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Dernièrement dans la section Livres d'if is Dead:

Vampireville est le troisième tome de Vampire Kisses, une série de Bit-Lit à destination jeunesse que je vous ai déjà présenté à plusieurs reprises. Après un excellent premier tome, le deuxième m’avait un peu plus déçu, tout en restant cependant une lecture très agréable. J’ai donc enchainé sur la suite, toujours éditée par Castelmore et servi par une très jolie couverture très vampirique. Synopsis ?

Vampireville, Vampire Kisses Tome 3, de Ellen Schreiber

Raven et Alexander fileraient le parfait amour… Si seulement Luna, l’ancienne promise d’Alexander n’était pas arrivée entre temps en ville. Celle ci, accompagnée de Jagger son frère jumeau vampirique risquerait bien de transformer en vampire des humains innocents pour s’amuser. Raven doit agir, avant que Dullsville ne se transforme peu à peu en Vampireville.

Le roman est encore une fois assez court, 200 pages à tout casser, et on retrouve à nouveau les caractéristiques des aventures de Raven : des romans rapides à lire, sans temps mort, sans trop de prétention, mais agréable à lire. En effet, comme toujours l’aventure bénéficie d’un certain nombre de « facilités », les intuitions de Raven sont souvent les bonnes. Mais le bon coté c’est que cela s’enchaine très bien sans que l’on ne s’ennuie à un seul moment.

Depuis le début, Vampire Kisses repose surtout sur ses personnages principaux : Raven et Alexander. Le problème c’est qu’ils n’évoluent pas énormément, voir pire, qu’ils perdent de leur fraicheur. En effet, les références à la culture sombre, l’une des originalités et des fraicheurs de la série, se faisaient déjà rares dans Cercueil Blues et sont quasiment introuvable dans ce troisième opus. Dommage. Raven reste cependant très attachante, avec ses rêves, ses illusions et sa bonne humeur d’adolescente.

Vampireville, Vampire Kisses Tome 3, de Ellen Schreiber

L’ajout de deux nouveaux personnages, vampires, permet de creuser un peu plus la version du vampire d’Ellen Schreiber, toujours avec beaucoup d’humour. On reste dans le cliché, ça dort dans des cercueils, mais c’est très plaisant. Les personnages sont tous très attachants, l’auteur réussit à les rendre très caractéristiques et très marqués en très peu de pages, ce qui est à saluer. C’est très visuel et du coup, cela m’étonne de moins en moins que la série ait été adaptée en manga, car cela s’y prête tout à fait : des héros avec de fortes différences, des personnalités nuancées et beaucoup de fraîcheur.

Vampireville, Vampire Kisses Tome 3, de Ellen SchreiberJ’ai lu la moitié du roman en version originale avant de le recommencer avec la sortie Castelmore, et cette fois ci, je dois dire que j’ai trouvé la traduction de Nenad Savic bien meilleure que pour le deuxième tome, avec moins de répétitions notamment. Cela augure donc du meilleur pour la suite. La traduction est fluide, cela se lit très bien, et je n’ai pas noté d’erreurs ou de maladresses.

Au final, Vampireville reste exactement dans le même type d’histoire que les deux tomes précédents. Cela se lit très vite, on ne s’ennuie pas. C’est une lecture qui repose, qui vous transporte dans le monde darkinou de Raven, et moi, j’aime. Si vous avez aimé les deux précédents, ruez vous sur ce troisième tome, vous ne serez absolument pas déçus.


La littérature russe du XIXème siècle est surtout connue au travers des grands noms que tout le monde a entendus: Dostoïevski, Tolstoï, GogolIvan Gontcharov (1812-1891) est quant à lui un peu moins connu en Europe, éclipsé par ses illustres collègues. Néanmoins, il est un élément majeur de cette période riche en écrivains célèbres. Fonctionnaire influent à son époque, il a écrit quelques œuvres importantes comme Frégate Pallas ou Le Ravin, mais reste avant tout connu pour son chef-d’œuvre, Oblomov, écrit en 1859.

Oblomov de Ivan Gontcharov

Ce titre est d’abord une partie intégrante de la culture russe. Roman incontournable, son personnage principal et éponyme, Ilia Ilytch Oblomov, est un véritable monument, que tout le monde connaît. Acclamé à sa sortie, y compris par Dostoïevski, qui pourtant n’appréciait pas du tout son auteur, Oblomov a toujours été reconnu comme un roman « capital » et « éblouissant », pour reprendre les qualificatifs de l’époque. Bref, un classique.

