonistes. Je sais qu’au travers de mes précédentes chroniques j’ai donné l’impression d’exécrer ce genre de relation entre les personnages, mais c’est surtout la mièvrerie et le neuneu-isme que je ne supporte pas. Ici, ce n’est pas niais, la question qui anime cette relation repose sur la notion d’immortalité. L’un a subi le traitement pour vivre éternellement et l’autre est une Irréductible qui l’a refusé. Dans ce cas là, refuser le traitement est il un suicide ? Peut on regarder l’autre mourir alors qu’une solution existe ?

Frank Kafka écrivait « L’éternité, c’est long… Surtout sur la fin« , car oui, l’éternité c’est long, les deux camps ont leurs points de vue et les personnes traitées doivent commencer à être un peu maboul de tout ce temps d’ennui qu’ils ont à occuper. Parce l’ennui est bien présent, le héros, Doran, trompe son ennui dès le début du roman en surveillant une expérience qui court depuis un paquet de temps.

Knight Mooves of Walter Jon Williams

La couverture originale

Rayon personnage, Doran Falkner est un scientifique misanthrope, qui a déclenché les révolutions scientifiques dont l’humanité a bénéficié. L’ennui est palpable chez lui et du haut de ses quelques 800 ans, il me fait penser au Francis Sandow de Roger Zelazny dans L’île des morts. Ses découvertes lui ont été soufflées à l’oreille par un extra terrestre qui a l’obsession des fouilles archéologiques, il est très vieux et on sent comme une tentative d’illustration de ce que pourrait devenir les humains avec l’immortalité. Mary est une Irréductible, personnellement je trouve que c’est une cheateuse, puisqu’elle a passé un sacré bout de temps en hibernation. Doran et elle étaient amants dans le passé, c’est la réunion de ce couple qui va faire avancer l’histoire. Autour d’eux graviteront des protagonistes qui ont plutôt tendance à courir après Mary, le panel allant du scientifique fou en passant par l’administrateur froid. Je ne pouvais pas passer à coté des Lugs, ces fameuses bêtes herbivores qui se téléportent, ça donne un peu dans le documentaire animalier à un moment, ça apporte un petit coté frais.

Le style de l’auteur est assez fluide, il nous épargne les explications scientifiques compliquées et ne part jamais dans des phrases alambiquées. Par contre, ça sent le vieux, je ne veux pas dire que ça accuse son âge mais même sans connaitre la date de parution du roman, je me doutais qu’il datait quand même de quelques années déjà. C’est peut être mon imagination ou le fait que le thème semble passé de mode aujourd’hui. D’un autre coté, c’est une remarque, pas une critique, il demeure bien écrit et agréable à la lecture dans la traduction de Patrick Dusoulier.

Le coup du cavalier de Walter Jon WilliamsChez les éditions l’Atalante, on fait parfois dans le binaire. Soit les couvertures sont superbes soit elles sont bizarres. Celle de Genkis pour ce roman tombe malheureusement dans la seconde catégorie. Ça rebutera les personnes qui jugeront bêtement les romans à leur couverture, dommage.

Avec Le Coup du Cavalier, on s’engage sur de la bonne Science Fiction, pas de doute là-dessus. A lire pour les fans du genre, lorsque ce dernier sent bon l’inconnu et la réflexion sur l’immortalité. Dans la même veine, je vous conseille L’îles des morts de Roger Zelazny.


Jirel de Joiry de Catherine L. Moore

dabYo dans Critiques, Livres le 17 novembre 2010, avec aucun commentaire
Critiques

Jirel de Joiry est un recueil de nouvelles de Catherine L. Moore qui vient tout juste d’être édité chez Folio SF. Il réunit l’ensemble des nouvelles que l’auteur américaine a écrite autour d’un de ses personnages féminins phares, Jirel de Joiry. Ce nom ne vous dit peut être pas grand chose, et pourtant, il fait parti avec d’autres grands noms de l’Heroic Fantasy avec Conan le Cimmérien et autre Solomone Kane. Car les nouvelles datent pour la plupart des débuts du genre, alors publiées dans le magazine pulp phare de l’époque, consacré à l’imaginaire donc, Weird Tales. Synopsis.

Jirel de Joiry de Catherine L. Moore

Jirel de Joiry est une jeune femme rousse, très belle, et surtout, intrépide et indépendante. Elle n’est pas une simple châtelaine qu’on vient conquérir pour rester à se taire par la suite, aux ordres de son mari. Et ce n’est surement pas Guillaume, ou même le Dieu Noir, qui vont lui dire comment se conduire. Elle règne sur son domaine et son château, mais lorsque ce dernier est menacé, elle n’hésite pas à aller au front, que ce soit avec son destrier et sa lourde armure, ou vers des terrains inconnus que nul n’oserait explorer.

Nous nous passons de synopsis habituellement lorsqu’il s’agit de recueil de nouvelles, mais celui ci est un peu à part. Comme je le disais, c’est là l’ensemble des nouvelles écrites par Moore sur son personnage, et celles ci forment un tout, et vont nous permettre de cerner ce personnage de Jirel de Joiry. Aujourd’hui, un personnage féminin indépendant pourrait presque paraître comme banal. J’en ai moi même côtoyé plusieurs cette année, que ce soit par ma lecture d’Ellana de Pierre Bottero ou récemment du Roi d’Ebène de Christine Cardot. Mais Jirel de Joiry fait partie des pionnières, des premières héroïnes du genre, et bien que presque oubliées aujourd’hui, la lecture de ces nouvelles n’en est pas pour autant dispensable.

Si le personnage est révolutionnaire pour l’époque, il est aussi très bien ancrée dans cette époque et ne dénote pas par rapport aux nouvelles publiées dans le Weird Tales que l’on peut encore lire aujourd’hui. Difficile de ne pas penser aux héros de Robert E. Howard dès qu’on lit les premières pages de la première nouvelle du recueil, Le Baiser du Dieu Noir. Et pourtant, si la trame est semblable, les thèmes diffèrent, bien que moins compréhensibles aujourd’hui. A notre époque, l’indépendance d’une femme est chose acquise, alors qu’elle commençait à peine à s’esquisser dans les années 30 américaines.

Jirel de Joiry de Catherine L. Moore

Ironiquement, l'image présentant la nouvelle dans le Weird Tales de l'époque nous montre une Jirel de Joiry frelle, faible, et presque enamourée prête à s'offrir au Dieu Noir

A côté de cette leçon historique qui m’a beaucoup séduit, il y a des qualités que l’on ne peut pas nier aux récits de Moore. Elle écrit bien, c’est facile et agréable à lire, la traduction étant d’une très bonne qualité, et surtout, on se retrouve facilement plongé dans le monde que parcoure Jirel. Le livre n’usurpe pas son classement dans le genre Fantastique, voire Fantasy avant l’heure, avec des excursions dans des mondes très lovecraftiens comme le monde du Dieu Noir ou encore celle de la sorcière Jarisme que l’on retrouve dans la troisième nouvelle, Jirel face à la magie. C’est plutôt rafraichissant, et voir l’héroïne s’y retrouver parfois à plusieurs reprises donne une continuité au personnage. A noter d’ailleurs que les deux premières nouvelles se suivent réellement, tout en pouvant être lu indépendamment.

Malheureusement, le recueil est loin d’être exempts de défauts. Comme pour un Conan le Cimmérien ou un Solomone Kane, les nouvelles ont bien entendu un petit air familier. On ne peut pas dire que l’auteur se renouvelle à chaque fois, et bien que ce soit habituel dans ce type de littérature, j’ai eu l’impression que c’était ici un peu trop important. Certes, les situations changent, notamment les univers dans lesquels ils se déroulent, assez variés, mais finalement les thèmes abordés sont toujours les mêmes. L’histoire tourne bien trop souvent autour de l’indépendance de Joiry, parce que son indépendance en tant que femme est remise en doute dès qu’il est question d’amour. Alors bien entendu, c’est le cas lors d’une union forcée, mais le thème revient bien trop souvent.

Jirel de Joiry de Catherine L. MooreDe même, si son style est clair et limpide, il n’en reste pas moins assez lourd à la lecture. L’auteur nous décrit certes très bien les décors, mais semble parfois oublier qu’elle vient tout juste de le faire. Outre une répétition autour des thèmes, on se retrouve donc avec des répétitions récurrentes au sein même des nouvelles. Ce qui entrave au plaisir de lecture et alourdi les nouvelles de façon excessive. On ne peut malheureusement pas compter sur les scénarios, suite d’action-conséquences, pour nous enlever cette impression. La dernière nouvelle quant à elle, La quête de la pierre-étoile, qui fait se rencontrer deux héroïnes de l’auteur, ne m’a pas du tout convaincu.