L’histoire racontée est celle d’Ilya Ilitch Oblomov (si si), petit propriétaire terrien vivant reclus à Saint-Pétersbourg. Sa particularité, c’est, non pas sa paresse, car ce n’est plus de paresse qu’il s’agit, mais son inaction absolue. De prime abord, Oblomov semble être simplement apathique. Incapable de prendre une décision simple, et a fortiori de la mettre en œuvre, le personnage finit par ne strictement rien faire, ne jamais sortir, ne jamais voyager. C’est la vie de cette véritable incarnation de la procrastination qu’on suit tout au long du roman, c’est sa vie qui constitue la trame principale de l’histoire

Mais il traite aussi des personnages qui meublent sa vie : Zakhar, son valet vulgaire, au final presque aussi paresseux que lui mais de bien plus mauvaise foi ; Stolz, son ami extrêmement actif qui tentera tout pour le faire bouger, et surtout Olga, une jeune femme très particulière, qui elle aussi tentera de « ressusciter » Oblomov, pour reprendre son expression. Et on touche là à une des grandes forces, si ce n’est la plus grande force, du roman, ses personnages. On n’a pas ici des caricatures, comme le laissent un peu supposer ces présentations extrêmement succinctes. Gontcharov est parvenu à créer des personnages extrêmement complexes, complets, profondément réels, et attachants.

Ivan Gontcharov

Ivan Gontcharov

Ce roman a ceci de particulier qu’il est assez difficile d’en résumer la trame, pour la bonne raison que l’action est presque absente, et pour cause : le casanier Oblomov n’engage jamais d’action, n’a aucune activité autre que des disputes vaudevillesques avec son valet Zakhar, dans des passages qui rappelleraient presque un certain Scapin. Bien sûr, on ne fait pas que suivre les journées monotones d’un aboulique.

Petit à petit, à mesure que l’auteur crée son atmosphère, fait défiler ses personnages principaux et secondaires (par exemple l’invisible Alexeev, dont au passage la description lapidaire et tranchante est un des meilleurs passages du livre), on commence à comprendre les réflexions profondes menées par l’auteur. Oblomov n’est pas une condamnation stupide de la paresse, c’est avant tout l’histoire d’un homme droit, honnête (« son âme est pure comme du verre », dira son ami Stolz) qui cherche son bonheur dans une vie d’un calme plat, absolument inactive, uniquement rythmée par les repas et le tic-tac d’une horloge. On comprend d’ailleurs vite que cet idéal vient de son enfance choyée dans son domaine de campagne: Oblomov ne cherche qu’à recréer cet univers libre de tout souci, de toute responsabilité. Sa paresse n’est pas vue négativement, dans une des répliques les plus fameuses de l’œuvre, Oblomov, à qui on parle travail, journées chargées, hauts fonctionnaires et plans de carrière, refuse la conversation en répétant simplement « L’Homme, montrez-moi l’Homme ! »

Au passage, l’auteur sous-entend qu’Oblomov est le résultat d’une éducation étouffante d’oisiveté, et que sa paresse n’est pas innée, dans les pages du « Songe d’Oblomov », un portrait assez puissant d’une petite noblesse russe littéralement sclérosée.

Olga est le second personnage du roman. Amoureuse d’Oblomov, elle tentera, par sa passion, de ranimer l’âme morte de celui-ci. La construction de l’histoire, le rythme, sont particulièrement soignés, on comprend que seule cette relation pourrait peut-être changer Oblomov, et l’auteur développe avec une très grande subtilité la séparation progressive des deux personnages. Chacun convoitant et planifiant un futur complètement différent, pour enfin arriver à une scène de rupture inévitable, mais racontée très puissamment.

Oblomov de Ivan Gontcharov

À ce propos, il faut parler du style particulier d’Oblomov, qui s’inscrit totalement dans la lignée des romans russes de l’époque : de longues et minutieuses descriptions des sentiments et pensées des personnages, une grande subtilité dans le développement des personnalités, de longs passages sur les réflexions intimes des personnages, qui se construisent lentement… Bref, et encore une fois, ce roman n’est clairement pas pour les amateurs d’action. En étant tout à fait objectif, on pourra y déceler quelques longueurs. Cependant, le style est uniforme, parfaitement maîtrisé et adapté à l’œuvre, et lorsqu’on considère l’ensemble du roman, on se rend compte de l’incroyable subtilité de Gontcharov. À propos de maîtrise, l’auteur sait vraiment très bien créer les atmosphères. Depuis le premier appartement étouffant et poussiéreux d’Oblomov jusqu’à son domaine idéalisé d’Oblomovka, il faut reconnaître à Gontcharov un don pour transporter le lecteur dans les lieux décrits. Et malgré ce style essentiellement descriptif et intimiste, certaines phrases ou certains passages puissants détonnent et relancent le rythme.

Ce roman a eu un tel impact sur la culture russe que le terme Oblomovisme (Oblomovchtchina), utilisé par Stolz dans le roman, a fini par rentrer dans la langue ! Il désigne une forme absolue d’apathie, de procrastination.

Oblomov de Ivan GontcharovBref, Oblomov est un livre qui fait largement honneur à son rang de classique, et surtout dont toute l’ampleur apparaît une fois la dernière page tournée. Même si l’auteur semble prendre le parti de Stolz, l’opposé d’Oblomov, le lecteur comprendra que les choix de ce dernier sont bien plus radicaux et fermes que sa mollesse le laisse paraître ; car il poursuit et trouve son idéal dans une vie qu’au fond le monde extérieur ne comprend pas, ne désire pas et n’approuve pas.

Oblomov est un personnage entier, et c’est avant tout pour cela que Stolz, qui ne supporte pas son apathie, le considère comme un ami précieux. En fin de compte, et c’est peut-être là le plus important, on ne referme pas ce livre sans plus réfléchir à Oblomov.