Du coup, même si j’ai plutôt apprécié le recueil dans son ensemble, mon avis final est assez mitigé. Jirel de Joiry est un recueil que je peux vous recommander sans crainte pour votre culture historique et littéraire. Il possède d’énormes qualités, que ce soit via son héroïne, via l’influence que Howard aura par la suite, ou simplement parce que c’est la l’un des premiers écrivains de l’imaginaire qui soit féminin. Mais le côté répétitif pourra être vu comme un très lourd poids, ce qui explique peut être que l’héroïne soit aujourd’hui plus ou moins oubliée. A noter cependant qu’une excellente préface de Patrick Marcel introduit très bien le volume et nous donne des détails qui permettent de bien mieux savourer les nouvelles, et d’appréhender leurs défauts.


Les deux premiers tomes de Vicki Nelson étaient très bons, alors j’ai sans surprise enchainé rapidement avec la suite de la série de Tanya Huff. Pour rappel, cette dernière est parue au début des années 90 et vient d’être rééditée par J’ai Lu, dans une édition agréable, à la couverture certes un peu kitch, qui m’a valu des remarques au travail d’ailleurs, mais agréable à lire. C’est donc avec un bon apriori que j’ai entamé ce troisième tome, nommé Frontière Sanglante. Synopsis ?

Frontière Sanglante, Vicki Nelson Tome 3, de Tanya Huff

Depuis qu’elle connait Henri, vampire de son état, Vicki est souvent embringuée dans des affaires surnaturelles. Après les vampires et les loups garous, elle doit faire face à une Momie ressuscitée d’entre les morts, et bien décidée à regagner son prestige d’antan. Son ressentiment n’étant que plus grand après des siècles d’enfermements jugés injustes.

Vampire, Loup-Garou, Momie, Zombie dans le prochain tome, Tany Huff enchaine les créatures classiques des romans d’horreur, en les couplant à l’aspect policier de ses romans. Pour moi, c’est ce qui différencie Vicki des autres héroïnes estampillées Bit-Lit. Les momies et autres créatures surnaturelles du genre sont les grands oubliés des Mercy Thompson, Anita et compagnie. Et je dois dire que j’ai trouvé cela absolument rafraichissant. Nous sommes dans un climat plus proche des romans d’horreurs dits traditionnels et ça fait plaisir. C’est ce que j’apprécie dans cette série, qui finalement n’est jamais franchement Bit-Lit. Du policier fantastique quoi.

L’Égypte est une civilisation que je trouve fascinante, et mon plus gros reproche, c’est que ce roman de seulement 300 pages  ne prend pas le temps de nous narrer une partie de la vie de la momie. Elle est présentée comme la méchante, ce qu’elle est, mais j’aurais beaucoup apprécié des flashbacks de l’époque Égyptienne, des cultes divins, etc. Le bon coté, c’est qu’on reste avec des volumes de taille constante, contrairement à certaines séries où les volumes augmentent régulièrement de taille, pour du remplissage, bien trop souvent. Mais à mon avis, dans le cas de la série de Tanya Huff, c’est peut être trop souvent au détriment du développement de certains personnages et de leurs motivations, surtout côté méchants.

Frontière Sanglante, Vicki Nelson Tome 3, de Tanya HuffComme dans les tomes précédents, il y a évidemment le triangle Vicki – Mike – Henri, mais celui ci est traité de manière assez sporadique, on sent la jalousie entre les deux prétendants, mais c’est tout. La romance n’est pas du tout au centre de l’histoire, ce qui pour moi en fait une des meilleures séries du genre, qui a trouvé le juste dosage . Cependant, étant donné que  cela n’avance pas, on se demande bien si il y aura une résolution de cette intrigue amoureuse d’ici à la fin de la série, où si, à la manière d’un Policier, il ne s’agirait pas simplement d’un trait des personnages, une sorte d’intrigue hors temps sans fin possible.

Comme pour les précédents tomes, le style reste clair et agréable. L’écriture n’est pas spécialement mirobolante, loin de la, c’est simple, c’est assez direct, et sans chichi. On ne retrouvera pas la le style d’une Anne Rice, mais un style plus axé action .