La Vestale du Calix de Anne Larue

Serafina dans Critiques, Livres le 25 octobre 2011, avec aucun commentaire
Critiques

La Vestale du Calix est un roman de Anne Larue paru ce mois chez les éditions l’Atalante. Il s’agit d’un roman assez court, de seulement 220 pages, servi par une couverture de Genkis que, hélas, je ne trouve pas engageante du tout. Mais la maison d’édition nantaise nous a appris à ne pas nous fier aux couvertures. Synopsis ?

 La Vestale du Calix de Anne Larue

Anne est une vestale, une caste inférieure. Elle est chargée de l’entretien du Calix Escarmonde, relique sacrée qu’aucun homme ne doit voir. Sauf qu’Anne est amoureuse, très amoureuse, et fini par montrer le Calix à Serguei, le chevalier qu’elle aime. Punie, elle va être décorporée et voyager entre les époques. Et accessoirement rencontrer un cheval freelance.

La dernière ligne du synopsis vous permet de comprendre ce qui m’avait séduit au premier abord. Cela semblait être fun. Du genre bon fun, du non-sens à foison type Terry Pratchett et moi j’aime çà. Cependant pendant toute la première partie du roman, on n’en a pas forcément conscience et on est plutôt dans un récit assez standard de voyage dans le temps.

Anne atterri en 4660, dans une civilisation qui est évidemment une évolution de la notre, mettant en exergue les travers de notre société actuelle. Comme tout bon roman de Science-Fiction, il y un coté très critique de notre société, très dénonciateur. Que cela soit les bobos parisiens en quête de « nature », les hooligans fans de foot, pardon de trimslop, ou les rouages douteux de l’université du Vestaliat, miroir évident de notre université. On retrouve la les ingrédients d’un bon roman du genre : de la critique, de la réflexion et de la mise en garde. Évidemment, l’humour n’est pas absent, notamment via le personnage d’Ankh, médiéviste, qui étudie les années 2000 et interprète les restes de notre société pour ses contemporains, prenant pour des temples nos supermarchés. Toute cette première partie est réellement de très bon niveau, de la très bonne SF comme on aime ici et comme il fait plaisir à lire.

La Vestale du Calix de Anne Larue

Malheureusement pour nous cet aspect bascule fortement lors de la deuxième partie. En effet, cette seconde phase est plus proche d’une quête initiatique, d’une quête de sens. On y parle de destin, de réalisation du destin parce qu’on la réalisé soit même, des signes qui n’en sont pas et de voyages dans le temps. En fait, on est même très proche d’un Philip K. Dick et de ses délires sous LSD, pas toujours bien compréhensibles. Le problème c’est que les délires sous acides, à moins d’être sous triptan, généralement je passe totalement à coté. Non seulement j’ai l’impression de louper le propos du roman, mais en plus, l’humour promis est ici aux abonnés absent. Ce fut le cas, cette partie, beaucoup plus initiatique, beaucoup plus philosophique diraient certains, je suis passée à coté, j’ai l’impression de ne pas avoir saisi ce que voulais dire l’auteur et ca ne m’a pas non plus fait rire.

La Vestale du Calix de Anne LarueDu coup mon impression sur l’ensemble du roman en prend un coup. Comme on est plus proche d’une longue novella que d’un roman, le prix l’attestant, les personnages sont quand même assez sommaires et on n’a pas réellement le temps de s’attacher à eux, ce qui est dommage.  La lecture reste malgré tout sympathique mais on regrette que le coté critique de la société ne soit pas exploité plus en profondeur…

Au final, La Vestale du Calix ne m’a pas convaincue malgré sa très bonne première partie, la seconde est vraiment trop proche des questions existentielles et des délires d’un Philip K. Dick pour me plaire, malheureusement. Mais si vous aimez le genre, je ne peux que vous le conseiller.


C’est Lundi, que lisez vous ? #22

Serafina dans Actualités, Livres le 24 octobre 2011, avec 5 commentaires
Actualités

Depuis quelque temps, la blogosphère littéraire a instauré cet article rituel du lundi, sur les lectures de la semaine.

dabYo

Chronique du Soupir de Mathieu GaboritJ’ai donc fini le dernier roman d’Ambre Dubois, Absinthes et Démons aux éditions du Riez. La lecture était vraiment rafraichissante, plaisante, avec une ambiance très particulière. Aussi lourds soient les évènements racontés dans ce roman de Fantastique aux allures très gothiques, j’ai trouvé le tout frais. Le personnage de Lord Nermeryl est très particulier et agréable à suivre. La façon de narrer les petites histoires qui se suivent réussies. Si certaines se ressemblent, cela reste un très bon moment de lecture.

J’ai ensuite enchaîné avec Chronique du Soupir de Mathieu Gaborit. L’auteur français nous livre un nouveau roman aux éditions du Pré aux Clercs après plusieurs années d’absence. Je dois avouer que je ne le connaissais que de nom, et que le synopsis ne m’emballais guère. Mais force est de constater que ces premières pages de lecture sont plutôt très bonnes.