Au final Tanya Huff confirme avec ce troisième volume qu’elle n’a rien à envier aux autres blockbusters. La série reste accessible au plus grand nombre, qu’on soit ou non familier de la Bit-Lit. Je ne comprend réellement pas pourquoi elle a été publiée dans la même collection harlequinesque que les True Blood. La série est terminée avec cinq tomes, autant dire que nous attaquons les dernier tomes. Espérons que cela continue sur sa bonne lancée, même si j’ai un peu peur que le manque de développement de certains personnages me laisse sur ma fin. Nous verrons bien.


L’éclat envoutant de la Lune est le titre du troisième tome de Merry Gentry, la seconde série de Laurell K. Hamilton dont j’ai déjà chroniqué les deux premiers tomes. Entre nous, je n’ai absolument pas compris le rapport entre ce titre pompeux et le contenu du livre, mais bon, ça ne m’empêchera pas de chroniquer ce bouquin de Bit-Lit. Synopsis ?

L’éclat envoutant de la Lune, Merry Gentry Tome 3, de Laurell K. Hamilton

Merry, toujours entourée de ses gardes et avec le même objectif, vit désormais dans une villa à Los Angeles. Le problème c’est que ses pouvoirs se révèle et font revenir à la vie des objets magiques perdus. Sans compter qu’elle semble aussi avoir la possibilité de révéler les pouvoirs des gens qui l’entourent, rien que ça. En parallèle, elle doit toujours lutter pour faire sa place au sein de la cour Unseelie.

Ce tome est, à tout points de vues, le meilleur des trois que j’ai lu. On a enfin de l’histoire, de la vraie. Le fait que Merry fasse renaître des objets de pouvoir est l’occasion d’évoquer l’histoire Sidhe, et par la même les grands événements qui ont ôtés la plupart des pouvoirs aux Sidhes. En effet, dans le monde de Merry, la magie se meurt. Ce genre de contexte est évidemment intéressant et on sent un réel travail sur le background du peuple. Et tant mieux. Il ne se passe certes pas grand chose, mais on entrevoit un but plus grand que Merry régnera-t-elle sur les Unseelies, devenant Merry ressuscitera-t-elle la Magie ?. Ça fait pas de mal, et j’avoue avoir été assez enthousiasmée par ce coté un peu plus sérieux et grandiloquent.

Malheureusement, ces espoirs sont vites étouffés par la deuxième partie du livre, qui est celle que j’ai lue pendant le RAT, Merry se rend à la cour, assiste à des scènes de violence et de sexe, se retrouve de nouveaux futurs amants, et revoit de la violence, en gros. Bref, sur 270 pages pour raconter une visite de 5h, certes riche en violence et en sexe, c’est long, très long, trop long. Rendez vous compte, ces 540 pages ne couvrent que … 2 jours. Oui deux jours. Vous imaginez la douleur si Merry tombe enceinte ? Non sérieusement, un peu plus de rythme ne ferait réellement pas de mal. J’ai l’impression que les tomes tirent de plus en plus en longueur. Deux pages pour décrire une paire d’ailes par exemple, c’est un peu beaucoup et ca fait perdre le fil de sa lecture.

L’éclat envoutant de la Lune, Merry Gentry Tome 3, de Laurell K. HamiltonDepuis le début de la série, l’auteur nous décrit les personnages sous tous les angles, mais malheureusement ils restent fades. Au bout de trois tomes, je trouve toujours les gardes de Merry interchangeables, avec peu ou pas de personnalité. C’est trop lisse. Le problème c’est qu’a la fin du  tome l’auteur rajoute cinq personnages récurrents… Cinq nouveaux alors que les premiers n’arrivent déjà pas à avoir de personnalité, ça laisse augurer du pire ! Soyons honnête, il est difficile de jongler avec dix personnages principaux, et je ne pense pas que Laurell K. Hamilton relève le défi.

Un dernier point enfin. Je ne sais pas si c’est la traduction ou l’original, mais le roman abuse des ?!!! et autres ???!!!. C’est désagréable à lire, et à part rapprocher le livre d’une fanfiction lycéenne, je ne vois vraiment pas l’intérêt.

Bref, encore un tome qui me laisse perplexe. Il y a de bonnes idées, mais qui sont parasitées par la longueur des description, la lenteur de l’action et par la tripotée de personnages ne sachant penser qu’à une chose. Je lirais probablement la suite, car malgré tout j’ai du mal à abandonner, il y a encore l’espoir en quelque sorte.


Le Come-Back du Siècle est le premier tome du comic Transmetropolitan chez Vertigo. On retrouve Ellis au scénario et Robertson au dessin. En France, on se retrouve face à six volumes qui couvrent 60 chapitres, tous traduits et édités par Panini Comics. Autant le dire tout de suite en ce qui concerne les comics, je n’ai quasiment jamais rien lu d’autres que des productions Marvel rempli de super héros, donc là où on me propose un anti-héros, j’espérais ne pas être trop désorienté. Un synopsis pour ce comics complexe sera le bienvenue.

Le Come-Back du Siècle, Transmetropolitan Tome 1, de Ellis et Robertson

Spider Jerusalem est un journaliste gonzo pour qui Vérité est le leitmotiv, même la vérité dans toute sa laideur. Le fait qu’il soit poursuivi et qu’il soit en panne d’écriture l’avait poussé à partir dans les montagnes, mais son ancien éditeur se rappelle à son bon souvenir pour lui réclamer des bouquins. Alors notre gars hirsute va retrouver l’endroit qu’il déteste le plus, la ville, avec au passage un récurage qui ne lui laissera pas un poil sur le caillou. Il repart au turbin, retrouve ses marques et se prépare à révéler de nouveaux scandales.

On est en route pour une critique de la société en bonne et due forme. Le racisme, la religion, les politiques corrompus, etc… On a le droit à un large panel des maux actuels toujours omniprésent dans le futur, même s’il ont évolué avec leur temps. Le futur que nous présente Transmetropolitan est crade, dégueulant de déviance, mais je ne peux que lui reconnaitre un penchant réaliste. Au train où vont les choses, on a affaire ici à un futur plausible, ce qui est d’autant plus flippant.

Le personnage de Spider est juste génial, ça faisait longtemps que je n’avais pas croisé un personnage qui m’accroche autant. Il est… un peu méchant, voire cruel, mais on chercherait presque à justifier sa façon d’être tellement son obsession pour la vérité et la dénonciation des saloperies qu’on nous cache lui tiennent à cœur. Il rencontrera une belle brochette de personnages, à commencer par son rédac-chef, un poil anxieux, et son assistante hystérique. Entre les abominations génétiques, les ressuscités qui sont des cryogénisés qu’on ramène à la vie, les fanatiques de tout poils, les junkies et j’en passe, on a largement de quoi faire. Sans compter le chat fumeur absolument pouilleux qui agrémente le quotidien de Spider en pissant à peu près partout où c’est possible.

Le Come-Back du Siècle, Transmetropolitan Tome 1, de Ellis et Robertson

Niveau dessin, le style se veut plutôt réaliste, je le trouve particulièrement agréable. Le character design est à la hauteur dépeignant Spider comme un grand chauve maigre, tatoué de partout, arborant des lunettes-appareil photo loufoques, dans un éternel costard noir quand il n’est pas à poils. Ses postures et ses gimmicks ne sont pas en reste, Spider est génial sous tous les angles. La couverture du chapitre 9 où Spider court à poil dans une réserve entouré de mecs velus en tartan est juste énorme. Et l’auteur s’est grave lâché niveau détails dans ses décors, ils en fourmillent littéralement. En clair, c’est un régal même si quelqu’un qui n’est pas habitué pourrait avoir du mal à s’adapter.

Le Come-Back du Siècle, Transmetropolitan Tome 1, de Ellis et RobertsonConnaissant l’éditeur, Panini Comics, je m’attendais à un travail de sagouin mais pour le coup, ça tient la route et les 266 pages couleurs du volume relié sont d’assez bonne qualité. Je trouve quand même bizarre que les couvertures originales des chapitres soient à la fin du volume et pas à leurs places respectives.

En somme, une excellente série cyberpunk qui s’annonce ici. Reste à voir si elle conserve son ton cynique et qui touche au but par la suite, mais pour l’instant, surement un must-read que j’aurai du découvrir avant. Par contre, je vous conseilles d’essayer avant d’acheter, à 29€ le volume ça pardonne pas.