Serafina

Cette semaine j’ai commencé Les Larmes Rouges, un roman de Georgia Caldera aux éditions du Chat Noir. Je n’en suis qu’à la première centaine de pages, mais pour le moment, cela augure du bon et le roman semble être un Thriller Fantastique dans la lignée d’un Sire Cédric, la tension monte peu a peu et les mystères sont nombreux. A suivre.

Le roman étant volumineux, je ne l’ai pas emmené dans mon sac, prenant à la place Frissons d’Outre-Tombe, le tome 3 des Mystères de Harper Connely par Charlaine Harris . Ce troisième opus est tout aussi bon que les précédents, toujours frais bien qu’un peu moins léger au niveau des thèmes abordés (serial-killer notamment). Il ne me reste qu’une cinquantaine de pages mais je peux sans risque dire que la série reste sur sa très bonne lancée.

Les enquêteurs de l'étrange : les maisons hantées de Stéphanie et Edouard BraseyJ’ai aussi lu Histoire Vraies de maison hantées par  Edouard et Stéphanie Brasey. J’adore les histoires de fantômes, depuis toujours. J’attendais donc beaucoup de ce livre et, malheureusement, j’ai été assez déçue. Chaque « cas » raconté est suivi d’une analyse par les enquêteurs de l’étrange, concept à la limite du ridicule, qui n’aurait pas choqué dans le rayon jeunesse mais on est ici face à un roman potentiellement à cible adulte.

Et les analyses ne sont pas du tout poussées, j’aurais préféré qu’il n’y en ait pas. Les cas racontés sont par contre très interessants et sympathiques si on aime le genre histoire de fantômes.

Et vous, qu’avez vous lu cette semaine ?


L’Empire Invisible de Jérôme Noirez

dabYo dans Critiques, Livres le 21 octobre 2011, avec aucun commentaire
Critiques

L’Empire Invisible est un roman de l’écrivain français Jérôme Noirez, publié tout d’abord par Gulf Stream, et récemment sorti en poche aux éditions J’ai Lu. C’est tout d’abord grâce à sa superbe illustration de Marc Simonetti que le roman a attiré mon œil. Et puis ensuite, la quatrième de couverture a fini par me convaincre. Synopsis de cette petite incursion dans le triste monde de Clara Walker.

L'Empire Invisible de Jérôme Noirez

Clara Walker est est la fille unique de son père, Nat Walker, qui représente ce qu’elle a de plus important dans ce monde difficile. Car Clara a eu le malheur, tout comme son père, de naître avec une peau noire dans les états du Sud des États-Unis. A ce qu’il paraît, les noirs sont libres dans ceux du Nord, mais Clara a bien du mal à y croire. Son monde se limite à la plantation de coton, où elle s’abime tantôt les mains pour ramasser le coton, tantôt pour des taches toutes aussi épuisantes.

Le roman prend donc place dans une plantation de coton au sein d’un des derniers états esclavagistes des années 1800 outre-Atlantique. La production de coton est alors en pleine mutation, et grâce à des inventions récentes, les nouvelles techniques permettent de rendre l’activité très rentable. Surtout lorsque la main d’œuvre y est « gratuite », basée sur l’esclavagisme. L’Empire Invisible se situe donc dans l’histoire, bien que celle qu’il raconte soit purement fictive, et malheureusement bien proche de ce que des humains ont dû vivre.

Je dois avouer que je ne sais que trop peu comment parler de ce livre, qui touche et dont on ne ressort pas. Nous suivons Clara, jeune fille de 14 ans, esclave depuis toujours et qui se demande bien souvent comment Dieu a pu la laisser là. Les esclaves étaient très croyants, et son père, Walker, est le plus pieu de sa plantation. La nuit, chaque semaine, il anime des messes où les esclaves se retrouvent en cachette, chantent et dansent leur amour. Malgré le désespoir de sa vie, malgré les souffrances que lui imposent les blancs, Walker arrive à leur pardonner. La haine se transforme en amour et en pardon.

L'Empire Invisible de Jérôme NoirezLe court roman de Jérôme Noirez est vraiment bien écrit. Il nous prend aux tripes et se lit très vite. Le sujet est fort, et fort bien traité. La narration est très bien retranscrites et les personnes sont entiers. Que ce soit Clara et son père, ou bien les esclavagistes, chacun a sa personnalité. Bien sûr, le roman étant court, on pourrait dire que l’auteur joue des stéréotypes. Mais qu’à cela ne tienne, on s’attache très vite, et c’est un moyen très pédagogique pour donner une idée aux jeunes de ce que l’esclavage pouvait être.

Au final, difficile de ne pas vous conseiller de lire L’Empire Invisible. Je n’arriverai pas à en dire plus, tant c’est une œuvre qui se suffit à elle même. Entre réalité historique, histoire prenante et fantastique qui n’est jamais bien loin, il n’y a aucune raison de ne pas s’y jeter les yeux fermés.


Eternity Incorporated de Raphaël Granier de Cassagnac a été pour moi comme le messie, celui que j’attendais pour changer d’avis sur la ligne éditoriale de Mnémos car jusqu’à maintenant j’avais été plutôt déçu de ce que l’on me mettait sous les yeux. Eternity Incorporated fait plus que remonter la barre. Mais trêve d’encensement anticipé, voyons ce que ce roman a dans le ventre en commençant par un synopsis.