Natsume Soseki est probablement un nom qui vous évoque peu. Pourtant, il s’agit d’un des plus grands écrivains japonais, extrêmement célèbre au pays du soleil levant (j’en avais rapidement parlé lors de mon bilan de l’année 2009) ; un peu le Victor Hugo japonais, si l’on peut tenter ce type de comparaisons. Il orne d’ailleurs les billets de 1000 yens. Né en 1867, mort en 1916 d’un ulcère qui l’a longtemps fait souffrir, il incarne parfaitement la littérature Meiji, du nom de l’époque qui court de 1868 à 1912. C’est une ère très particulière pour le Japon, qui s’ouvre à la culture occidentale après des siècles d’enfermement et qui se modernise. C’est un moment spécifique où beaucoup de japonais sont déchirés entre tradition et modernisation, où dans les rues se croisent kimonos traditionnels et costumes occidentaux… Soseki, qui voyagea à Londres de 1900 à 1903, et qui en reviendra usé par ses tendances névrotiques et paranoïaques, incarne parfaitement cette époque.

Le Pauvre Cœur des Hommes de Natsume Soseki

L’ère Meiji est par ailleurs très riche en prestigieux auteurs, tels que Mori Ogai ou Lafcadio Hearn, pour ne citer que deux des plus marquants romanciers de cette période incroyablement féconde en auteurs de romans et de haïkus. Des haïkus, Soseki en écrira d’ailleurs beaucoup, avec un certain talent. Mais c’est par ses romans qu’il se fait le plus connaître : Je suis un chat, ou Botchan, pour les plus notoires. Celui dont je vais vous parler est une œuvre légèrement moins connue de lui : Le pauvre cœur des Hommes (Kokoro en VO).

Désigné comme « roman japonais le plus représentatif de l’ère Meiji » par le Pen Club Japonais, ce roman, admirablement traduit conjointement par Horiguchi Daigaku et Georges Bonneau, est aussi très représentatif du style de Soseki: une écriture très délicate, poétique, toujours légère. L’auteur entremêle l’histoire du roman à des observations sur l’environnement du narrateur (les objets, la nature, un lieu, une odeur…), et passe d’un coup de réflexions très profondes à des considérations tout à fait superficielles ; loin de saccader l’histoire, les deux styles se mêlent pour donner un résultat surprenant, encore une fois typique de ses livres. Cette technique contribue à conférer cette atmosphère particulière au roman, à la fois prenante et étrangement reposante. C’est assez complexe à décrire ; il faut le lire pour comprendre comment l’auteur crée cette ambiance.

Natsume Soseki

Natsume Soseki

L’histoire elle-même se découpe en trois parties (Le Maître et moi, Mes parents et moi, et Le Maître et le testament) et se résume assez rapidement : un jeune étudiant, fraîchement licencié de l’université de Tokyo, rencontre par un hasard complet un vieil homme, pour qui il nourrit une admiration et un intérêt inexpliqués. Uniquement appelé « Le Maître » tout au long du roman, ce dernier se lie avec le jeune étudiant, qui apprend progressivement à connaître le Maître et sa femme, Shizu. Cependant, il apparait rapidement que le Maître cache une partie de son passé, y compris à sa femme, et le jeune homme finit par lui demander franchement de lui raconter. La seconde partie démarre lorsque l’étudiant est rappelé chez ses parents, où son père est mourant. Le titre de la troisième partie est éloquent ; le Maître transmet par écrit l’évènement de son passé qui bouleversa tant sa vie et le poussa à vivre retiré de la société des hommes.

Je vous l’accorde, raconté ainsi, ça n’a pas l’air particulièrement passionnant ; mais il ne s’agit pas du type de roman où l’action prime. Soseki écrit un roman très fort, à la fois philosophique et touchant, où il tisse son histoire avec brio et finesse ; si elle peut sembler banale à première vue, le style de l’auteur la rend rapidement plaisante à découvrir, pas parce qu’il rend une histoire presque quotidienne palpitante par des artifices littéraires, mais parce que cette quasi-contemplation des choses, ce rythme calme, ces discussions tantôt lourdes de sens, tantôt bénignes, créent un réel plaisir de lecture, une envie de continuer, pas tellement pour découvrir la suite de l’action, mais simplement pour la satisfaction de lire.

Le Pauvre Cœur des Hommes de Natsume SosekiLa partie finale et la découverte du passé du Maître est d’ailleurs particulièrement bien écrite ; Soseki plante des personnages incroyablement réels et complexes, et amène le dénouement avec une grande subtilité.

C’est donc un roman assez particulier que je vous conseille ici, mais vraiment riche, profond, comme tous les romans de Soseki ; de Botchan à Oreiller d’herbes en passant par A l’équinoxe et au-delà, toutes les œuvres de l’auteur sont de la même eau ; à la fois calmes et puissants, subtils – bref, à lire.