Eternity Incorporated de Raphaël Granier de Cassagnac

Un virus mortel s’est répandu sur la Terre, décimant les populations. Un dernier bastion de l’humanité vit désormais dans une cité sous une bulle protectrice. La bulle est dirigé par le Processeur, ou plutôt était car en ce fatidique matin, le Processeur ne répond plus. Trois personnes que rien ne semble lier vont chacune cheminer dans cette période post-Processeur, à la recherche de la vérité ou tout simplement d’eux-même.

Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est original mais l’univers de l’auteur a le mérite d’amener des éléments atypiques, notamment le gouvernement qui est une stochocratie, c’est à dire un gouvernement dont les membres sont nommés aléatoirement parmi la population.  Une forme de gouvernement amplement suffisante pour faire l’interface entre Lui et les habitants de la bulle. L’extinction du Processeur sera l’occasion de troubles politiques et sociaux, terreau fertile d’une histoire intéressante. J’ai particulièrement apprécié que l’auteur ne nous mâche pas le travail de compréhension de son monde, mauvaise habitude prise par bon nombre d’auteurs. Les révélations qui émaillent le livre peuvent du coup pour certaines être déduites de nos réflexions. Ce n’est pas la vérité qui compte, c’est le chemin parcouru pour l’atteindre, et l’auteur se débouille très bien pour ça.

L’action est centrée autour de trois personnages, chacun ayant droit à des chapitres en alternance narré à la première personne. Chacun prend une part importante dans les changements qui viennent s’opérer dans la bulle. Sean Factory est un grounder, il est proche des milieux des déconnectés, sorte d’anti-Processeur et anime des soirées avec sa musique électro. C’est le personnage le plus sympathique du trio et surement celui qui paraitra le plus proche du lecteur. Gina Courage est responsable de la connectique et entretenait une relation privilégiée avec le Processeur, obsédée par l’ambition qui l’amènerait à une position proche de lui. Un personnage qui s’improvisera détective et qui est plutôt froide dans ses relations humaines. On retrouve enfin des chapitres mettant en avant Ange Barnett, un brigadier externe qui arpente l’extérieur en combinaison. Ce personnage n’amène pas autant d’action que ce que l’on pourrait croire mais ses aventures en dehors de la bulle sont tout de même captivantes, à la redécouverte d’un monde qui leur est interdit.

Eternity Incorporated de Raphaël Granier de Cassagnac

Photo de BilledeClown

L’ensemble d’Eternity Incorporated est fluide à la lecture, l’alternance des personnage permettant d’avancer sur plusieurs fronts sans lasser le lecteur. J’ai toutefois eu un peu de mal à démarrer mais je le mets sur le compte de mon incroyable défaillance de concentration de début de mois, théorie confirmé par le fait que j’ai dévoré la seconde moitié du bouquin en deux soirs et demi. Ça devient presque traditionnel dans mes articles mais je vais encore poser la question, à quoi servent les scène de sexe si ça ne fait pas avancer l’histoire ? Je me suis encore posé la question dans ce roman, parce que ici non plus ça ne fait pas avancer le schmilblick. Je m’arrête là, c’est un détail qui ne doit pas obscurcir le reste.

L’ambiance quant à elle, ou plutôt le changement d’ambiance au cours du roman est palpable. On démarre dans une bulle qui sent l’aseptisé juste après l’arrêt du Processeur pour au fur et à mesure laisser la place à de la noirceur, de la salissure. Le Processeur représentait littéralement un deus ex machina et agissait comme un liant dans cette société qui maintenant se délite.

Eternity Incorporated de Raphaël Granier de Cassagnac

Concernant l’édition, l’illustration de couverture de Justin Van Genderen, toute en contraste , donne le ton pour cette aventure post-apocalyptique. A noter l’adresse suivante eternity-incorporated.com qui étoffe encore l’univers avec des photos, des articles et des morceaux de musique électro. Une excellente initiative qui aurait sans doute gagnée à être mise en avant.

Une excellente  surprise que ce roman de Raphaël Granier de Cassagnac que je recommande chaudement aux amateurs de post-apocalyptique. Auteur à suivre, il démontre encore une fois que les auteurs français savent écrire de l’anticipation, je lirai surement ses prochains ouvrages. Eternity Incorporated est l’un des meilleurs romans post-apo de l’année avec Enfin la Nuit de Camille Leboulanger et devant Metro 2034 de Dmitry Glukhovsky.


Tuer le Père de Amélie Nothomb

dabYo dans Critiques, Livres le 18 octobre 2011, avec 6 commentaires
Critiques

La rentrée littéraire est un évènement dont nous autres fans de littérature de genre sommes relativement peu la cible. Si cela touche le Policier/Thriller avec la sortie des romans des grosses pointures du genre, la Fantasy et la Science Fiction en sont épargnés. Et pourtant, cette année j’ai participé au jeu en lisant « le dernier Nothomb », euh, Tuer le Père d’Amélie Nothomb, plutôt. L’auteur belge, et non française, sort chaque année un roman à cette époque depuis Mathusalem quelques années et je dois avouer que c’était la première fois que je lisais un de ses écrits. Synopsis.

Tuer le Père de Amélie Nothomb

Lors d’une soirée entre magiciens, à laquelle elle assiste déguisée en Amélie Nothomb, Amélie Nothomb observe une table de magiciens qui jouent au poker. Le plus doué d’entre eux, Joe, semble être très concentré tandis qu’une personne un peu plus loin au bar l’observe sans le quitter des yeux. C’est alors qu’un autre invité ayant vu qu’elle avait remarqué leur manège commence à lui expliquer pour quelle raison ces deux là se suivent à la trace.

Tuer le Père est un roman qui commence au présent et va par la suite nous raconter la vie de magicien de Joe, ou plutôt son adolescence. On suit le personnage depuis son départ soudain et forcé du foyer familial jusqu’à son avènement, son premier « gros coup », en tant que magicien. Mais avant de nous étendre sur le scénario, parlons tout d’abord du style d’écriture d’Amélie Nothomb. Ce roman se lit en effet très vite. Tout d’abord parce que c’est une longue novella qui a été sortie packagée en roman par Albin Michel, un total de 151 pages auquel on arrive poussivement en écrivant le plus gros possible et en laissant des marges sur les côtés. Mais aussi parce que le style de Nothomb est du genre très direct, très simple, voir simpliste.

C’est peut être ce qu’on appelle un style particulier, je n’en sais rien, mais j’ai plutôt eu l’impression d’avoir affaire à des phrases écrites par des élèves de primaire. Sérieusement. C’est un peu grossier comme description, et pourtant, j’ai eu du mal à m’en défaire. Les phrases sont parfois construites bizarrement, brutes, les liaisons sont grossières, bref, je suis perplexe. Est ce là son talent ? Je suppose que non, ou que j’y suis complètement imperméable. L’auteur fait aussi des digressions vraiment bizarres, nous faisant part de réflexions sans intérêt sur les différence entre l’anglais et le français.

Amélie Nothomb

Je ne sais pas si c’est à cause de ce style « simpliste » ou simplement de son contenu, mais cette œuvre d’Amélie Nothomb ne m’a pas donné l’impression d’être face à une histoire franchement passionnante. Elle est correcte, mais sa façon de nous la conter n’est pas exceptionnelle. Dans ses interviews, l’auteur dit plus ou moins qu’elle nous livre ici « le bluff parfait ». En d’autres termes, non seulement le livre va parler de poker, mais en plus, notre lecture va se dérouler comme une partie de poker. Sous entendu final: on va être super surpris par la révélation finale, on y aura vu que du feu, etc. Bref, la plus grande supercherie version littérature. Et je crois bien que c’est là le fin mot de l’histoire: supercherie. Car quelle déception de découvrir le « bouquet final ». On est loin d’une fin à la George R.R. Martin, ou même, pour taper dans du français qui débute, du Lionel Davoust.

Tuer le Père de Amélie NothombSeulement, finalement, ce n’est pas là ce qui m’a le plus déçu. Ce n’est peut être pas l’histoire du siècle, mais ça se lit et on a tout de même envie d’en savoir plus. Non, le plus décevant, c’est la couche dégoulinante de psychologie/philosophie de comptoir qui nous est servi. On s’en doute dès la lecture du titre, Tuer le père, l’auteur va surement nous parler philosophie et se baser dessus pour son histoire. Elle ne va pas s’en gêner, nous faisant du Freud stéréotypé, le tout en plaçant quelques mots clefs et références dites « savantes » (Nietzsche, Œdipe…), sans que cela n’apporte rien au contenu. Non, c’est juste pour avoir l’impression de lire un truc de vrais quoi. Du true. Et pour être sur que la similarité n’échappe pas à son lecteur, un de ses personnages va faire preuve d’autocritique en disant que ça correspond au complexe d’œdipe. Au cas où.

Bref au final, Tuer le Père d’Amélie Nothomb ne serait pas un livre aussi désagréable si son auteur n’était pas aussi huppée, et si on avait pas l’impression d’être face à une imposture plus que désagréable. 150 pages à tout casser, écrites en gros, avec des références placées pour placer des références, bref, juste ce qu’il vous faut pour briller en société, dire que vous « avez lu le dernier Nothomb » et que « Non mais Nietzsche l’avait dit » et autres « c’est son complexe d’œdipe ». Vivement celui de l’année prochaine.


C’est Lundi, que lisez vous ? #21

Serafina dans Actualités, Livres le 17 octobre 2011, avec 8 commentaires
Actualités

Depuis quelque temps, la blogosphère littéraire a instauré cet article rituel du lundi, sur les lectures de la semaine.

dabYo

Absinthes et Démons d’Ambre DuboisPeu de lecture pour moi, pour une raison que j’ignore, rien ne me faisait directement envie après ma lecture de Tuer le Père d’Amélie Nothomb, dont vous retrouverez la chronique demain il me semble.