Alcool de Poppy Z. Brite

Serafina dans Critiques, Livres le 6 novembre 2010, avec 4 commentaires
Critiques

Alcool est un roman de Poppy Z. Brite, auteur que l’on apprécie ici et dont on ne vous a pas parlé depuis bien longtemps. Elle est surtout connue pour ses œuvres Splatterpunk, mais comme tout auteur, elle évolue, et a délaissé la littérature gore pour un roman plus accessible, qui est le premier de ce qu’on appelle les The Liquor Novels en anglais. Ce tome a été publié en 2004 en langue anglaise, puis traduit en 2008 par le Diable Vauvert. Synopsis ?

Alcool de Poppy Z. Brite

Rickey et G-Man triment depuis leur plus jeune âge dans les restaurants de la Nouvelle-Orléans. Les deux amants forment un duo complémentaire, Rickey la grande gueule créative et G-Man, plus posé et plus sérieux. Les deux hommes ont une idée en tête, ouvrir leur propre restaurant, et avec un concept de folie : un restaurant où tous les plats seraient alcoolisés. Quoi de mieux pour une ville comme la Nouvelle-Orléans où le taux d’alcoolémie bat tous les records ?

Si vous avez l’habitude de Poppy, sachez que vous ne retrouverez pas son style cru, son amour du gore, et qu’il n’y aura pas non plus de phrases trash à la « Jesus t’aimes-t-il assez pour avaler ?« . Cependant, au résumé,on peut déjà retrouver des éléments typiques de l’américaine. Des héros gays, évidemment, et puis une relation Rickey/G-Man qui n’est pas sans rappeler Steve et Ghost dans Âmes Perdues. On retrouve aussi la Nouvelle-Orléans, ville fétiche de Brite.

Mais les similitudes s’arrêtent la. L’auteur signe ici un roman dédié à la cuisine, à la restauration et à tous ceux qui triment en cuisine. Je ne connais rien au monde des fourneaux, mais c’est décrit avec une telle précision et un tel entrain, qu’on rentre dedans, et même si on ne comprend pas tous les détails on est vite immergé (par exemple, je n’ai qu’une idée très vague de la fonction d’un saucier !).  Brite étant mariée depuis plusieurs années à un cuisinier, je pense que les descriptions et termes sont on ne peut plus réalistes, mais difficile de confirmer. J’ai été totalement happée par l’univers, si bien que j’ai lu ce roman en une journée et demi, quasiment d’une traite.

Liquor from Poppy Z. Brite

Couverture originale

En quelque sorte, on pourrait dire que c’est le Hikaru no Go du roman. Un sujet qui ne me passionne pas plus que ca (entre nous la cuisine c’est pas mon trip), mais tellement bien mené, avec de tellement bons personnages qu’on entre dedans pour ne plus en ressortir.  Brite réussi à nous intéresser à la cuisine, mais aussi à nous faire partager son amour pour la Nouvelle-Orléans. Ville dont elle retranscrit aussi bien la beauté que la décadence, avec l’alcool, la drogue et j’en passe.

L’intrigue, honnêtement, n’en est pas vraiment une. On suit les deux amants monter leur restaurant, chercher le local, etc. Il n’y a pas réellement de coup de théâtre, ni de réel but. On les suit, et c’est tout. Et on s’attache à eux, bien sur. Hormis un personnage un peu caricatural, le « méchant », comme toujours Brite retranscrit des personnages en marge de la société, ni tous blancs, ni tous noirs, plein de failles, mais très attachants.

Alcool de Poppy Z. BriteCe roman m’a énormément plu. Certes, moins qu’un Âmes Perdues, mais peu de livres pourront égaler ce dernier. Poppy Z. Brite ne sait pas que faire du gore, elle est aussi une bonne écrivaine pour raconter la vie de tous les jours. Évidemment, c’est bien moins sulfureux, mais c’est aussi une bonne manière d’entrer dans son univers si vous n’êtes pas fan du sang.

A noter que la suite, La Belle Rouge est sortie l’année dernière, toujours aux éditions du Diable Vauvert, et dans une somptueuse couverture. J’ai lu cette suite pendant mon Read-a-Thon, vous en aurez donc très bientôt la critique, qui ne fait que confirmer que cette nouvelle série de Poppy Z. Brite vaut le coup d’œil.