Enfin, rien jusqu’à ce que nous recevions Absinthes et Démons d‘Ambre Dubois aux éditions du Riez. Il s’agit d’un recueil de nouvelles Fantastique où nous suivons un même personnage, Lord Nermeryl. Personnage sombre et énigmatique, il est accompagné par la Corneille et s’adonne aux enquêtes surnaturelles. Une sorte de mélange de divers influences que je ne saurai pas identifier pour le moment, même si cela m’a grandement fait penser à God Child de Kaori Yuki.

Serafina

A cause d’une semaine très chargée au niveau pro je n’ai pas beaucoup lu non plus. J’ai seulement avancé dans La Vestale du Calix de Anne Larue, qui me laisse petit à petit de plus en plus perplexe. Il ne me reste que 30 pages, mais on est passé du délire fun et pop au délire sous acide pas bien loin d’un Philip K. Dick. Je ne sais pas trop quoi en penser du coup.

Et vous, qu’avez vous lu cette semaine ?


Il y a plus de deux ans, je vous confiais mon amour pour Le Château Noir, deuxième tome des Annales de la Compagnie Noire de Glen Cook. Cette excellente série de Dark Fantasy est en cours de publication chez l’Atalante depuis 1998, et disponible en poche à partir de 2005 chez les éditions J’ai Lu. La Rose Blanche en est le troisième tome, et je dois avouer que si les plannings de lecture d’if is Dead n’étaient pas aussi chargés, c’est bien avant que je l’aurai entamé. Et pour cause, les péripéties de Toubib et ses frères d’armes sont addictives. Synopsis.

The White Rose, Black Compagny, Glen Cook

La Compagnie a payé un lourd tribut sous les ordres de la Dame, si grand qu’elle a bien fini y rester. Ils ne sont plus qu’une centaine sous les ordres du commandant, et Toubib, Elmo et les trois sorciers en sont encore, bien entendu. On ne quitte pas la Compagnie quand elle nous a adopté. Même quand cela fait presque deux ans que l’on vit comme des rats dans les grottes de la Plaine de la Peur en attendant, patiemment, le retour de la comète. Mais cette dernière n’est pas près d’arriver, et il va falloir tenir le siège que les troupes impériales sont entrain de mettre en place, peu à peu.

Comme vous vous en doutez, je suis déjà tout acquis à la cause du roman de Glen Cook et cette chronique va fortement le faire ressortir. J’ai profité d’une excursion en Hollande pour le lire. Je pensais le lire sur tout le séjour, et manque de pot, je l’avais fini dès le deuxième. Il faut dire que La Rose Blanche est tout simplement un roman ultra-addictif, et cela grâce à plusieurs éléments: un univers, des personnages, et un style d’écriture bien à lui.

L’une des choses qui m’a le plus surpris, c’est à quel point l’univers est réussi et facile à revenir en mémoire. J’en avais déjà parlé, ce dernier est très dense: la magie en fait partie, mais il y a aussi toute une mythologie autour du monde dans lequel vit Toubib . Logique me direz vous, c’est le cas de la majorité des livres, et notamment dans la Dark Fantasy. Mais l’auteur a réussi à développer tout cet ensemble d’une manière exceptionnelle. De plus, grâce à la narration réussie, les lieux, les personnages, les évènements que l’on a vécu avec les personnages il y a des mois reviennent très rapidement. J’ai été surpris de tout me rappeler sans même avoir à me creuser la tête: les éléments revenaient d’eux même.

J’avais émis des critiques sur les débuts de La Compagnie Noire et du Château Noir, force est de constater que cette fois, on arrive tout de suite à rentrer dans l’histoire. C’est mieux construit, moins perdant, et ce malgré l’énorme ellipse entre ce tome et le précédent.

La Rose Blanche, La Compagnie Noire Tome 3, de Glen Cook

Illustration de la version des éditions l'Atalante de Dider Graffet. Je lui préfère celle de Johan Camou, mais je n'ai pas réussi à la trouver en assez bonne qualité...

Contrairement à de nombreux auteurs, Glen Cook ne prend pas la peine d’inventer une langue « étrangère » pour ses personnages. Ils ont souvent un nom correspondant à leur caractéristique, notamment les sorciers, réelles fondations du roman. On suit alors les « prouesses » de la Dame, du Boiteux, ou encore de Murmures. Cette façon d’appeler les sorciers, à l’opposée de la plupart des autres séries est une bouffée d’air frais. Il en va de même pour les lieux, on aimerait bien découvrir Charme ou encore Les Tumulus. J’avais reproché au Château Noir l’absence de carte. Ici encore, il y a de nombreux voyages, mais j’avoue que finalement, carte ou pas, c’était tout aussi addictif.

Cet univers ne serait sans doute pas aussi bien s’il n’était pas aussi bien retranscrit. Outre le fait que Glen Cook écrit surement très bien dans sa langue, je dois avouer que la traduction est elle aussi excellente. Cela se lit très facilement, le style à la première personne de Toubib aidant. Aussi, Patrick Couton, connu pour ses excellentes traductions pour Les Annales du Disque-Monde, s’était occupé de mettre en place les traductions des noms du premier tome, et le traducteur ayant repris le travail, Alain Robert, fait lui aussi un très bon travail.

La Rose Blanche, La Compagnie Noire Tome 3, de Glen CookLa Rose Blanche clôt le premier arc des Annales de la Compagnie Noire, nommé Livres du Nord. Et je dois avouer que le scénario est très bien taillé. La particularité de cette série, c’est que l’histoire de chaque tome peut se suffire à elle même, tout en formant un arc complet. C’est vraiment agréable et j’ai été surpris du dénouement de notre histoire, j’aurai presque un pincement au cœur de savoir que je ne foulerai peut être plus les terres du Nord avec Toubib.

Au final, que dire sinon que vous vous devez de vous plonger dans Les Annales de la Compagnie Noire ? Avec un troisième tome réussi, c’est au moins sur un premier excellent arc que vous pouvez vous lancer. Au pire, une excellente série. Mais ça, je vous le dirai dans quelques mois, voire année, quand j’aurai pu me lancer dans le quatrième tome. La série de Glen Cook est assurément un pilier de Dark Fantasy.


Enfants de la Conquête, Tome 1, de Celia S. Friedman

LuxtExMachina dans Critiques, Livres le 12 octobre 2011, avec aucun commentaire
Critiques

Enfants de la conquête est un roman écrit par Celia S. Friedman en 1986 et traduit de l’anglais par Marie Surgers. Premier tome d’une diptyque de Science-Fiction aux fortes tendance Space Opera nommée Braxi-Azea, il est coupé en deux romans dans sa version francophone. Avec une jolie couverture signée Miguel Coimbra, les deux sont sortis en août dernier aux éditions l’Atalante.

Les Enfants de la Conquête de Celia S. Friedman

Zatar est un Braxanà, arrogant, dominateur, pur produit de sa race et ne vivant que pour la gloire. Anzha lyu est quand à elle une télépathe douée mais qui ne cherche qu’à se venger du meurtrier de ses parents. La guerre menée par leur deux peuples les mènera à se rencontrer et à devenir leur plus grand ennemi.

L’auteur nous fait donc suivre deux héros appartenant aux deux factions principales, les Braxanà et les Azéens. Chaque race a une culture assez différentes, la première ne cherchant qu’à se développer au travers de la guerre tandis que la seconde semble plus posée. Mais ce n’est pas pour autant qu’ils ont pas de points commun. Chacune des deux cultures prône un eugénisme différent, Braxanà par une pureté raciale passant par un soupçon de consanguinité, Azéa par plusieurs génération de manipulations génétiques aboutissant à l’éclosion de pouvoirs télépathiques.

On va pouvoir suivre dans ce premier tome d’Enfants de la conquête l’éclosion du conflit entre ces deux puissances par l’intermédiaire des deux personnages principaux. Leur évolution se fait l’un après l’autre. Chaque chapitre permet de suivre l’un des deux, seul la fin de ce volume voit vraiment leur chemin se croiser. De ce fait, le scénario est sans rebondissement. L’auteur ne cherche pas à nous faire suivre vraiment l’issue des combats, mais elle nous fait plutôt suivre l’évolution des deux personnages pour nous montrer comment ils en sont arrivés là. Cela apporte de la profondeur aux personnages et évite qu’ils soient creux et sans intérêt.

In Conquest Born de Celia S. Friedman

Couverture de la réédition en version originale

L’univers de ce tome reprend bien les caractéristiques du Space Opera. Bien que la guerre entre les deux clans soit passé au second voir troisième plan de l’histoire, on ressent que les répercussions toucheront un univers entier et pas seulement un pays ou une planète. Les cultures aliens très différentes sont habilement décrites, sans se plonger dans les détails, l’auteur les retranscrit parfaitement et nous fait visiter les différentes planètes de l’histoire.

Un aspect intéressant du livre est que pendant une bonne partie (environ les trois quarts), le suivi des deux personnages se fait au travers des yeux de personnage secondaires. D’un côté cela rajoute un univers plus concret avec des planètes et des mœurs différentes, mais d’un autre côté on s’attache moins aux héros.

La dualité de la narration rend très difficile de se choisir et de soutenir un camp. Même si Braxanà passe pour les méchants dans l’histoire, il est difficile de les haïr. Je n’ai pu m’empêcher d’être admiratif devant leur façon de comploter. L’auteur évite toutes scènes sanglantes et immorales qui pourraient nous faire choisir un camp, aussi bien l’un que l’autre.

Les Enfants de la Conquête de Celia S. FriedmanFinalement, le plus gros point noir du livre est sa chronologie. Il n’y a aucun calendrier, même fictif, qui pourrait aider le lecteur à s’y retrouver. On peut passer ainsi plusieurs années entre deux chapitres et ne s’en rendre compte plusieurs pages après. C’est assez gênant sachant que ça arrive plusieurs fois tout au long du livre.

J’ai été agréablement surpris par ce premier volume d’Enfants de la conquête de Celia S. Friedman. Je m’attendais, je ne sais trop pourquoi, à un livre moins abouti. Cette découpe n’étant pas prévu dans la version originale, la fin de ce premier tome n’apporte pas de conclusion satisfaisante. Espérons juste que le deuxième volume soit aussi bien que le premier et apporte une fin digne des plus grands livres du genre. C’est en tout cas bien parti.